Vendredi, Faut Pas Rêver ouvre sa nouvelle saison en vous emmenant dans le Grand Ouest américain. Patricia Loison nous raconte l’expérience intense d’un tournage dans des conditions risquées…
C’était mon idée…
Depuis Paris…
Aller sur la faille la plus célèbre au monde, celle de San Andreas…là d’où partirait le « Big One », le tremblement de terre qui avalerait tout cru dans ses spasmes la riche Californie…
Et, là, juchée sur mon 4×4 rouge, je me demande ce que je suis « allée faire dans cette galère… »

Le panneau l’indique : vous entrez sur la zone de la faille, danger…
Autour de moi, c’est l’excitation, Nicolas, le cameraman s’apprête à décoller en hélicoptère pour suivre notre convoi du ciel…
Jean-Christophe le réalisateur donne ses dernières indications : on roule, on s’arrête au lieu-dit et on…découvre…
Sous le soleil qui claque, je cogite…
Nous sommes au départ d’un énorme bourrelet…une limace géante qui s’étale sur des km…
Formés des matières, résidus, crachés par la terre a chaque petit et grand séisme le long de la ligne de faille…
On ne peut-pas être plus près…
Il faut y aller…
En roulant, notre guide m’explique qu’il a dû se garer vite fait lors d’une visite, pour se mettre à l’abri des chutes de pierres, pendant une petite secousse…
Après quelques virages, flanqués par des collines de pierre créées par les secousses successives, la voiture s’arrête .
Jean-Christophe est déjà en place, prêt à tourner…
Je crois que je n’ai jamais été aussi angoissée pendant un tournage…
Il faut pénétrer dans ce passage étroit, à notre gauche, la plaque tectonique Pacifique, à notre droite, la plaque de l’Amérique, ou l’inverse, et nous entre les deux…
En général, on lit leurs descriptions dans les livres de géographie…
Là je suis à côté de ces deux géantes telluriques -je pourrais m’appuyer nonchalamment contre l’une d’elle et croquer une pomme-…mais je me sens…minuscule…
« Si ça tremble maintenant, on est mort tous les deux, décrète Mitch dans un grand sourire…
Autour de nous, des façades de pierre qui s’élancent…
« ça sonne creux…C’est la matière qui est recraché par la faille… »
On dirait un décor de cinéma, mais c’est bien réel…
Jean-Christophe et Michèle, notre super-fixeuse, se sont enfoncés davantage, crapahutant sur le rocher…
Moi je n’ai qu’une envie, faire demi-tour…
Et quand notre cher réalisateur redemande une prise…j’avoue, j’avoue, mes mots dépassent ma pensée…
Vous vous en doutez, sinon cela aurait fait les gros titres avant Fukushima, le Big One n’a pas eu lieu ce jour-là…et nous quittâmes la faille sains et sauf…
Contents de l’avoir fait…mais savourant intensément la quiétude du soir baigné de rose, en filant vers Los Angeles, les éoliennes doucement bercées par le vent, défilant sous nos yeux…
Patricia Loison






