Les Canaries et le 112
Ce qu’il y a de plus difficile pour celui qui vient travailler aux Canaries, pour y faire un reportage par exemple, c’est l’effort permanent qu’il faut déployer pour rester concentré sur son labeur. C’est une lutte incessante car tout ici vous incite à la rêverie. la douceur d’un printemps permanent, les bougainvilliers en fleurs et les terrasses qui vous tendent leurs bras. On comprend que les touristes de l’Europe du Nord débarquent ici par charters entiers. Pourtant l’ïle de Ténérife, la plus importante des sept que compte l’archipel n’est pas particulièrement impressionante à première vue.
Le pourtour de l’île est urbanisé de manière anarchique, les plages de sable noir n’ont rien d’idylliques. Mais pour les Anglais habitués à la grisaille de Blackpool ou pour les « Ossies » de l’ex Allemagne de l’est (comme on les appelle ici aussi) c’est un plaisir ineffable que de pouvoir rester des heures en short, les pieds dans l’eau, ou allongés sur la plage à lire le Daily Mail. Avec le bruit rassurant des klaxons en arrière plan.
Mais cette atmosphère de farniente est trompeuse. Car tous les spécialistes vous le diront. C’est cette insouciance qui est bien souvent la cause de tous les accidents. On oublie vite le torchon qui brûle ou l’on traverse la rue le nez en l’air. Ajouté à cela le fait que beaucoup de touristes sont des jeunes retraités, jeunes bien sûr mais sujets quand même à ces « relachements artériels » qui suivent l’arrêt de toute activité, et l’on comprendra que les autorités des Canaries ont voulu mettre en place un système de secours d’urgence efficace. Assurer au touriste que ce petit Paradis n’est pas le Paradis éternel et qu’on peut lui venir en aide très rapidement est un atout pour développer le tourisme.
Ici, quelle que soit votre langue, où que vous soyez, on viendra vous secourir. Et si vous vous lassez de la plage, une visite touristique au centre d’appel d’urgence de Ténérife peut vous distraire et vous occuper une bonne journée. La salle se trouve au dernier étage d’un immeuble. Ce qui vous donne une bonne vue sur la ville. Les téléphones sonnent, les gens pianotent sur des claviers, observent des cartes sur leurs écrans. Il y a un « buzz » permanent. On est au centre nerveux de la ville. On pense à Churchill qui dirigeait ses troupes depuis sa salle des opérations spéciales. Une équipe d’opérateurs capables de parler en cinq langues. Les procédures à suivre pour aller au plus efficace. Les communications que l’on transmet aux médecins, aux pompiers ou aux policiers qui sont dans la salle attenante. Ce qui est marrant c’est que les opérateurs parlent aux secouristes au téléphone mais les regardent en même temps à travers la baie vitrée. On resterait des heures, captivé par cette tension. Et les habitants des Canaries ont bien compris que le 112 ici est exceptionnel. Au moins, il marche, contrairement à beaucoup d’autres pays d’Europe.
Quelqu’un vous répond, en anglais, en français, en espagnol ou en allemand. Et les secours arrivent vite. Du coup les habitants en profitent un peu. On appelle le 112 pour un chat dans un arbre, une clef oubliée ou une voiture mal garée. C’est ce type d’appels d’ailleurs qui explique que le 112 n’a pas été bien mis en place dans d’autres pays. Autant le sens civique s’applique pour les numéros d’appels d’urgence nationaux, comme le 18 en France, autant beaucoup de plaisantins s’amusent avec le 112, ne serait ce que pour vérifier qu’un portable volé fonctionne bien……
Jean-Marc Cholet
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