Archives de catégorie : L’EUROPE DU SPORT

Les billets du reporter

Un autre sport est donc possible
 
Le hurling en Irlande a vraiment quelque chose de réjouissant.
 
Au McDonnagh Park de Nenagh, nous avons assisté à un spectacle impressionnant entre les deux équipes de Tipperary et Offaly.  
 
Un match intense, disputé, un combat rude entre des joueurs rapides, combatifs, courageux et extrêmement adroits…  
 
Pour avoir vainement tenté de taper la balle avec cette crosse que l’on appelle hurley, je réalise le nombre d’années et les heures d’entraînement qu’il doit falloir pour parvenir à cette maîtrise technique, cette coordination des gestes, cette précision dans le mouvement.
 
C’est en coulisse surtout que le hurling enthousiasme.
 
Les joueurs de Tipperary que nous avons suivis pendant quelques jours sont les champions d’Irlande en titre, des sportifs adulés.
 
Mais ils n’en restent pas moins des gens accessibles et ouverts, en prise avec la réalité sociale qui les entoure.  
 
On est aux antipodes des enfants gâtés du football professionnel, mutiques et recroquevillés dans leur bulle…
 
Certes, le hurling et son cousin, le football gaélique, sont des sports typiquement irlandais, joués quasi-exclusivement en Irlande.
 
Ils attirent néanmoins des gros sponsors et génèrent chaque année plus de 50 millions d’euros !  
 
Cet argent n’enrichit ni les joueurs, ni les dirigeants, tous amateurs et bénévoles.
 
Il est redistribué à la communauté.
 
Les petits clubs peuvent ainsi se payer un terrain synthétique et fournir du matériel aux débutants.
 
La licence ne coûte aussi que 30 euros, dans un pays où la vie est réputée très chère…
 
Aujourd’hui d’ailleurs, la récession irlandaise vient un petit peu troubler le jeu et les esprits.
 
Les spectateurs ont moins d’argent pour aller au stade et certains joueurs de haut niveau sont au chômage.
 
Avec l’augmentation du prix de l’essence, ceux qui participent aux compétitions inter-comtés ont vu leurs frais de déplacement augmenter.
 
Du coup, des tensions sont apparues entre la GAA – la fédération des sports gaéliques – et le GPA – l’association des joueurs qui aimerait recevoir un peu plus d’argent pour compenser les effets de la crise.
 
Mais ils se gardent bien de revendiquer le passage au statut professionnel, un tabou dans ce pays de tradition.
 
L’existence du hurling, son organisation, ses valeurs, montrent qu’il existe une alternative crédible au sport professionnel, au sport business, même lorsqu’il s’agit de disciplines populaires, spectaculaires et de très haut niveau.
 
Supporters aux commandes
 
Les supporters de l’Austria Salzbourg ne sont pas les seuls, en Europe, à tourner le dos au foot professionnel pour créer leur propre club au niveau amateur.
 
Il y a cinq mois, j’étais à Manchester pour un reportage sur l’endettement colossal des clubs anglais, dont l’ardoise cumulée dépasse les 4 milliards d’euros.
 
J’avais rencontré des supporters de Manchester United particulièrement remontés.
 
Depuis cinq ans, ils mènent une campagne médiatique virulente contre la famille Glazer, de riches américains qui ont réalisé une OPA (Offre publique d’achat) sur leur équipe en 2005 en contractant des prêts bancaires à fort taux d’intérêt (ce qu’on appelle en termes financiers un « leveraged-buy out »).
 
Ces nouveaux proprios remboursent désormais leur crédit en puisant dans les recettes du club, donc, in fine, dans les poches des supporters, qui ont vu le prix des places augmenter.
 
Si vous regardez un jour un match de Manchester United, observez bien les tribunes.
 
Vous y verrez des écharpes jaunes et vertes.
 
C’est le signe de ralliement des anti-Glazer, le symbole du mécontentement.
 
Certains supporters ont même décidé d’aller encore plus loin : ils ont créé un autre club, le FC United of Manchester, qui évolue aujourd’hui en 7e division anglaise.
 
Ils portent les mêmes couleurs – rouge, blanc et noir – que Manchester United et fédèrent déjà des milliers de supporters.
 
Ils ont réalisé un joli parcours cette saison en Coupe d’Angleterre, en battant des équipes pros, ce qui leur a valu de faire les gros titres de la presse britannique.
 
Le cinéaste Ken Loach leur a rendu hommage dans son film « Looking for Eric », et leurs matches sont parfois retransmis jusqu’en Asie !
 
Dans l’ombre de la Premier League, ses stars internationales et ses transferts à plusieurs millions, le « supporters ownership », la prise de contrôle d’un club par ses propres supporters, est devenu une tendance lourde dans les petites divisions anglaises.  
 
A Londres, ceux de Wimbledon se sont lancés dans l’aventure en 2004, quand leur club a été délocalisé à 100 kilomètres de chez eux, dans la ville nouvelle de Milton Keynes, puis rebaptisé le MK Dons.
 
Ils sont repartis tout en bas de l’échelle, dans les petites ligues régionales amateurs, et frappent de nouveau aujourd’hui aux portes du foot pro.
 
A Liverpool, un petit groupe de fans des « Reds » a créé l’AFC Liverpool parce qu’ils n’avaient plus les moyens de se payer une place pour assister aux matches de Premier League à Anfield Road.
 
Ils jouent en 9e division, sont parrainés par d’anciens joueurs de Liverpool et tiennent à garder de bons rapports avec leur club d’origine, qui reste une institution respectée dans la ville.
 
Ils se posent tout simplement en « petits frères » et assument leur amateurisme, comme une alternative joyeuse et modeste au foot business.
 
Souvent aussi, les supporters se muent en dirigeants pour sauver ou ressusciter leur club.
 
C’est ce qui s’est passé à Chester City, club professionnel de modeste envergure, liquidé judiciairement l’été dernier pour ne pas avoir pu honorer ses dettes.  
 
Avec l’aide de la municipalité, les supporters sont parvenus à récupérer le stade et quelques maillots pour recréer l’équipe en 8e division.
 
Un pari réussi : pour leur première saison aux commandes, ils sont largement en tête de leur championnat.
 
L’an prochain, dans la division supérieure, ils retrouveront les dissidents du FC United of Manchester.
 
Un club ami qui leur a prodigué de précieux conseils quand ils se sont lancés.
 
Aujourd’hui, vingt-sept clubs anglais sont la propriété de leurs supporters.
 
On en trouve également partout en Europe : en Bulgarie, en République Tchèque, en Grèce, en Irlande, en Ecosse, en Norvège, au Pays de Galles, au Portugal… ce phénomène ne concerne pas seulement les divisions amateurs.
 
En Suède par exemple, tous les clubs, même ceux de l’élite, appartiennent à leurs supporters.
 
En Allemagne, le règlement de la très prospère Bundesliga impose, depuis quelques années, que les fans possèdent  51% des clubs.
 
En Espagne, quatre équipes sont la propriété des « socios », dont les deux plus prestigieuses et les deux plus riches : le Real Madrid  et le FC Barcelone.
 
Ces deux équipes incarnent pourtant à leur façon tous les excès du foot business, avec leurs transferts dispendieux, leur merchandising à outrance et leurs centaines de millions d’euros de dettes… 
 
Yann Fossurier
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Les points de repère pour comprendre

Deux dates, deux affaires.

En 1974, les juges de la Cour estiment que le sport appartient bien au droit communautaire car il génère une activité économique.

Une manière donc de faire tomber dans l’escarcelle européenne ce secteur ignoré par les textes.

1995, l’arrêt Bosman. Du nom d’un joueur de foot belge.

Les joueurs professionnels sont, dit la Cour, des travailleurs.

Un jugement qui va bouleverser le régime des transferts et la question des quotas des nationalités au sein des équipes.

Mais cette décision marque surtout le coup d’envoi (remarquez la métaphore sportive) d’une vraie réflexion sur le sport, son aspect économique mais aussi sociétal et éducatif.

Le traité d’Amsterdam, dans une annexe, avait vaguement parlé de sport : il soulignait « l’importance sociale du sport et en particulier son rôle de ferment de l’identité et de trait d’union entre les hommes« .

En 1999, un rapport dit d’Helsinki commence à pointer les problèmes : dopage, logique commerciale au détriment d’une certaine éthique sportive, inégalités fiscales, etc.

En 2004, la Commission européenne lance l’année européenne de l’éducation par le sport.

Promotion des activités sportives, reconnaissance du bénévolat : c’est le sport, phénomène social et culturel, qui est défendu. 

Mais tout cela dépend encore et toujours de la bonne volonté des uns et des autres.

Donc, des Etats.

En 2007, nouvelle tentative avec le livre blanc de la Commission.

Suivront un certain nombre de propositions, d’actions concrètes touchant à la santé, l’insertion sociale et bien entendu l’encouragement au bénévolat.

Dernière étape européenne, le traité de Lisbonne… et son article 165.

Pour la première fois, voilà le sport clairement cité.

Certes, le sport reste un domaine où les Etats membres demeurent totalement compétents mais où l’UE peut mener des actions d’appui ou de coordination.

Désormais, des projets sportifs transeuropéens pourront être directement financés car la base juridique existe ; de même que la création d’une structure permettant à l’UE de parler d’une seule voix dans le cadre de la lutte contre le dopage.

Du progrès, donc, dans les textes.

En revanche, dans les faits, en cette période de disette, peu d’argent et peu de choses en route.

Certains le regrettent (voir notre interview de Mme Doris Pack).

Le sport et l’Europe, c’est sans doute plus au niveau de l’autre institution européenne, le Conseil de l’Europe, que la thématique est traitée.

Car les 27 ne représentent qu’une petite partie du continent.

Lorsque Barcelone atomise Donietsk, c’est une équipe ukrainienne que le Barca rencontre.

Les portugais de Braga viennent de jouer contre Kiev (1-1) et Porto contre Moscou (4-1).

En volley, l’une des meilleures équipes européennes masculine est russe (Kazan) et, chez les filles, turque (Istanbul).

C’est donc bien le Conseil de l’Europe et ses 47 pays membres qui, au niveau européen, possède la bonne dimension.

Déjà, lutte contre le dopage, contre les hooligans et la violence dans les stades ont fait l’objet, sous l’égide du Conseil, de textes et de conventions européennes importantes.

Et les nouveaux défis qui se profilent, non pas à l’horizon mais dans l’immédiat, comme l’explosion des paris en ligne, sont déjà examinés par l’institution strasbourgeoise. 

Il y a de cela quelques jours, la ministre française des sports Chantal Jouanno est venue à Strasbourg pour une journée entière de travail sur ce thème.

Vous trouverez dans la rubrique « La parole aux acteurs«  une interview de la ministre.

Prise de conscience, reconnaissance juridique, travail de fond au Conseil de l’Europe… le sport est reconnu, c’est désormais une évidence.

Restent les gros sous… En novembre dernier, à Bruxelles, se tenait une audition sur le thème de la politique sportive de l’Union.

Et tout le monde de regretter que la Commission européenne se montrait bien peu dépensière quant à de nouveaux programmes susceptibles d’être financés pour 2012 et 2013.

En particulier en direction du monde sportif amateur.

Dominique Voegele

Le rapport date un peu, 2004, mais c’est une photographie intéressante des européens et de leurs pratiques.

Une association qui cherche à promouvoir cette Europe du sport : la Commission soutient ce travail associatif.

Le site du Comité olympique français.

Le site du ministère.

Allez, pour les footeux européens

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La parole aux acteurs

Parole à Chantal Jouanno

La ministre française des sports Chantal Jouanno est venue il y a quelques jours à Strasbourg pour une journée complète de travail.

En effet, face aux nouveaux défis (comme par exemple les paris en ligne), il est temps de se mettre à l’ouvrage.

De plus, le Conseil de l’Europe possède déjà une vraie compétence dans le domaine de la politique sportive.

Ainsi d’ailleurs que dans la lutte contre le cybercrime.

Enfin, la zone géopolitique du Conseil est plus étendue que celle de l’Union européenne.

 
Le sport en Europe… De nouveaux défis. – Ma-Tvideo France3
La ministre des sports Chantal Jouanno se montre très préoccupé par de nouveaux défis. En particulier ceux des paris en ligne.

Parole à Jean-Luc Bennahmias

Jean-luc Bennahmias est un passioné de football.

Le député européen qui est passé des Verts au Modem avait en 2007 co-signé un rapport sur le football professionnel en Europe.

Pour lui, et c’est un regret, le sport en Europe est encore terre de mission.

D’autant que l’Union européenne ne regroupe pas l’ensemble du continent sportif européen.

Même au Parlement européen, le sport est en quelque sorte noyé dans la masse.

 
Le sport en Europe… Les 27 dépassés? – Ma-Tvideo France3
Le sport se conjugue au niveau du continent et non pas au niveau des 27 estime le député européen Jean-Luc Bennahmias.

Mots-clés : sport interview europe

Parole à Doris Pack

Enfin reconnu. Oui mais… Doris Pack, députée européenne allemande, préside la commission culture, éducation, jeunesse et sport du Parlement européen.

Elle salue le fait que le Traité de Lisbonne cite enfin le sport mais regrette que sur le terrain… ça ne bouge pas vraiment.

 
Le sport et l’Europe… Encore trop peu reconnu. – Ma-Tvideo France3
La présidente de la commission culture, éducation, jeunesse et sport du Parlement européen, Doris Pack, regrette que le sport soit encore trop peu reconnu.

Mots-clés : sport europe interview
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