Bandes dessinées, livres jeunesse... Une sélection des plus belles nouveautés

Chroniques de bandes dessinées et livres jeunesse

Gaza 1956, en marge de l'histoire, de Joe Sacco. Editions Futuropolis. 29 euros.

Joe Sacco ! Ce prénom et ce nom suffisent à dire le sérieux de l'affaire. Joe Sacco est un journaliste et un auteur de bande dessinée américain bien connu des amateurs de BD-reportages, genre qu'il a initié dès 1993 en publiant aux Etats-Unis l'album Palestine, édité de ce côté-ci de l'Atlantique en deux volumes chez Vertige Graphic : Palestine, une nation occupée en 1996 et Palestine, dans la bande de Gaza en 1997. Après un petit détour par l'ex-Yougoslavie en guerre qui donnera deux livres, Gorazde en 2001 et The Fixer, une histoire de Sarajevo en 2005 (Rackham), Joe Sacco retrouve le sol de Palestine avec Gaza 1956. Ce gros et beau pavé de 424 pages en noir et blanc apporte un nouveau témoignage particulièrement documenté sur un épisode semble-t-il oublié du conflit israélo-palestinien, le massacre de près de 275 civils perpétré par l'armée israélienne à Khan Younis et à Rafah en 1956. Entre novembre 2002 et mai 2003, le dessinateur reporter se rend à plusieurs reprises sur le terrain afin d'établir la véracité de cette tragédie et embarque le lecteur à la recheche des traces de ce massacre. "Je trouvais exaspérant que le plus important massacre de Palestiniens sur le sol de Palestine - si l'on en croit le chiffre de 275 morts avancé par l'ONU - reste dans les ténèbres de l'oubli où il gisait, comme d'innombrables autres trégédies historiques...". Sur place, Joe Sacco sollicite les témoins oculaires de l'époque mais, souvent, comme en témoigne ce livre, les Palestiniens interrogés ne comprennent pas son intérêt pour cet épisode vieux de plus de cinquante ans alors que tous les jours, sous les yeux mêmes du dessinateur reporter, se poursuit la tragédie. Entre deux témoignages, Joe Sacco ne peut faire autrement que de nous parler du présent, des bombardements, des maisons rasées et de cette vie qui continue malgré tout. Un album dense, parfois âpre, mais nécessaire qui a demandé à Joe Sacco six années de travail et d'investigations ! E.G.

Festival Des planches et des vaches 9e édition...

Le 9e festival de bande dessinée Des Planches et des Vaches se déroulera les 3 et 4 avril prochains sur le site de La Fonderie à Hérouville-Saint-Clair. Sous la présidence de Christian De Metter, plus de 40 auteurs seront accueillis, parmi lesquels Boiscommun, Bourgne, Djian, Efix, Félix, Floc'h, Kokor, Margerin, Tieko, Diaz Canales, Crossley... Outre les incontournables séances de dédicaces et les remises de prix, le public pourra participer à des ateliers BD, assister à des performances graphiques,  visiter les divers stands (librairie, fanzine...) et découvrir une exposition sur Christian de Metter réunissant plusieurs planches originales de ses albums Shutter Island, Marylin ou encore L'oeil était dans la tombe. Et en ouverture, le 2 avril à 20h00 au BBC : le concert de Bijou SVP ! E.G.

+ d'infos sur le site www.planchesetvaches.com

Happy slapping, de Jean-Philippe Peyraud et Marc Villard. Editions Casterman. 17 euros.

Cécile va bientôt avoir 25 ans. Une jeune femme en apparence bien dans ses baskets. En apparence seulement ! Car Cécile a des blessures profondes, très profondes... Mais comment se plaindre quand  tous les soirs on croise la détresse la plus totale sur les trottoirs de Paris ? Cécile travaille au Samu social. Et son quotidien ressemble à ce visage de grand mère virée de chez elle par ses propres enfants et condamnée à dormir dans la rue... Ou à celui de cet homme qui s'est fabriqué un abri fait de tôles et de planches le long du périphérique. Pas franchement gai ! Alors, histoire d'extérioriser un peu ses blessures, Cécile s'arrête parfois chez les Addicts anonymes. "Je m'appelle Cécile et j'ai commencé la coke à dix-huit ans. Ma mère est morte quand j'étais gosse...". Définitivement pas gai ! Ajoutez à celà un père lui aussi décédé ou, plus exactement, qu'on a voulu faire croire décédé, et qui est SDF quelque part dans Paris. Depuis dix ans ! Avec le Samu social, Cécile essaie de reprendre l'histoire de sa vie là où elle s'est arrêtée. Avec l'espoir un jour de retrouver ce père...

Après la série Premières chaleurs et l'album Quand j'étais star, parus chez Casterman, Jean-Philippe Peyraud signe ici l'adaptation d'un polar, Bird, publié en octobre 2008 par l'écrivain Marc Villard aux éditions Joëlle Losfeld. 80 pages en noir et blanc qui nous entraînent dans le Paris nocturne, celui des SDF et des paumés, des misérables et des laissés-pour-compte, avec au coeur du récit cette jeune femme à la recherche de son père et le meurtre - sordide - d'un SDF par un jeune bourgeois qui sera protégé par son père, un homme politique alors en pleine campagne électorale. Noir, très noir ! E.G.

Mince alors ! A la recherche du petit poids, de Carol Lay. Editions Delcourt. 16,50 euros.

Après le printemps vient l'été. Enfin... logiquement. Plus que quelques mois donc pour maigrir et faire bonne figure sur les plages. Mais comment faire ? Telle est la question que nous nous posons tous, ou toutes, un jour ou l'autre et à laquelle Carol Lay semble avoir trouvé une réponse. Lorsqu'elle tombe, à plus de quarante ans, sur une photo d'elle, cette auteure américaine comprend que toute sa vie elle a pesé 12 kilos de trop. Malgré les différents régimes, malgré les consultations d'hypnotiseurs et malgré les cures de pilules pour maigrir. Bref, c'est le déclic et dès lors, Carol Lay n'aura de cesse de chasser les kilos en trop en faisant de l'exercice et, surtout, en comptant la moindre calorie avalée. Un combat de tous les jours qu'elle nous relate dans ces pages d'une originalité, d'une fraîcheur, d'une drôlerie, d'une légèreté tout à fait admirables. Cerise sur le gateau, ou plutôt cerise sur le légume, Mince alors ! propose une trentaine de recettes adaptées au public français et des conseils pour une alimentation saine et équilibrée. Une BD autobiographique à l'humour allégé que vous pouvez consommer sans modération ! E.G.

Bandonéon, de Gonzalez. Editions Dupuis. 24 euros.

Un ovni ! Ou un miracle ! Comme vous voulez. Son nom : Bandonéon, comme l'instrument. Arrivé sans prévenir, sorti sans faire de bruit. Et pourtant ! Bandonéon a tout du chef d'oeuvre, de ces livres qu'on ouvre, qu'on dévore d'un bout à l'autre et qu'on finit par refermer uniquement sous la menace ou sous la contrainte du quotidien. Faut bien aller bosser ! Mais les images sont là, pour longtemps gravées dans la mémoire. Et le récit aussi. Un récit à double entrée avec d'abord la destinée du jeune Horacio, un prodige du piano, fasciné par les musiciens de tango, par ses amis Vicente, Luis, Gordo et les autres, un prodige donc qui fera tout pour devenir quelqu'un. Même s'il doit y laisser son âme. Puis, il y a ensuite la destinée de Jorge Gonzalez lui-même, l'auteur, qui raconte dans ces pages son propre retour en Argentine, le temps d'une visite à ses amis et à sa famille. Jorge Gonzalez vit en Espagne. Présenté par l'éditeur comme un mélange de récit d'initiation, de fable politique et de journal intime, Bandonéon est en tout cas un ouvrage particulièrement riche qui parle bien évidemment de l'Argentine, de son histoire, des hommes, de la politique, de la culture, de la libertré, de l'amour, de l'immigration... le tout sur un air de tango. Publié dans un format "roman graphique" chez Dupuis, Bandonéon est une oeuvre réellement surprenante, surprenante dans le fond, mais aussi dans la forme avec une narration qui peut être tantôt classique, tantôt avant-gardiste, et un graphisme multiforme qui peut aller du croquis, jeté sur la page dans l'urgence, à quelque chose de plus abouti. Bref, Bandonéon est une oeuvre à part et une des plus marquantes de ce premier trimestre 2010 ! E.G.

New York, Bruxelles, Rome ou Venise : une nouvelle collection de city guides chez Casterman...

New York, Bruxelles, Rome et Venise... Les éditions Casterman viennent de publier simultanément quatre city guides nouvelle génération associant un grand nom du livre de voyage et un grand nom de la bande dessinée. Et le résultat est plutôt réussi, chaque ouvrage mariant intelligemment textes et illustrations, informations pratiques et invitations à l'imaginaire. Aux pinceaux, on retrouve ainsi Miles Hyman pour le guide de New York, François Schuitten pour celui concernant Bruxelles, le duo Jacques Martin - Gilles Chaillet pour Rome et, bien évidemment, Hugo Pratt pour Venise. Dans le détail, chaque guide comporte en ouverture un plan général mais aussi des repères historiques ou quelques mots de vocabulaire pour se débrouiller en toutes circonstances et, bien entendu, plusieurs propositions d'itinéraires offrant sur chacune de ces villes un regard historique, architectural, culturel, artistique ou gastronomique, parfois surprenant, toujours instructif, avec des lieux secrets pour sortir des sentiers battus, des anecdotes, des éclairages indédits... Ces guides lancés par Lonely Planet et Casterman s'inscrivent dans le cadre du développement d'un nouveau tourisme, basé sur les courts séjours. Deux autres titres sont d'ores et déjà annoncés pour septembre : Florence et Marrakech. Une belle idée ! E.G.

Dans le détail :

New York Itinéraires, de Miles Hyman et Vincent Réa.

Bruxelles Itinéraires, de François Schuiten et Christine Coste.

Rome Itinéraires avec Alix, de Thérèse de Chérisey, Jacques Martin, Gilles Chaillet et Enrico Sallustio.

Venise Itinéraires avec Corto Maltese, de Hugo Pratt, Guido Fuga et Lele Vianello.

L'Hypnotiseur, de Saenz Valiente et De Santis. Editions Casterman. 15 euros.

Monsieur Salinero, gérant du Las Violetas, petit hôtel de Buenos Aires, a vu toutes sortes d'individus franchir le pas de sa porte : des hommes mariés en quête de refuge, des représentants de commerce fatigués, même des candidats au suicide... Mais un hypnotiseur, jamais, qui plus-est un hypnotiseur insomniaque qui empêche les autres clients de dormir. Un comble ! Tous les soirs, Monsieur Arenas, l'homme en question, donne un spectacle d'hypnose dans une salle de la ville. Et même s'il ne fait pas de séances privées, sa réputation finit par attirer quelques clients jusqu'à l'hôtel, des clients à la recherche de vérité sur leur passé, sur un trésor enfoui ou un moment égaré. Au fil des jours, et des clients, se noue entre l'hypnotiseur et le gérant de l'hôtel une relation singulière...

Juan Saenz Valiente et Pablo de Santis, tous deux argentins, nous offrent ici un récit surprenant autour d'un héros qui ne l'est pas moins, hypnotiseur fatigué, insomniaque et taciturne, un héros au physique qui nous laisse supposer tout le poids d'une immense douleur enfouie. Les histoires, les décors, les textes, les couleurs...  tout est ici affaire d'atmosphère. Même les personnages qui apparaissent et disparaissent au fil des pages en nous laissant à chaque fois un peur de leur âme, ont des gueules d'atmosphère... Un univers très marqué et très personnel à découvrir au plus vite  ! E.G.

Pandas dans la brume, Dans les forêts de bambous (tome 1), de Tignous. Editions Drugstore. 13,90 euros.

Selon le WWF, les pandas ne seraient plus que 1600 dans le monde ! Mais il y aurait pire, selon le W.W.Disney, il n'y aurait plus que 101 dalmatiens. C'est du Tignous ! Informer, indigner, révolter, réveiller les consciences, l'air de rien, avec le sourire et beaucoup d'humour. Dessinateur de presse pour divers magazines (Fluide Glacial, L'Express...) et auteur de plusieurs ouvrages ( Tas de pauvres, Tas de riches, Pourquoi faire simple, On s'énerve pour rien...), Tignous manie l'humour corrosif comme d'autres manient la gravité nécessaire pour mener à bien certaines grandes causes. D'un côté l'humoriste, de l'autre le WWF, organisation scientifique traitant de sujets environnementaux aussi sérieux que le changement climatique ou le déclin de la biodiversité, et qui s'associe à ce projet de bande dessinée, l'humour pouvant être parfois, selon Serge Orru, Directeur général de WWW France, "...un bien meilleur porte-parole".  Bref, dans cet album, Tignous croque les pandas sous tous les angles et, à travers eux, le monde des hommes, un monde où la cupidité est reine... En attendant de rendre les hommes meilleurs, Tignous a peut-être trouvé la solution pour sauver les pandas : promettre aux financiers qu'ils peuvent travailler pour moins cher qu'un Chinois ! E.G.

Destins (tomes 1 à 3), de Giroud, Durand, Greiner, Collignon, Christin, Lécossois, Brahy. Editions Glénat. 13 euros le volume.

  

   

   

   

   

   

   

Attention, série fleuve en vue ! Après l'ésotérique Décalogue, dix volumes parus chez Glénat entre 2001 et 2003, le scénariste Frank Giroud se lance dans une nouvelle aventure qui devrait tenir les lecteurs en haleine pendant près de deux ans et quatorze albums. Et toujours avec ce concept singulier qui tient à faire intervenir des auteurs différents sur chaque album. 13 scénaristes et 13 dessinateurs sont ainsi prévus, chacun intervenant avec son propre style narratif ou graphique, chacun avec sa propre atmosphère, Frank Giroud surpervisant l'ensemble. Destins, c'est le nom de cette série, se propose d'explorer les différents destins possibles d'une jeune femme, en l'occurrence Ellen Baker, en fonction de ses choix. Ainsi, au fil des 14 albums, ce sont 5 destins parallèles que nous suivrons. Avec en filigrane la question suivante : quelle influence nos choix ont-ils sur notre destin ? Tout commence à Houston. Ellen et son ami Greg braquent une banque mais l'affaire tourne mal. Greg est tué, Ellen doit fuir et se faire oublier. Elle part pour l'Angleterre où elle se réfugie dans l'humanitaire. Jusqu'au jour où son passé la rattrape. Ellen doit alors faire un premier choix très difficile... Action et suspense sont au rendez-vous de ces trois premiers albums qui augurent d'une très grande série. E.G.

Dans le détail :

Le Hold up, Destins (tome 1), de Giroud et Durand.

Le fils, Destins (tome 2), de Giroud, Greiner et Collignon.

Le Piège africain, Destins (tome 3), de Giroud, Christin, Lécossois, Brahy.

Pip et Norton, de Dave Cooper et Gavin Mclnnes. Edtions Delcourt. 13,95 euros.

Pour imaginer les aventures de Pip et Norton, il faut s'appeler Dave Cooper et Gavin Mclnnes ! Respectivement dessinateur et scénariste, les deux hommes nous entraînent ici dans une suite d'aventures totalement déjantées avec pour héros, ou plus exactement pour anti-héros, un duo composé d'une espèce d'abeille non répertoriée par les scientifiques et d'un homme-tronc en lévitation permanente. Ils sont laids, ils sont nuls, ils sont bêtes et totalement obsédés par l'argent et le sexe. Et attention, ils débarquent à Paris où ils vont croiser quelques vieilles connaissances comme Moébius, Robert Crumb et... le couple Sarkozy-Bruni. Inévitable ! Pour les amoureux du style cartoon à la sauce punk ! E.G.

Balade balade, de Kokor. Editions Vents d'Ouest. 12 reuros.

Pas facile de vendre une planète ! Alors, quand un acheteur potentiel se présente, ses moindres volontés sont des ordres. Même s'il désire faire le tour du propriétaire à cheval, plutôt qu'en hélicoptère, pour pouvoir admirer au plus près les 46000 hectares de terre encore industrialisable, les 8000 hectares de grands cru ou encore les 18000 hectares de forêt. Une belle balade et une belle affaire. Une très belle affaire même, selon le négociateur. Mais bien sûr, tout ceci n'est que pure fiction, un feuilleton radiophonique diffusé sur Radio-Variétés et écouté par des milliers d'auditeurs...

C'est drôle, c'est loufoque, c'est poétique... C'est du Kokor, du grand Kokor même que nous proposent de retrouver les éditions Vents d'Ouest avec cette réédition de Balade Balade dans un format "roman graphique" plutôt agréable et pratique.  Les planches sont réduites mais l'aventure, elle, est toujours aussi grande ! E.G.

L'hommage aux Tuniques Bleues, de Lambil et Cauvin. Editions Dupuis. 25 euros.

Le saviez-vous ? C'est pour parer au départ de Morris des éditions Dupuis, et donc de son fameux héros Lucky Luke, que sont nées Les Tuniques Bleues ? C'était en 1968. Morris rejoignait alors les éditions Dargaud pour poursuivre les aventures de l'homme qui tire plus vite que son ombre. Raoul Cauvin et Salvérius (décédé en 1972 et remplacé par Lambil) se lançaient dans le western historico-comique avec deux personnages aujourd'hui légendaires, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield. Quelque quarante années d'aventures et cinquante-trois albums plus tard, la série des Tuniques Bleues est devenue une pièce maîtresse du  Neuvième art et qui plus-est, avec son côté anticonformiste, un élément fondateur de la bande dessinée contemporaine menée par des auteurs tels que Blutch, Larcenet... Cet ouvrage, paru à l'occasion de l'exposition Tuniques Bleues présentée au dernier Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, réunit des planches-hommages signées par quelques pointures ( Blutch, Conrad, Clarke, Larcenet, Zep, Laudec...) et une longue interview de Raoul Cauvin et Willy Lambil dans laquelle les deux compères abordent la naissance de la série, l'évolution du graphisme, la documentation... Un album indispensable pour tous les fans ! E.G.

Rencontre avec Tébo, auteur de Cosmik Comiks, septième volet des aventures de Samson et Néon paru aux éditions Glénat...

 
  
Un septième volet de Samson et Néon dans les bacs, l'album In Pipi véritas annoncé pour mars, un cinquième Captain Biceps sur la table de travail et des adaptations en dessin animé actuellement diffusées sur France3... Bref, il y a suffisamment de raisons pour que nous ayons eu envie de poser quelques petites questions à Tébo. Cinq questions pas plus, car l'homme est très occupé même s'il sait rester disponible et accessible... 
 
Vous êtes vraiment caennais ou c'est la seule ville qui a accepté de vous accorder un visa ?
 
Tébo. Je suis né à Caen et je vais mourir à Caen. Et ma maman m'a interdit de déménager de cette ville... Je suis un enfant très obéissant... 
 
Néon, extraterrestre rose, Captain Biceps, super-héros à la combinaison rouge et jaune... Vous n'en avez pas assez de dessiner des héros improbables ? N'auriez-vous pas envie de faire des albums un peu plus sérieux ? Des autobiographies, des BD-reportages ou même des livres de poésie ? Quel regard portez-vous sur la BD ?
 
Tébo. J'adore les héros improbables. Je viens de finir d'écrire un scénario pour Nicolas Kéramidas (dessinateur de Luuna, Donjon et Tyko des sables) qui parle d'Alice au Pays des merveilles qui se retrouve téléportée dans une jungle où tous les singes l'appellent Tarzan. Je pense continuer à faire des albums peu sérieux tout au long de ma vie et de ma carrière... Mais j'ai encore un paquet d'idées et de scénarios dans mon cabas et j'ai envie de réaliser des histoires d'horreur, de science fiction, de polar et d'heroïc fantasy. Par contre, je n'ai rien dans mes poches pour l'autobiographie, la bd-reportage et le livre de poésie. J'ai toujours un regard d'enfant quand je lis de la BD. J'en lis tous les soirs avant de me coucher. J'espère que le format papier existera encore longtemps.
 
Deux séries qui connaissent le succès, dont une réalisée avec Zep, deux adaptations pour la télévion... Vous êtes plutôt du genre à avoir la grosse tête, les chevilles qui enflent ou les doigts qui démangent ? Comment vivez-vous le succès et comment l'expliquez-vous ?
 
Tébo. Ce sont mes héros qui sont des stars. Moi, je suis un inconnu... On ne me reconnait pas dans la rue, les filles ne m'envoient pas leurs slips... Auteur de BD, c'est pas très rock. Donc, non, je n'ai pas la grosse tête. Avoir des séries qui marchent est vraiment agréable et surtout rassurant pour l'avenir. J'ai toujours eu peur de ne plus avoir de boulot dans la BD. Plus maintenant (enfin, pas pour cette année). J'ai des demandes d'éditeurs qui veulent travailler avec moi (généralement, c'est plutôt l'auteur qui demande à l'éditeur) ainsi que des producteurs de séries animées qui me demandent de leur trouver des concepts pour des futurs projets. Sinon, je n'explique pas le succès d'une série... Je ne fais pas d'étude de marché sur les lecteurs pour savoir de quoi va parler mon prochain album. Je travaille dur pour que les lecteurs aient du plaisir à lire mes albums tout en ayant du plaisir à les réaliser.
 
Sincèrement, pouvez-vous nous dire où vous allez chercher tout ça ? Quelles sont vos influences, vos inspirations ? Croyez-vous donner une bonne image aux enfants ? Que vous disent-ils quand ils vous croisent sur les festivals ou ailleurs?
 
Tébo. Ce n'est pas très simple d'expliquer d'où viennent les idées... Je pense que c'est une mécanique, une habitude que l'on a (et que l'on travaille) depuis tout petit. Depuis que je sais tenir un crayon, j'ai toujours inventé des personnages, des monstres, des héros. Une fois le personnage créé, je leur inventais une vie, des ennemis, des aventures. On commence par des histoires simples qui au fil du temps deviennent plus complexes, plus abouties. En bref, ça ne me tombe pas tout cuit sur la page blanche, je bosse ! Mes influences lorsque j'étais enfant et ado, il y en a eu plusieurs : Jack Kirby (créateur de Hulk, Les 4 fantastiques, Captain America...), Gotlib (Rubrique-à-brac...), Franck Margerin (Lucien) et Liberatore (Ranxerox). Savoir si je suis une bonne image pour les enfants ? Boah !! Je veux juste être une cour de récréation pour eux. Ce qui est drôle, c'est que l'image de la BD a changé auprès des parents. A mon époque, elle était mal vue. Maintenant, les parents me remercient durant les festivals car leurs progénitures ont pris goût à la lecture. C'est plutôt un beau compliment de leur part. Tandis que les enfants sont généralement intimidés lorsqu'ils me voient et ne me décrochent pas un mot (les parents sont les premiers surpris). Mais si les mêmes gamins viennent me voir avec un copain, ça devient la nouba ! C'est à celui qui parlera le plus fort pour me raconter ce qu'il a aimé dans l'album. J'ai vraiment un super public !
 
Quels sont vos projets pour tout à l'heure, demain et après-demain ?
 
Tébo. J'ai commencé le tome 5 de Captain Biceps avec mon ami Zep au scenario. Je suis l'invité d'honneur du festival de Pau (qui a lieu du 2 au 4 avril) et du festival de BD de Caen (Bulles en folies les 19 et 20 juin). Je dois leur fournir des idées et  réaliser leurs affiches. Je vais me lancer dans la création (scenario et dessin) d'une nouvelle série pour la télévision avec mon ami Tehem (auteur de Zap collège et de Malika Secouss) et écrire un polar un peu fantastique avec de l'action dedans pour mon ami Jérome d'Aviau (auteur de Inès et de Ange le terrible). Peut-être qu'après je prendrai deux jours de vacances avec ma femme et mon fils.

Propos recueillis par Eric Guillaud le 4 mars 2010.

  

Retrouvez la chronique de l'album ici !

  

Cosmik Comiks, Samson et Néon (tome 7), de Tébo. Editions Glénat. 9,40 euros.

Un extraterrestre rose ! Vous en avez déjà vu, vous ? Moi, non. Des verts, oui. Des bleus, parfois. Des roses, jamais. Passons sur ce détail ! Celui-ci s'appelle Néon, comme les lampes, et est accompagné en permanence d'un petit garçon, un humain, répondant au doux nom de Samson. Comme Samson et Dalila. Mais sans Dalila. Enfin bref, Néon et Samson, ou l'inverse, sont de retour. Mais pour quoi faire me direz-vous ? Très bonne question à laquelle je vais m'empresser de ne pas répondre et simplement citer nos deux héros qui dès la première page de cet album parlent d'aventures qui puent - éloignez les enfants - le "trou de balle". C'est classe ! En même temps, c'est vrai. Entre Michel, énorme monstre jaune et flasque recouvert de pustules vertes, le roi Sub-sub à la machoire proéminente, Bueearrg le bien nommé, gros bébé orange avec des dents de rhinocéros, ou encore la gelée mutante, le dentier de mamie, le parasite bleu (tous des seconds rôles remarquables par ailleurs ! )...  bref, nos deux héros ne vont pas pouvoir faire dans la dentelle. Et dire que le responsable de toutes ces horreurs est caennais ! Son nom ou plus exactement son nom de code : Tébo. Un récidiviste. Hormis les aventures de Samson et Néon, qui comptent d'ores ert déjà 7 volumes, l'homme est à l'origine, avec Zep au scénario, des super-aventures de Captain Biceps (4 tomes au compteur) et de quelques ouvrages plus ou moins recommandables tels que Comment dessiner ? ou In Caca Veritas.  Bref, un auteur qui déborde d'énergie, d'imagination et d'humour. Et ne cherchez pas dans ces pages un quelconque message ou la moindre leçon de morale, il n'y en a pas. Ca fait simplement du bien aux zygomatiques et, par les temps qui courent, c'est déjà beaucoup ! E.G.

Retrouvez une interview de Tébo ici même

L'info en +

Les aventures de Samson et Néon ont été adaptées en dessin animé pour la télévision. Elles sont diffusées sur France 3 depuis janvier 2010. La série compte 78 épisodes de 7 minutes chacun. L'un d'entre eux vous est offert en DVD avec l'album. Merci qui ?

Une Piscine pour l'été, On dirait le sud (tome 1), de Cédric Rassat et Raphaël Gauthey. Editions Delcourt. 14,95 euros.

Eté 1976, dans une petite ville ouvrière du centre de la France. Il fait chaud ! Terriblement chaud. Et rien à l'horizon ne semble annoncer une quelconque amélioration. Les gens de la météo ont même prévenu qu'il fallait s'attendre à vivre l'un des étés les plus caniculaires du siècle. C'est bien simple, on dirait le sud, un temps à ne pas traîner dehors. Pourtant, dans une DS noire stationnée en plein soleil, deux hommes en costume cravate attendent . Ils attendent... et suent à grosses gouttes ! Mais ils ont une bonne raison pour celà. Ils ont rendez-vous avec Max Plume, syndicaliste apprécié de tous pour son honnêteté et son intégrité. Ils veulent lui proposer une mission assez particulière : sélectionner les heureux élus d'un dégraissage économique massif. Autrement dit, aider la direction à licencier les petits camarades de l'usine, en commençant par les moins méritants, peut-être même par les malades. Quoiqu'il en soit, il va y avoir un plan social dans la ville et il n'en fallait pas plus pour que les esprits s'échauffent...

Même si l'endroit ne ressemble pas exactement à la Louisiane ou à l'Italie, avec du linge étendu sur les terrasses, comme le chantait si bien Nino Ferrer, Cédric Rassat et Raphaël Gauthey ont réussi à envelopper la petite ville ouvrière dans laquelle se déroule l'action d'une atmosphère suffocante, accablante, étonante de réalisme, si bien qu'on dirait vraiment le sud. Nous sommes en 1976 et les années d'insousiance des trente glorieuses vont définititvement laissées place aux années giscardiennes, celles de la crise pétrolière, du chômage, des fermetures d'usines... Avec un graphisme original, des textes qui sonnent justes et une narration simplement efficace, les auteurs brossent le portrait d'une France qui a disparu, du moins en partie, une France un peu désuète mais pleine de charme, qui s'interrogeait encore sur l'utilité de maintenir la peine de mort, une France où les enfants n'étaient pas skotchés en permanence devant les écrans de console, d'ordinateur ou de télévion, une France qui se retrouvait au Sporting, le bar du coin, pour parler de tout et surtout de rien. Suite et fin dans le second volet ! E.G.

Les enfants d'ailleurs, toi+moi.org, Trop top Linotte... Quelques albums en bref !

 Publiées en album à partir de 2007, les trois premières aventures des Enfants d'ailleurs viennent d'être rééditées dans une intégrale intitulée L'Autre monde. Bannister, au dessin, et Nykko, au scénario, y mettent en scène quatre copains, Rébecca, Maxime, Théo et Noé, qui découvrent par hasard le passage vers un autre monde dont ils vont devenir les prisonniers et dont ils vont essayer, tout au long de ce premier cycle, de séchapper. Un récit fantastique au graphisme très agréable et aux textes adaptés pour les enfants à partir de 6 ans.

L'amour en quelques clics ! C'est ce que nous proposent de vivre Fred Jannin et Gilles Dal dans ce nouvel opus intitulé toi+moi.org. Vous vous en doutez, les deux compères, auteurs précédemment de l'album 300 millions d'amis qui abordait avec humour les réseaux sociaux, décortiquent ici les sites de rencontres sur internet et se moquent gentiment de nos contemporains qui espèrent y trouver l'âme soeur sans avoir à sortir de la maison. D'ailleurs, mieux vaudrait pour certains ne pas avoir à se montrer, à se rencontrer, comme Musclor-bouche-de-feu et Josiane-soif-d'absolu qui n'ont pas franchement le physique de leur pseudo. Mais l'amour rend - parfois - aveugle !

Pour finir, un album pour les enfants et plus particulièrement pour les filles passionnées d'équitation ! Linotte, personnage apparu dans les pages du journal Les Petites sorcières, vit désormais des aventures en bande dessinée, toujours sous la plume joyeuse de Catel qui se partage plus que jamais et mieux que jamais entre les ouvrages pour les petits et ceux pour les grands (Kiki de Montparnasse, Léo et Léa, Rose Valland, capitaine Beaux-Arts, Dolor...). Trop top Linotte permet de retrouver l'univers familier de la jeune Linotte, son école, ses copains et copines, sa maison, ses parents et surtout Pimpon, son inséparable poney. C'est frais et charmant ! E.G.

Dans le détail :

Intégrale Les Enfants d'ailleurs (premier cycle), de Bannister et Nykko. Editions Dupuis. 15,50 euros.

Toi+moi.org, de Jannin et Dal. Editions Dupuis. 9,95 euros.

Trop top Linotte (tome 1), de Catel, Bouilhac et Peignen. Editions Dupuis. 9,95 euros.

Largo Winch 20ème anniversaire (diptyques 1 et 2), de Jean Van Hamme et Philippe Francq. Editions Dupuis. 22 euros le volume.

   

  

  

  

   

  

  

Que faisiez-vous il y a vingt ans ? Peut-être veniez-vous d'acheter le premier volet d'une nouvelle série signée Francq et Van Hamme, intitulée Largo Winch. Peut-être alliez-vous l'ouvrir, le lire et tomber définitivement sous le charme du nouveau personnage mis en scène ici, un aventurier pas comme les autres qui allait devenir le plus gros milliardaire de la planète BD en héritant d'un immense empire financier : le groupe W. Des moments comme ceux-ci ne s'oublient pas. Impossible ! C'est comme découvrir un secret de famille enfoui depuis des lustres. Ou avoir la révélation de sa vie : oui, la bande dessinée franco-belge pouvait ressembler à ça ! Un mélange d'action, d'aventure, de glamour, d'intrigues politico-financières... Un bonheur ! Vingt ans et seize albums plus tard, la série est devenue un phénomène d'édition avec des tirages dignes des meilleurs best-sellers, une adaptation télé ( le DVD des épisodes 1 à 20 doit sortir le 3 mars prochain!) et une adaptation au cinéma de Jérôme Salle avec Tomer Sisley et Kristin Scott Thomas dans les rôles principaux. Bref, Largo Winch est aujourd'hui une pièce maîtresse du patrimoine culturel, pas seulement BD, une pièce maîtresse qui vaut de l'or ! Justement, à l'occasion de son vingtième anniversaire, les éditions Dupuis offrent au public un magnifique cadeau, une réédition des aventures de Largo en huit diptyques, en tirage limité et dans une luxueuse édition Gold qu'on pourra ranger à terme dans une malette, tels de précieux lingots d'or. Cerise sur le gateau, chaque diptyque propose un dossier autour de la genèse et de la conception de cette série culte. Les deux premiers volumes sont sortis fin janvier. Le troisième est attendu pour le 15 mars. Somptueux ! E.G.

Jessica Blandy, Le Choucas, Jérôme K. Jérôme Bloche, Ethan Ringler, Docteur Poche, Spirou et Fantasio... Des intégrales comme s'il en pleuvait !

C'est bien simple, depuis quelques temps, il est impossible de détourner la tête plus de deux secondes sans que de nouvelles intégrales surgissent sur les étagères de nos libraires préférés. L'occasion de nous replonger dans quelques séries phares du Neuvième art et de vider définitivement nos comptes en banque...

A tout seigneur, tout honneur, commençons par les stars incontestées de la bande dessinée franco-belge : les légendaires Spirou et Fantasio. Le neuvième volume de l'intégrale qui doit réunir à terme toutes leurs aventures dans l'ordre chronologique vient de sortir avec, au menu, des oeuvres signées Jean-Claude Fournier. Moins connu que le Maître André Franquin, précédent animateur de la série, et peut-être moins apprécié par une certaine frange d'aficionados de la BD, Jean-Claude Fournier a tout de même écrit neuf grandes aventures, publiées en album entre 1970 et 1980, ainsi qu'une tripotée de récits courts parus dans le journal Spirou. Trois volumes de cette intégrale seront consacrés à ce Breton pure souche. Le premier réunit les aventures Le Faiseur d'or, Du glucose pour Noémie, L'Abbaye truquée et plusieurs autres récits courts, inédits en album. Si Le Faiseur d'or porte encore la marque Franquin, notamment à travers le Marsupilami qu'il a continué à dessiner ici, très vite, Jean-Claude Fournier va imposer son style et provoquer une rupture en imaginant de nouveaux personnages et en ajoutant une touche de poésie et de fantastique. A l'instar des précédents volumes de l'intégrale, celui-ci contient un dossier d'une vingtaine de pages dans lequel l'auteur revient sur son parcours avec de nombreuses illustrations, photos et documents.

    

    

   

  

  

  

  

  

Le noir en pleine lumière ! Les éditions Dupuis lancent toute une série de nouvelles intégrales petit format autour de quelques bons polars maison. Entre Jessica Blandy, Ethan Ringler, Le Choucas, Jérôme K. Jérôme Bloche et Kogaratsu, chacun devrait trouver chaussure à son pied. Et si vous hésitez, je ne saurais que trop vous conseiller de débuter par Le Choucas et Jérôme K. Jérôme Bloche, deux personnages aux antipodes l'un de l'autre mais deux personnages essentiels, plein de charme et de caractère. Chacune de ces intégrales réunit entre 3 et 5 aventures ainsi qu'un bonus : portfolio, histoire courte inédite ou interview des auteurs.

"Wasterlain est un des plus grands auteurs que je connaisse. Un style, une poésie, une facilité, une qualité de transposition dans le dessin... C'est bien simple, si je pouvais choisir, je choisirais de dessiner comme Wasterlain". Ces quelques mots particulièrement élogieux le deviennent plus encore lorsqu'on en connaît l'auteur. Et cet auteur est... l'immense André Franquin ! Et c'est vrai, ce dernier admirait réellement le travail de Wasterlain, disciple de Peyo, qui, se trouvant à l'étroit dans le style "gros nez", va tenter d'apporter - avec succès - un peu de fraîcheur et de modernité. Comme l'écrit l'éditeur en ouverture de cette intégrale, les aventures de Marc Wasterlain offraient "...un mélange d'aventure humoristique classique, de poésie, de fantaisie, de fantastique et de générosité.". C'est au milieu des années 70 que son personnage fétiche, Docteur Poche, apparaît pour la première fois dans les pages du journal Spirou. Signe particulier : son nez. Pas rond, plutôt fin et long. Un nez qui fera dire à Jijé : "... un nez comme cela, c'est un trait esthétique qui ne correspond à rien".  Pourtant, avec ce nez, son style graphique et sa façon de raconter, Wasterlain va s'imposer et influencer nombre d'auteurs comme Yslaire. Dans ce très beau premier volume de L'Intégrale Docteur Poche, sont réunies les trois premières grandes aventures en version restaurée ( Il est minuit Docteur Poche, L'Ile des hommes-papillons et karabouilla) ainsi que des récits inédits et un dossier avec dessins, esquisses, croquis, photos... E.G.

  

Dans le détail :

- Intégrale Spirou et Fantasio (volume 9), de Fournier. Editions Dupuis. 19 euros.

- Intégrales petit format Jessicca Blandy, Ethan Ringler, Le Choucas, Jérôme K. Jérôme Bloche et Kogaratsu. Editions Dupuis. de 18 à 27 euros.

- Intégrale Docteur Poche (volume 1), de Wasterlain. Editions Dupuis. 24 euros.

Rencontre avec Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro, auteurs du magnifique album Championzé paru aux éditions Futuropolis.

  

Eddy Vaccaro et Aurélien Ducoudray viennent de réaliser Championzé, la biographie du boxeur Amadou M'Barick Fall, dit Battling Siki, premier Français champion du monde... noir. Magnifique dans la forme, étonnant et instructif dans le fond, nous avons souhaité poser cinq questions aux auteurs, histoire d'en savoir un peu plus sur eux et sur leur album... 

  

Comment vous est venue l'idée de réaliser cette biographie de M'Barick Fall ?

 Aurélien Ducoudray. En fait, je suis tombé sur la vie de Siki complètement par hasard. C'est en feuilletant une épaisse encyclopédie de la boxe à la recherche d'infos sur le celèbre champion noir americain Jack Johnson ( accusé lui aussi de tricherie dans son combat contre le sympathique fermier blanc Jeffries !!) que je suis tombé sur une note de bas de page renvoyant à une note de trois lignes, à la fin de l'encyclopédie, au chapitre des combats truqués ! Cette note disait en tout et pour tout : cas identique en France pour le match entre le franco-sénégalais Battling Siki et l'idole Georges Carpentier... Après cette réponse en forme d'énigme, il ne restait plus qu'a suivre la piste !!

Eddy Vaccaro. Luc Brunschwig (Directeur de collection de Futuropolis à l'époque) m'a proposé le scénario d'Aurélien et j'avais une amie qui venait d'apprendre qu'elle était la descendante de Battling Siki (rousse à la peau blanche je précise). Un signe du destin, je n'ai pas pu dire non haha !

Etes-vous avant tout des passionnés de boxe, des amoureux du continent africain ou des fans du genre biographique ?

 A.D. Passionné de boxe oui, mais pas érudit !! Je connais les grandes histoires, Ali, Cerdan, Jack Johnson et tous les autres grands champions, mais juste en amateur ! Par contre, du continant africain, complètement amoureux !! Mon premier métier ( photographe de presse) m'a amené a parcourir quelques pays africains ( Sénégal, Mali, Burkina, Togo, Bénin...) pour réaliser de nombreux reportages ( les albinos au Sénégal, la mendicité dans les ecoles coraniques, le Dieu football, le systeme scolaire...) et l'occasion d'accompagner la vie de Siki a été comme un vrai voyage de retour ! J'ai pu y glisser tout ce que j'aime de l'afrique ! C'est a dire tout ! L'Afrique , c'est simple, elle est tellement généreuse qu'on est obligé de tout prendre !! Avec Championzé, c'était un peu aussi une façon de lui redonner quelquechose, un fils perdu, peut être...

E.V. Je ne suis pas du tout passionné de boxe, en revanche j'ai toujours aimé le sport, le pratiquer aussi, pour le plaisir et le dépassement de soi. Mais avec Battling Siki, c'est plus l'histoire d'un homme qui m'intéresse, le contexte social, l'immersion dans son monde, ses joies, ses peines, ses doutes, ses forces... Donc oui, j'aime bien les biographies ou le décorticage de la vie d'un personnage ou d'une époque. J'adore par exemple les émissions radio comme 2000 ans d'histoire ou Rendez-vous avec X sur France Inter. Et j'ai dévoré en une seule fois le livre de Jean-Marie Bretagne sur Battling Siki ! Pour l'Afrique, c'est différent, j'ai depuis plusieurs années l'envie d'y aller et je me suis découvert la passion de la dessiner ! D'ailleurs, on a un projet de BD sur l'Afrique avec Aurélien.

Et pour vous Aurélien, la priorité était de dresser le portrait d'un grand champion de boxe ou de brosser le tableau d’une société, d’une époque, d’une mentalité ?

Aurélien Ducoudray. En fait, le portrait de l'époque s'est imposé de lui même, la seule certitude que l'on avait sur Siki est qu'il était noir et sénégalais !! Toutes les autres informations sont doublées, voire triplées par des informations contraires !! Au final, on se retrouvait devant une histoire en forme de baobab : le tronc, c'était Siki, et les centaines de branches, c'était le ressentiment des témoins de l'époque ! On a décidé de ne rien couper !! Je pense que l'histoire de Siki est indissociable de son époque, celle d'un racisme larvé, quotidien, quasi normal et totalement accepté... souvent employé dans les articles de presse sous la forme de l'humour... un humour qui pourrait être drôle s'il n'était pas nauséabond, de la tête de nègre a la salle noire de monde, aux policiers bêtes noires de Siki !! En même temps, on a choisi de ne pas taper avec une massue sur les gens de l'époque,en les dépeignant comme d'horribles racistes caricaturaux. Leurs propos sont utilisés dans le contexte de l'époque. Ils correspondent a un moment de l'histoire, a une mentalité donnée, qui j'espère n'existe plus... J'espère... Pourtant, je pense qu'il existe encore des milliers de Siki de nos jours,  plus dans le domaine de la boxe mais dans celui du travail : quand on voit par exemple la difficulté pour obtenir un entretien d'embauche quand on a une couleur de peau un peu trop foncée, ou une adresse un peu trop HLM...

Le graphisme est très particulier, oscillant entre le réalisme généralement utilisé dans les biographies et l’humoristique un peu « à l’ancienne ». C’est un choix délibéré et assumé ou il s’agit tout simplement du style graphique d’Eddy. Quelle technique avez-vous d’ailleurs utilisé ?

E.V. J’ai travaillé avec des crayons plus ou moins gras, un peu d'encre et beaucoup de correcteur blanc que j'utilise comme de la peinture blanche (c'est pratique et il n'y a pas à tremper le pinceau). C'est une technique rapide qui permet de retranscrire une variété très large d'ambiances ou des sensations avec le maximum de rapidité.  Pour les "Gueules" des personnages ou certaines illustrations, c'est effectivement mon style naturel auquel j'ai ajouté l'influence des journaux d'époque, Le Miroir devenu Le Miroir des sports après la 1ère guerre mondiale, La Baïonnette, le journal des tranchées, et un journal sur la boxe des années 20. J'y ai découvert des illustrateurs (notamment Gus Bofa) qui ressemblent pas mal à ce qui peut se faire dans la BD actuelle et même qui en sont des influences assumées.

 A.D. Le  côté cartoon est complètement voulu car je trouve qu'il sert les personnages, les expressions sont tout de suite reconnaissables et je trouve que c'est un joli pied de nez que de se servir des icônes graphiques de l'époque pour justement en dénoncer le coté banania !!

Quelles sont vos influences, vos envies ?

 A.D. Mes influences ? Toutes les bonnes histoires racontées par n'importe qui sous n'importe quelle forme !! Film romans, BD, articles de journaux, tout ! Et sans prétention, Godard a coté de Godzilla, d'obscurs cineastes russes au dernier film d'horreur anglais !! Tout est bon a prendre ! Après, côté envies, nous allons nous atteler a deux nouvelles biographies de boxeurs chez Futuropolis ! Celle de Young Perez, un Juif tunisien français champion du monde de boxe dans les années 30 qui fut déporté a Auschwitz, et celle de Primo Carnera, ancien lutteur de foire devenu symbole du fascisme italien sous Mussolini et devenu champion du monde de boxe en ayant  truqué tous ses combats !! Et pour ceux qui ont apprécié Championzé, jetez vous sur le livre de Jean-Marie Bretagne, Battling Siki, qu'on remercie au passage pour ces nombreuses informations !

E.V. Je lis peu mais j'aime beaucoup le roman graphique en noir et blanc ou couleur. Je n'aime pas trop la BD avec beaucoup d'effets graphiques. je trouve que certaines histoires manquent vraiment de fond, voilà, j'ai besoin de fond, de sens, pas de "délire de djeuns!". Là je vais me faire traîter de vieux réac haha ! J'apprécie vraiment une certaine "école italienne" avec des auteurs qui développent leur travail de manière très personnelle, avec un grande maîtrise et un belle élégance poétique ( Gipi, Manuele Fior, Mattoti, Gabriella Giandelli...). Et puis des peintres aussi, Gauguin, Turner, Alechinsky, Matisse... Mon envie principale est de raconter des histoires avec du fond et de développer petit à petit un style personnel qui évoluera avec mes expériences, ma vie. Pour l'instant j'ai encore l'impression d'appartenir à une école que certains appellent "la nouvelle BD française" et ou la "BD indé" mais qui n'est plus si nouvelle, ni indépendante.

Propos recueillis par Eric Guillaud le 11 février 2010.

Retrouvez la chronique de l'album ici

Championzé, de Vaccaro et Ducoudray. Editions Futuropolis. 20 euros.

Saint-Louis du Sénégal, à l'aube du XXè siècle. Amadou M'Barick Fall est un gamin pour le moins vif et rusé. Au point de se faire remarquer et embaucher par deux jeunes artistes hollandaises de passage dans le pays. Avec elles, Amadou M'Barick Fall rejoint la France et découvre le monde du théâtre. Habillé comme un bourgeois européen, il monte sur scène pour réciter des poèmes et, bien souvent, se faire huer et traiter de singe par des spectateurs survoltés. Mais ce n'est pas sur les planches qu'il va se faire un nom. C'est sur les rings. Car, au hasard des rencontres, M'Barick Fall devient boxeur. Et pas de ces boxeurs d'opérette. Non, M'Barick Fall, que l'on va surnommer Battling Siki, sera le premier Français champion du monde de boxe... noir ! C'est en 1922 qu'il conquiert ce titre en battant un autre Français, blanc celui-là, Georges Carpentier. Mais la gloire aura vite un goût amer. La société bien pensante ne peut admettre qu'un noir soit champion du monde et représente à ce titre la France. Il sera accusé de tricherie, perdra son titre avant de le récupérer, partira pour les Etats-Unis où on lui refusera un combat avec le champion américain blanc et moura sur les pavés new-yorkais de cinq balles dans la peau ! Bien sûr, ceux qui s'intéressent un minimum à la boxe connaissent Battling Siki, peut-être moins son histoire et le contexte dans lequel il a évolué. Et c'est là tout l'intérêt de Championzé. Car au-delà d'un portrait sur l'homme, Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro nous brossent dans ces pages le tableau d'une époque que l'on espère révolue. Celle du colonialisme et du racisme sans retenue. M'Barick Fall aura beau s'être illustré pendant la Grande guerre, jamais il ne sera considéré comme un Français. Publiée chez Futuropolis, Championzé est une biographie réellement passionnante qui, comme L'Enragé, le fameux diptyque de Baru publié aux éditions Dupuis en 2004, parle du milieu de la boxe en s'adressant à un public large et pas seulement aux initiés... C'est beau, c'est fort, c'est poignant et on en redemande. Ca tombe plutôt bien puisque les deux compères ont en projet deux autres biographies de boxeurs et une adaptation du Club du suicide de Stevenson... A suivre donc ! E.G.

Retrouvez ici l'interview des auteurs !

On me l'a enlevée, de Springer et Lambour. Editions Vents d'ouest. 13 euros.

C'est une histoire presque banale. Tristement banale. Et tragique ! Tout commence au milieu d'une fête foraine. La foule, les enfants qui rient et courent entre les manèges, les vendeurs de barbes à papa... et puis, soudain, des cris. Ceux d'une femme qui vient de s'apercevoir que le landau qu'elle pousse est vide. Désespérément vide ! Sa fille, Lola, âgée de 6 mois, a disparu ! Enlevée, forcément. Aussitôt, l'alerte est donnée et des messages tournent en boucle sur les chaînes de télévision. Au bistrot du coin comme au jardin d'enfants, c'est l'abattement. Et chacun de se demander qui a bien pu faire le coup. Peut-être ce type là-bas que personne ne connaît et qui a l'air un peu louche. Ou, pourquoi pas, l'ex petit ami de Mélanie, la maman éplorée...

Après La Rebouteuse, Séverine Lambour et Benoît Springer poursuivent dans la  chronique provinciale avec ce nouveau récit qui met en scène une fois encore la France profonde, confrontée ici à un acte terrible, le rapt d'une enfant. Avec un angle particulier. On me l'a enlevée ne s'intéresse pas à l'enquête policière lancée pour retrouver la petite mais plutôt aux réactions des villageois et à l'histoire de l'un d'entre eux, une histoire racontée dans une série de flash-backs et qui va avoir une grande importance dans l'épilogue. Tout en douceur narrative, en subtilité graphique et en justesse de ton, Séverine Lambour et Benoît Springer signent ici un bel album et un voyage au coeur de la psychologie humaine ! E.G.

Trieste Bologne, Journal d'Italie (tome 1), de David B. Editions Delcourt. 14,95 euros.

C'est un journal, sans en être vraiment un. C'est une autobiographie, sans vraiment l'être non plus. Par contre, c'est du David B.. Aucun doute à ce sujet ! Le cofondateur de la maison d'édition indépendante L'Association, auteur notamment du Cheval blème (éd. L'Association), de L'Ascension du Haut Mal (L'Association), du Capitaine écarlate (Dupuis) ou encore de Par les chemins noirs (Futuropolis) s'invite ici dans un genre très en vogue, celui du journal autobiographique. Mais, vous l'aurez compris, à sa façon. "Le journal autobiographique est un genre de plus en plus pratiqué en bande dessinée...", explique David B., "et je me suis demandé comment je pourrais l'aborder à ma manière. En même temps, ma vie personnelle n'est pas assez passionnante pour être rapportée au jour le jour... Mais elle est aussi faite de mes réflexions de tout ce qui se passe autour de moi, de ce que je vois dans la rue ou des faits divers lus dans la presse. C'est comme ça que naît l'envie de raconter des histoires, et j'ai pensé que celà pouvait être un sujet intéressant. Ce journal d'Italie explique comment je construis mon imaginaire grâce à un répertoire d'idées. Il s'agit du récit de ce qui se passe dans mon cerveau plutôt que ce qui se passe dans ma vie...". Et dans le cerveau de David B., on peut y trouver une foule de choses très singulières. Plutôt que de chercher à raconter un événement particulier au quotidien, David B. préfère laisser parler son imagination et son amour pour le vagabondage. Dans les rues de Trieste ou celles de Venise, le lecteur est ainsi  invité à partir à la rencontre de lieux qui insufflent à l'auteur quelques souvenirs de lecture, comme ce quartier si particulier du ghetto de Venise qui nous ramène sur les traces de Corto Maltese (Fable de Venise, éd. Casterman), ou cette librairie avec ses livres de gangsters qui nous offrent une petite virée dans le cinéma italien et notamment dans l'univers des films sur la mafia. Bref, page après page, les histoires naissent et disparaissent au gré des rencontres, des conversations, des rêves... Un très beau voyage au coeur de l'imaginaire par l'une des plus belles et originales signatures de ce qu'on désigne comme la nouvelle bande dessinée ! E.G.

Sutures, de David Small. Editions Delcourt. 19,90 euros.

L'histoire racontée dans cet album est tout simplement effrayante. D'autant qu'il s'agit d'une histoire vraie, celle de l'auteur, David Small, et elle commence dans les années 50 à Détroit aux Etats-Unis. David est alors un petit garçon à la santé fragile avec des problèmes récurents de sinus. Son père, médecin, lui prescrit des séances intensives de radiogaphies pour le soigner. Une croyance de l'époque ! Quelques années plus tard, un kyste apparaît dans le cou de David. Kyste qui se révèle être une tumeur cancéreuse au moment de l'opération. Dans l'affaire, David perd sa glande thyroïde et une corde vocale. Plus de voix ! Mais le plus terrible dans l'histoire est certainement l'attitude de ses parents. Son père et plus encore sa mère sont des êtres froids, distants, égoïstes, avares. Murés dans un silence quasi-permanent, ils manifestent une indifférence totale aux malheurs de leur fils, sa mère lui reprochant même de coûter cher en soins... Bien sûr, David s'en sortira et entreprendra avec Sutures une véritable thérapie, livrant sur près de 300 pages en noir et blanc un récit poignant qui sera encensé par la critique et le public lors de sa sortie aux Etats-Unis et récompensé par The National Book Award. Sutures est le premier roman graphique de David Small qui offre d'habitude des univers beaucoup moins sombres. Un récit très puissant à vous nouer la gorge pour l'éternité ! E.G.

Vitesse moderne, de Blutch. Editions Dupuis. 14,50 euros.

Vitesse moderne réédité à la vitesse de la lumière ! Publié initialement en 2002, cet album complètement Blutch était réapparu en 2008, à l'occasion du vingtième anniversaire de la collection Aire Libre, dans une édition spéciale au tirage limité présentée sous jaquette.  Il est de retour en ce début d'année 2010 dans la collection Roman Aire Libre. L'album est cette fois broché et au format roman, donc réduit. Blutch, qui est le président du Festival International de la Bande Dessiné d'Angoulême 2010, nous entraîne ici sur les talons d’une jeune artiste de danse contemporaine dans une course folle à travers Paris. Une course où la vie de notre héroïne se trouve bousculée par une série de rencontres. Il y a d’abord Rudy, un de ses prétendants, violoncelliste de profession, psychopathe à ses heures, Renée, une écrivaine qui souhaite lui consacrer un livre, son père qu’elle n’a pas revu depuis des années et même Omar Shariff en conteur d’expérience érotique ou Serge Reggiani dans son propre rôle de chanteur tourmenté. Inutile de tenter ici un résumé de l’album, Vitesse moderne est à découvrir et à juger sur pièce. Une œuvre singulière, fantasque, déroutante, signée par un auteur à part dans le monde du Neuvième art, un auteur qui s'est fait un nom chez les petits éditeurs avant de rejoindre les grands, sans pour autant lâcher une once de ce qui fait son originalité, sa force, son caractère. E.G.

La BD s'en va t'en guerre et Art Spiegelman, traits de mémoire... Une nouvelle collection de DVD consacrée à la BD chez Arte Editions

Pour rendre compte de la bonne ou mauvaise marche du monde, il y avait jusqu'à présent l'écrit, le dessin, la photographie, le cinéma, la télévision... Il y a désormais la bande dessinée. Devenu depuis longtemps un art majeur, le Neuvième art ne pouvait difficilement se cantonner à la seule fiction et à l'exploration de l'imaginaire, si riche et infini soit-il. Depuis quelques années, une nouvelle voie s'ouvre à lui : le journalisme avec des récits proches du reportage, de la biographie, du témoignage historique ou du récit de voyage. Le film de Mark Daniels, publié chez Arte Editions dans la nouvelle collection Univers BD, présente les principaux initiateurs de cette nouvelle forme de bande dessinée, en s'interrogeant sur leur pouvoir, leur force émotionnelle...  Parmi les noms aujourd'hui reconnus, il y a bien évidemment Art Spiegelman avec l'immense récit Maus, paru en 1986, qui retrace la vie de sa famille pendant l'holocauste, et, quelque années plus tard, l'album singulier A l'ombre des tours mortes qui évoque l'attentat du 11 septembre 2001 et ses retombées sur le peuple américain.¨Peut-être moins connus du grand public mais tout aussi importants sont Joe Sacco (Gorazde : la guerre en Bosnie orientale, Palestine : dans la bande de Gaza...), Ted Rall (Passage afghan...), Joe Kubert (Fax de Sarajevo...) ou, plus près de nous, Marjane Satrapi (Persepolis...) et Emmanuel Guibert (La Guerre d'Alan, Le Photographe...). Chacun d'eux, dans des styles graphiques et narratifs différents, ont abordé dans leurs livres les plus grandes tragédies humaines en s'appuyant sur des recherches documentaires, des témoignages de proches ou d'amis, ou encore par une immersion en situation, comme Joe Sacco parti en en Palestine ou en Serbie, son cahier de dessins sous le bras.

Un second DVD consacré au travail d'Art Spiegelman vient d'être également édité dans la même collection. Il est signé Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck et offre un regard insolite sur cet auteur relativement avare d'interviews. Un troisième DVD est prévu courant 2010 et portera sur l'auteur Joann Sfar.

Un regard très intéressant sur un moyen d'expression et d'information particulièrement en vogue ces dernières années ! E.G.

  

Dans le détail :

La BD s'en va t'en guerre, de Mark Daniels. Arte Editions. 20 euros.

Art Spiegelman, traits de mémoire, de Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck. Arte Editions. 20 euros.

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