Alcide De Gasperi, Altiero Spinelli. Deux noms, deux hommes politiques qui auront marqué l’histoire de l’Italie et l’histoire européenne.
Si, aujourd’hui, il est de bon ton de considérer l’Italie comme un des moutons noirs de l’Union, il faut rappeler haut et fort que ce pays est l’un des membres fondateurs de l’Europe et que sa population demeure l’une des plus europhiles du continent.
L’italie a fait le choix de l’Europe. Où l’on retrouvera Alcide De Gasperi. L’Italie a cherché à construire une Europe très intégrée, fédérale, où l’on retrouvera Altiero Spinelli.
L’Italie est un pays jeune et, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, devient une République par réferendum en juin 1946. Avec la division du continent en deux blocs, et le passage des socialistes et des communistes dans l’opposition, le jeune régime au pouvoir va clairement choisir de s’ancrer dans le camp occidental. Alliance atlantique, Conseil de l’Europe, Organisation européenne de coopération économique (OECE), l’Italie choisira son camp. Avec trois objectifs.
Il s’agissait de retrouver une légitimité internationale après le désastre fasciste, de relancer la mécanique économique avec le comblement de ses retards régionaux et enfin, avec les progrès espérés, de consolider les institutions démocratiques. Ce sera l’oeuvre d’Alcide De Gasperi, alors président du Conseil italien. Cette stratégie européenne était donc destinée à renforcer le jeune Etat italien. Un Etat qui espère aussi, et le parallèle avec ses prises de position aujourd’hui est impressionnant (voir l’interview par Véronique Auger d’Alberto Mattioli), régler avec la libre circulation des personnes, ses problèmes, non pas d’immigration, mais d’émigration. Car à l’époque, l’Italie exporte sa main-d’oeuvre ! Tous les espoirs italiens ne seront pas exaucés.
L’Italie militera également pour une intégration politique maximale. Alcide De Gaspéri proposera la Communauté européenne de défense (CED), bel objectif européen, moins de 10 ans avant la fin de la guerre. On sait ce qu’il en adviendra. Cette volonté politique se retrouve chez Altiero Spinelli. Il sera l’une des chevilles ouvrières du projet de la CED, allant jusqu’à proposer une assemblée constituante pour l’Europe. Spinelli, dès 1941 dans un manifeste, avait combattu l’idée d’Etats souverains. Son influence se poursuivra y compris au sein du Parlement européen. Il mettra toute son énergie à développer les pouvoirs des eurodéputés.
Ces deux personnalités auront donc marqué l’histoire. Mais les résultats économiques italiens (on parlera même de miracle), ancreront encore un peu plus l’italie dans l’Europe. Les communistes eux-mêmes, rejoindront l’idée européenne. Enrico Berlinguer ira jusqu’à s’exprimer à Strasbourg en 1983 en faveur du projet fédéraliste d’Altiero Spinelli.
La tradition européiste italienne va perdurer, les sondages semblant indiquer que la solution européenne était une manière de régler les problèmes internes. Néammoins, dans les années 2000/2001, avec l’arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi, certaines inflexions sont à noter. L’Italie, c’est le moins que l’on puisse dire, ne se battra pas pour accélérer le processus de création du mandat d’amener international. De même, l’italie ne participera pas au consortium pour la construction de l’Airbus militaire, le A400-M. Enfin, face au dossier élargissement, l’Italie, avec l’Espagne, n’a pas fait vraiment preuve d’enthousiasme par peur de voir disparaître une partie des fonds européens : les fonds structurels. Enfin, faut-il le rappeler, l’un des partenaires de la coalition qui soutient Silvio berlusconi, la Ligue du Nord, indépendantiste, ne pratique franchement pas un langage pro-européen. Umberto Bossi parlant au sujet de l’Europe « d’Union Soviétique occidentale« .
Et aujourd’hui, me direz-vous ? Aux portes de l’italie et donc de l’Europe se noient des centaines de candidats migrants, alors qu’il y a 50 ans, c’est ce pays qui voyait ses citoyens quitter le territoire. Aujourd’hui, l’Italie et sa dette font les grands titres de la presse et les angoisses des dirigeants européens. L’Italie sera peut-être le révélateur ultime de la validité ou non du projet européen. Que va devenir l’un des membres fondateurs de l’Europe ?
Dominique Voegele
- Quelques liens pour en savoir plus :
Une porte d’entrée vers de nombreux sites.
Petite modification, en dehors du train-train habituel. Je ne résiste pas à vous livrer un lien vers une petite animation fabriquée en 2003, je crois par Bruno Bozzeto, qui est l’un des piliers en matière d’animation en Italie. Je vous livre aussi le lien, ci-dessus, vers son site personnel, en italien et en anglais. Bon amusement…

