A l’occasion de la mise en ligne de notre livre numérique « Le Tour du Monde en Cargo« , nous avons demandé à un certain nombre de personnalités de nous décrire leur conception de la mondialisation. Après Erik Orsenna et Boris Cyrulnik, Claudie Haigneré nous livre un bien joli texte inspiré de ses voyages dans l’espace. Magie de la vie : elle a été la première femme a voler à bord de la Station Spatiale Internationale.

Depuis que I’homme est apparu sur Terre, il n’a eu de cesse d’explorer sa planète, dans la volonté quasi obsessionnelle de conquérir les espaces qui l’entourent. Il a fallu ainsi plus de 3 ans à Fernand de Magellan, Francis Drake ou James Cook pour faire le tour du monde sur leurs grands voiliers. Phileas Fogg quant à lui, prit le pari de faire le tour du monde en moins de 80 jours à bord d’un ballon. Exploit qui ne fut réalisé sur mer que beaucoup plus tard en 1993 par Bruno Peyron.
En faisant plusieurs centaines de fois le tour de la Terre en moins de 90 minutes, grâce aux technologies spatiales, je me sens profondément l’héritière de ces grands explorateurs.
A bord de la Station Spatiale Internationale, en orbite autour de notre planète, à la vitesse fulgurante de 28000 km/h, j’ai été un de ces quelques humains qui ont pu se projeter physiquement à distance de notre monde, en orbite autour de la Terre. Depuis cette position très privilégiée j’ai laissé mes yeux se remplir du spectacle unique de la Terre, une fragile boule de matière dont les bleus, ocres et blancs tranchent de manière si remarquable sur le fond d’un noir absolu du cosmos. L’épais mystère suggéré par cette vision où cohabitent des milliards d’etoiles nous inspire humilité et émerveillement. Le corps est libéré de la pesanteur terrestre. Entourés du vide le plus absolu et propulsés dans I’espace par la mécanique céleste, nous sommes au coeur d’une immatérialité qui nous confronte à Ia fragilité de la vie. La si familière rotondité de la planète et sa mince pellicule d’atmosphère, les couleurs vives de bleu, blanc, rose, jaune, orangé aux apparitions du soleil, les lacs aux couleurs de pierres précieuses, rubis, émeraude et diamants dans les Andes, les lumières de la ville au delà du « terminator », nous rappellent en contraste ce miracle devenu plus évident encore, que notre planète est pour longtemps le seul endroit où cette vie puisse se forger un avenir. Tant de beauté à redécouvrir, tant d’évidences à marteler…
Comme le disait si bien Marcel Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux « .
Claudie Haigneré
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