L'héritage du colonel, de Carlos Trillo et Lucas Varela. Editions Delcourt. 14,95 euros.

Totalement effrayant. Et radicalement génial ! L'Héritage du colonel est un récit comme on en lit rarement. De ces récits qui laissent forcément des traces, qui vous hantent, qui vous perturbent, et vous remuent le bide et la tête. Au dessin, Lucas Varela, et au scénario, Carlos Trillo, deux Argentins qui ont ici voulu nous offrir une vision de leur pays. Une vision franchement peu éclatante d'une époque réellement sombre où la junte militaire détenait le pouvoir et faisait régner la terreur. Héros ou plus exactement anti-héros malgré lui, Elvito Guastavino est un petit, tout petit, agent d'une obscure administration. Mais il est surtout le fils d'un colonel de la défunte junte, un "héros de la patrie". "Le personnage principal de cette fiction, Elvito Guastavino, est né dans un foyer chrétien tout à fait exemplaire pour qui se replace dans l'Argentine de la seconde moitié des années soixante-dix", confie dans une préface Carlos Trillo. "Le père fut l'un de ces militaires qui luttèrent pour imposer, par la force, les grands préceptes chrétiens occidentaux. La mère, une femme au foyer, approuvait avec orgueil l'activité patriote de son mari, responsable appliqué et méticuleux des tortures dans un centre de détention clandestin comme il y en eut sous les ordres de l'autoproclamée Processus de réorganisation nationale qui gouvernait le pays en ce temps-là". Nostalgique de l'époque ? Fier de son père ? Clairement oui. Mais Elvito est aussi quelque part traumatisé. L'héritage est lourd. Et de se remémorer ce père qui s'entraînait à la torture sur des poupées avant de passer aux choses "plus sérieuses". De ce même père qui, un jour, va lui confier une séance de torture sur une belle inconnue, chez lui, dans la chambre parentale. Un apprentissage qui va le marquer à vie. Au point, beaucoup plus tard, de tomber amoureux d'une poupée dont le visage lui rappelle cet épisode. Un amour fou. Complètement fou ! Mais Luisita - c'est le nom qu'il donne à cette poupée - est la propriété d'un brocanteur. Et pour l'acquérir, Elvito va devoir faire beaucoup de sacrifices, à commencer par sa mère qu'il va laisser mourir de faim. Un récit puissant ! E.G.
3/10/08 :: Bandes Dessinées :: aucun commentaire

