Bandes dessinées, livres jeunesse... Une sélection des plus belles nouveautés

Chroniques de bandes dessinées et livres jeunesse

Un enterrement de vie de jeune fille, de Bourhis. Editions Dupuis. 11,50 euros.

L'histoire commence par ce qui pourrait ressembler à un kidnapping ! Mais ce n'est pas un kidnapping, simplement une blague entre copines trentenaires. Un rite initiatique, en quelque sorte, une idée de Quitterie et Auréole pour leur amie commune, Anne, qui doit se marier dans trois semaines. Enfin devait se marier. Car, entre temps, Anne e décidé d'annuler le mariage. Un kidnapping pour rien ou presque ! Lancées dans leur élan, les trois jeunes filles se retrouvent finalement dans une maison perdue quelque part en Touraine. Là, elles vont se laisser aller : soirées bien arrosées, sorties au petit bal populaire du coin, spectacle de strip-teasers et, bien sûr, quelques confidences autour de la vie, l'amour, l'amitié…

Révélé en 2002 par le Prix Goscinny (Prix du meilleur jeune scénariste), Hervé Bourhis développe depuis cette époque une œuvre pleine de charme qui porte un regard parfois acide, toujours juste, sur notre société contemporaine. Ici, il est question de l’amour, du désamour, de la séparation, de l’amitié, du sentiment de culpabilité, de la mort, de la vie. Un road-movie de filles pour les filles… et les garçons ! E.G.

Pop-up Circus, de Lionel Koechlin. Editions Gallimard Jeunesse. 19 euros.

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant ça va commencer. Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment. 5, 4, 3, 2, 1, 0, partez, tous les projecteurs vont s'allumer et les numéros s'enchaîner...

Des numéros plus sensationnels les uns ques les autres qui vous permettront de découvrir un rhinocéros peu féroce, un éléphant bon enfant, un crocodile pas facile et une fourmi haltérophile. Mais aussi un fakir voyageur, un chat transporteur d'oiseaux et de souris, des acrobates, des tigres et des lions mélomanes... Et tous ces numéros, mesdames et messieurs, vous pourrez les contempler en couleurs et en relief, oui mesdames et messieur, je dis bien bien en couleurs et en relief dans ce sublime et surprenant livre animé signé Lionel Koechlin, auteur de livres jeunesse, peintre et affichiste . Un pop-up au graphisme et aux animations remarquables pour une plongée unique dans l'univers du cirque. A partir de 4 ans ! E.G.

Vitesse moderne, de Blutch. Editions Dupuis. 18 euros.

 

Les éditions Dupuis poursuivent la commémoration du vingtième anniversaire de la collection Aire Libre avec la réédition d'un album complètement Blutch, intitulé Vitesse moderne, paru initialement en 2002 et racontant une histoire étrange, pour ne pas dire déroutante. Il faut dire que Blutch est un auteur à part dans le monde du Neuvième art, un auteur qui s'est fait un nom chez les petits éditeurs avant de rejoindre les grands, sans pour autant lâcher une once de ce qui fait son originalité, sa force, son caractère, mais aussi, pour certains, son élitisme, son hermétisme. En 80 pages, il nous entraîne ici sur les talons d’une jeune artiste de danse contemporaine dans une course folle à travers Paris. Une course où la vie de notre héroïne se trouve bousculée par une série de rencontres. Il y a d’abord Rudy, un de ses prétendants, violoncelliste de profession, psychopathe à ses heures, Renée, une écrivaine qui souhaite lui consacrer un livre, son père qu’elle n’a pas revu depuis des années et même Omar Shariff en conteur d’expérience érotique ou Serge Reggiani dans son propre rôle de chanteur tourmenté. Inutile de tenter ici un résumé de l’album, Vitesse moderne est à découvrir et à juger sur pièce. Une œuvre singulière, fantasque qui n'a finalement pas pris une ride en six ans !  E.G.

Cette édition spéciale, au tirage limité à 2500 exemplaires, est présentée sous jaquette. Elle est enrichie de planches inédites en noir et blanc.

 Toujours à l'occasion des 20 ans de la collection Aire Libre, les éditions Dupuis viennent d'éditer un livre qui lui est entièrement consacré. Thierry Bellefroid, journaliste et romancier, y retrace, grâce aux nombreux témoignages recueillis auprès des acteurs majeurs de la collection, ce qui fût et est toujours une des plus belles aventures éditoriales de la bande dessinée contemporaine.

 

Le Roman d'Aire Libre, de Thierry Bellefroid. Editions Dupuis. 13 euros.

Tif et Tondu, Yoko Tsuno, Johan et Pirlouit... De l'aventures en intégrale !

Leurs aventures ont marqué plusieurs générations de lecteurs et parfois même orienté le cours de leur vie, s'imposant de fait comme des classiques. Des grands classiques. Comme Spirou et Fantasio ou Natacha, Tif et Tondu, YokoTsuno ou encore Johan et Pirlouit font aujourd'hui partie de ces héros chouchoutés par leur éditeur, en l'occurence Dupuis, qui a lancé il y a plusieurs mois la réédition de leurs albums en version intégrale. Parmi les trois derniers titres parus, le second volume de l'Intégrale Johan et Pirlouit réunit La Pierre de lune, Le serment des Vikings et La Source des Dieux. De son côté, l'Intégrale Tif et Tondu, quatrième opus, remet en avant trois titres des années 70 : Les Ressuscités, Un plan démoniaque, Le Retour de la bête. Enfin, pour son sixième volet, l'Intégrale Yoko Tsuno propose un extraordinaire voyage dans l'espace et la technique avec Aventures électroniques, l'un des premiers récits de la jeune électronicienne, Les Exilés de Kifa et La Porte des âmes. Bien entendu, chacun de ces volumes de l'intégrale est accompagné d'un dossier très complet qui ressitue les histoires dans leur contexte de création avec nombre de documents à l'appui : dessins, couvertures du journal Spirou, croquis, photographies, témoignages... De l'émotion en intégrale ! E.G.

Intégrale Johan et Pirlouit (Tome 2), de Peyo. Editions Dupuis. 17 euros.

Intégrale Tif et Tondu (Tome 4), de Will et Tillieux. Editions Dupuis. 17 euros.

Intégrale Yoko Tsuno (Tome 6), de Leloup. Editions Dupuis. 17 euros.

Au revoir Monsieur, de Mabesoone et Mau. Editions Casterman. 15 euros.

Le titre est mystérieux, l'histoire est effroyable ! Quelque part en Provence, au milieu des vignes, vit Augustin, un petit garçon de 13 ans. Sa grand-mère qu'il adorait plus que tout vient de mourir. Une chute accidentelle dans l'escalier. Enfin, c'est ce que disent les proches. Car pour les autres, il s'agirait plutôt d'un meurtre. Une histoire d'héritage, de gros sous... Seule certitude pour l'instant, tout le monde a vu ce jour là le petit Augustin s'enfuir de la maison familiale comme un voleur. De là à imaginer que... 

C'est la deuxième fois que Rémy Mabesoone et Olivier Mau s'associent dans la réalisation d'un album de bande dessinée. La première fois, c'était en 2006, ils signaient alors Achevé d'imprimer, un polar très noir et très violent. Au revoir Monsieur, bien que tout aussi noir, est un récit plus psychologique, un voyage vers les entrailles de l'âme humaine. On y parle de lâcheté, de bassesses, d'avidité, de cupidité... Mais pas de sang à toutes les pages, pas plus d'armes blanches ou d'armes à feu. Même le graphisme d'Olivier Mau est ici un poil moins tourmenté. Un poil moins seulement ! Reste une histoire choc qui n'est pas sans nous rappeler les premiers albums de Pascal Rabaté, notamment ceux qui forment Les Pieds dedans, série parue chez Vents d'Ouest. Un très bon livre qui ne laisse pas indemne ! E.G.

La Fin du monde, de Wazem et Tirabosco. Editions Futuropolis. 19 euros.

C'est un véritable déluge. Comme on n'en a pas vu depuis longtemps. Jamais peut-être ! Des jours et des jours de pluie non stop au point que les plus catastrophistes évoquent déjà la fin du monde. C'est peu dire... Pendant ce temps là, une jeune femme allongée sur le sol de son appartement se repose. De quoi ? Elle-même ne le sait pas vraiment. De la vie, peut-être. De sa vie, plus sûrement. Plongée dans un état mélancolique permanent, elle n'entend plus les reproches de son petit ami. Et c'est à ce moment précis que son père fait un infarctus. Ce père si distant, si mystérieux parfois. Ce qu'elle ne sait pas encore, c'est que ce déluge et cet infarctus vont lui permettre d'en savoir plus sur sa jeunesse, sur cette mère qu'elle n'a jamais connue et sur cette tragédie qui a marqué sa famille le jour même de sa naissance...

Après Week-end avec préméditation et Monroe, le duo Wazem-Tirabosco se reforme pour un conte intimiste et fantastique qui traite de ces lourds secrets de famille et plus généralement de tous ces non-dits qui empêchent l'être de se construire pleinement. "Pierre et moi...", souligne Tom Tirabosco, "cherchons toujours ensemble le sujet de nos livres. Je lui ai demandé de revenir à des thèmes qui lui sont chers : l'absence, l'abandon, la mélancolie liée au manque affectif. Après Monroe, qui est très sombre dans sa résolution,  nous avions envie d'un livre plus sentimental". A lire avant le déluge ! E.G.

Le Voyage de Solo, De Miriam Koch. Editions Sarbacane. 16,90 euros.

C'est l'histoire d'un mouton. Un mouton comme les autres. Enfin non, justement ! Celui-ci a des rayures rouges et blanches. De loin, on pourrait le confondre avec une barrière de sécurité ou une bouée de sauvetage. Alors, bien sûr, dans son pré, il fait un peu... comment dire?... à part. D'ailleurs, il est toujours à l'écart des autres moutons qui, eux, sont blancs. Las de la situation, il décide un beau jour de partir ailleurs. Il se laisse guider par divers objets qui comme lui ont des rayures rouges et blanches jusqu'à se retrouver au bord de la mer du Nord près d'un phare, rayé de rouge et de blanc bien sûr...

C'est grand, c'est beau, c'est fort ! Pour ce premier album qui a déjà rencontré un vif succès en Allemagne, pays d'où elle est originaire, Miriam Kock nous offre un magnifique récit sur la différence et l'acceptation de soi. Le format géant (45,5 X 17), le graphisme délicat, les couleurs remarquables, les textes raffinés... Tout ici se conjugue pour offrir au lecteur un moment de bonheur intense, un voyage exceptionnel vers des horizons élargis ! Pour tous les enfants dès 4 ans. E.G. 

Le Promeneur, de Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi. Editions Casterman. 15 euros.

Un instant magique ! Quelques pages de poésie dans un monde de brutes. Alors que les cours s'effondrent, que les banques se structurent, se restructurent, se destructurent... Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi nous offrent un magnifique récit fait de déambulations nostalgiques à travers un Tokyo insolite. A la recherche d'un vélo volé, au retour d'une réunion de travail dans un building climatisé ou au sortir d'une soirée avec un vieil ami, le personnage principal nous invite à le suivre le temps de huit promenades. Huit promenades totalement improvisées qui nous permettent de découvrir ici, une boutique typique du Tokyo d'hier, là, les bains douches de la ville, là encore une rue commmerçante pleine de charme et de vie. Autant de lieux chargés d'histoire que la ville moderne n'a heureusement pas encore réussi à totalement avaler. Et comme le personnage principal, on se surprend nous aussi, page après page, à flâner, à prendre le temps, à apprécier, à lever les yeux, à s'arrêter sur un détail...

Le plus occidental des auteurs japonais, Jirô Taniguchi, retrouve ici le scénariste avec qui il avait réalisé Le Gourmet solitaire, album également paru aux éditions Casterman dans la collection Sakka. Après la gastronomie, les deux auteurs abordent ici l'art de la promenade ou plus exactement de la flânerie. Le Promeneur est un album nostalgique, intimiste, humaniste et poétique, un album essentiel pour tous les amateurs de Taniguchi et, plus généralement,  pour tous ceux qui ne restreignent pas la bande dessinée à une succession de scènes d'actions entre des bons et des méchants...  E.G.

Le Pauvre type, de Joe Matt. Editions Delcourt. 16,50 euros.

Joe est un pauvre type. Une caricature du pauvre type. Pas très grand, pas très beau, pas riche pour un sou, très jaloux, radin, égocentrique et totalement obsédé par les femmes et le sexe ! Comme beaucoup d'hommes, me direz-vous? Certes, mais avec Joe, on atteint quand même des sommets vertigineux. Il ne pense qu'à ça ! Du matin au soir. Au point que sa petite amie, Trish, l'envoie finalement promener, lui et ses obsessions. De toute façon, il est incapable de s'engager dans une relation durable et affective normale. Le mâle dans toute sa splendeur...

Considéré comme l'un des piliers de la bande dessinée indépendante américaine et notamment de la bande dessinée autobiographique, Joe Matt élabore depuis le début des années 90 une oeuvre forte et originale, à la fois légère et cérébrale, proche, comme il reconnaît lui-même, du travail d'un autre Américain : l'immense Robert Crumb. Tout a commencé en 1991 avec Peepshow où il se confiait sur ses relations amoureuses, sa dépendance à la pornographie... L'album est publié en France en deux parties en 2004 et 2005, au Seuil. En 2007, on découvre Epuisé, toujours au Seuil, et enfin, cette année, Le Pauvre type, chez Delcourt. Un album génial à classer parmi les indispensables !

Le Pauvre type inaugure avec La Rivière empoisonnée, de Gilbert Hernandez, une nouvelle collection de l'editeur. Son nom : Outsider. Son patron ; Vincent Bernière, ex directeur de collection au Seuil BD.

E.G.

La Résistance du sanglier, de Stéphane Levallois. Editions Futuropolis. 23 euros.

Surprenant et poignant récit que celui-ci ! Stéphane Levallois, dont on a déjà pu apprécier le talent chez Futuropolis avec l'album Le Dernier modèle paru en 2007, livre ici un récit autobiographique hors du commun dans lequel il met en scène sa famille et plus précisément son grand-père. Jusqu'ici, rien de bien extraordinaire, sauf que ce grand-père est représenté avec une tête de sanglier. Et là, forcément, les lecteurs que nous sommes pouvont légitimement nous interroger. "Pour ce récit historique et familial, où tout est vrai...", s'explique Stéphane, Levallois,  "j'ai pourtant dû composer avec la réalité pour représenter mon grand-père. Je ne me voyais pas dessiner de façon réaliste un homme que je n'avais jamais connu, dont de je n'avais vu qu'une photo datant de la fin de sa vie. J'ai pensé bien sûr au chef d'oeuvre Maus d'Art Spiegelman. J'ai donc décidé de l'incarner autrement, de le fantasmer..."  Et le résultat est donc un homme à la tête de sanglier plongé dans un univers totalement réaliste, sombrement réaliste même puisque la vie de ce grand-père nous ramène à l'époque de la seconde guerre mondiale et de l'occupation allemande, quelque part du côté de Selles-sur-Cher. Entre les occupants allemands et les collabos salement occupés, le grand-père mène sa petite guerre à lui en aidant les uns à éviter le  S.T.O., les autres, à fuir les camps de concentration. Grand-père sanglier est un Résistant, un vrai, un héros. Un grand-père fort et courageux, comme un sanglier. Un grand-père inconnu mais aimé de Stéphane qui lui rend ici, à lui et par extension à tous les résistants anonymes, un hommage vibrant. Magnifique ! E.G.

La Théorie du grain de sable, de Schuiten et Peeters. Editions Casterman. 17,50 euros.

 

Brüsel, 21 juillet 784. Madame Antidova peste contre ses enfants qui lui ont, pense-t-elle, ramené du sable dans son appartement. Mais le sable se fait jour après jour plus envahissant. Non loin de là, Constant Abeels découvre en rentrant chez lui une pierre posée au beau milieu de son bureau. Il décide de la garder et de s’en servir comme presse-papiers. Mais le lendemain, il découvre une autre pierre, puis une autre, et ainsi de suite, toutes pesant exactement le même poids : 6793 grammes. Non loin de là encore, Monsieur Maurice, chef cuisinier de la brasserie du même nom, découvre qu’il perd du poids en mangeant, au point de se retrouver en lévitation. Et puis, il y a cette brusque concentration d'insectes remarquée non loin de là. Et cet homme qui se déplace toujours accompagné d'une brume aussi épaisse que étrange. Mary Von Rathen, venue spécialement de Pâhry découvre que tous ces phénomènes sont liés au passage dans la capitale d’un guerrier appartenant à une tribu lointaine. Malheureusement, cet homme est mort écrasé par un tramway…

Ce second volet de La Théorie du grain de sable clot un nouvel épisode des Cités obscures, série lancée il y a plus de 25 ans par le Belge François Schuiten et le Français Benoît Peeters avec pour ambition l'exploration progressive et fantastique d'un univers parallèle au nôtre, balisé par des villes mythiques telles que Urbicande, Mylos, Brüsel ou Pâhry. Et comme toujours le tandem nous offre un voyage exceptionnel au coeur de l'un des plus beaux imaginaires de la bande dessinée franco-belge ! Le graphisme, les décors, sont d'une richesse incroyable. Le scénario est une leçon de maîtrise ! "Certains de nos livres sont nés d'une idée centrale autour de laquelle se contruit toute l'histoire...", précise Benoît Peeters, poursuivant : "La Fièvre d'Urbicande, La Tour et même L'Enfant penchée appartiennent à cette tendance. D'autres albums, comme Brüsel, ont suivi des chemins plus buissonniers, comme si le récit trouvait sa ligne de force en cours de route, alors que nous sommes déjà assez engagés dans la réalisation. C'est à cette seconde catégorie qu'appartient La Théorie du grain de sable..." . Un épisode éblouissant et une oeuvre majeure du Neuvième art ! E.G.

 

A l'occasion des 25 ans de la série, le centre Wallonie-Bruxelles accueille jusqu'au 2 novembre 2008 Lumières sur Brüsel, une exposition scénographiée autour des dessins originaux de La Théorie du grain de sable. Plus d'info sur www.cwb.fr

L'héritage du colonel, de Carlos Trillo et Lucas Varela. Editions Delcourt. 14,95 euros.

Totalement effrayant. Et radicalement génial ! L'Héritage du colonel est un récit comme on en lit rarement. De ces récits qui laissent forcément des traces, qui vous hantent, qui vous perturbent, et vous remuent le bide et la tête. Au dessin, Lucas Varela, et au scénario, Carlos Trillo, deux Argentins qui ont ici voulu nous offrir une vision de leur pays. Une vision franchement peu éclatante d'une époque réellement sombre où la junte militaire détenait le pouvoir et faisait régner la terreur.  Héros ou plus exactement anti-héros malgré lui, Elvito Guastavino est un petit, tout petit, agent d'une obscure administration. Mais il est surtout le fils d'un colonel de la défunte junte, un "héros de la patrie". "Le personnage principal de cette fiction, Elvito Guastavino, est né dans un foyer chrétien tout à fait exemplaire pour qui se replace dans l'Argentine de la seconde moitié des années soixante-dix", confie dans une préface Carlos Trillo. "Le père fut l'un de ces militaires qui luttèrent pour imposer, par la force, les grands préceptes chrétiens occidentaux. La mère, une femme au foyer, approuvait avec orgueil l'activité patriote de son mari, responsable appliqué et méticuleux des tortures dans un centre de détention clandestin comme il y en eut sous les ordres de l'autoproclamée Processus de réorganisation nationale qui gouvernait le pays en ce temps-là". Nostalgique de l'époque ? Fier de son père ? Clairement oui. Mais Elvito est aussi quelque part traumatisé. L'héritage est lourd. Et de se remémorer ce père qui s'entraînait à la torture sur des poupées avant de passer aux choses "plus sérieuses". De ce même père qui, un jour, va lui confier une séance de torture sur une belle inconnue, chez lui, dans la chambre parentale. Un apprentissage qui va le marquer à vie. Au point, beaucoup plus tard, de tomber amoureux d'une poupée dont le visage lui rappelle cet épisode. Un amour fou. Complètement fou !  Mais Luisita - c'est le nom qu'il donne à  cette poupée - est la propriété d'un brocanteur. Et pour l'acquérir, Elvito va devoir faire beaucoup de sacrifices, à commencer par sa mère qu'il va laisser mourir de faim. Un récit puissant ! E.G. 

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