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LE VISAGE VERT, UNE RENAISSANCE CHEZ ZULMA

LE VISAGE VERT, La résurrection d’une revue de qualité

Le Visage vert n° 14

Collectif (Sophie Geoffroy-Menoux, Michel Meurger, Etc.)

Le Visage Vert fait peau neuve, après quatre années d’absence, avec un numéro consacré en grande partie aux femmes fatales dans la littérature française et allemande décadente. Au sommaire: Jean Lorrain, Félicien Champsaur, Arsène Houssaye, Bret Harte, Fitz-James 0′Brien, Robert de Machiels, E.F. Benson… Garanti sang pour sang !

La revue littéraire spécialisée Le Visage Vert ne se contente pas de la publication bisannuelle de la revue elle-même. Régulièrement sont publiées des anthologies de nouvelles, toujours sur les thèmes du  » fantastique, anticipation ancienne, littérature mystérieuse, humour fin-de-siècle, conte cruel ou gothique « , et toujours accompagnées des études et biographies à la fois abordables et poussées qui permettent une bien meilleure approche et compréhension des oeuvres.

Depuis sa naissance en octobre 1995, le Visage Vert a publié 14 numéros. Sous l’appellation générique de « Revue de littérature » (il s’intéresse au fantastique, mais aussi à l’anticipation ancienne, au bizarre, à l’absurde ou au mystère), le Visage Vert se présente comme une revue de découvertes, de traductions (ou de retraductions), d’essais et d’illustrations. Tel un archéologue dévoué aux marges de la littérature, le Visage Vert arpente les genres et les mouvements esthétiques liés à l’imaginaire. À son actif, la publication de plus de 90 nouvelles, légendes et contes, soit près de 80 écrivains de différentes nationalités, de l’époque romantique allemande à nos jours (Bram Stoker, Horacio Quiroga, Mary Shelley, Arthur Machen, Musaüs etc.). Autant d’essais également, d’articles de fond et de présentations d’auteurs, indispensables lorsqu’il s’agit de faire revivre les oubliés ou les laissés pour compte de l’histoire littéraire.

Ce projet s’est constitué au fil des numéros, au gré de la fantaisie de ses collaborateurs, spécialistes de l’imaginaire, chercheurs internationaux, universitaires de tous horizons, avec pour seul objectif de faire partager avec ses lecteurs les plaisirs de la redécouverte d’auteurs et d’illustrateurs rares, de textes fondateurs et de mises en scène contextuelles érudites. La revue n’est pas attachée au seul patrimoine littéraire français (les auteurs du monde anglo-saxon sont majoritaires) ; elle souhaite explorer mieux encore d’autres domaines linguistiques, européens en priorité, mais aussi sud-américains ou asiatiques.

LE VISAGE VERT – Editions Zulma

Le roman Le Visage vert de Gustav Meyrink paraît en 1916 à Leipzig. Il est moins connu que le célèbre Golem, mais certains critiques le considèrent comme le chef d’oeuvre de son auteur. Alchimie, magie, kabbale, taoïsme, bouddhisme – Mayrink a abordé toutes ces doctrines et elles se reflètent dans toutes ses oeuvres. Le Visage vert raconte l’expérience spirituelle de l’ingénieur Hauberisser qui, grâce à des exercices spirituels fréquents, se retrouve à la charnière des deux mondes – le monde des humains vivant dans leur médiocrité et celui des esprits inaccessibles et fuyants. Il rencontre une jeune femme, Eva, et s’éprend d’elle, mais un jour elle disparaît. Lorsque, après un immense effort spirituel, il la fait revenir, le bonheur des amants réunis n’est que d’une courte durée. Un matin, Hauberisser se réveille et trouve Eva inanimée dans son lit. Au comble du désespoir et au bord du suicide il voit apparaître Chidher le Vert, personnage qui symbolise la quête des mondes secrets, le Juif errant, qui lui permet de passer de l’autre côté du miroir, de déceler la face cachée des choses. Cette scène donne à Meyrink l’occasion de décrire ce qu’il appelle l’inversion des lumières, l’opération magique qui modifie radicalement la perception de la vie des initiés. « Veux-tu aller dans l’empire des morts pour y chercher des vivants? » demande Chidher le Vert à l’amant désespéré qui veut se tuer…

Gustav Meyrink, l’initié

« Chidher le Vert était devant lui comme autrefois dans la boutique de la Jodenbuurt: vétu d’un talar noir, avec des boucles blanches le long des tempes. « Crois-tu que le au-delà soit le réel?, dit-il. Ce n’est que le pays des félicités passagères pour des spectres aveugles, comme la terre est le pays des douleurs passagères pour rêveurs aveugles! Celui qui n’apprend pas à voir sur la terre ne l’apprendra pas de l’autre côté. Penses-tu, parce son corps semble mort (il désigna Eva), qu’elle ne pourra plus revivre? Elle est vivante, c’est toi seul qui est encore mort. Celui qui, une fois, est devenu vivant comme elle, ne peut pas mourir, mais celui qui est mort comme toi peut devenir vivant. »

Il prit les deux candélabres et les intervertit: celui de gauche à droite, et celui de droite à gauche, et Hauberisser ne sentit plus battre son coeur, comme s’il avait tout à coup disparu de sa poitrine.
« Aussi vrai que tu peux maintenant mettre ta main dans mon côté, tu seras uni à Eva quand tu auras la nouvelle vie spirituelle. Que les gens la croient morte, que t’importe? On ne peut demander à ceux qui dorment de voir ceux qui sont éveillés. » (…) « Dans la boutique magique du monde, tu as désiré avoir des yeux neufs pour voir sous un jour nouveau les choses de la terre. Souviens-toi: ne t’ai-je pas dit qu’il faudrait d’abord perdre tes yeux anciens à force de pleurer, avant de pouvoir recevoir des yeux neufs? » (…)

Lorsque la femme de ménage, Mme Ohms, apporta le déjeuner dans la chambre, elle vit avec effroi le cadavre d’une belle jeune fille étendu sur le lit et Hauberisser à genoux devant elle, la main de la morte pressée contre son visage. Elle envoya un messager à ses amis, et lorsque Pfeill et Sephardi arrivèrent, croyant le trouver évanoui, il reculèrent, effrayés, devant l’expression souriante de son visage et le rayonnement de ses yeux. »

Le Golem ou Prague sublimé