Un combat « symbolique », « historique », selon les propres mots de Jean Luc Mélenchon, agitera pendant un mois la circonscription d’Hénin-Beaumont, ville-village de 26 000 habitants devenue le stigmate d’un FN enraciné dans les régions industrielles. A tel point d’ailleurs que la commune avait déjà accueilli pendant la présidentielle les croisades morales de candidats tels qu’Hervé Morin ou Eva Joly, venus vanter en vain un « projet de société pour vivre ensemble ». En effet la trop faible notoriété des champions d’EELV et du Nouveau Centre n’a guère empêché cette circonscription de voter massivement Marine Le Pen (31%) au 1er tour, et de lui assurer dans la foulée une confortable avance en vue des législatives.
Le leader du Front de Gauche, quitte a risquer gros, ne veut pas se montrer un instant intimidé par cette configuration hasardeuse et semble pleinement heureux du rôle qu’il vient de s’attribuer : « Je suis fier d’être le candidat des communistes du Pas-de-Calais » a t-il tonné pour son entrée en campagne.
« Ce n’est plus de la rage, c’est de l’amour ! « plaisante de son côté la candidate frontiste, alors que cette dernière sort d’une campagne marquée par les bravades du même Jean Luc Mélenchon, lui qui l’a traité de « semi-démente » tout en lui contestant sans relâche sa légitimité ouvrière. Fort des réseaux du Parti Communiste, l’ancien sénateur a mobilisé sa coalition pour gêner autant que possible les déplacements de la « chauve souris » (autre surnom dont il est l’auteur) sur les terres de l’anti libéralisme, et tout particulièrement dans les usines.
Voici une séquence commentée que nous pensions représentative de cette élection présidentielle, dans le sens ou elle illustrait la lutte de deux partis pour la même catégorie sociale. Mais aujourd’hui cet extrait semble évoquer l’installation durable d’une nouvelle forme de confrontation politique. A l’heure ou la grogne anti-européenne et le vote dit populaire représentent ainsi des atouts électoraux non négligeables, il semble que le duel frontal entre extrême droite et extrême gauche, bien qu’inégal sur bien des points, soit devenu un incontournable de la vie politique, une sorte de petit frère du classique combat entre PS et UMP.
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La scène s’est déroulée le 18 janvier dernier, à l’usine de Peugeot PSA de Sochaux, entreprise rendue tristement célèbre par l’annonce, depuis décembre, d’une vague de licenciements dans l’ensemble de l’Hexagone. Les ouvriers concernés devenaient à leur tour, et bien malgré eux, le symbole d’une France qui a cessé de produire, au même titre que ceux de Gandrange, de Seafrance et de Lejaby. L’affaire émeut, et vient à attirer l’attention de beaucoup de Français à l’heure où le chômage remonte et que le moral des ménages, en légère hausse ce mois-ci, reste au plus bas depuis trois ans. L’impact médiatique est inévitable, tout comme la reprise de l’événement par des candidats toujours en mal d’affection populaire.
La traduction politique, vous la connaissez déjà , c’est le « Produire en France » de François Bayrou, le besoin de « réindustrialisation » placardée par Hollande, et la métaphore du chef de l’Etat dépeignant un pays « qui se vide de son sang industriel ».
Et voici l’enjeu majeur de l’élection mis en image, commenté, analysé par les médias, celui du rétablissement du prestige économique français. 2012 n’offre pas de surprise de ce côté : l’échéance présidentielle sera une fois de plus centrée sur le sort de la nation, et ce malgré de nombreux bouleversements à l’échelle européenne et internationale. Une orientation qui n’est pas pour déplaire à une certaine Marine Le Pen, qui livre depuis des mois son analyse d’une crise causée par les puissants et payée par les faibles, distillant ainsi un discours social de plus en plus efficace parmi des classes populaires désespérées. Autre évolution, la récente polémique des 500 signatures lui a permis de renverser les critiques sur le comportement antidémocratique de son parti. Forte de sa nouvelle image, la candidate du Front National n’hésite plus désormais à se montrer sur le terrain des usines, pourtant historiquement interdit à l’extrême-droite.
ELYSEE 2012, la vraie campagne- film 5 – Marine… par IMAGEETCOMPAGNIE
Sans surprise, les militants du PCF sont au rendez-vous et refusent de laisser celle que leur leader baptise « la chauve-souris » voler un électorat qui n’a plus autant le cÅ“ur à gauche. En lieu et place d’une confrontation musclée (que beaucoup de journalistes anticipaient), c’est un échange des plus courtois qui s’instaure : on se critique sur les « idées » et on essaye d’argumenter pour désarçonner l’adversaire de manière « démocratique ». Préférence nationale, protection du travail et des frontières, lutte contre le patronat, tous les sujets sont débattus en quelques instants, pour finir, on le devine, sur un match nul.
Bien que la candidate n’ait probablement pas converti tous les ouvriers de PSA à sa cause en quelques minutes de tractage, sa seule présence dans un sanctuaire des syndicats, tout comme le fait qu’elle y soit tolérée, marque l’irrésistible avancée du Front National dans les consciences, mais aussi sur le terrain de la respectabilité. La bataille n’est cependant jamais finie et l’on pourra compter sur le truculent Jean Luc Mélenchon pour rendre les coups et animer ce qui est un peu l’autre combat de cette présidentielle, à savoir la conquête du vote contestataire.















