NODIER, UN AMATEUR « BIEN NOMMÉ »
Par Éric Poindron
Même si la collection s’intitule « les inattendus », L’Amateur de livre de Charles Nodier est une édition – agrémenté de textes rares et dispersées – de toute première importance que chacun aura plaisir à glisser de nouveau dans sa bibliothèque auprès des éditions plus anciennes.
Charles Nodier, qui fut tout à la fois conservateur de l’Arsenal, polygraphe, spécialiste des sociétés secrètes, ’ami de Nerval, de Hugo et protecteur de la génération romantique, déclare ici l’affection et l’obsession qu’il porte à la bel ouvrage imprimé :
« L’amateur est un type qu’il est important de saisir , car tout présage qu’il va bientôt s’effacer. Le livre imprimé n’existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s’accumule déjà sans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe
(…)
A considérer l’amateur de livre comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile ».
Au fil des pages, c’est un Bibliomane qui lève le voile sur d’autres bibliomane, auteurs bizarres ou inclassables de manière étonnantes et drôles. L’objet élégant, à la typographie soigné, rend hommages à tous ceux qui sont ivres de livres et de lecture. ON ‘AURA COMPRIS, CELUI-LÀ N’AURAIT JAMAIS FAIT DE MAL À UN LIVRE

L’Amateur de livres, précédé du Bibliomane, de bibliographie des fous et De la monnomanie réflective, de Charles Nodier. Edition présenté par Jean-luc Steinmetz (éditions Le Castor astral, collection « les inattendus »)
(Le castor Astral, collection « Les Inatendus »)
Présentation de l’éditeur
CHARLES NODIER ne fut pas seulement le merveilleux conteur fantastique que nous connaissons. Il aima aussi jusqu’à l’obsession les vieux bouquins et les éditions rarissimes. Au-delà de textes aussi savoureux que l’Amateur de livres et le Bibliomane, cette douce folie, qualifiée par lui-même de » monomanie « , lui permit de rencontrer au fil des pages plusieurs auteurs bizarres dont il s’est plu à nous révéler l’existence dans sa Bibliographie des fous. Ces textes étonnants et fort drôles, jusqu’alors dispersés dans des publications éphémères, se devaient d’être regroupés à l’attention de tous les fous de livres et de lecture. De l’elzévir comme objet de volupté ! De la lecture comme acte érotique !
Bibliothécaire à l’Arsenal à partir de 1823, Charles Nodier (1780-1844) réunit chaque semaine dans son salon les principaux écrivains de son temps, pour faire de ce lieu le point de ralliement du romantisme. Grâce à lui, le rêve – et même le cauchemar – marquèrent leur entrée dans la littérature. Nerval et, plus tard, certains surréalistes lui seront fortement redevables.
BABEL OU L’ESPRIT DE BORGES
Par Éric Poindron

C’est une belle et heureuse rencontre que celle des éditions mythiques FMR et de la jeune – et talentueuse – maison du Panama. La collection légendaire et introuvable de contes fantastiques dirigés par Jorge Luis Borges est enfin rééditée. Quelques titres rares – Six à ce jour -, des chefs d’œuvre qui construisirent la littérature et l’univers borgésien, ont déjà garni les bibliothèques les plus raffinées et enchanté les lecteurs les plus exigeants : Viliers de l’Isle Adam et Le convive de la dernière fête, Gustav Meyrink et Le Cardinal de Napellus, Les Amis des amis de Henry James, La Pyramide feu de Arthur Machen. Et pour le plaisir des lecteurs, la liste est incomplète. Nous attendons avec impatience Chesterton ou Le Diable amoureux de Jacques Cazotte. Si le font est essentiel, « l’objet livre » est un véritable écrin : les couvertures aux illustrations baroques, ou quelquefois surréalistes, sont des merveilles du genre et le papier de qualité tente de retrouver le grain d’antan. Borges le savait et nous le rappel, la littérature fantastique est peut-être encore un peu plus que la vie. Alors suivons le dans les labyrinthes qui firent ces enchantement. Avec un tel guide, il est certain que l’esprit du maître érudit de Buenos aires souffle et soufflera longtemps sur ce rayon-là….

La Bibliothèque de Babel, Co-édtions FMR – Panama
Pour retrouver toute la collection et les titres à paraître, renseignements : FMR ou ÉDITIONS DU PANAMA

LE VOYAGE À REIMS qui nous intéresse n’est pas le titre de l’opéra enchanteur de Rossini mais les quelques jours studieux que Frédérik Reitz, rédacteur en chef infatigable du magazine du bibliophile et pérégrin livresque, a passé à Reims, voilà quelques semaines, dans le cadre d’une rencontre avec quelques lettrés et amis de la revue. Après une courte visite de la ville des sacres – qui enchanta avant lui Victor Hugo, Charles Nodier ou Mérimée – , Frédérik Reitz mit ses pas dans ceux de Paul de Fort ou du comte Louis de Chevigné, l’auteur des délicieux Contes rémois (voir Magazine du Bibliophile n°67). Au gré de la promenade, il rencontra quelques acteurs économiques de la vie du livre ancien : Le Bouquiniste du passage Talleyrand qui fêtera l’an prochain son premier siècle et la belle enseigne dite Bibliothème tenue de main d’expert et de savant par François Goulet (voir Magazine du Bibliophile n°67).
Aux éditions du Coq à l’Âne, une maison musée au cœur de Reims, quelques amis s’étaient retrouvés pour accueillir le journaliste parisien : Jean-Paul Fontaine, bibliophile, historien du livre, auteur de le Livre des livres (Hatier) et animateur du Bibliophile Rémois, Jean-Paul Machetel, auteur de Talleyrand chez nous, un quatuor à Reims (éditions du Coq à l’Âne), Jean-François Cornu, spécialiste des fous littéraires, des almanachs, des ouvrages dit de Bibliothèque Bleue, Christophe Henrion, président des amis de la bibliothèque et Eric Poindron, critique, écrivain et éditeur – qui tient désormais la rubrique Biblionomadie.
La littérature et la bibliophilie firent l’objet des plus précieuses attentions. On évoqua la revue et son devenir, les améliorations, les nouvelles rubriques et les surprises à venir. Si ce ne fut pas la bataille d’Hernani, ce fut au moins, et bel et bien, l’esprit d’un club qui était en train de naître et l’ensemble fut scellé autour d’un beau flacon de champagne. Oui, à y lire de plus près, le bibliophile n’est pas un homme du passé, il sait aussi, à l’image de notre revue, regarder vers l’avenir…







