C'est un titre de dépêche qu'on aimerait ne pas lire : "Trophée Jules Verne : Cammas (Groupama 3) abandonne". Rupture d'un bras de liaison entre la coque et un flotteur. La sanction est immédiate : Franck Cammas et son équipage doivent interrompre leur tentative de record de vitesse autour du monde entamée le 5 novembre. Dommage car Groupama 3 comptait 300 milles d'avance sur les temps de passage de Bruno Peyron qui détient le Trophée sur Orange II depuis 2005. 

Les équipiers de Cammas ont réduit la toile et naviguent par vent arrière en direction du Cap (Afrique du Sud) en espérant que la structure du trimaran tienne encore plus de 3000 km. Le grand oiseau blessé n'est pas fait pour se mouvoir à petite vitesse. C'est un trimaran de 31,50 mètres manoeuvrable par un équipage de dix personnes. Ses caractéristiques font froid dans le dos : son mât culmine à 41 mètres (la hauteur d'un immeuble de dix étages) et porte une grand voile d'une surface de 356 m2. Cette bête de course affûtée comme une lame de couteau ne peut être menée que par des équipages aguerris, capables de défier des conditions de temps terrifiantes. Olivier de Kersauson témoignait : "Naviguer dans le grand sud sur un multicoque, c'est affronter un mois de tempête en se demandant si le bateau ne va pas se retourner à chague vague".

Pourtant il n'existe pas de plus belle épreuve nautique. L'idée du Trophée Jules Verne a émergé d'une discussion, une nuit sur une péniche parisienne au début des années 90. Il y a là Mickey Le Scornec, Florence Arthaud, Yvon Fauconnier et quelques autres marins de la première génération de coureurs au large français. Tous ont lu Jules Verne et son "Tour du monde en 80 jours". Et si on le tentait en bateau ? lance l'un des convives. Le réglement est simple : départ et retour au large d'Ouessant pour un tour du monde en bateau par les trois caps (Cap de Bonne Espérance, Cap Leuwen et Cap Horn) en moins de 80 jours. Une folie ? Non, un défi plutôt pour mettre les hommes et le matériel à l'épreuve d'une navigation qui laisse des traces dans les regards.

Malgré les dangers, les candidats se pressent pour aller décrocher ce Trophée ! Les meilleurs marins du monde s'y sont frottés : Titouan Lamazou, Peter Blake, Ellen Mac Arthur, Francis Joyon, Olivier de Kersauzon et Bruno Peyron le premier. En 1993, l'aîné de la fratrie coupe la ligne de départ à bord de "Commodore Explorer", un catamaran de 18 mètres qui ressemble plus à un engin de plage qu'à un bateau capable d'affronter des creux monstrueux. Avec un équipage/commando de cinq marins, Bruno Peyron établit de justesse le premier record en... 79 jours et 6 heures. Voici les premières images tournées à bord le jour du retour de Commodore. Les équipiers se confient au terme d'une aventure nautique hors du commun.

Bon surf !
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