Le Promeneur, de Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi. Editions Casterman. 15 euros.
Un instant magique ! Quelques pages de poésie dans un monde de brutes. Alors que les cours s'effondrent, que les banques se structurent, se restructurent, se destructurent... Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi nous offrent un magnifique récit fait de déambulations nostalgiques à travers un Tokyo insolite. A la recherche d'un vélo volé, au retour d'une réunion de travail dans un building climatisé ou au sortir d'une soirée avec un vieil ami, le personnage principal nous invite à le suivre le temps de huit promenades. Huit promenades totalement improvisées qui nous permettent de découvrir ici, une boutique typique du Tokyo d'hier, là, les bains douches de la ville, là encore une rue commmerçante pleine de charme et de vie. Autant de lieux chargés d'histoire que la ville moderne n'a heureusement pas encore réussi à totalement avaler. Et comme le personnage principal, on se surprend nous aussi, page après page, à flâner, à prendre le temps, à apprécier, à lever les yeux, à s'arrêter sur un détail...
Le plus occidental des auteurs japonais, Jirô Taniguchi, retrouve ici le scénariste avec qui il avait réalisé Le Gourmet solitaire, album également paru aux éditions Casterman dans la collection Sakka. Après la gastronomie, les deux auteurs abordent ici l'art de la promenade ou plus exactement de la flânerie. Le Promeneur est un album nostalgique, intimiste, humaniste et poétique, un album essentiel pour tous les amateurs de Taniguchi et, plus généralement, pour tous ceux qui ne restreignent pas la bande dessinée à une succession de scènes d'actions entre des bons et des méchants... E.G.
19/10/08 :: Bandes Dessinées :: aucun commentaire


Surprenant et poignant récit que celui-ci ! Stéphane Levallois, dont on a déjà pu apprécier le talent chez Futuropolis avec l'album Le Dernier modèle paru en 2007, livre ici un récit autobiographique hors du commun dans lequel il met en scène sa famille et plus précisément son grand-père. Jusqu'ici, rien de bien extraordinaire, sauf que ce grand-père est représenté avec une tête de sanglier. Et là, forcément, les lecteurs que nous sommes pouvont légitimement nous interroger. "Pour ce récit historique et familial, où tout est vrai...", s'explique Stéphane, Levallois, "j'ai pourtant dû composer avec la réalité pour représenter mon grand-père. Je ne me voyais pas dessiner de façon réaliste un homme que je n'avais jamais connu, dont de je n'avais vu qu'une photo datant de la fin de sa vie. J'ai pensé bien sûr au chef d'oeuvre Maus d'Art Spiegelman. J'ai donc décidé de l'incarner autrement, de le fantasmer..." Et le résultat est donc un homme à la tête de sanglier plongé dans un univers totalement réaliste, sombrement réaliste même puisque la vie de ce grand-père nous ramène à l'époque de la seconde guerre mondiale et de l'occupation allemande, quelque part du côté de Selles-sur-Cher. Entre les occupants allemands et les collabos salement occupés, le grand-père mène sa petite guerre à lui en aidant les uns à éviter le S.T.O., les autres, à fuir les camps de concentration. Grand-père sanglier est un Résistant, un vrai, un héros. Un grand-père fort et courageux, comme un sanglier. Un grand-père inconnu mais aimé de Stéphane qui lui rend ici, à lui et par extension à tous les résistants anonymes, un hommage vibrant. Magnifique ! E.G.