EDITION

« A voir ce qui s’imprime tous les jours, on dirait que chacun se croit obligé de faire preuve d’ignorance. »

Paul Louis Courrier, in Correspondance, dans mon édition Firmin-Didot et Cie, 1894, N.DL.R.

AMES SENSIBLES S’ABSTENIR

« Cher Eric,

Vous êtes une telle perle qu’il faudrait vous installer sous une bulle de verre, vous alimenter d’un air purifié à la lavande et de mets raffinés dont Escofflier n’aurait pas osé rever et entamer toute une série de manigances mauriciennes (ou … de rosaires) pour que vous continuiez indéfiniment à nous (m’) enchanter. D’ores et déjà je plante un clou mérovingien (offert par le Pdt Fleury) dans une Belle de Fontenay afin que les cieux vous soient toujours propices. »

Marie-Thérèse de B.

Ce petit courrier reçu hier me ravit autant qu’il m’effraie… Même en me forçant un peu, j’ai du mal à m’imaginer sous cloche. Moi qui aime m’agiter, je m’y sentirai à l’endroit. A bien choisir, je préférai une belle taxidemie, et un propriétaire qui me déplacerait à sa guise. Un coup dans la bibliothèque, un autre au milieu des armures d’autrefois ; une fois dans la salle de billard ou dans une cave bien tenu. Et des yeux de verre du meilleur effet…

Et s’il fume, je conseillerai même au propriétaire de ma dépouille de glisser ses objets usuels – briquet, coupe-cigare, crayon de papier, cloche pour les domestiques lou unette demi-lune pour la lecture – dans les poches profondes de mon élégante robe de chambre afin de ne pas avoir à les chercher. Ainsi remplirai-je, en plus d’objet décoratif du plus bel effet, la fonction d’insolite majordome à tout – bien – faire.

Mon futur – possible – triste sort n’est pas sans me rappeler celui encore plus infâmant du mystérieux « Espagnol empaillé » du musée d’Allard à Montbrison dans la Loire. L’homme de Montbrison était alors présenté comme étant un forgeron car il a la taille ceinte d’un tablier de cuir caractéristique de ce métier. L’écrivain et poète en-partie surréaliste Élie Charles Flamand – auteur d’une admirable monogaphie sur la tour Saint-Jacques, soit écrit en passant – se souvient dans son livre Les méandres du sens (París, Dervy, 2004) de ses visites dans les années 40 au musée d’Allard, à Montbrison, et sa rencontre avec le plus « spectral » de ses trésors, un homme empaillé, présenté à l’époque dans une vitrine avec pour légende : « le corps d’un forgeron ». Flamand écrit à son sujet : « Son visage, rongé par les sels de mercure, comme son regard figé, procure une vraie peur. »

Pourtant, c’est un journal espagnol La Vanguardia, qui, en publiant un article fouillé, va se rapprocher de la vériter : « El último prisionero de Napoleón » : le dernier prisonnier de Napoléon. L’article évoque l’étrange « objet » qu’un musée français garde dans ses collections : le corps empaillé d’un Espagnol. Il s’agit bien du « forgeron » évoqué par Flamand, couché dans un modeste cercueil en bois et remisé dans les fonds du Musée.

L’hypothèse sur l’origine espagnole du corps s’appuye sur la tradition orale. Il s’agirait de celui d’un Catalan, un des 1 600 prisonniers espagnols déportés en 1808 dans la cité forézienne après l’entrée des troupes de Napoléon dans la péninsule. Le journal espagnol nous en apprend plus sur cette histoire étonnante. Les prisonniers ayant participé à de nombreux travaux à Montbrison. Notre  Homme, de son vivant, aurait été embauché sur le sol français par un notable de la ville, Jean-Baptiste d’Allard, pour travailler comme ouvrier à la construction de son hôtel particulier. Il serait décédé en tombant d’un échafaudage vers 1825. Il avait une trentaine d’années. Le riche aristocrate aurait alors eu l’idée de faire  « travailler » le corps par Edouard Dupont, naturaliste à Paris, afin qu’il rejoigne les espèces animales – ours, tigre, girafe ainsi qu’une multitude d’oiseaux, comme en témoigne encore les oiseaux du Musée -  à qui il avait fait subir le même sort, dans le but de les exposer dans son cabinet de curiosités à l’intérieur de sa nouvelle demeure.

Il est aussi intérressant de signaler les similitudes avec un autre corps, celui de « El Negro » du musée Darder de Banyoles, en Espagne. Tous les deux seraient morts environ à l’âge 30 ans, à la même époque, vers 1830. Edouard Dupont était alors en poste au Musée du Jardin des Plantes de Paris et que Jules Verraux, auteur supposé de la momie « El negro de Banyoles », y officiait aussi.

De bien étranges taxidermistes, vous en conviendrez…

Le gardien en profite pour vous recommander la lecture de :

El Negro et moi, de Frank Westerman – Christian Bourgois.

Est-il possible de retrouver, un siècle et demi plus tard, la cause de la mort de quelqu’un ?
C’est ce qu’une équipe de neuf médecins légistes tente de faire en juin 1993. Sur la table repose le corps bien conservé d’un Africain anonyme mort en 1830 ou 1831 « Objet numéro 1004 ».

En 1983, Frank Westerman découvre, en Catalogne, le Musée d’histoire naturelle de Banyoles, le corps naturalisé d’un Bushman, exposé comme le sont les animaux et plantes rares dans un tel musée. El Negro date des années 1830. Qui était cet homme ? Qui l’a empaillé et dans quel but ? Comment cet  » objet  » a-t-il été perçu par ses contemporains ? Comment a-t-il atterri en Catalogne et pourquoi disparaît-il vingt ans plus tard, au grand dam des habitants de la petite ville qui semble s’en être emparé comme symbole assez paradoxal de leur singularité catalane ? Frank Westerman mène l’enquête et entraîne le lecteur dans le monde des naturalistes du XIXe siècle, à l’époque des grands débats sur l’évolution. Il l’initie aux secrets de la taxidermie, évoque l’histoire de l’esclavage et de l’étonnant retour d’anciens esclaves vers l’Afrique dans les années 1780. L’auteur nous confronte également au problème du racisme et au vaste débat sur le devenir du continent africain ? Enquête journalistique sur un sujet insolite, réflexion humaniste et récit autobiographique.

«Il était là : le « négro » empaillé de Banyoles. Lance dans la main droite, bouclier dans la gauche. Vigilant et légèrement penché, les épaules relevées. À demi nu, juste une parure de raphia et un petit pagne orange pelucheux. Sa peau était prodigieusement noire. Je ne savais pas qu’existaient des gens aussi noirs, et aussi petits et chétifs. El Negro était un adulte, avec la peau sur les os, qui atteignait à peine mon coude. Il se trouvait dans une vitrine, au milieu du tapis. Sur le socle on avait vissé une petite plaque : Bochiman du Kalahari.
Plus encore qu’auprès des caïmans, j’avais l’impression qu’il allait se mettre à bouger. Ou diriger un moment son regard vers moi. Désapprobateur ? Fâché parce que je venais l’épier ?
On n’était pas chez madame Tussaud. Je n’étais pas en train d’admirer une illusion de la réalité ; ce Bochiman n’était pas un moulage fait pour donner le frisson, ni l’une ou l’autre momie trouvée par hasard dans la tourbe ou ailleurs. C’était une personne, écorchée puis empaillée comme on le fait pour un animal. Il y avait donc eu quelqu’un pour faire cela et, de toute évidence, les rapports étant ce qu’ils étaient, le préparateur devait avoir été un Européen blanc, et son objet un Africain noir. L’inverse était impensable. Je sentis la chaleur m’envahir et la racine de mes cheveux me démanger – un sentiment de honte diffus tout bonnement. »

Frank Westerman

BIBLIOMANE












Bibliomanie : Impulsion pathologique qui pousse à posséder des livres.

 

Bibliopathie : terme générique désignant les états pathologiques provoqués par l’amour des livres. Mot utilisé en 2003 par l’auteur de ce Bibliolexique dans la revue Le Bibliophile Rémois.

 

Jean Paul Fontaine, Bibliolexique à l’usage de l’amateur de livres. Editions des Cendres

 

Julien Bogousslavsky devant ses juges.

L’ex-neurologue vedette du CHUV a-t-il vraiment détourné des millions pour assouvir sa passion des livres? Son procès s’est ouvert le 24 janvier.

L’accusant d’avoir détourné des millions, le CHUV vire avec effet immédiat Julien Bogousslavsky. En avril 2006, cette annonce avait fait l’effet d’une bombe. Chef du service de neurologie de l’hôpital, professeur respecté, conférencier très demandé, patron de la Fédération mondiale de neurologie, le médecin du CHUV, alors âgé de 52 ans, est une star dans son domaine. Arrêté, il va passer deux mois en prison, puis sera libéré moyennant une caution d’un demi-million.

C’est sa passion dévorante des livres rares et anciens qui l’ont poussé aux malversations, dit-on alors. Il reconnaîtra une partie de faits et, dans un communiqué, présentera ses excuses à ceux qui ont eu à souffrir de ses actes. Puis retrouvera rapidement du travail dans une clinique privée.

 

Manœuvres habiles


Près de quatre ans plus tard, l’éminent neurologue comparaît en justice. Son procès s’ouvre ce matin au Tribunal correctionnel de Lausanne. Julien Bogousslavsky est accusé d’avoir détourné 5,3 millions de francs des caisses de l’hôpital. L’ampleur exacte des malversations sera au cœur du procès, qui s’annonce technique.

Car on reproche au brillant médecin d’avoir habilement échafaudé toute une série d’escroqueries financières pour détourner de l’argent. Sommes versées pour des recherches qui n’ont jamais eu lieu, fausses factures, notes de frais bidon ou gonflées, prélèvements douteux dans les caisses du CHUV: en tout, la justice devra éplucher l’une après l’autre une trentaine de cas d’abus présumés, s’étalant de 2000 à 2006. La justice a prévu deux semaines pour décortiquer les malversations présumées de Julien Bogousslavsky.

 

Personnage énigmatique


Mais si la majeure partie des débats portera autour des questions de gros sous, le procès devra aussi permettre de percer le mystère de l’énigmatique Julien Bogousslavsky. Au fond, ce sont ses motivations qui intriguent. Sa seule passion des livres rares permet-elle d’expliquer ses dérives? Ou ne parle-t-on que de cupidité? A moins que le mandarin, riche, reconnu, puissant – il touchait 500 000 francs par an, sans compter ses rémunérations en tant qu’organisateur de congrès ou conférencier – se soit cru au-dessus des lois? Le procès, au final, répondra peut-être à cette question: pourquoi un homme qui a déjà presque tout veut-il plus encore ?

En 2006, le journal l’Hebdo a révélé l’existence d’un catalogue, dressé par Julien Bogousslavsky, listant l’ensemble de ses ouvrages rares. Sur 153 pages, publiées sous le nom de « Lukas Jesus von Boilgy » (anagramme de son nom), il décrit et illustre 80 de ses plus précieux ouvrages, parmi lesquels un exemplaire numéroté de La prose du Transsibérien de Blaise Cendrars illustré par Sonia Delaunay ainsi que les Poésies de Stéphane Mallarmé illustrées par Henri Matisse. 

© D’après Renaud Michiels pour Le Matin

Oeuvre de Teun Hocks

MERVEILLES AU PAYS DES VITRAUX

Vous reprendrez bien un peu d’Alice ?…


Une fois de plus, elle se trouva dans la longue salle, tout près de la petite table de verre. « Cette fois-ci, je vais m’y prendre un peu mieux », se dit-elle, et elle commença par s’emparer de la petite clé d’or et par ouvrir la porte qui donnait sur le jardin. Puis elle se mit à grignoter le champignon (dont elle avait gardé un morceau dans sa poche) jusqu’à ce qu’elle n’eût plus que trente centimètres ; puis elle traversa le petit corridor ; et puis… elle se trouva enfin dans le beau jardin, au milieu des parterres de fleurs aux couleurs vives et des fraîches fontaines.

La suite de l’aventure est à découvrir ICI

DU BEAU MONDE…






Certains esprits se sont posés, sur la création, d’étranges problèmes qu’ils ont résolus hardiment. UrbainChevreau, dans son Histoire du Monde (1686, 2 vol. in-4°), rapporte que, suivant les uns, le monde a été créé au printemps, et, suivant d’autres, un vendredi, le 6 septembre, à quatre heures de l’après-dînée. Un autre, dont nous regrettons vivement d’avoir oublié le nom, avait trouvé la date du ’21 décembre.

 

Un érudit italien du dix-huitième siècle, monsignor Baïardi, dans un entretien avec l’abbé Barthélemy, lui raconta qu’il s’occupait d’un abrégé de l’histoire universelle, où il devait préluder par la solution d’un problème des plus importants pour l’astronomie et pour l’histoire : il s’agissait de fixer le point du ciel où Dieu plaça le soleil en formant le monde : II venait de découvrir ce point, dit Barthélemy, et il me le montra à l’abbé sur un globe.

 

SE MOUILLER POUR UN LIVRE…

Editions La Dragonne

Et Ambre nous écrit…

Sont-ce les auteurs qui plongent ou les lecteurs ?

Un autre auteur… à découvrir, je « me mouille », une plongée dont on ressort trempé et secoué mais avec le même plaisir qu’après une balade poétique sous des cieux pluvieux.

ESTHÉTIQUE DES PÔLES

Groenland, Spitzberg, Sibérie, Antarctique… Autant de noms qui évoquent le froid, la glace et les explorateurs en perdition. Jean-Baptiste Charcot qui parcourut les mers des deux pôles fut d’ailleurs victime d’une pathologie que sa formation de médecin avait quelques difficultés à diagnostiquer : « d’où vient, disait-il, l’étrange attirance de ces régions polaires, si puissantes, si tenaces, qu’après être revenu on oublie les fatigues morales et physiques, pour ne songer qu’à retourner vers elles ? »
Terres de liberté fantasmée où les fantaisies humaines n’ont plus de limites, zones arides où l’homme ne peut que survivre, espaces « vierges » symboles des ravages causés par l’être humain à notre planète… les Pôles sont devenus au fil des témoignages, récits, cartes et documentaires qui ont émaillé leur découverte et leur exploration cet objet paradoxal dont la « réalité » se nourrie tout autant de l’imaginaire collectif que des faits scientifiques, géographiques et ethnologiques rapportés. Pureté absolue des terres arides et noirceur de l’âme humaine : les régions polaires sont à la fois une maladie incurable et une drogue aux pouvoirs hypnotiques, un espace hostile où l’homme est confronté à son moi profond, à sa magnificence et à sa petitesse.
Dans notre société où chaque chose et chacun est à sa place, où le temps, la lumière et l’espace sont devenus des denrées chiffrées et monnayables, l’horizon sans fin des pôles fascine et s’offre comme un ultime refuge pour les belles utopies, pour les « valeurs » de nos pères à jamais disparus.
Ces espaces sont aussi parmi les derniers où effort humain et dépassement de soi prennent tout leur sens, où l’élan primitif qui sommeille au plus profond de chacun de nous vient bousculer l’assurance de notre confort et de nos habitudes.

Ces motivations antagonistes où romantisme et pensée écologique ne sont pas en reste ont certainement quelque chose à voir avec l’engouement actuel des artistes pour ces territoires en voie de disparition.
Désarroi profond face à un monde en mutation ou désir d’exotisme aventureux sont les deux alternatives (parfois antagonistes, parfois complémentaires) entre lesquelles oscillent les œuvres présentées dans cette exposition. Qu’elles prennent la forme du journal intime, du livre de bord ou du documentaire, qu’elles proposent une exploration physique, symbolique ou une expérimentation scientifique, elles tissent un réseau d’images, de sons et de mots où voyage initiatique et utopies sociales se rejoignent, où l’être redevient humain.

FRAC LORRAINE

16 OCT – 09 FÉV 2010
49 NORD 6 EST – FRAC LORRAINE METZ


ROMAN FEUILLETON







C’est en 1836 que le feuilleton débuta en France. Le première ligne  « la suite au prochain numéro » date du 30 septembre de la même année. Quelques tentatives anglaises – Le Robinson Crusoe de Daniel Defoe, par exemple, dans le London Post – ou françaises – sous le Directoire – avait déjà en partie séduit le lecteur. Toutefois, il fallut attendre le génie de Emile de Girardin (1) et de Armand Dutacq (2) pour lancer véritablement la formule.




Ce fut bientôt une véritable folie de concurrence. La Presse de Girardin et Le Siècle de Dutacq s’arrachèrent Alexandre Dumas. Celui-ci se faisait payer 1 fr 50 la ligne, une somme, évidemment, pour l’époque et pour l’écrivain ! Les mauvaises langues – et certains historiens de la littérature – affirment que le style haché du célèbre auteur contribuait à augmenter ses recettes. On se souviendra, par exemple, de cet extrait de La Dame de Monsoreau :

      J’ai encore une idée, dit Saint-Luc

      Allons donc !

      Et si c’était…

      Si c’était ?

      - Non

      - Non ?

      Mais si

      Parlez.

      Si c’était M. le Duc d’Anjou ?

 

On laissera le lecteur calculer ce que le romancier pouvait gagner en quelques lignes. Toutefois, les éditeurs aux allures de dindon de la farce  décidèrent rapidement qu’une ligne comporterait un minimum de mots pour être acceptée comme telle.

Alexandre Dumas, secondé par Auguste Maquet, démarra ainsi Les Trois mousquetaires dans La Presse. Sa prolifique production lui valut par la suite quelques mésaventures. Il écrit, par exemple, dans Le Collier de la Reine : « Ah ! Ah ! dit don Manoël en portugais ».  

Dans Rocambole, on doit à Ponson du Terrail, feuilletoniste échevelé, l’immortelle bévue : « Sa main de cet homme était froide comme celle d’un serpent. »

Mieux encore, Ponson du Terrail embrouillait tant et tant ses intrigues qu’il lui arrivait de ressusciter ses personnages malgré les « poupées témoins » qui lui servaient de pense bête. Toutefois, il ne faut pas ici jeter la pierre au romancier fécond car sa femme de ménage, en relevant les poupées, en était la première responsable.

« La suite au prochain numéro… »

 

Notes

 

(1) – Chateaubriand, Lamartine, Balzac ou George Sand collaborèrent à La Presse

(2) – Charles Nodier, Léon Gozlan, Alphonse Karr, Jules Sandeau ou Balzac collaborèrent au Siècle.

 

Le gardien vous recomande la lecture de :

 

Signé Dumas, de Cyril Gely et Éric Rouquette, d’après la pièce de théatre éponyme (les impressions nouvelles)

Février 1848 : Alexandre Dumas et son collaborateur Auguste Maquet travaillent ensemble. Si c’est Dumas qui signe, la besogne abattue par Maquet est colossale. Pourtant, depuis dix ans, ce nègre discret et rigoureux est resté dans l’ombre du grand homme et n’a jamais contesté sa suprématie. Mais quand éclate une querelle entre les deux écrivains, une question cruciale se pose : quelle est la part exacte de l’un et de l’autre dans cette grande réussite ? Qui est le père de d’Artagnan et de Monte-Cristo ? En un mot, qui est l’auteur ? Leur relation, si paisible jusqu’ici, passe de l’alliance au doute, hésite, puis bascule dans l’affrontement.

STRADIVARIUS

Voici le Stradivarius le plus cher du monde. L’instrument – un violon alto – a pu être évalué 15 millions d’euros. Un disque révèle sa sonorité exceptionnelle.

Ce pourrait être le violon alto le plus cher du monde. Le « Gustav Mahler », joué par le Français Antoine Tamestit, est un des dix altos Stradivarius parvenus jusqu’à nous. Dans le disque qui paraît aujourd’hui, le musicien a choisi un répertoire – Arpeggione Lieder de Schubert – qui révèle la sonorité exceptionnelle de l’instrument. Cet alto date de 1672. C’est le premier jamais conçu par le maître luthier, qui avait alors 28 ans. De quoi en faire l’instrument de musique le plus cher du monde. On a pu parler de 15 millions d’euros. À vrai dire, il n’a pas de prix. À la différence des violons, il n’y a pour les altos Stradivarius ni marché ni cote.

« La dernière enchère publique d’un alto Stradivarius remonte au XIXe siècle, explique Antoine Tamestit, et il n’y a pas eu de vente privée depuis les années 1960. » Les dix altos connus appartiennent à des fondations ou des musées. La Fondation Habisreutinger de Saint-Gall, en Suisse – propriétaire du « Gustav Mahler » – ne dévoile pas pour quel montant est assuré son alto.

Elle concède que la somme est proche de la valeur d’une toile de maître. Le « Gustav Mahler » est d’autant plus précieux que les trois quarts de son vernis originel sont intacts. « Les altos italiens ayant fait leur apparition vers 1670, ce pourrait être le deuxième ou troisième en date dans l’histoire de la musique », précise Antoine Tamestit. Sa valeur scientifique et artistique, l’instrument la doit aussi à ses propriétés, uniques chez un Stradivarius.

« À 28 ans, Stradivari sort à peine de chez son professeur, poursuit le musicien. Il en profite pour innover, expérimenter des formes nouvelles, d’autres types de bois : les coins sont plus allongés, les éclisses plus hautes, le bassin et les épaules plus larges. Son dos est en bois de peuplier et non en érable, ce qui lui donne des couleurs plus appuyées dans le médium-grave. » Cerise sur le gâteau, l’étiquette d’origine, à l’intérieur de l’instrument? comporte une coquille ! Le « U » d’Antonius s’est mué en un « N ». Trois Stradivarius seulement présenteraient cette particularité. Si Antoine Tamestit se passionne autant pour l’instrument, c’est aussi parce qu’il garde sa part de mystère. Le « GustavMahler » a été baptisé par Rolf Habisreutinger, fortune du textile et fervent collectionneur, qui a acheté l’instrument en 1960, année du centenaire du compositeur allemand. Auparavant, dans les années 1950, il est passé entre les mains du marchand Henry Werro, à la réputation sulfureuse. Sa trace la plus ancienne remonte à 1877, où il est signalé dans une vente aux enchères à Londres. Deux siècles de blancs à compléter !

Jamais deux instruments sur le même avion
Antoine Tamestit, lui, ne fait sa rencontre qu’en janvier 2008. Il a 28 ans. Grâce au parrainage de Christian Poltéra, partenaire de trio également soutenu par la Fondation Habisreutinger, il a pu bénéficier de conditions de prêt exceptionnelles. Des dix Stradivarius que possédait Rolf Habisreutinger, la fondation qui lui a succédé en 1995 en a conservé six, tous joués par de jeunes musiciens. Ces prêts sont accordés en principe sur dossier (la fondation reçoit une à deux demandes par mois) et mettent des années à aboutir. Il n’a fallu dans le cas d’Antoine Tamestit que quelquesmois.

Les contreparties de ces prêts d’un an renouvelables, sont minimes : une participation à l’assurance ; un concert par an pour la fondation ; le retour de l’instrument en Suisse tous les ans pour expertise et un suivi régulier chez le luthier de la fondation. Et, bien sûr, un luxe de précautions. Il est interdit de jouer en orchestre à cause du risque de chute de pupitres, et de laisser l’instrument sans surveillance à l’hôtel, au restaurant ou dans un coffre de voiture. Le musicien doit signaler tout voyage long-courrier. La fondation veille à ce que deux instruments n’embarquent sur le même avion et soit joué dans un pays «à risque».

 Arpeggione Lieder, de Franz Schubert, ( CD Naïve)

© Thierry Hilleriteau pour Le Figaro

Le gardien en profite pour vous recommander la lecture de :

Tribulations d’un stradivarius en Amérique, de Frédéric Chaudière (actes sud)

Le 28 février 1936, le soliste Bronislaw Huberman donne un concert au Carnegie Hall de New York. Des deux violons qu’il a emportés, un stradivarius et un guarnerius, il choisit ce dernier. Quand il sort de scène, le stradivarius s’est volatilisé et ne refera pas surface avant de nombreuses années.
L’histoire de l’instrument disparu avait commencé par une nuit d’hiver 1706, dans une vallée des Alpes italiennes, quand un bûcheron choisit l’épicéa qu’il allait abattre en cette lune noire de janvier. De sa conception par le maître luthier Stradivari jusqu’aux rebondissements rocambolesques et véridiques qui suivirent l’enlèvement, Frédéric Chaudière raconte l’existence mouvementée d’un violon trop convoité sur un rythme de roman-feuilleton : durant trois siècles, en effet, le stradivarius cristallise et déchaîne les passions des artisans, des musiciens, des mélomanes, des amoureux de l’art, du profit et de la gloire.
 

CE MATIN J’AI COMPRIS UN TRUC…

« Ce matin, j’ai compris qu’au théâtre, les personnages parlaient beaucoup plus fort que les gens dans la vraie vie, mais que ça les empêchait pas de mourir. J’AI PAS RAISON !? »

« Ce matin, j’ai compris qu’une goutte de pluie, c’est un peu un flocon de neige qui aurait raté sa vie. J’AI PAS RAISON !? »

« Ce matin, j’ai compris que les gens polis ne montaient pas à cheval car on ne joue pas avec la nourriture. J’AI PAS RAISON !? »

Voilà quelques théories lues ce matin sur le Blog  THÉORIE D’ENFER. Aussi, si à votre tour…

THÉORIE D’ENFER

C’EST ICI