Comme Robert Doisneau, Elliott Erwitt appartient à l’école de la photographie de rue. Comme Robert Doisneau, il a immortalisé un nombre incalculable de scènes appartenant à la vie quotidienne, des scènes presque toujours ordinaires que seul l’oeil de l’artiste a su rendre sinon extraordinaires, du moins fascinantes, artistiques, instructives… Et comme Robert Doisneau, Elliott Erwitt a photographié Paris, en noir et blanc lui-aussi, le Paris des déménageurs, des livreurs, des serveurs de café, des amoureux sur les bancs publics, le Paris des simples passants, de quelques célébrités aussi, le Paris des baloches, des vendeurs à la sauvette, des petits boulots et des visiteurs de musée. Le Paris des chiens aussi, souvent même, très souvent. Car Elliott Erwitt a toujours été fasciné par la race canine. Partout où il est passé, il les a débusqué. Au coin d’une rue, sur le fauteuil passager d’une voiture, dans un bar ou un restaurant. Des petits, des grands, des racés, des bâtards, parfois accompagnés de leur maître, parfois seulement d’une paire de jambes. Montrez-moi votre chien et je vous dirai quel Parisien vous êtes… C’est ce qui le différencie peut-être des autres grands photographes de l’époque : un regard décalé, une touche humoristique, une capacité surtout à saisir la drôlerie d’un instant fugace… comme ce chien qu’on dirait prêt à démarrer une automobile, ce palmier de plus de 2 mètres de haut planté – le temps du transport peut-on espérer - dans une Fiat à toit ouvrant, ce vieil homme qui regarde sans vergogne par la fenêtre d’un appartement, ou encore cet amoureux qui pose la main sur la fesse gauche de sa femme en passant devant le Fouquet’s… Difficile d’expliquer, le mieux est encore et toujours de contempler ces photographies…
Après Rome et New York, les éditions teNeues nous permettent donc cette fois de retrouver le travail de l’artiste sur la capitale française, notre capitale. La sienne aussi puisque Elliott Erwitt y est né. Et même s’il habite aux Etats-Unis depuis la fin des années 30, il est revenu très régulièrement à Paris, faisant de lui un témoin essentiel et privilégié. C’est peut-être pour ça que son regard sur notre monde familier est si particulier, différent… Chacune des 176 photographies présentées dans ce livre, préfacé par Adam Gopnik, nous interpelle, nous intrigue, nous interroge, nous amuse, nous emporte… et nous ramène finalement vers le Paris d’hier et d’aujourd’hui, un Paris qui a quelque chose d’éternel et que tous les grands photographes ont perçu ! E.G.



Du réflexe, Craig Semetko n’en manque pas ! Il en a suffisamment en tout cas pour attraper au vol quelques images incroyables, parfois même improbables, de nos congénères. Pas de mises en scène pourtant, pas de pose, aucun rattrapage possible donc, chaque cliché est pris dans le feu de l’action, ce qui le situe dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Elliott Erwitt qui signe au passage la préface. Né près de Détroit, écrivain, comédien, comique puis photographe pour le New York Times, le Los Angeles Times ou encore le Chicago Tribune, Craig Semetko est naturellement inspiré par l’humour, l’ironie, l’excentricité. Un passant qui répond par sa stature à une sculpture, un chien assis sur le siège conducteur d’une auto, des moines bouddhistes qui entament une danse du balai, des amoureux dans un jardin public que l’on croirait reflétés par un miroir du fait de leur juste symétrie, un homme qui urine devant une photographie de Marilyn Monroe… l’essentiel est là dans ces instantanés de la vie marqués par un humour universel. Un photographe à découvrir ! E.G.
Publié à l’occasion d’une rétrospective consacrée à l’oeuvre du photographe cet été au Museum of Modern Art, à New York, l’ouvrage Henri Cartier-Bresson Un siècle moderne réunit près de 300 clichés issus en grande partie du fonds et des archives de la Fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris. Certains de ces clichés sont célèbres mais beaucoup sont finalement assez peu connus, du grand public bien évidemment mais également des spécialistes. Figure emblématique de la photographie du XXè siècle, précurseur avec Capa et d’autres du photojournalisme, membre-fondateur de la célèbre agence Magnum, Henri Cartier-Bresson traversera le monde, de Paris à Abidjan, de Mexico à Shangaï, de New York à Moscou, afin de saisir les moments clés de notre histoire et de capturer les visages de ceux et celles qui y ont participé, qu’ils soient connus ou inconnus.
LE trimestriel du photojournalisme vient de sortir son numéro d’automne. Un très beau numéro avec, au sommaire, une interview très intéressante de Peter Lindbergh, « le plus grand photographe de mode… qui ne photographie pas la mode », un reportage sur Haïti, pour ne pas oublier tout simplement, une descente dans l’enfer de la misère américaine – elle existe ! – avec la photographe sociale Brenda Ann Kenneally, une visite à la jeunesse gazaouie sous surveillance du Hamas, un petit détour déjanté à Burning Man, lieu de tous les délires au fin fond du Nevada, une petite curiosité avec des photos de Steve McQueen prises lors d’un voyage de repérage dans la Sarthe pour le tournage du film Le Mans… et beaucoup d’autres photos, documents, infos… Une bible pour les amateurs de la photographie de reportage ! 5 euros… seulement ! E.G.
Un ouvrage exceptionnel ! Et le mot est peut-être encore un peu faible tant Sygma. Gros plan : le pouvoir des images est réellement imposant. Imposant par ses 304 pages et son format (28 x 36 cm), imposant aussi et bien sûr par son contenu. Ce sont très exactement 172 clichés, pour moitié en couleurs, qui sont réunis ici, 172 clichés issus du fonds d’archives Sygma qui représente l’une des plus grandes collections du monde avec près de 50 millions de photographies prises par quelques milliers de photographes à travers la planète. Ce fonds d’archives se trouve à quelques kilomètres seulement de Paris, à Garnay pour être précis, et appartient aujourd’hui à l’agence photo Corbis et par conséquent à Bill Gates.
Une des photographies de Jean-Pierre Leloir est tout simplement mythique ! Elle date de 1969 et réunit trois grands génies de la chanson, Léo Ferré, Georges Brassens et Jacques Brel. Une première ! Si Jean-Pierre Leloir est plus généralement connu pour ses photographies sur le monde de la musique, il s’est aussi fait un nom avec ses travaux sur la France des années 50 à 70. A l’instar d’un Ronis ou d’un Doisneau, Jean-Pierre Leloir va immortaliser les amoureux, les travailleurs, les badauds ou les enfants, dans les rues de Paris ou ailleurs… Dans ce livre, sorti chez Fetjaine, François Cavanna, l’auteur des Ritals et des Russkofs pour ne citer que ces oeuvres là, s’amuse à faire parler les sujets photographiés, signant des légendes tantôt attendrissantes, tantôt grinçantes, toujours drôles. Tous les clichés réunis ici sont « d’authentiques chefs-d’oeuvre. De grands moments de la photographie », écrit très justement Cavanna en préface de ce livre. Ce sont de véritables instants de grâce simplement relevés d’une pincée d’humour ! Cavanna confie que Jean-Pierre Leloir et lui-même se sont bien amusés… Ils ne seront pas les seuls ! E.G.
Faire le mur est un album-témoignage né d’un voyage en Palestine et d’une rencontre avec un homme, Mahmoud Abu Srour, 22 ans, qui vit là-bas – ou survit plus exactement - en tenant une petite épicerie. C’est en 2008 dans le cadre des ateliers de dessins qu’anime le centre culturel du camp de réfugiés d’Aïda que Maximilien rencontre Mahmoud. Il le retrouve un an plus tard lors d’un second voyage. Entre les deux naît une solide amitié et donc cet album qui parle du sentiment d’enfermement des Palestiniens à travers une histoire d’amour. Dans les rôles principaux, le fameux Mahmoud, une jeune étudiante française, Audrey, venue constater de ses yeux la situation dans le pays, et le mur, ce mur de la honte, cette couleuvre de béton comme l’appelle Maximilien Le Roy, qui défigure le pays, sépare les hommes, enferme les amoureux. Justement, Mahmoud aurait bien voulu emmener Audrey chez sa soeur pour lui montrer la vie quotidienne et la séduire. Mais il y a le mur et, sans autorisation, impossible de passer. Alors Mamhoud va prendre de gros risques pour le franchir… et surtout nous inviter à le suivre pour nous montrer le quotidien, nous expliquer le ressenti de tout un peuple, nous parler de la réalité, parfois absurde come ce mur construit par les Palestiniens eux-mêmes, parfois cruelle comme ce frère emprisonné depuis 7 ans, mais aussi de ses rêves… souvent impossibles : « Explorer l’inédit, les routes pleine de rêves, et prendre un amour comme on prend le large ! Ou vendre des conserves… » . Terrible ! Inscrite dans le genre documentaire, Faire le mur est une bande dessinée passionnante qui offre un regard singulier sur le confit israélo-palestinien. A sa lecture, on pense à des auteurs comme Joe Sacco (Gaza 1956…), Guy Delisle (Chroniques birmanes…) ou Emmanuel Guibert (Le Photographe…), qui comme Maximilien Le Roy ont ce souci du réel et du témoignage. Un entretien avec Alain Gresh, journaliste, spécialiste du Proche-Orient, et un reportage photographique signé Maxence Emery complètent cet album nécessaire !
Dans un genre différent, Nietzsche, paru au Lombard, est une aventure éditoriale rare, voire inédite, en bande dessinée. Maximilien Le Roy et Michel Onfray y retracent la vie du philosophe allemand sur plus de cent vingt pages en offrant aux lecteurs une véritable initiation à sa pensée révolutionnaire. Il s’agit en fait de l’adaptation en BD de L’Innocence du Devenir, un scénario initialement conçu pour le cinéma par l’écrivain-philosophe Michel Onfray qui souhaitait « montrer qu’une relation inédite entre la philosophie et le cinéma pouvait contribuer à créer des voies nouvelles pour cet art devenu le dernier des arts… ». Finalement, c’est un auteur de BD qui va le contacter et lui proposer de mettre en images son scénario. Maximilien Le Roy s’occupera de tout, du découpage, du dessin, des couleurs… « Cette vie de Nietzsche correspondait parfaitement à ce que je voulais faire… », écrit Maximilien, « En même temps que je lisais le script d’une traite, j’ai beaucoup crayonné, voire même élaboré des story-boards détaillés, sans but particulier au départ. Au bout de deux jours, je me suis rendu compte que ça commençait à donner quelque chose de cohérent. J’ai envoyé ça à michel Onfray, via son site web. Le résultat lui a plu et il m’a répondu que ça rentrerait très bien dans le cadre d’un album dessiné ». Avec un graphisme assez classique, une approche réaliste et une touche romanesque apportée par le personnage lui-même, Maximilien Le Roy et Michel Onfray nous offrent un album singulier, loin des traditionnelles BD historiques, figées par le poids de l’histoire… ou parfois du pinceau ! E.G.
Faire appel à Robert Doisneau, le photographe le plus réaliste de son époque, pour immortaliser un des endroits les plus artificiels au monde… Il fallait oser ! C’est pourtant ce que firent en novembre 1960 les dirigeants du magazine des affaires, Fortune, lorsqu’ils lui commandèrent un reportage, en couleurs qui plus-est, sur Palm Springs, la ville des milliardaires américains retraités et passionnés de golf. Si Robert Doisneau s’interrogea dans un premier temps sur leurs motivations et, par la même occasion, sur la sienne, il découvrit dès son arrivée sur place un microcosme qui finit par l’intriguer, le fasciner, l’interroger, une sorte de concentré de la société américaine riche et bien-pensante, blanche et rhumatisante. Avec un Rolleiflex, un Leica et un Hasselblad, le photographe français entreprit alors de dresser le portrait de cette Amérique là et de cette ville construite en plein désert, comme un défi à la nature. 23 photographies furent publiées dans le magazine Fortune pour célébrer Palm Springs, « 23 photos assez anodines… », souligne en préface le journaliste Jean-Paul Dubois, « où les clichés de cocktails mondains se mêlaient à des compositions golfiques ». Les autres sont aujourd’hui rassemblées dans ce livre et offrent un regard passionnant sur l’American Dream avec ce défilé d’autos, de parkings et d’avenues, de palmiers et de gazon impécablement tondu, de villas et de piscines, de vieillards qui jouent au golf, paradent dans leurs tenues de soirée et tentent de combattre, sans y arriver vraiment, l’ennuie. Des décors mais aussi des visages, des regards, des attitudes qui en disent beaucoup plus qu’un long discours sur ce pays qui vient d’élire le démocrate John Fitzgerald Kennedy à la présidence ! E.G.
L’essentiel de l’année 2009 en images ! Pour la troisième année consécutive, la célèbre agence Reuters a sélectionné et rassemblé dans ce livre paru aux éditions Thames & Hudson autant de clichés que de jours ou presque, plus précisément 344 témoignages directs de ce que furent les événements marquants de l’année, depuis l’investiture de Barack Obama en janvier jusqu’à la conférence de l’Onu sur les changements climatiques à Copenhague en décembre, en passant par la crise économique mondiale et ses retombées, le conflit israélo-palestinien, la grève des transports publics en France, les manifestations d’opposants au régime à Téhéran, la grippe A, la mort de Michael Jackson, les inondations aux Philippines ou en Turquie, la guerre des gangs à Rio… Autant d’événements dramatiques mais aussi, parfois, plus joyeux ou insolites comme ce défilé de mannequins israéliennes présentant des robes de mariées confectionnées avec du papier toilette, ce vendeur de chocolats retranché dans un kiosque couleur aluminium à Istanbul ou encore ce panneau « baisers interdits » vu à la gare de Warrington Bank Quay en Angleterre. 352 pages, 344 clichés, plus d’un millier de figurants, volontaires ou involontaires, connus ou inconnus, qui jouent un moment de leur destin devant nos yeux ! Un ouvrage simplement indispensable pour tous ceux qui aiment la photo et l’info ! E.G.
Vous êtes de ceux qui avez vu et adoré l’expo à la Maison Européenne de la Photographie ? Ou justement, vous n’avez pas vu l’expo et le regrettez amèrement ? Pour les uns comme pour les autres, les éditions teNeues proposent de partager et / ou de prolonger un grand moment de plaisir autour de ce magnifique et volumineux ouvrage intitulé Elliott Erwitt Personal Best. Sur plus de 440 pages en noir et blanc défilent plusieurs dizaines de clichés du célèbre photographe Elliott Erwitt, une sélection effectuée par l’artiste lui-même parmi, non pas le meilleur de lui-même comme pourrait le laisser penser le titre, mais principalement parmi les meilleurs clichés qu’il aurait pris pour lui-même. La nuance est ténue mais mérite d’être soulevée, comme l’a fait Sean Callahan, ancien reporter, éditeur, professeur…, qui signe ici la préface ! Bien évidemment, les images commerciales et les images célèbres de l’artiste côtoient les images personnelles, moins vues, jamais publiées pour certaines, l’ensemble retraçant au final 60 ans d’un parcours exemplaire à travers le monde et la photo.



