Quand on parle de la Polynésie, on pense aux lagons de Bora-Bora, aux vahinés, aux essais nucléaires, à la luxuriance de la végétation, à la gentillesse des insulaires, à Gauguin, Brel, Ségalen, Moitessier… On pense moins à un bateau à priori anodin, un cargo qui ravitaille les îles Marquises, mais qui est en Polynésie une vraie légende. C’est l’Aranui. Les images sont d’Yvon Bodin et la musique de Pascale Le Berre.
Ce reportage est pour moi symbolique des dérives des sociétés de consommation, de leur impact tragique sur les peuples fragiles et isolés. Avec une population estimée à 5000 habitants, Nauru est la plus petite république de la planète. Cette île de Micronésie vit complètement isolée dans le Pacifique, à mi-chemin entre l’Australie et Hawaï. Autrefois deuxième pays le plus riche au monde, après l’Arabie Saoudite, Nauru est aujourd’hui un des pays les plus pauvres du Pacifique, avec une espérance de vie moyenne de 49 ans. Ce sont les mines de phosphate, qui recouvrent la totalité de l’île, qui ont fait autrefois la grande richesse des Nauruans. L’exploitation a été usée jusqu’à la corde, et aujourd’hui la surface de l’île est recouverte de paysages coralliens désertiques. En une trentaine d’années à peine, l’exploitation du phosphate a transformé la petite démocratie en un pays corrompu et clientéliste ; elle a causé la faillite de l’Etat et la ruine de ses habitants, elle a enfin détruit toute une culture traditionnelle. Les images sont d’Olivier Bonnet, le montage de David Kleinman et le mixage de Mathieu Cochin.
Dans le jargon des pêcheurs d’Alaska, on appelle cela le « run » : La course folle du saumon sauvage depuis les grandes profondeurs de la mer de Barents. A chaque printemps, ils sont des dizaines de millions d’individus à tenter de rejoindre les rivières et les lacs qui les ont vus naître et où ils doivent se reproduire. Une fable de la nature où le retour saumon s’apparente à une odyssée pour survivre aux pièges que lui tendent les filets des pêcheurs, les griffes acérées des aigles ou les crocs des ours. Les quelques survivants de ce voyage sans retour pourront alors aller frayer, déposer et fertiliser leurs œufs, puis mourir d’épuisement, le sentiment du devoir accompli. Leurs carcasses iront nourrir les forêts, les insectes, les plantes aquatiques dont se nourriront à leur tour leurs progénitures, lesquelles repartiront vers l’océan. Un grand cycle de la vie où tout le monde a sa place, ni plus, ni moins, sans qu’une certaine espèce veuille s’imposer aux autres.
Maiao, dans l’archipel des îles du Vent, à une centaine de kilomètres de Tahiti, a pour loi interne de n’accepter aucun « étranger », donc aucune personne non originaire de l’île qui n’aurait pas une invitation officielle ou une raison particulière d’y débarquer. Une étrangeté en Polynésie, plus habituée à la culture du tourisme qu’à l’autarcie.
Images de Georges Pinol, Son de Jean-Pierre Briat, Montage de David Kleinman.
C’était un rêve de gosse de faire ce voyage. Aller voir les ours polaires. Pour cela, il faut se rendre à Churchill, une petite ville du Canada située sur les rives de la baie d’Hudson. Sa particularité est d’accueillir une grande population d’ours polaires. Malheureusement, les ours de Churchill se font de moins en moins nombreux et pourraient même bien disparaître. Le réchauffement climatique retarde en effet chaque année un peu plus la formation de la banquise où les ours ont l’habitude de chasser leur garde-manger, les phoques. Alors, ils trainent en ville, affamés et parfois menaçants, fouillant dans les poubelles. En attendant, les autorités les capturent pour les éloigner de la ville. Depuis la disparition progressive de la banquise dans la baie d’Hudson, le port peut recevoir beaucoup plus de bateaux ; les habitants sont contents, cela va leur donner un peu de travail. Et les ours ? « Ils s’adapteront ou ils disparaîtront » m’a dit le maire de Churchill, sans émotion aucune. Les images sont d’Olivier Bonnet et le son de Christophes Bourges.