MUSÉE DE MONTMARTRE SUITE MAIS PAS FIN

La Mairie de Paris n’a pas fait attendre ni le public, ni la presse, pour faire savoir, dans un communiqué daté du 12 novembre, que : « En ce qui concerne l’Hôtel de Rosimond, siège actuel de l’association- société du Vieux Montmartre et son Musée – et l’hôtel Demarne attenant, la Ville propose également de lancer, dans les mois suivant la fin d’activité, un appel à projets privés pour la reprise des lieux. Ces projets devront présenter une dimension culturelle, en lien avec l’arrondissement. »

Pourquoi donc chasser une association « privée » comme le « Vieux Montmartre » et présentant « une dimension culturelle, en lien avec l’arrondissement » pour caser un organisme tout aussi « privé » et devant accomplir la même mission culturelle ? Mystère…

Mystère ? Oh, pas vraiment, on peut penser, comme votre serviteur, que ces merveilleux bâtiments une fois vidés de leurs occupants, la Ville de Paris se chargera de laisser filer la situation, négligeant tout entretien des locaux – comme elle en a la détestable habitude – et que ces lieux, une fois dégradés, peur être squattés, seront alors mis en vente. Le prix du mètre carré – justifiera alors cette cession à des promoteurs, qui feront de ces bâtiments un carré réservé pour propriétaires chanceux, « typical of Mountmartreux ».
Fi de la dimension culturelle du Musée de Montmartre ! Quelle dimension culturelle ? Quoi ? Carco, Dorgelès, les impressionnistes, Renoir, Le Moulin de la Galette, et même – même ! – le Sacré-Cœur ? Connais pas…

Le grand problème dans cette histoire semble être, une fois de plus, l’ignorance de certains décideurs qui n’ont, probablement, jamais posé leurs augustes pieds sur le sol de la Butte. Ils croient peut-être que Montmartre se résume à la place du Tertre et à tout son attirail de souvenir « made in China » ?  Un reportage diffusé la semaine dernière sur une chaîne de télévision montrait les nombreux peintres chinois chargés de barbouiller des toiles « authentiques » figurant les coins les plus célèbres de la Butte…

Depuis toujours, le Musée de Montmartre forme justement, une sorte de « contrepoids » à toute marée touristique de pacotille. Pour qui veut la véritable – et passionnante – histoire de ces lieux, il suffit de pousser la porte de la rue Cortot. Là, les parisiens, les provinciaux, et les touristes, bienvenus, peuvent appréhender la véritable dimension artistique et spirituelle de Montmartre.
Une mauvaise gestion est reprochée aux administrateurs du Musée. Ah ?

Pourtant,  et je cite la réponse à la dépêche envoyée par ces mêmes administrateurs : « La Mairie, en tant que membre de droit, est titulaire de 4 sièges à notre Conseil d’Administration ; or les réserves sur la gestion, exprimées aujourd’hui, n’ont jamais été formulées en Conseil. »

Dans le même temps, la Mairie refusait d’accroître sa subvention, modeste, de 40 000 € plus la compensation du loyer qui est dû à la Ville.

Un peu  légère, cette Mairie de Paris qui, courant  2009 fit trois propositions successives contradictoires :

En février, devant la situation financière difficile : « Procédez à une liquidation judiciaire ».

En mars : On va vous aider (report du paiement du loyer) et étudier une solution pour pérenniser le Musée : gestion déléguée, transformation en Musée municipal ou augmentation de la subvention.

Et enfin fin octobre, après sept mois de silence : On vous coupe les vivres, donc nous vous suggérons une dissolution volontaire.

Un grand numéro de danse administrative, digne des plus beaux cancans Montmartrois !

Pourtant, pourtant, dans le communiqué de presse cité plus haut, la Ville se dit prête « à reprendre à tout moment contact avec l’Association pour étudier un plan de redressement sérieux ».

Pourquoi cet énervement, alors ? Mettons-nous autour d’une table et discutons, comme l’écrivent les responsables du Musée :  « Si ce plan devait passer par la solution du repreneur privé, avec la clause de dimension culturelle qu’elle évoque, l’Association le Vieux Montmartre serait d’accord pour incarner cette référence culturelle avec ses collections et son Musée classé Musée de France. »

La mémoire des lieux, la littérature, la peinture et toute la foule des oubliés de la Bohême exigent que nous fassions le nécessaire, voire l’impossible, pour sauver une fois de plus ce lieu magique et magnifique : le Musée de Montmartre.

Rodolphe Trouilleux

 

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PARIS SECRET & INSOLITE

L’ÉTRANGE (*) QUESTIONNAIRE DE PACÔME THIELLEMENT

Pacôme Thiellement est écrivain, critique, vidéaste et prophète. Il travaille sur la pop music, la magie noire, le vedettariat, les eskimos, la folie qu’on enferme, les fantômes, la bande dessinée, Twin Peaks, l’hypnose, la grande note, les extra-terrestres, la gnose, l’art de la mémoire, les Ishrâqîyûn, le Grand Guignol, l’Ordre du Soleil Rouge, la montée aux extrêmes, les freaks, les renards, les dogons, l’Imam caché, les jumeaux, les chapeaux, Thelonious Monk, l’ère des fils, les élections et les voyages astraux. Son dernier livre Cabala, Led Zeppelin occulte a paru aux édition Hoebeke.

L’ÉTRANGE (*) QUESTIONNAIRE DE PACÔME THIELLEMENT

(*) Bizarre, extraordinaire, singulier, surprenant. Le Robert

1 – Écrivez la première phrase d’un roman, un nouvelle, ou d’un livre étrange à venir.
J’ai commencé à l’aimer longtemps après avoir connu son corps astral.

2 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il
15h41

3 – Regardez votre montre, quelle heure est-il ?
15h41

4 – Comment expliquez-vous cette – ou ces – différences du temps ?
Il n’y en a pas encore.

5 – Croyez-vous aux prévisions météorologiques ?
Sur un plan symbolique, oui.

6 – Croyez-vous aux prévisions astrologiques ?
Plus encore, mais avec système d’inversion, de polarités, et surtout d’événements contre-intuitifs.

7 – Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ?
Depuis Paris, les étoiles sont remplacées par des traînées de couleur rouge, violette, fushia. Je les regarde mais je ne les vois pas.

8 – Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ?
Je pense que les étoiles nous ont abandonné pour la même raison que les extraterrestres ont commencé à nous visiter. Et que le ciel change de style pour que la Terre puisse continuer à communiquer avec nous.

9 – Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Mes e-mails.

10 – Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues et autres monuments religieux ?
Je les aime comme la face lumineuse d’une histoire terrible, comme j’aime le beau visage d’une femme sans cœur, ou la belle couverture d’un très mauvais livre.

11 – Qu’auriez-vous vu si vous aviez été aveugle ?
La forme exacte des musiques de Bud Powell.

12 – Qu’auriez-vous aimé « voir » si vous aviez été aveugle ?
Les sautes d’humeur de ma bien aimée, dessinées comme une carte d’état-major.

13 – Avez-vous peur ?
Oh oui.

14 – De quoi avez-vous peur ?
De la sentimentalité extrême des pires crapules.

15 – Quel est le dernier film horrible que vous avez vu ?
Antichrist de Lars von Trier vu il y a trois semaines et revu, hier après-midi.

16 – De qui avez-vous peur ?
De mon meilleur ami, s’il existe.

17 – Vous êtes vous déjà perdu ?
J’attends encore qu’on me retrouve.

18 – Croyez-vous aux fantômes ?
Oh oui, sans doute.

Oeuvre de Anna di prospero

 

19 – Qu’est-ce qu’un fantôme ?
Le résidu psychique, la rémanence d’un temps qui aurait dû passer, et ne passe pas. Les Qlippoth de la puissance de nos prédécesseurs. Les principes d’une mauvaise orientation.

20 – En l’instant, à l’exception de l’ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ?
Nathalie, qui tient le standard dans les locaux de Sycomore Films, en conversation avec quelqu’un.

21 – Quel est le bruit le plus effrayant que vous ayez entendu – « la nuit avait l’allure d’un cri de loup », par exemple - ?
Un clochard avec une voix de démon qui récitait les horaires des trains de la Gare de l’Est et suggérait des changements avantageux.

22 – Avez-vous fait quelque chose d’étrange aujourd’hui ou ces derniers jours ?
J’ai discuté avec un rabbin bizarre de petite taille et avec une voix aigüe dans le bus ce matin, qui m’a dit que « les commentaires disaient : Malheur à la femme qui pense comme l’homme ».

23 – Êtes-vous déjà allé dans un confessionnal ?
Oui. J’ai eu une période néo-chrétienne, entre dix-huit et vingt ans.

24 – Vous êtes au confessionnal ; alors confessez-moi l’innommable.
J’ai l’impression que mes sentiments exacerbés et mes passions démesurées sont pour une bonne part la marque d’une complaisance épouvantable vis-à-vis de moi-même et une façon de me masquer le fond détaché, neutre et indifférent qui persiste dans la majeure partie de mes jours.

25 –Sans tricher, qu’est-ce qu’un « cabinet de curiosités »
Une fenêtre sur notre freak intérieur.

26 –Croyez-vous à la rédemption ?
Aucun des deux termes n’est adéquat. La métaphysique commence quand s’arrête la croyance, et la rédemption n’est que la traduction sentimentale et mièvre de la notion de délivrance.

27 – Avez-vous rêvé cette nuit ?
Mal.

28 – Vous souvenez-vous de vos rêves ?
Quand je décide la veille de faire l’effort de les noter au réveil, toujours. Sinon, jamais.

29 – Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?
Dans les deux derniers dont je me souvienne, je tuais quelqu’un (le président français, la tête trouée et accrochée au cintre d’une penderie ; un très mauvais ami, noyé dans un canal après avoir calomnié une personne chère à mon cœur).

30 – Que vous inspire le brouillard ?
Une grande tendresse.

31 – Croyez-vous aux animaux qui n’existent pas ?
Les animaux qui n’existent pas ont existé ou existeront. Tout ce qui a été pensé arrivera.

32 – Qu’est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce ou vous êtes ?
Un tableau abstrait posé à l’envers.

33 – Si vous deveniez magicien, quelle est la première chose que vous feriez ?
Je ferais apparaître les chapitres manquants des Mémoires d’un névropathe du Président Schreber.

34 – Qu’est-ce qu’un fou ?
Je suis incapable de répondre à cette question.

35 – Etes-vous fou ?
Si je pense que je le suis, je ne le suis pas. Mais si je dis que je ne le suis pas, et que je pense que, disant que je ne le suis pas, je le suis, alors je pense que je le suis, et je ne le suis pas. Personne n’arrivera jamais à être fou.

36 – Croyez-vous en l’existence des sociétés secrètes ?
Les sociétés secrètes cessant d’être secrètes à partir du moment où elles sont identifiées comme telles, elles n’existent que tant que je ne crois pas en elles. Donc c’est non.

37 – Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ?
La Pléiade des Ecrits Gnostiques, terminé il y a moins d’un mois.

38 – Aimeriez-vous vivre dans un château ?
Non. Je n’aime pas les trop grands espaces. Je reconstruirais probablement un appartement à ma taille dans une des ailes de celui-ci, et laisserais le reste se remplir de résidus psychiques et de Qlippoth. Beurk !

39 – Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
La manière dont est apparu un de mes collègues à Sycomore Films, Wolfgang, en tournant le dos après avoir sonné à la porte, et retourné la tête. Comme s’il s’apprêtait à partir au moment où il entrait.

40 – Quel est le denier film étrange que vous avez vu ?
Probablement Les Quatre de l’Apocalypse de Lucio Fulci.

41 – Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ?
Oui. Mais pas trop grande.

42 – Etes-vous capable de deviner l’avenir ?
Seulement sur des points très déterminables liées aux psychismes des personnes concernées.

43 – Avez-vous déjà pensé vivre à l’étranger ?
Oui.

44 – Où ?
Chez les Inuits, en pays Dogon, à Sienne, à Dublin, dans les îles.

45 – Pourquoi ?
Parce que je ne m’étais pas encore dit que je rencontrerais les mêmes situations et les mêmes problèmes fondamentaux qu’elles que seraient mes décisions ou mes choix.

46 – Quel est le film le plus étrange que vous avez vous ?
Une sorte de biopic réinventée de Gertrude Stein, avec de longues scènes avec Hemingway dans un bordel et Fernande Picasso en pique-nique. C’était il y a plus de quinze ans, à la télévision, et je ne me souviens ni du titre ni du réalisateur. Et également un long film avec un homme enfermé dans une cabine téléphonique, que personne ne se décide à aider, il y a encore plus longtemps, et qui m’a traumatisé enfant.

47 – Auriez-vous aimé vivre dans un presbytère ?
Probablement, mais j’aurais eu tort.

48 – Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ?
Le Journal Occulte d’August Strindberg. Sexe et Caractère d’Otto Weininger.

49- Préférez-vous les sabliers ou les globes terrestres ?
Les sabliers.

50 – Préférez-vous les loupes anciennes ou les armes blanches
Les armes blanches.

51 – Qu’y a-t-il, selon toute vraisemblance, dans les profondeurs du Loch Ness
Une zone de bifurcation.

52 – Aimez-vous les animaux empaillés ?
J’en ai horreur.

Momie, catacombes de Palerme

53 – Aimez-vous marcher sous la pluie ?
Absolument.

54 – Que se passent-ils dans les souterrains ?
On transforme le visible.

55 – Que regardiez-vous quand vos yeux ce sont détachés de ce questionnaire ?
Mon tabac de pipe.

56 – Que vous inspire cette phrase célèbre : « dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » ?
Dès que j’eus franchi le mien, ils se transformèrent en professeurs.

57 – Sans tricher, d’où est tirée cette phrase célèbre : « dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » ?
Nosferatu de Murnau, non ? Mais les surréalistes en ont fait quelque usage de leur cru.

58 – Aimez-vous marcher la nuit dans la forêt ou les cimetières ?
Bien sûr.

58 – Écrivez la dernière phrase d’un roman, d’une nouvelle, d’un livre étrange à venir.
Alors tout était déjà là, mais caché, et il me fallait relire tout ce que j’avais écrit, pour retrouver les réponses aux questions que je m’étais posé trop tard, abruti comme je l’avais été par les mauvaises questions qu’on m’avait suggéré.

59 – Sans regardez votre montre, quelle heure est-il ?
16h40

60 – Regardez votre montre. Quelle heure est-il ?
16h31.

 

Avant d’achever comme il se doit 2009 et de revenir sur les bilans culturels annuels (le mois prochain), Chronic’Art (novembre 2009) demandé au Professeur Pacôme Thiellement, pop-star véritable trop injustement dans l’ombre, de jouer les futurologues pour Chronic’art. Si l’on s’en tient à l’actualité, ses travers les plus terrifiants comme ses espoirs les plus mirifiques, que nous réservent les années 2010, 2011 et 2012 ? Notre guest fait le tableau du futur immédiat. Pour rire ou pleurer dans les chaumières.

ICI BAS – LA GUERRE TOTALE

le blog de Pacôme Thiellement

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TEL EST PRIX (LITTÉRAIRE)…

Le Renaudot vu par Eric Chevillard

Lundi 9 Novembre 2009

« Je découvre dans cette librairie que le prix Renaudot vient d’être attribué à un certain Frédéric Beigbeder (jamais entendu parler). J’ouvre son livre à la dernière page comme j’aime à le faire, pour en lire une phrase au hasard : À l’aide de ses dents en avant héritées de moi, Chloé mordille sa lèvre inférieure. À l’aide de ses dents… ne dirait-on pas qu’il va être question d’un outil, d’une bêche, d’une pince-monseigneur ? L’ellipse de la relative ensuite – initiative hardie destinée à alléger l’ensemble – se révèle hélas malencontreuse. Avec ces dents en avant qu’elle tient de moi eût été plus heureux, à défaut d’être plus charmant. Chloé mordille donc sa lèvre inférieure à l’aide de ses dents et non à l’aide de ses pieds comme nous aurions pu le penser sans cette indispensable précision de l’auteur, ni du reste à l’aide des pieds de celui-ci, employés déjà, nous le voyons, à de puissants travaux d’écriture justement récompensés. »

« L’imposteur avance désormais à visage découvert. Il est fêté pour cela, parce qu’il fait crânement étalage de sa médiocrité au lieu de mourir de honte. Notre société ne peut qu’approuver l’aplomb de cette nullité satisfaite. »

Pour découvrir L’AUTOFICTIF, le blog salutaire de Eric Chevillard

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LE VATICAN ET LES EXTRA-TERRESTRES

Le Vatican a tenu une conférence sur la possibilité d’une vie extraterrestre et ses conséquences pour l’Eglise catholique.Cette conférence de 5 jours a rassemblé environ une trentaine de scientifiques afin de débattre sur la possibilité d’une vie ailleurs que sur notre planète. Ce n’est pas la première fois que le Vatican débat de l’existence d’une vie extraterrestre dans l’univers. En 2005 déjà, une conférence du même genre s’était tenue, organisée par l’observatoire du Vatican.

Le révérend Jose Gabriel Funes, qui dirige l’observatoire du Vatican, a déclaré que la science et la religion n’étaient pas incompatibles et que cette question d’une existence extraterrestre ne remettait en aucune façon en cause la foi en Dieu. L’an passé, il avait déclaré dans le journal du Vatican :

« Si des formes de vie sont découvertes ailleurs dans l’univers, elles peuvent être considérées comme des créatures de Dieu [..] Cela ne contredit pas notre foi parce qu’on ne peut délimiter la liberté qu’a pris Dieu lors de la création. »

SACRÉ LIVRE SACRÉ !

Emprunté à mon ami Yves Letort, libraire consciencieux que l’on peut retrouver sur FEUILLES DAUTOMNE

LIRE OU NA PAS LIRE PROUST ?

Lu ce matin les propos pour le moins provocateur de Germaine Greer, écrivain – et provocatrice – de langue anglaise :

« Si vous n’avez pas lu Proust, ne vous en faites pas. Vous n’avez pas besoin de combler cette lacune dans votre développement culturel. En revanche, si vous avez lu en entier « A la recherche du temps perdu », alors vous devriez vous faire du souci. Proust le savait très bien, lire son œuvre trop longtemps est du temps perdu, temps qui serait mieux utilisé en allant rendre visite à un proche atteint de démence, méditer, promener le chien ou apprendre le grec ancien. »

(…)

« La lecture en est infernale, il y a 2 408 pages, 1,25 million de mots, et le livre est tellement lourd qu’on ne peut pas le lire au lit ou dans son bain (pour autant qu’on puisse jamais le lire, avec ses minuscules polices et ses toutes petites marges). »

(…)

« Proust utilise les virgules et les points-virgules pour faire ce qui devrait être fait par des points, qui sont bien trop rares, et le plupart du temps mal placés. Les phrases peuvent atteindre des milliers de mots et des partitions de propositions subordonnées, si bien que le lecteur ne se souvient pas de la proposition principale, ou s’il y en a jamais eu. »

Les amateurs de mauvaise foi en auront pour leur argent. Ceux qui n’ont pas lu Proust (je ne parle pas de ceux qui « relisent » Proust, c’est d’un chic !) pourront relever la tête, bomber le torse, arrêter de se flageller et baiser la tête dans les soirée. Les voilà sauvés. Même s’il reste, Joyce, Cervantès, la correspondance de Voltaire, Le Mahabharata, Les Trois royaumes ou l’oeuvre de Chrétien de Troyes.

Pour revenir à Proust, on peut toujours l’écouter à défaut de le lire. C’est ce que propose les éditions Thélème : A la recherche du temps perdu – tiens, tiens ! – en 111 CD, soit environ 140 heures d’écoute. J’ai calculé pour vous, cela fait 5,83 jours à ne faire que ça ! Nuis comprises. Si vous dormez 12 heures (en vous couchant longemps de bonne heure, il s’entend) ce qui n’est pas recommandé pour la santé et la lucidité, comptez douze jours, à la louche. Imaginez maintenant que vous ne souhaitiez pas lire Proust et que vous êtes raisonnables et raisonnablement lettré. Vous disposez alors de 12 jours libres que vous pouvez employer comme bon vous semble. Aussi, ma question est la suivante :

QUE FERIEZ VOUS SI L’ON VOUS DONNAIT DOUZE JOURS ?

N.B. Toutes les réponses sont les bienvenus, à commencer par les extravagantes

NOUS NOUS SOUVENONS…

807 ETC.

53 300 000, c’est le nombre d’occurrences trouvées en tapant  « 807 » sur le plus célèbre des moteurs de recherches (le 10/11/2009 à 19 h 06)

LES 807

HOMMAGE À PIERRE SYLVAIN

Les éditions Verdier font part du décès de Pierre Silvain, le 30 octobre 2009 à Paris, auteur de Julien Letrouvé, colporteur. Son roman Les Couleurs de l’hiver sera publié au mois de mars 2010. Assise devant la mer est paru en septembre 2009.

Né au Maroc, de parents d’origine limousine. Enfance passée dans le bled, études secondaires à Casablanca, école des Beaux-Arts, puis études de droit à Rabat, à l’issue desquelles il entre dans l’administration des Finances où il fait carrière, parallèlement à ses activités littéraires. Quitte le Maroc après l’indépendance de ce pays, en poste à Sarrebruck, avant son affectation à Paris. Collaboration à la revue Réalités secrètes, dirigée par René Rougerie et Marcel Béalu. Voyage en Chine, l’année précédant la Révolution Culturelle. Aux États-Unis, rencontre Carson McCullers, à laquelle il dédie un de ses livres, La Fenêtre. Nombreux autres voyages, notamment au Japon, en URSS, au Proche-Orient, en Ouzbékistan, en Europe Centrale. A été membre du PEN-Club. Membre fondateur de l’Association Noésis, pour le développement des cultures francophones et hispanophones.

Julien Letrouvé, colporteur…

Nul ne sait d’où vient cet homme qui marche – Julien Letrouvé, colporteur, fut un enfant abandonné – nul ne sait non plus où il va, sinon, peut-être, rejoindre, au bout de son errance, une femme qui l’attend dans son imagination égarée : celle qui lit les livres.
   Car la première des deux rencontres éblouissantes et décisives qui nous sont contées dans le récit, est celle d’une paysanne dont la voix et la présence, dans la chaleur souterraine de l’écreigne, enchanta les veillées de son enfance tandis qu’elle faisait la lecture, à une petite assemblée de femmes occupées à filer, des petits livres de colportage de la Bibliothèque bleue.
   La seconde aura lieu près du champ de bataille de Valmy – dans les premières années de la République, menacée sur ses frontières, et déjà saisie par le sombre pressentiment de la Terreur –, cette fois avec un jeune homme, déserteur de l’armée prussienne. Elle fera basculer son destin.

Quelques lignes de Julien Letrouvé, colporteur.

 La marchandise, comme disait M. Garnier sans mettre dans ce mot rien d’irrespectueux à l’égard des ouvrages de l’esprit desquels il tirait ses revenus, consistait en livres, livrets, fascicules brochés, calendriers, almanachs et composts, quelques images de piété gravées en couleur, d’autres, peut-être, que leurs sujets par trop licencieux empêchaient qu’elles fussent exposées. M. Garnier laissa courir un regard amoureux, comblé, sur les exemplaires les plus demandés de sa Bibliothèque bleue. Il n’était pas sûr que Julien Letrouvé se fît, ainsi que lui, une idée assez haute de son métier, de la marchandise particulière qu’il colportait et par là de l’espèce de mission qui lui était tacitement dévolue. Mais pouvait-on savoir, Julien Letrouvé se livrait avec tant de retenue, et s’il avait eu un mot à dire pour dissiper les incertitudes que ses silences entretenaient, aurait-il su trouver celui qu’il fallait ? Aussi, quand il déclara avec assurance que cette fois il ne prendrait que les contes, les légendes et les romans, à l’exclusion de tout ce qui était calendriers, prédictions, vie des saints et des rois, recettes et médecines, chansons, féeries et diableries, cantiques, manuels de bonne préparation à la mort, jardins de l’honnête amour et tant d’autres qu’il laissait à ses confrères les mercerots qui ne faisaient pas tant de manières pour se charger du tout-venant, M. Garnier eut-il le sentiment de voir surgir des ténèbres d’incompréhension qui la lui avaient cachée la face insoupçonnée d’un jeune homme à la volonté duquel il se prit, sidéré, à répondre d’un secouement de tête, en signe d’approbation. C’était, à n’en point douter, l’époque qui lui fournissait de tels motifs de perplexité qu’il se proposait d’approfondir plus tard.
   Julien Letrouvé avait approché sa boîte, il en retira le couvercle doublé d’un drap fin couleur de sable, comme celui qui en tapissait le fond. Il dit résolument à M. Garnier que ceux des livres qu’il tenait à emporter étaient, sans qu’il y eût d’ordre de préférence dans son énumération, L’Histoire de Fortunatus, Mélusine, La Patience de Grisélidis, Gracieuse et Tersinet, La Complainte du Juif errant ainsi que Till l’Espiègle et La Princesse de Clérac, par Monseigneur de Dalbour. Il prendrait aussi La Farce de Maître Pathelin, La Jalousie du Barbouillé et la petite brochure où il y avait l’éloge funèbre du bedeau picard Michel Morin qui fut si grand carillonneur en son temps. Après une hésitation, il ajouta très vite qu’il avait choisi, enfin, La Forêt des merveilles.

BELA LUGOSI’S ALIVE

by Tod Browning