A Daniel Maja, bien sûr…
C’est le 19 décembre 1909, en son appartement du 32 rue de Seine, que le marchand Augustin Corvet, d’ordinaire spécialisé dans les petits maîtres et la peinture dite « pompier », organisa une exposition « encyclopedorganique » – intitulé sobrement : L’Exposition – à faire tourner de l’oeil plus d’un bourgeois. Les pièces humaines, et assez macabres au demeurant, avaient été achetée ou volées ça et là dans de vétustes musées de province.
Ce soir là, à défaut du tout-Paris, on put y coriser un autre certains tout-Paris : Les anarchistes beaux quartiers, les taxidermistes du Museum, les prosecteurs de l’école de médecine, et même Le prince Zalewski, le neveu de Robert Houdin, Le prince Youssoupov (l’assassin de Raspoutine,, quelques employés zéléés, des Russes blancs qui passaient le temps, Bénédict Masson – le libraire de l’île saint Louis qui devait être guillotiné quelques plus tard pour des meurtres atroces qu’il n’avait pas commis - l’historien François Régulus-Deslunes, Rodolphe Trouilloux et Jules Dommage (voir documents), les noceurs du Cabaret du néant, et les tireurs de cartes du Cercle ésotérique Oswald Wirth.
Les invités burent à même les tonneaux et certains allèrent jusqu’à ouvrir les vitrines pour, au plus près, « tater la marchandise ». Puis, ils achetèrent tant et tant que le marchand Augustin Corvet se fit ce soir là la promesse de ne plus jamais vendre de peinture, fut-elle des vanités ou des représentations d’écorchés Comme tout « artiste » qui se respècte, il venait de trouver sa voie…

Au centre, les spécialistes reconnaitront sans peine Rodolphe Trouilloux (1), celèbre collectionneur malfaisant de « petites » femmes, vivantes ou empaillées ». La Femme à barbe au dernier plan – ou plus exactement son buste – n’est autre que la célèbre Hélène Martinet dit la « comtessa », qui fut à la fois chanteuse à l’opéra comique – c’est en tout cas ce qu’elle se plaisait à raconter – et gargottière à Bercy le reste du temps.

L’homme à la cravate rouge est Jules Dommage (2), chirurgien réputé qui possédait, dit-on une collection de plus de trois cent mains emprisonnés dans le formol.
(1) – Rodolphe Troilloux (1887 -1922) fut clerc de notaire, puis avocat avant de monter une agence de détective dont le slogan publicitaire était : « Avec Trouilloux, la peur n’est jamais là, mais le résultat est au rendez-vous. » Il dut fermer son agence à la suite de la disparition inélucidée de plusieur de ses clients. On retrouva son corps dans la Bièvre alors qu’il était, d’après ses proches, en train de mettre la dernière main à ses mémoire.Mémoires qui du reste ne furent jamais retrouvées Il est aussi l’auteur d’un rare Traité de la délation (éditions Cortex Frères) que l’on voit très rarement passer dans les salles des ventes
(2) – Jules Dommage, sous le nom de Jules Rossignol, fit aussi une petite carrière dans la magie. Il mit au poinst quelques « trucs » pour le théatre du Grand Guignol, inventa un automate nain et kloptomane, et une canne dite « à système » qui pouvait se transormer en une espèce d’ancêtre de la trotinette (voir Les Cannes à Système, un monde fabuleux et méconnu, de Catherine Dike, Les éditions de l’Amateur, paris – Genève 1985)