Sulina: la ville de la première Commission européenne de l’histoire
Le seul moyen d’aller à Sulina, c’est de se rendre à Tulcea et de prendre un bateau. 80 km sur le Danube à 70km/h, et 1h30 plus tard (il y a un arrêt intermédiaire), c’est l’arrivée dans cette ville, véritable île au milieu de l’immense delta du Danube ( grand comme le département du Rhône).
Une impression de ville à l’abandon, où les habitants semblent vivre au ralenti.
Les rues sont empierrées, il n’y a qu’un hôtel et quelques pensions. Au mois de novembre, il faisait froid et gris, l’hiver, le Danube gèle. L’été, il fait très chaud, les moustiques en plus, « seulement à la tombée de la nuit ».. .
Peu de bruit à Sulina : de rares voitures qui n’ont plus d’âge, quelques tracteurs, et les chaînes d’ancre des cargos qui déhalent du quai après être passés à la douane. Sinon, les cris des milliers d’oiseaux qui peuplent le marais, et les aboiements des chiens qui divaguent par dizaines, jamais agressifs. Beaucoup de jeunes chiots qui ne passeront pas l’hiver glacial.
Si l’on veut traverser le fleuve pour se rendre sur l’autre rive de la ville, il faut prendre le passeur. Dans une curieuse organisation, les passeurs ne travaillent qu’une journée par semaine, et il n’y a qu’un passeur de service par jour. Ce qui fait que le jour où nous y étions, le passeur, âgé de 70 ans, travaillait de 4 heures du matin à 22 heures sans arrêt. Et le tout à la rame dans une barque presque toujours complète, à lutter contre le courant du fleuve qui fait 400 m de large. Le lendemain, le passeur suivant avait une embarcation à moteur et le passage semblait moins périlleux. De l’autre coté du fleuve, il y a les deux coopératives de pêcheurs du Danube et le chantier naval, ou ce qu’il en reste. Un vrai décor de film à la Enki Bilal. Mais le chantier travaille encore avec du matériel lui aussi d’un autre âge.
Du côté ville, quelques magasins où on peut trouver à peu près tout, comme dans les boutiques de village autrefois. Pour le médical, quand il y a un gros problème, il y a plusieurs bateaux ambulance.
Alors, si vous en avez assez de vous marcher sur les pieds à Venise ou Amsterdam, si vous voulez découvrir une ville (2000hab) unique en Europe et qui n’a pas changé depuis 50 ans, si vous voulez vous retrouver hors du temps, allez y pendant qu’il en est encore temps. Déjà les croisiéristes du Danube la mettent au programme l’été, et les Roumains comptent bien attirer les touristes dans le plus grand delta d’Europe.
Pour s’y rendre depuis Paris : avion jusqu’à Bucarest (2h30mn), train Bucarest-Tulcea ( 5 /6 h), nuit à Tulcea puis bateau (1h30mn) pour sulina.
Denis Hauville
Le site de l’actualité de la Roumanie:
www.roumanie.com







