Le CABINET des CURIOSITÉS, des ÉTRANGETÉS et des SINGULARITÉS de ÉRIC POINDRON

LIRE OU NA PAS LIRE PROUST ?

Lu ce matin les propos pour le moins provocateur de Germaine Greer, écrivain - et provocatrice - de langue anglaise :

« Si vous n'avez pas lu Proust, ne vous en faites pas. Vous n'avez pas besoin de combler cette lacune dans votre développement culturel. En revanche, si vous avez lu en entier "A la recherche du temps perdu", alors vous devriez vous faire du souci. Proust le savait très bien, lire son œuvre trop longtemps est du temps perdu, temps qui serait mieux utilisé en allant rendre visite à un proche atteint de démence, méditer, promener le chien ou apprendre le grec ancien. »

(...)

« La lecture en est infernale, il y a 2 408 pages, 1,25 million de mots, et le livre est tellement lourd qu'on ne peut pas le lire au lit ou dans son bain (pour autant qu'on puisse jamais le lire, avec ses minuscules polices et ses toutes petites marges). »

(...)

« Proust utilise les virgules et les points-virgules pour faire ce qui devrait être fait par des points, qui sont bien trop rares, et le plupart du temps mal placés. Les phrases peuvent atteindre des milliers de mots et des partitions de propositions subordonnées, si bien que le lecteur ne se souvient pas de la proposition principale, ou s'il y en a jamais eu. »

Les amateurs de mauvaise foi en auront pour leur argent. Ceux qui n'ont pas lu Proust (je ne parle pas de ceux qui « relisent » Proust, c'est d'un chic !) pourront relever la tête, bomber le torse, arrêter de se flageller et baiser la tête dans les soirée. Les voilà sauvés. Même s'il reste, Joyce, Cervantès, la correspondance de Voltaire, Le Mahabharata, Les Trois royaumes ou l'oeuvre de Chrétien de Troyes.

Pour revenir à Proust, on peut toujours l'écouter à défaut de le lire. C'est ce que propose les éditions Thélème : A la recherche du temps perdu - tiens, tiens ! - en 111 CD, soit environ 140 heures d'écoute. J'ai calculé pour vous, cela fait 5,83 jours à ne faire que ça ! Nuis comprises. Si vous dormez 12 heures (en vous couchant longemps de bonne heure, il s'entend) ce qui n'est pas recommandé pour la santé et la lucidité, comptez douze jours, à la louche. Imaginez maintenant que vous ne souhaitiez pas lire Proust et que vous êtes raisonnables et raisonnablement lettré. Vous disposez alors de 12 jours libres que vous pouvez employer comme bon vous semble. Aussi, ma question est la suivante :

QUE FERIEZ VOUS SI L'ON VOUS DONNAIT DOUZE JOURS ?

N.B. Toutes les réponses sont les bienvenus, à commencer par les extravagantes

STEVENSON OU LE BONHEUR

Alberto Manguel par Philippe Matsas

Lequel des deux présenter en premier ? Manguel ? Stevenson ? Optons pour Manguel, optons pour celui qui aurait pu tout aussi bien - lisez « tout aussi brillamment » - nous parler de Poe, de Kipling, de Chesterton ou de Borges. Optons pour celui qui, il y a huit ans déjà, était venu à la Bibliothèque nous raconter, sa passion impunie, la lecture. Essayiste, romancier, critique littéraire, éminent polyglotte, traducteur de réputation internationale - il a vécu tour à tour en France, en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne, à Tahiti, en France à nouveau -, Alberto Manguel est né à Buenos Aires en 1948. Fils d'un diplomate nommé ambassadeur d'Argentine à Tel-Aviv, il passe sa petite enfance dans la capitale israélienne où il est élevé par une nurse d'origine tchèque qui lui apprend l'allemand et l'anglais. Ce n'est qu'en 1955, de retour dans son pays natal, qu'il ajoute à son bagage linguistique l'espagnol, qui aurait dû être sa langue maternelle. C'est auprès de Jorge Luis Borges que Manguel a appris à conjuguer le verbe lire avec le mot plaisir et qu'il a pris conscience du rapport intime et presque charnel qui peut s'établir entre un texte et son auteur. Sa bibliographie en français est désormais importante, elle comprend même un Dictionnaire des lieux imaginaires ! Elle se compose essentiellement d'essais (plus d'une douzaine) et se clôt à ce jour sur La Cité des mots, une série de conférences prononcées en 2007 à Toronto…

ÉCOUTER ou VOIR la conférence en CLIQUANT ICI

Photo © Philippe Matsas

LE NEVEU DE RAMEAU

Un philosophe revient sur sa rencontre au café de la Régence (1) avec un personnage singulier, le neveu de Rameau, jeune homme marginal accablé par la réussite musicale de son oncle, le célèbre Jean-Philippe Rameau. Il s’ensuit une joute extraordinairement vivante entre les deux hommes…

Rira bien qui rira le dernier, Monsieur le Philosophe !... » , c’est par ces mots d’adieu au café de la Régence que, sur le point de se rendre à l’Opéra, le neveu de Rameau prend congé de Diderot à la suite d’une conversation à refaire le monde entre Raison et Cynisme.

« Mes pensées, ce sont mes catins », c’est ainsi que Diderot a pu caresser ce dialogue improbable, lors de promenades de fin de journée non loin du Palais-Royal, entre « lui » et « moi » où le moraliste va mettre à l’épreuve du doute, les valeurs universelles de la morale confrontées au pragmatisme des intérêts particuliers.

Face au philosophe va se dresser le phénomène de l’anarchiste prêt à faire feu de tout bois pour assouvir l’objectif d’une liberté inconditionnelle destinée à assouvir tous les besoins et plaisirs terrestres.

Foin des contraintes socioculturelles, le séduisant rebelle va s’opposer dans des monologues brillants, mais le plus souvent spécieux, à toutes ambitions citoyennes et à toutes pédagogies progressistes visant à élever le destin de l’humanité.

La fascination de Diderot à l’égard de son interlocuteur virtuel n’aura d’égale que sa conviction relative concernant l’incarnation du génie humain lié au cortège des privilèges auxquels celui-ci ose prétendre.

Grâce à une maïeutique jonglant habilement avec les forces du bien et du mal, ce débat contradictoire, initié au XVIIIème siècle, pourrait avoir l’immense mérite de ne pas prendre les vessies de l’Esprit pour des lanternes de la Civilisation.

En ce 09/09/09, la première de la reprise du spectacle, créé en 2001 dans ce même Théâtre du Ranelagh, célébrait en « générale de presse », le quatuor ayant déjà réuni initialement Nicolas Vaude, Nicolas Marié, Olivier Baumont en compagnie de leur metteur en scène Jean-Pierre Rumeau.

Rénovée avec des fauteuils confortables, la salle offre, plus que jamais, la magie de ses lambris au bénéfice d’une acoustique plus feutrée. Néanmoins sa profondeur reste un paramètre avec lequel les comédiens doivent s’accorder.

Ainsi, l’interprétation trublionesque de Nicolas Vaude, en phase avec les digressions étourdissantes d’une gamberge lutine, imprime un rythme étourdissant à sa composition du « neveu » dont parfois, les inflexions du spectre vocal aboutissent assourdies, aux derniers rangs d’orchestre.

En charge de témoignages musicaux fort bienvenus, Olivier Baumont consacre sa maîtrise du clavecin, à calmer le jeu ébouriffant de cet esprit follet auquel l’autre Nicolas semblerait davantage assister ensorcelé que dans l’audace de la répartie.

D’ailleurs à la décharge du rôle, Diderot ne s’offre même pas le prestige de la dernière réplique, puisque sans piper mot :

« Rira bien qui rira le dernier, Monsieur le Philosophe !... ».

Quand je relis Le Neveu de Rameau, ce qui régulier, je ne peux m'emêcher de penser à Paul Léautaud qui s'écriait : « comme ça, il ne tombera pas dans de mauvaise main ! » Et moi désormais d'imitier le vieil hermite de Fontenay...

(1) - Célèbre café du Palais Royal fréquenté par les philosophes, Benjamin Franklin et la gent échiquéenne.

Et si vous passez Boulevard Saint Germain,

arrêtez vous devant le philosophe et rendez-lui hommage...

LE NEVEU DE RAMEAU, de Denis Diderot

Adaptation de Nicolas VAUDE, Nicolas MARIE et Olivier BAUMONT
Mise en scène : Jean-Pierre RUMEAU

Avec Nicolas VAUDE, Nicolas MARIE etOlivier BAUMONT au clavecin

Pour découvrir une présentation vidéo, cliquez ICI

Théâtre le Ranelagh
5 rue des vignes - 75016 Paris

www.theatre-ranelagh.com

 En 1755, Alexandre Jean Joseph Le Riche de La Pouplinière, fermier général sous le règne de Louis XV, fait construire dans son domaine de Boulainvilliers un théâtre à l'extrémité de l'allée de son château. Mécène éclairé, il rassemble autour de lui tout un cénacle d'artistes et d’intellectuels parmi lesquels figurent de grands noms tels que Voltaire, Quentin de La Tour, Van Loo, Stamitz, Rameau... La Révolution laissa intact le château et le parc de Passy, mais en 1815, les jardins de la propriété furent particulièrement dévastés par les Anglais selon les sources requises dans le Dictionnaire historique, topographique et militaire de 1838. M. Cabal, notaire revendit le domaine en 1826 à des spéculateurs qui tracèrent à la place du domaine un nouveau quartier appelé Boulainvilliers. De ce terrain fragmenté en parcelles, Louis Mors, célèbre constructeur automobile acquiert une large partie sur laquelle il fit construire en 1894 un théâtre à l’emplacement du salon de musique de la Pouplinière. Ce passionné de musique favorisa l’émergence des esthétiques musicales du début du 19e et du 20e siècles en programmant des artistes comme Bizet, Terrasse, Wagner… L’inauguration de ce magnifique salon de musique en chêne sculpté de style néo-renaissance œuvre d’Alban Chambon, est inauguré le 25 avril 1900 par Camille Chevillard, ancien directeur de l’Orchestre Lamoureux avec un orchestre de 80 musiciens interprétant pour la première fois en France "l'Or du Rhin" de Wagner. En 1931, la salle transformée devient un cinéma d'art et d'essai, haut lieu cinématographique de la capitale fréquenté par des personnalités comme Gérard Philippe ou Marcel Carné. Puis, le théâtre s’est diversifié et chaque direction a favorisé d’autres projets, mêlant tantôt des programmations musicales, tantôt des programmations éclectiques mêlant théâtre, musique et cirque.

DES NOUVELLES DE LORD BYRON

Des enchères porteuses de révélations !

Lord Byron parle de poux, de sa maîtresse et ses rivaux

Une servante, sujet d'une affaire assez sordide, des réflexions pimentées sur les étrangers, la littérature passée au vitriol... les lettres contenant ces différents thèmes ont pu choquer en leur temps, d'autant plus qu'elles provenaient d'un petit prodige de la poésie anglaise... Lord Byron.

On y découvrira des preuves de l'imagination enflammée des romantiques, ces superstars du rock de l'époque, dont les révélations sexuelles embrassent l'esprit. Quelques moqueries lancées contre les Portugais, qui n'ont que peu de vices, « hormis les poux et la sodomie », et encore d'autres piques adressées au rival Wordsworth...

C'est ainsi que la maison d'enchères Sotheby's va proposer toute une correspondance, contenant plusieurs missives inédites, détenues depuis 1885 par le comte de Roserbery, et qui n'ont pas quitté la famille depuis. « Byron avait manifestement plaisir à écrire des choses un peu scandaleuses, adressées à un membre du clergé, mais vous percevez également un sens puissant de l'amitié qu'ils avaient. Une véritable intimité », explique Gabriel Heaton, de la maison d'enchères.

C'est en effet à Francis Hodgson qu'elles furent toutes envoyées, et ce pasteur victorien n'a pas dû manquer de bondir de sa chaise. L'histoire concernant la servante, Susan Vaughan, inédite et gratinée, ne manque pas de piquant. Si Byron la considère comme sa maîtresse et en attend une fidélité sans équivoque et réciproque. Mais il suffira de rumeurs démentant cette idée, pour qu'elle perde son emploi.

Nombre de potins et chamailleries littéraires s'étalent au fil des lignes, aujourd'hui enfouies dans la mémoire des spécialistes. Mais quel bien fou Byron ressentit en écrivant : « Southey et Turdsworth sont des renégats et des fourbes. »

© Clément S. pour ActuaLitté.

« Mascara Ceremonial », oeuvre - singulière - de Javier Perez
 

L'IMPROBABLE CÉLÈBRE DICTÉE DE MÉRIMÉE

 

Je n’aime de l’histoire que les anecdotes

Prosper Mérimée

La dictée de Mérimée : vraie ou fausse ? Qu’importe, difficile !

À cette dictée, dit-on,  Napoléon III fit 75 fautes, l’impératrice 62, Alexandre Dumas fils 24, l'écrivain Octave Feuillet 19, et Metternich, ambassadeur d’Autriche, seulement 3
Essayez de rédiger la fameuse dictée attribuée à Prosper Mérimée. Et sans faire de fautes, bien sûr, ce qui semble difficile ! Mais l’académicien a-t-il vraiment dicté ce texte à la cour de l’Impératrice Eugénie, un soir à Compiègne ? Bien des questions demeurent sans réponse.

Un entretien passionant à écouter sur CANAL ACADÉMIE, avec Pierre Pellissier, auteur de Prosper Mérimée (Tallandier), suivie d'une lecture de la célèbre et improbable lecture afin de fauter à votre tour...

Tour à tour écrivain de génie, inspecteur général pour la protection des monuments historiques, prisonnier à la Conciergerie, académicien français, séducteur sans pareil, sénateur à 50 ans, et confident avisé des grand(e)s du siècle, Prosper Mérimée (1803-1870) offre au lecteur une place de choix pour contempler ce fascinant XIXe siècle. La myriade d’aventures du père de Carmen, qui inspira le célèbre opéra du même nom, le lie intimement à tous les personnages et événements marquants de son temps. Ainsi, lire Mérimée, c’est voyager au côté des auteurs les plus marquants de la littérature du siècle, Stendhal, George Sand et Victor Hugo pour ne citer qu’eux. Suivre Mérimée, c’est être engagé au plus près de l’intimité du second Empire. Fréquenter Mérimée, c’est tout connaître de Paris, de ses salons et de ses intrigues. Voyager avec Mérimée, c’est partir pour la province et les monuments qu’il a la charge de sauver de la décrépitude. Vezelay, Saintes, Orange ou la porte Mars (gallo-romaine) de reims en seront à jamais changés. Partir avec Mérimée, c’est visiter l’Europe, qui subit la secousse des guerres et des révolutions. L’année 1870 sonnera le glas des destins parallèles de l’empire et de cet homme admirable. La guerre ferme une fois pour toutes la parenthèse impériale. Mérimée décède peu après dans l’indifférence quasi générale. L’auteur de La Vénus de l’Ille et de Colomba mérite pourtant un autre sort que celui que lui réserveront la modernité et l’oubli qui lui est associé.

Victor Hugo. Dessin de Prosper Mérimée.

SUR LES TRACES DU « GANT ROUGE »

C'est une belle histoire qui vient d'arriver à Michel Forrier. Ancien garde républicain, à la retraite depuis 2000, il s'est installé à Cambo dans un but précis : assouvir sa passion pour Rostand. Pour Edmond, bien sûr, mais aussi pour toute la famille. Depuis Eugène, son père, économiste et avocat, jusqu'à François, le fils de Jean, mathématicien et ami de Boris Vian. Ce qui l'intéresse particulièrement dans cette famille, c'est « l'élan d'humanisme qui les relie. Bien qu'ils soient issus de la grande bourgeoisie, ils ont tous besoin de se mettre au service des autres. »

Quand il est arrivé à Cambo, Michel Forrier était déjà en possession d'une importante documentation. Et il a, bien sûr, poursuivi ses recherches sur place, publiant notamment La Petite Histoire d'Arnaga, en 2006 (éditions Pyrémonde) et l'an dernier Madame Simone (Le Croît vif), biographie de la comédienne qui interpréta plusieurs pièces de Rostand (1).

Mais il vient d'accéder à la notoriété en publiant Le Gant rouge, une pièce inédite de l'auteur de Cyrano de Bergerac Elle a paru cet été aux éditions Nicolas Malais, accompagnée de lettres de Rostand à sa fiancée, Rosemonde Gérard. Un ouvrage à la présentation très élégante et que l'universitaire Olivier Goetz, auteur d'une thèse sur Chantecler a enrichi d'un texte érudit de 90 pages.

C'est en fouillant, aux Archives nationales, dans les textes dramatiques passés au crible de la censure de l'époque, que Michel Forrier a retrouvé Le Gant rouge. « Quand j'ai lu, sur la feuille de garde, le titre de la pièce, représentée en 1888 au théâtre de Cluny, j'ai su que c'était bien la première oeuvre de Rostand. Le nom de l'auteur ne figurait pas mais j'avais en tête des articles sur cette pièce qui commence au musée Grévin. »

Un demi-échec


En 1888, Rostand a 20 ans, et c'est un auteur totalement inconnu. Avec son beau-frère Henry Lee, il imagine un vaudeville trépidant et coquin. Pour se faire représenter, il a dû contracter un emprunt. Mais Le « Gant rouge » n'a connu que 17 représentations. Et la critique, à une exception près, fut très féroce pour cette première oeuvre. « En raison de ce demi-échec, raconte Michel Forrier, Rostand a évolué vers le théâtre en vers, connaissant la gloire quelques années plus tard avec Cyrano. Il ne voulait plus parler de ce Gant rouge quand, en 1903, le théâtre de Cluny a voulu remonter la pièce pour faire de l'argent. Et Rostand, devenu entre-temps célèbre, a dû, cette fois, payer pour qu'elle ne soit pas représentée ! »

Après s'être livré à un vrai travail de bénédictin, recopiant à la main, à la Bibliothèque nationale les 31 lettres de Rostand, Michel Forrier est allé voir, à Metz, Olivier Goetz et leur travail commun a abouti à la publication de cet ouvrage, unanimement salué par la presse française et étrangère. Le Camboar d'adoption est, évidemment, très flatté de cet accueil, mais il tient, devançant les critiques qui pourraient lui être faites, à préciser ses intentions : « Je ne suis pas là pour me servir de Rostand, mais pour servir sa mémoire ».

Et, au fait, Le Gant rouge, qu'en pense-t-il ? « C'est un vaudeville dans le genre de Feydeau, Labiche ou Victorien Sardou, du théâtre fait pour divertir. C'est du Rostand avant Rostand, le coup d'essai avant le coup de maître. »

(1) Le livre sera présenté à l'Orangerie d'Arnaga le 19 septembre, à l'occasion des Journées du patrimoine.

Emmanuel Planes pour Sud Ouest

Pour découvrir Le gant rouge et les éditons NICOLAS MALAIS, cliquez ICI

SOYEZ HEUREUX

En réécoutant un vieux disque vinyl No Woman's land, presque cabossé, de Mama Béa -Tékielski -, je me suis souvenu de cette belle chanson éponyme et de ce texte mis en musique par la papesse blonde, retrouvée, dit-on (*), dans une église de Baltimore, daté de 1692, et dont l’auteur est inconnu. Je l’ai lu à haute voix et j’ai pensé une fois encore au If - ou Tu seras un homme mon fils - de Rudyard Kipling.

Après une minuscule recherche, j’ai retrouvé l’auteur de cet texte intitulé Desiderata, écrit en 1926 ou 27, selon les sources. Il est l’œuvre de l'avocat, et un peu poète, Max Ehrmann. Tant pis pour l’église de Baltimore, pour le fantôme à venir d’Edgar Allan Poe, et la ville qui existait à peine. Ce texte est pour vous…

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte

Et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence

Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes

Dites doucement mais clairement votre vérité

Ecoutez les autres, même les simples d'esprit et les ignorants

Ils ont eux aussi leur histoire

Evitez les individus bruyants et agressifs

Ils sont une vexation pour l'esprit

Ne vous comparez avec personne

Il y a toujours plus grand et plus petit que vous

Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements

Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe

Soyez vous-même

Surtout n'affectez pas l'amitié

Non plus ne soyez cynique en amour

Car il est en face de tout désenchantement aussi éternel que l'herbe

Prenez avec bonté le conseil des années

En renonçant avec grâce à votre jeunesse

Fortifiez une puissance d'esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain

Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères

De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude

Au-delà d'une discipline saine, soyez doux avec vous-même

Vous êtes un enfant de l'univers

Pas moins que les arbres et les étoiles

Vous avez le droit d'être ici

Et qu'il vous soit clair ou non, l'univers se déroule sans doute comme il le devait

Quels que soient vos travaux et vos rêves

Gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre coeur

Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés

Le monde est pourtant beau

Et... tâchez d'être heureux !

(*) Dans les années 1950-1970, aux Etats-Unis d'Amérique et en Europe, le texte suivant circulait dans les différents groupes constituant les réseaux de contre-culture. Il était supposé avoir été trouvé dans la Cathédrale Saint Paul de Baltimore (USA) en 1692 et sans nom d'auteur. Cette origine mystérieuse lui conférait une aura quelque peu "sacrée". Mais, une sociologue Véronique Campion-Vincent, qui travaillait sur les légendes urbaines, a montré qu'il s'agissait, en fait, d'une page poétique de Max Ehrmann (1872-1945) extrait de recueil composé par l'auteur en 1927. Dans les années 1950, un pasteur de Baltimore avait affiché ce texte dans Old Saint Paul's Church, bâtiment construit en 1692. Apprécié et recopié, avec l'oubli progressif de sa signature, il sera repris dans la mouvance hippie par des peintres et des éditeurs et très largement dupliqué par tous les moyens et par tout un chacun, jusqu'à nos jours. A le lire attentivement, il correspond assez bien au commencement de ce que l'on peut appeler aujourd'hui la "spiritualité laïque". (d'après une source de René Barbier)

Et pour ceux qui ne connaissent pas le texte de Kipling, le voici dans une tradcuction célèbre de André Maurois.

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, / Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties / Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour, / Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre, / Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, /Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles / Travesties par des gueux pour exciter des sots, / Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles / Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire, /Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, / Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, / Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître, / Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, / Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, / Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage, / Si tu peux être brave et jamais imprudent, / Si tu sais être bon, si tu sais être sage, / Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite / Et recevoir ces deux menteurs d'un même front, / Si tu peux conserver ton courage et ta tête / Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire/ Seront à tous jamais tes esclaves soumis, / Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire / Tu seras un homme, mon fils.

Dans les cimetières et mémoriaux du Dud Corner de Loos-en-Gohelle, sont honorés nombre de figures emblématiques, C'est le cas du lieutenant John Kipling, fils de Rudyard Kipling. Fort de la lecture du poème de son père Tu seras un homme mon fils, John avait souhaité s'engager sur le front, pour répondre aux espérances et à la gloire de son père, alors que son extrême myopie le lui interdidait. Comme tant d'autres, il tomba à proximité de Loos-en-Gohelle, à l'âge de 18 ans, le 27 septembre 1915, soit deux jours après le déclenchement des hostilités de la Bataille de Loos. Se sentant responsable de la disparition de son fils, Rudyard Kipling le chercha en vain jusqu'à sa propre mort en 1936. Il sillonna les alentours de Loos-en-Gohelle dans sa célèbre Rolls-Royce, ce qui lui valut d'être surnommé par les habitants du secteur « L'Homme à la Rolls. » Son fils appartient aux disparus de la Grande Guerre, ces soldats sont déclarés « connus de Dieu seul » selon la formule consacrée « Known unto God » imaginée par Rudyard Kipling en hommage à son fils.

En cette fin d’après midi la pluie a cessé, les vents sont tombés, l’olivier ne se courbe plus et les rouges-gorges sont revenus.

PETTIS MOTS DU SOIR

(...)

Actuellement, la maison travaille à l'élaboration d'un ouvrage qui retrace le parcours littéraire d'un auteur du 19è tombé dans l'oubli, Pétrus Borel, qui a passé une partie de sa vie dans une petite commune de la Marne nommée "Le Baizil" au moment de l'élaboration de son seul roman "Madame Putiphar" (hallucinant ce texte au passage!). Commune que vous connaissez peut-être puisque vous habitez en Champagne-Ardenne (région dont je suis d'ailleurs moi-même originaire !) (...) Je savais que je trouverais trace de Pétrus Borel dans votre Cabinet! Un tel auteur ne pouvait légitimement pas échapper à votre acuité.
Je suis pour ma part en territoire lycanthropique avec mes deux autre acolytes vampires depuis presqu'un an... Nous avons un projet éditorial autour de cet incroyable trublion :-))
Amitiés,

Irma Vep, de LE VAMPIRE RE'ACTIF

      Chère Karine C., alias Irma Vep,

Oui vous l'avez deviné, pétrus Borel « le lycanthrope » est en bonne place dans mes bibliothèques. Personnage magnifique et malheureux, écrivain fulgurant et rare à la trajectoire digne des grands maudits. oui, celui-là fait partie des mes amis. biens sûr que je suis souvent allé à Le Baizil, morne village près de Montmort à l'ouest de la Marne et non loin des mystérieux marais de Saint-Gond. Quand on connait le village, on peut sans peine imaginer le calvaire qui fut le sien à cette époque de vache maigre... Beau projet que le votre. Et vous, quelles est votre champage ; quel est votre village ? Et si votre temps vous le permet, il faudrait venir visiter le cabinet de curiosités...

Cher Eric, (chère Sandra)
J'ai un peu tardé à lancer la demande d'amis mais j'étais en Espagne, puis monopolisée par X depuis mon retour (enfin par les pensées pour X). Merci encore infiniment de l'adorable accueil que vous m'avez fait, avec Sandra (qui est charmante). Les livres que vous éditez sont vraiment très beaux, la terrine de canard que vous m'avez fait emporter est une merveille, et je garde un souvenir ému du cabinet de curiosité, du champagne, et de toutes les douceurs autour, ainsi que de votre adorable petite fille (Chloé Lune je crois - Non Cléo-Lunes, note du papa et du gardien). Je suis impatiente de revenir avec X afin que nous puissions nous voir plus longuement, goûter de bons vins et parler nourritures en tous genre

Laure



C'est la fin d'un temps, le temps de l'exception culturelle pour tous !!!!! Quel dommage !
Je faisais chaque vendredi soir ma moisson de titre us sur l'automobile ! Bref c'est fini, un grand merci à vous employés de Brentanos, pour qui ça n'a pas du être très facile a la fin.

Un client fidele du vendredi soir !!


Rétiré - volontairement - à la campagne, ayant pour seul voisins des vignes, des renards, des lézards et des chats sauvages, il est fort rare que je fréquente les librairies. Heureusement, les amis, les éditeurs aimables et les attachées de presse bienveillantes ont pris depuis longtemps la bonne habitude de garnir quotidiennement ma grande boite aux letttres. Je reçois aussi les catalogues des ventes et des libraires d'occasion qui me permettent, à défaut d'acheter, de me promener dans les bibliothèques d'autrui et d'antan. Toutefois, les anachorètes de mon accabit peuvent découvrir presque chaque jour des lirvres rares, des éditions anciennes, des tirages de têtes ou des trésores bibliophilique sur le blog MISCELLANEES un blog bibliographico-littéraire. Animé par Olivier Bogros, qui se présente comme bibliothécaire et amateur de brochures, MISCELLANEES est une enclave de bon goût, loin des agitations « highteques », où l'on peut encore entendre le bruit du papier cristal qui servait à recouvrir les éditions précieuses. Et puisque nous évoquions Pétrus Borel, c'est le moment d'aller l'y dénicher. Si ce n'est lui, ce sera Jules janin, l'abbé de La Marre, Léon Cladel ou le grand Emile Goudeau. Que de beau monde, que de belles promenades et que de belles découvertes...

Pour découvrir le blog MISCELLANEES

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Enfin et ce sera tout pour ce soir, ai découvert, par ce que son créateur m'a écrit, l'iconaclaste blog BARBOTAGES CRAQUE, HOAX, COUAC, WITZ, PUFF, KITSCH et peut-être plus encore. Joli fatras, iconographie réjouissante et convives des plus plaisants. On peut y croiser, Barbey d'aurevilly, Alfred Jarry - et son almanach ubuesque - , le très grand Joseph Beuys et son loup - ah quel happening mémorable ! - , les cires anatomiques du musée de la Specola, la mythique mandragore, les amis de CYNTHIA 3000, ou le très beau livre - et très rare - livre de Jean-Yves Lacroix, le Cure-dent (chez Allia) , en hommage à Omar Khayyam. Chapeau bas au maître de l'endroit. Et bonne visite aux amateurs de singularites comme nous les aimons.

Les cires anatomiques du musée de la Specola, Florence

Pour découvrir le blog BARBOTAGES

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VOUS REPRENDREZ UN PEU DE NERVAL

Si « un verre de vin ôte un pièce de la poche du médécin », quelques lignes « cul-sec » et « hors-d'âge » du plus grand des poètes  ragaillardissent un bonhomme, tous les bonshommes ; même les pires. Bonne lecture et... Santé !

Le souper fait, nous allâmes prendre le café et le pousse-café à l'établissement célèbre de Paul Niquet. - Il y a là évidemment moins de millionnaires que chez Baratte... Les murs, très élevés et surmontés d'un vitrage, sont entièrement nus. Les pieds posent sur des dalles humides. Un comptoir immense partage en deux la salle, et sept ou huit chiffonnières, habituées de l'endroit, font tapisserie sur un banc opposé au comptoir. Le fond est occupé par une foule assez mêlée, où les disputes ne sont pas rares. Comme on ne peut pas à tout moment aller chercher la garde, - le vieux Niquet, si célèbre sous l'Empire par ses cerises à l'eau-de-vie, avait fait établir des conduits d'eau très utiles dans le cas d'une rixe violente.

On les lâche de plusieurs points de la salle sur les combattants, et, si cela ni les calme pas, on lève un certain appareil qui bouche hermétiquement l'issue. Alors, l'eau monte, et les plus furieux demandent grâce; c'est du moins ce qui se passait autrefois.

Mon compagnon m'avertit qu'il fallait payer une tournée aux chiffonnières pour se faire un parti dans l'établissement en cas de dispute. C'est, du reste, l'usage pour les gens mis en bourgeois. Ensuite vous pouvez vous livrer sans crainte aux charmes de la société. Vous avez conquis la faveur des dames.

Une des chiffonnières demanda de l'eau-de-vie.

« Tu sais bien que ça t'est défendu ! répondit le garçon limonadier.

- Eh bien, alors, un petit verjus ! mon amour de Polyte ! Tu es si gentil avec tes beaux yeux noirs... Ah ! si j'étais encore... ce que j'ai été ! »

Sa main tremblante laissa échapper le petit verre plein de grains de verjus à l'eau-de-vie, que l'on ramassa aussitôt; les petits verres chez Paul Niquet sont épais comme des bouchons de carafe : ils rebondissent, et la liqueur seule est perdue.

« Un autre verjus ! dit mon ami.

- Toi, t'es bien zentil aussi, mon p'tit fy, lui dit la chiffonnière; tu me happelles le p'tit Ba'as (Barras) qu'était si zentil, si zentil, avec ses cadenettes et son zabot d'Angueleterre... Ah ! c'était z'un homme aux oizeaux, mon p'tit fy, aux oiseaux !... vrai! z'un bel homme comme toi ! »

(…)

- Et un petit verre! dit mon compagnon.

- J'accepte si' vous me permettez de définir la loi divine et la loi humaine... »

La tête commençait à me tourner au milieu de ce public étrange; mon ami cependant, prenait plaisir à la conversation du philosophe, et redoublait les petits verres pour l'entendre raisonner et déraisonner plus longtemps.

Si tous ces détails n'étaient exacts, et si je ne cherchais ici à daguerréotyper la vérité, que de ressources romanesques me fourniraient ces deux types du malheur et de l'abrutissement ! Les hommes riches manquent trop du courage qui consiste à pénétrer dans de semblables lieux, dans ce vestibule du purgatoire, d'où il serait peut-être facile de sauver quelques âmes... Un simple écrivain ne peut que mettre les doigts sur ces plaies, sans prétendre à les fermer.

Les prêtres eux-mêmes qui songent à sauver des âmes chinoises, indiennes ou tibétaines, n'accompliraient-ils pas dans de pareils lieux de dangereuses et sublimes missions ? Pourquoi le Seigneur vivait-il avec les païens et les publicains ?

Le soleil commence à percer le vitrage supérieur de la salle, la porte s'éclaire. Je m'élance de cet enfer au moment d'une arrestation, et je respire avec bonheur le parfum de fleurs entassées sur le trottoir de la rue aux Fers."

ANECDOTES OU PROU

COMMENT ET POURQUOI LA FONTAINE ÉCRIVIT DES GALANTERIES ?

C’est Alexandre Dumas père – ou le grand - qui, dans Le Vicomte de Bragelonne, fait de l’écrivain un personnage de roman, et lui prête à peu près ces mots :

« Avez-vous remarqué ce qu’il se fait en France de poésie badine (…) Et que, il ne s’en imprime que fort peu ? (…) Et bien, marchandise rare est marchandise chère, ai-je pensé. C’est pourquoi je me suis mis à composée un petit poème extrêmement licencieur (…) Extrêmement grivois (…) extrêmement cynique (…) j’y ai mis tout ce que j’ai pu trouvé de mots galants (…) et j’ai vendu cet opuscule huit cent livres la première édition. Les livres de piété s’achètent moitié moins. »

Alors si le crime ne paie, la licence peu encore nourrir son poète.

Moralité : n’écrivez pas comme tout le monde, et surtout pas n’importe quoi, ainsi vous aurez - peut-être – la chance de ne pas être lu par n’importe qui.

DE L’OPTIMISME ET DU HASARD SELON DENIS DIDEROT.

Un jour qu’il était emprisonné à Vincennes pour Délit de pensée, le philosophe et trublion Diderot imaginer d’interroger la Providence afin de connaître son sort à venir et le terme de sa captivité. Pour un esprit cartésien, la tentative de divination qui va suivre semble loin de la philosophie comme l’on pourra en juger… Toutefois, puisqu’il s’agit à venir de superstition, Diderot n’employa pas un moyen commun comme dénicher un trèfle quatre fois feuillu, souffler sur des braises, dévaliser un lapin de l’une de ses pattes ou encore moins trouver un talisman tordu sou le sabot d’un cheval. Non, notre philosophe croyait en un hasard plus malicieux, érudit et classique, en un mot Platonique. C’est chez un autre philosophe qu’il chercha une réponse à son inconfortable situation. « J’avais un petit Platon dans ma poche, et j’y cherchai, à l’ouverture, quelle serait la durée de ma captivité, m’en rapportant au premier passage qui me tomberait sous les yeux. « J’ouvre et je lis en haut d’une page : cette affaire est de nature à finir promptement. » Je souris, et un quart d’heure après, j’entends les clés ouvrir les portes de mon cachot. C’étai le civil Berryer qui venait m’annoncer ma délivrance pour le lendemain ».

En somme, à Platon, Platon et demi. Si l’on dit « libéré sur parole », on pourrait aussi écrire, « libéré sur un bon mot ». Amis lecteurs, soyez philosophe à votre tour et cherchez dont une partie des réponses au questions que la vie nous pose à l’intérieur des précieux livre. Mieux que la cartomancie, le hasard des mots fait si bien les choses. Certains philosophes parleront de déraison, d’autre, au contraire, d’optimismophilosophie.

Tandis qu’il traversait la France, Arthur Young, voyageur Anglais du XVIIIe siècle, agriculteur et agrnome, rencontra un jour un passant qui lui demanda si « il y avait des arbres en Angleterre ». En bon Anglais, Young répondit que oui, il y en avait quelques-uns. Puis l’autre lui demanda s’il y a avait des rivières en Angleterre. Young fit la moue avant de répondre.

- Des rivières, il n’y en a point du tout.

- Ma fois, c’est bien triste conclut le Français crédule et désolé.

le gardien vous recommande la lecture de :

Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, de Arthur Young.

Beaucoup d'éditions d'occasion sont assez facile à dénicher.

TROIS PHOTOS

La cabine photomaton a très tôt suscité l'intérêt des surréalistes français, qui se sont servis de ce procédé photographique pour réaliser l'un de leurs plus célèbres portraits de groupe.

(...)

IL baissa la tête en souriant,

Puis, de sa main gauche et unique, il porta sa cigarette à la bouche.

Enfin il ferma presque les yeux avant d'apparaître en partie derrière le nuage de fumée.

Blaise Cendrars était un homme comme les autres quand il s'amusait, et fumait, dans les cabines des photomaton.

(...) clic-clac !

TITIVILLUS

Ce que j'aime dans l'histoire, ce sont ses basses-fosses et ses bas-côtés... François Régulus-Deslunes

Ce matin, conversation avec Gilles Lapouge au sujet - entre autres - de « ce diable de Titivillus » qui fait, sans jeu de mot aucun,  « couler beaucoup d'encre... » Après l'avoir évoqué dans Mystères, diableries & merveilles en champagne-Ardenne & dans le reste du monde, Gilles Lapouge nous le ressert - lui le démon des moines copistes, sur un plateau d'argent ou d'étain dans son dernier essai L'Encre du voyageur - tiens, tiens !... Gilles m'apprend qu'il croit savoir que Shakspeare s'est emparé du "petit diable des copistes". Un petit tour sur la Toile, autre Diable, et le tour est joué...

Pour alléger ce fardeau permanent de la faute, l'imaginaire monastique a créé, probablement par jeu, au début, un démon particulier, du nom de Titivillus (parfois Tutivillus, Tutuvillus), auquel les moines faisaient porter la responsabilité de leurs erreurs, disant parfois au dos de leur copie : "Titivillus m'a fait faire cette faute". Son nom est cité pour la première fois dans le Tractatus de Penitentia, écrit vers 1285 par John of Wales. Les exempla médiévaux en parlent souvent et on trouve son portrait développé au XIVe siècle, chez Petrus de Palude, le Patriarche de Jerusalem, qui déclara dans un sermon: "Fragmina psalmorum, Titivillus colligit horum", pour mettre en garde contre ce Tivillus qui collectionnait des fragments de Psaumes, étant sous-entendu que les Psaumes n'étaient pas entièrement dits, et qu'à leur place, il se prononçait des paroles impies.

Jusqu'au XVe siècle, Titivillus n'entrerait pas au scriptorium, mais surveille plutôt les offices, où il surprend les oiseux bavardages. Il y entrerait alors, en un moment où, la culture se développant, les scribes, moines ou non, devaient faire face à un afflux de commandes de livres. Titivillus mettait en sac, dit-on, sa mesquine comptabilité, à raison de mille fautes par jour, associée aux noms des fautifs, qu'il se serait empressé d'exhiber lors du jugement dernier. "Puisse Titivillus ne pas remplir trop sa besace !" disait-on. Il hantera longtemps l'imaginaire collectif pendant longtemps, particulièrement en Angleterre où, par exemple, Shakespeare l'utilise dans le deuxième acte de son Henri IV.

Voir BIBIOLIBRIUS - Bibliofficieux

La grande Histoire est passionante, mais la petite l'est bien d'avantage. François Régulus-Deslunes

Recette pour faire de l’encre.

Une pinte d’eau de rivière, un quarteron de noix, deux onces gommes arabiques, une once et demie de couperose, le tout concassé et mis dans une cruche qu’il faut bouillir sur un feux très doux jusqu’à ce que la mixture soit réduite au deux tiers. Lorsque la réaction est à moitié, on jette un quarteron de sucre candi, on expose la cruche au soleil avec attention de remuer souvent. Extrait des tables de l’Hôtel-Dieu (1758 – 1791)

Une fois l’encre terminée, vous pouvez commencer à écrire vos sornettes ou vos histoires de peu d’intérêt

L'ELECTROLIVRE

centré

Pistolet à eau pour pétard mouillé

Souvenez-vous de la Tour eiffel qui ne devait pas faire long feu, et du chemin de fer encore moins.

Qu'en sera-t-il du livre électronique, mémorable fiasco voilà quelques années. Si l'objet technologique n'a rien livre, il revient toutefois en force et sera, sans doute, dans les mois à venir, le cadeau incontournable. Après les téléphones-couteux suisses, les GPS pour ceux qui ne voyagent pas, les écrans géants de poche et le bruit compressé à coincer dans les oreilles, voilà ce qui nous attend.

Doit-on le répéter ? un livre électronique ne sera jamais un livre et encore moins une bibliothèque. Point de folios, de grain, de papier grammé, de "main", de couture, d'odeur. Point de typographie, de couverture à rabats ou d'illustration en quadrichromie.

Toutefois, un petit malin, un mécanicien, un peu poète s'est amusé à inventer l'Electrolivre, qui ne manque pas d'allure :

Quant à moi, je reste sur mon "quant-à-soi". Je conserve mes livres refuse ledit objet, et me refuse à plus de commentaires.

André Labarre fait remarquer que, quelque écrit qu’il soit, l’obélisque de la place de la Concorde n’est pas un livre. (Pascal Quignard).

VOTRE AVIS NOUS INTÉRESSE, alors n'hésitez pas à prendre la parole avant d'aller lire un VRAI livre...

La réponse courte et imagée (un dessin de Deligne) envoyé par mes jeunes amis des EDITIONS CYNTHIA 3000 :

Un jeune homme est assis devant son ordianteur, casque sur les oreils et il tient un "étrange objet. Il dit : Woah c'est hypermoderne ! Riche, léger cvomme un portable, il n'a pas de temps de téléchargement et ça marche sans prise de courant...
... Et vous appelez ça comment

Et l'autre lui répond : un livre !

DÉCOUVRIR L'UNIVERS de DELIGNE EN LIGNE

TRES CRITIQUE

L'IMMENSE JULES - Amédée - BARBEY D'AUREVILLY sortit un soir FORT fulminant d'un spectacle théatrale qu'il jugeait FORT médiocre. Il croise un critique parisien en vu et ce denier s'adresse à l'artiste :

- Alors mon cher Barbey qu'avez pensé de la pièce de X

- C'est détestable, abominable et j'en oublie...

- Barbey je ne vous comprend pas, LE PUBLIC a adoré...

Et Barbey de répondre, immmense, définitif :

- Oui mais il est bien le seul !

Une lecture qui s'impose !

DIABLE DE NORMAND !

Barbey d’Aurevilly, qu’on ne lit plus guère, en dehors du Chevalier Destousches et de Une Vieille maîtresse, est pourtant un écrivain de grand talent un compagnon de premier ordre pour qui possède une âme mousquetaire. Romancier, polémiste, critique, homme de théâtre ou mémorialiste, l’écrivain s’est illustré dans tous les genres et avec excès. Barbey l’endiablé, voilà qui aurait pu faire un élégant sobriquet.

Dans Barbey d’Aurevilly, l’ensorcelé du Cotentin, les auteurs nous rappellent que l’homme avant d’être un très grand écrivain français est d’abord un écrivain normand et fier de l’être : « nous devons toujours être Normand , fils de Rollon, dans nos œuvres. Quand ils disent que les nationalités décampent, plantons-nous sur la porte du pays dont sommes et n’en bougeons pas. Soyons normands comme Scott et Burns furent Écossais. » Il y a plus mauvaise comparaison !

Prenant l’auteur à la lettre Christine et Michel Lécureur, biographes et passionnées, mettent leurs pas dans ceux du géant : Saint-Sauveur-le-Vicomte – le lieu de naissance - , Valognes, Granville, Avranches, Saint-Lô ou Mortain.

Les textes rassemblés donnent à l’ensemble de l’ouvrage l’allure d’une astucieuse biographie géographique où les lieux remplaceraient les dates. Ainsi, on se promène sur la lande, on rencontre les Anglais au mont Saint-Michel, on croise les populations et l’on devine les adaptations romanesques qu’en fit Barbey. C’est un véritable voyage organisé à la rencontre des peuples, des coutumes et des croyances de l’ancienne France. La littérature et l’ethnographie se mélangent et donnent à l’ensemble des récits – pages éparses, notes, correspondances – l’allure d’un voyage en province au XIXe siècle. L’illustration, de toute première qualité, permet de découvrir les lieux hantés par l’écrivain et par les nombreux personnages qu’il mit en scène à sa suite. Ainsi, ce Barbey ensorcelé pourra se lire au choix, comme une invitation à la découverte ou comme un précieux guide de guide de voyage et ce, en compagnie d’un guide qui l’est tout autant.

BARBEY D'AUREVILLY, L'ENSORCELÉ DU COTENTIN, de Christine et Michel Lécureur (MAGELLLAN & CIE collection « Traces & Fragments »)

BIBI-LA-PUREE

Il connaissait le quartier latin "comme personne" et le fréquentait comme tout monde. Roi de la bohème famélique ou prou. En guise de costume il ne possédait ni lauriers ni couronnes mais des chapeaux trouées et des poches cabossés. Filou et beau parleur, il se disait l'ami de Paul Fort ; il était surtout l'ami des ivrognes et de l'absinthe. Il se disait aussi le secrétaire de Verlaine et, à la mort de son maître, il vendit des dizaines de fois, à regrets, la canne du poète.

Picasso Villon Joyce et les autres lui ont rendu hommage... Voilà un singulier bien oublié. Heureusement, il reste les poètes pour laisser quelques traces... Une anecdote : Bibi la Purée, poète du caniveau aussi célèbre que famélique, s’invitait chaque jour dans la cuisine d’Adèle Renoir, il disait un poème tout en vidant le bocal de cornichons et un litron. Alors pou ne pas l'oublier disons un poème et buvons un canon !

COMPLAINTE POUR COMPLAIRE A BIBI-LA PUREE

par Jehan Rictus

Stupeur du badaud, gaîté du trottin,
Le masque à Sardou, la gueule à Voltaire,
La tignasse en pleurs sur maigres vertèbres
Et la requimpette au revers fleuri
D’horribles bouquets pris à la Poubelle,
Ainsi se ballade à travers Paris,
Du brillant Montmartre au Quartier-Latin,
Bibi-la-Purée, le pouilleux célèbre,
Prince des Crasseux et des Purotains !
Le Mufle au sortir d’un bon restaurant
Hurle en le voyant paraître aux terrasses :
— « Quel est ce cochon ? ce gâte-soirée,
Ce Brummell fétide et malodorant,
Vêtu de microb’s et ganté de crasse ?
Vraiment la Police est plutôt mal faite ! »
Mais point ne s’émeut Bibi-la-Purée
Qui porte en son cœur un vaste mépris
Pour quiconque n’est bohème ou poète.
Et lors il s’en va promener ailleurs
Sa triste élégance et sa flânerie.
Ce sont ses métiers, besognes étranges
Et premièrement, simple j’m’en-foutiste,
Puis, chacun le sait, ami de Verlaine,
Ami des ponant’s, ami des artistes,
Modèle à sculpteurs dans les ateliers,
Guide à étrangers, cireurs de souliers,
Vadrouilleur encore, s’il vous plaît, bon ange,
Bon ange à poivrots perdus dans la nuit,
Estampeur, filou, truqueur proxénète,
Ainsi va Bibi, l’illustre Bibi !
On dit de Bibi : — « Chut ! c’est un mouchard. »
D’autres : — « Taisez-vous, il est bachelier ! »
Et d’autres encor : — « Bibi est rentier. »
Mais nul ne peut croire à la Vérité :
Bibi-la-Purée, c’est le Grand-Déchard.
Et quel âge a-t-il ? on ne sait pas bien.
Son nom symbolique en le largongi
Proclame qu’il est assez ancien,
Quasi éternel comme la Misère,
Et trimballes-tu, tu trimballeras,
Ô Bibi, toujours ta rare effigie.
Bibi-la-Purée jamais ne mourra.
Va, comédien, noble compagnon,
Cabot de misère, ami de Verlaine,
Errant de Paris, spectre d’un autre âge
Que ne renieraient Gringoire ou Villon,
Vilain, dégoûtant, lécheur de bottines,
Gibier de prison, chair à échafaud
Que couve l’œil blanc de la guillotine,
Dandy loqueteux, fabuleux salaud,
Ô qui que tu sois, gas d’expédients,
Ministre déchu, ex-étudiant,
Mouchard ou voleur, suce-croquenots,
Tu portes un nom bien plus beau que toi :
— « Bibi-la-Purée » : a dit la Putain ;
— « Bibi-la-Purée », dit la Faubourienne
Aussi la Mondaine, aussi le Bourgeois ;
— « Bibi-the-Piourée », daigne l’Angleterre,
— Bibi-la-Purée, songe le Poète...
C’est le Pèlerin, c’est le Solitaire
Qui depuis toujours marche sur la Terre...
C’est un sobriquet bon pour l’Être Humain.

Le gardien vous reommande la lecture de :

BIBI-LA-PUREE, compagnon de Verlaine, de Christian Gury (éditions Kimé)

L'EDITEUR, SON CHIEN & LES AUTOGRAPHES

Pour les amateurs, d'autographes, voici quelques petites raretés à vous offrir...

6.- Emile BLANCHE [1820-1893], aliéniste mondain, fils du docteur Esprit Blanche, il soigna Gérard de Nerval et Guy de Maupassant. LAS, Paris-Auteuil, 3 janvier 1891, à Claudius Popelin ; 2 p. in-8°. Il a été contrarié dans son intention de lui porter ses souhaits la veille et aujourd’hui. « J’en ai été absolument empêché, à mon grand regret. Comme je ne veux pas que vous pensiez m’accuser d’oubli ou d’indifférence, je me résigne à vous les adresser par la Poste, en vous priant de m’excuser du retard de ma visite. Je joins les respects de Jacques [le peintre Jacques-Emile Blanche]… »  40 €

11.- Jules Husson dit CHAMPFLEURY [1821-1889], romancier, directeur de la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres. LAS, Sèvres, 30 décembre 1875, à l’imprimeur chartrain Garnier ; 1 p. in-8°, en-tête Ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts – Manufacture Nationale de Porcelaine. Il le remercie pour l’envoi du livre d’Adolphe Lecocq, Annales, souvenirs et traditions historiques du pays chartrain, sorti des presses de Pétrot-Garnier, ses successeurs. Il n’a pu le faire plus tôt et prie Garnier de l’excuser : « Malade depuis une quinzaine, accablé d’affaires et ne sachant auxquelles répondre, je remettais le plaisir de vous écrire de jour en jour. » Le livre d’Alfred Lecocq a des parties très intéressantes, « mais l’auteur vous décore particulièrement d’avoir dirigé la partie matérielle de son ouvrage. Vous n’êtes plus imprimeur, je crois ; vous avez fondé toutefois une tradition de bonne typographie qui est bien rare en province et dont je vous fais mes compliments. » Il espère trouver un jour le temps de lui rendre visite à Chartres pour voir ses collections et s’entretenir avec lui « de tant de sujets communs qui m’ont valu l’honneur d’entrer en relation avec vous… ».  60 €

30.- Jules RENARD [1864-1910], écrivain. Carte a. s., Paris, 1er septembre 1894, à son « cher jeune marié » [Ernest Raynaud] ; 2 pp. in-12 (9 x 11,5 cm), adresse gravée. Il déplore d’avoir manqué son mariage et sa « gentille visite d’hier. Prenons donc rendez-vous. Les cérémonies, si tu veux bien, sont terminées. Venez dîner sans façon un soir de la semaine prochaine. » Il propose le jeudi et demande confirmation. Il avoue finalement en post-scriptum qu’il a assisté à son mariage : « Buchotte me dit que tu m’as tout de même reconnu à la sacristie. Tu avais l’air si ailleurs ! » Jules Renard évoque plaisamment dans son Journal le mariage d’Ernest Raynaud, poète et commissaire de police : « Au mariage de Raynaud, l’église Saint-Laurent, toute pleine de sergents de villes déguisés, gauches et rasés de frais, avait l’air d’un bagne le jour du dimanche. » (31 août 1894).  160 €

L'éditeur, libraire & marchands d'autographes Williama Théry avec

feu son chien Jimmy

Pour découvrir le catalogue complet des autographes, vous pouvez en faire la demande directement auprès de l'éditeur. C'est un homme instruit, bien élevé et charmant.L

LIBRAIRIE WILLIAM THÉRY
1 bis, place du Donjon - 28800  -  Alluyes
Tél. 02 37 47 35 63 (répondeur) - e.mail : williamthery@wanadoo.fr

EVENEMENT EDMOND ROSTAND

« On m’a dit tout à l’heure que les gens qui avaient le nez de travers étaient spirituels mais n’avaient jamais de veine. Cela m’a flatté et navré. Nous verrons bien »

Edmond Rostand à Rosemonde Gérard.

Deux documents inédits sur la jeunesse de Rostand !

Le Gant rouge,

LA TOUTE PREMIÈRE PIÈCE D’EDMOND ROSTAND

ÉTAIT RÉPUTÉE PERDUE !

&

Lettres à sa fiancée

Les biographes se bornaient à en mentionner l’existence, sans jamais avoir pu la lire... Rostand attendait beaucoup de sa pièce : elle fut jouée deux semaines et malmenée par la critique. L’écrivain, profondément blessé, n’écrira plus jamais de théâtre en prose ! Il fait disparaître son oeuvre ; s’oppose à une reprise en 1903. Et fuit à jamais ses premiers rêves de triomphe. Miraculeusement redécouverte par Michel Forrier, la pièce mystérieuse connaît ici sa toute première édition. Proche de la folie contagieuse d’un Feydeau ou d’un Labiche, ce vaudeville allègre, se déroulant au Musée Grévin, témoigne du talent d’un tout jeune homme de vingt ans qui ambitionne de devenir une « des futures gloires de la France » !

Les Lettres à sa fiancée : LES DOUTES ET LES AMBITIONS DE ROSTAND SUR SA PIÈCE S’EXPRIMENT DANS LES TENDRES LETTRES QU’IL ADRESSE, CETTE ANNÉE-LÀ, À SA FIANCÉE, et future femme, la poétesse Rosemonde Gérard, sa confidente et sa conseillère. INÉDITE ÉGALEMENT, cette correspondance constitue un document remarquable sur la naissance d’une vocation théâtrale. Mais aussi l’un des rares témoignages sur la vie sentimentale du créateur de l’un des plus grands amoureux du théâtre, Cyrano deBergerac...

 

Tirage à 1600 exemplaires. Un volume bicolore, de 512 p. + 4 calques. Dirigé par Michel Forrier & Olivier Goetz. Couverture vergé. Présentation tête-bêche. Lettres à sa fiancée, (Rosemonde Gérard), 162 p. Le Gant Rouge, 350 p. Préface d’Olivier Goetz. 28,50 euros. Il existe également un tirage de luxe sur papier vergé aigue-marine, auquel on joint un gant de velours rouge.

A découvrir

et à réserver

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25 000 LIVRES EMPRUNTES

Notre ami Cécile Mazin, qui sévit avec passion, diligicence et application sur ActuaLitté nous donne à lire cette véritable perle :

25.000 livres empruntés en une vie de bibliothèque

À 91 ans, Louise Brown est en passe d'établir un record.

Voilà bien de quoi entretenir les préjugés sur l'Écosse et ses Écossais, auréolés de leur légendaire radinerie. En effet, une lectrice assidue, âgée de 91 ans, a souscrit en 1946 une carte d'abonnée à la bibliothèque de Castle Douglas.

Son premier livre, elle l'a emprunté cette année-là précisément et depuis... elle en a consommé une moyenne de six par semaine. Voilà quelques mois, elle est même passée à 12 ouvrages hebdomadaires.

Aucun retard, aucune pénalité en 63 ans d'emprunts, le personnel de l'établissement est stupéfait de ce que Louise Brown a fait.

Et surtout, cette « remarquable dame » est en passe d'emprunter son 25.000e exemplaire ; une véritable usine à dévorer les livres. Sa visite est même devenue un événement pour l'établissement de Stranraer, où, depuis octobre 2002, elle réside, après avoir déménagé pour vivre avec sa fille.

Elle pourrait même entrer dans le livre des records pour tous ces livres empruntés - lus ? - et constituer un phénomène, du moins en Écosse. L'établissement a d'ailleurs contacté des confrères pour savoir s'ils avaient dans leurs habitués des lecteurs plus prolifiques.

Pour l'heure, personne n'a répondu à cet appel...

Oeuvre de John Currin

MOMIE, CRÂNE & FANTASTIQUE

Théophile Gautier

 « Je ne sais pas grand'chose sur ma propre vie

et je serais fort embarrassé de faire ma biographie. »

Première pré-publication par Le Musée des Familles  (Paris), en Septembre 1840. Une fois de plus, Gautier se met en scène ; il se décrit, comme à la fin d’Omphale, en train de fureter chez un marchand de curiosités : il est à la recherche d’un serre-papier. Son regard tombe sur un pied de momie, dont il fait l’emplette. La nuit suivante lui apparaît la princesse égyptienne, Hermonthis, avec une jambe rompue à la cheville ; il comprend qu’elle cherche son pied et il offre de le lui rendre. Elle accepte, joyeuse, mais elle tient à lui laisser en échange une Isis en pâte verte qui pendait sur sa poitrine. Puis il la suit dans une montagne de granit rose, et il parvient avec elle, après avoir traversé de longs corridors, dans une salle immense où se trouvent assemblés les Pharaons. Elle le présente à son père qui, pour lui prouver sa vitalité, serre fortement son bras. Le contact le réveille ; son ami Alfred est à son chevet, il a donc fait un rêve !... Mais quelle est sa surprise en découvrant sur sa table, au lieu du pied, la petite figurine en pâte verte ! Extrait de Le Conte Fantastique en France, de  Pierre-Georges Castex (José Corti).

Le pied de la momie

J’étais entré par désoeuvrement chez un de ces marchands de curiosités dits marchands de bric-à-brac dans l’argot parisien, si parfaitement inintelligible pour le reste de la France.

Vous avez sans doute jeté l’oeil, à travers le carreau, dans quelques-unes de ces boutiques devenues si nombreuses depuis qu’il est de mode d’acheter des meubles anciens, et que le moindre agent de change se croit obligé d’avoir sa chambre moyen âge. (...)

Et la suite de l'histoire de Le pied de la momie est à lire ICI, sur le site de  la passionnante REVUE DES RESSOURCES dont votre serviteur est le modeste directeur de collection des écrits « Bibliomadistes »

Le gardiens du cabinet recommande aussi aux amateur d'effroi la lecture de :

Le Crâne du Marquis de Sade, de Robert Bloch, in Rendez-vous avec la peur, de François Rivière (Cahiers du cinéma)

Un collectionneur d'objets ésotériques fait l'acquisition d'un crâne et s'aperçoit, peu de temps après, que d'étranges événements surviennent.

Le docteur Maitland voue une passion sans bornes à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un objet ésotérique. Cette fois, il pense avoir mis la main sur une très belle pièce de collection. Le crâne, dont il vient de faire l'acquisition, pourrait bien avoir être celui du marquis de Sade en personne. On ne s'approprie toutefois pas une si rare relique sans en supporter les conséquences. Maitland s'aperçoit bientôt que d'étranges événements surviennent dans son quotidien. Sa vie prend indéniablement un tour morbide. Une descente aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter. Le maléfice prend bientôt corps...

Sauriez-vous rendre cette tête à son propriétaire ?

Indice : celui-ci est un historique - très - mauvais garçon.

CORRESPONDANCE DE STRINDBERG

Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, alchimiste (!!), télégraphiste (!!!),  peintre à l'occasion, et ardent polémiste - August Strindberg - né et mort à Stockholm - est assurément le génie phare de la Suède en pleine révolution industrielle et sociale. Diversement proche des Tolstoï, Ibsen, Zola, ou Nietzsche, l'auteur de Mademoiselle Julie, la Sonate des spectres, la Danse de mort, ou Inferno semble rassembler, en une seule et folle entreprise de démolition des préjugés et des vanités, l'énergie créatrice de ses grands contemporains pour accomplir une œuvre nourrie de critique sociale radicale, d'investigation des abîmes de l'inconscient et de mise en activité volcanique d'un imaginaire réaliste toujours aux limites de l'expressionnisme visionnaire et torturé qui magnétise l'époque.

La traduction en France de la correspondance d'August Strindberg, cet immense archipel de la littérature scandinave qui se découvre à nous, c'est la découverte (encore partielle) d'une formidable entreprise d'investigation intellectuelle et sensible - en près de dix mille lettres et plus d'un demi-siècle (de 1858 à 1912).

Lettre d’August à Axel Strindberg

Le 3 juillet 1884

Cher frère !

Merci pour ta lettre, pour Une maison de poupée (1), pour Eva et pour toutes les fatigues que t’a values le voyage à Kymmendö.

1. J’y dispose de toutes les pièces, à l’exception des deux non-aménagées qui se trouvent au grenier.

 2. Charlotte peut parfaitement prendre au grenier les draps, les canapés, les ustensiles de cuisine, etc., cela vous éviterait de transporter toutes ces choses.

3. Le bureau noir se trouve à droite de la fenêtre, dans le coin.

4. Si Charlotte accepte de désherber le jardin ou d’engager quelqu’un pour le faire, la récolte lui appartient ! Les fraisiers donnent des fraises en abondance. Mais dans ce cas, il faudra rémunérer Eriksson pour son travail. Fais-lui cadeau des vêtements usagés qui se trouvent au grenier, il en sera ravi.

5. Quant à la plantation d’asperges, elle demande des soins pendant tout l’été, et il faut veiller à ne pas marcher sur les plants. Car ils se développent dans l’espace entre les planches et non dans ces dernières.

6. Dis-moi si mes nouvelles plantations sont en vie ou bien si elles ont gelé pendant l’hiver. En cas de vraie sécheresse, les arbres fruitiers doivent être arrosés une ou deux fois. Il faut bêcher la terre en cercle autour du tronc, remplir le creux d’eau et le recouvrir à nouveau de terre. Et ne pas lésiner sur l’eau !

Les framboises, les groseilles et les groseilles à maquereau, ainsi que les pommes (dis-moi si les pommiers ont fleuri !) sont également à vous.

7. Si tu as besoin d’argent immédiatement, mets l’argenterie au clou. Je la dégagerai dans un mois, car j’en aurai alors les moyens. J’aimerais que tu puisses profiter de l’été tant qu’il dure.

8. Berg a-t-il encaissé le loyer chez Bonnier ?

9. Loue la maison, si tu veux, mais ce n’est pas indispensable.

10. Les gens là-bas ne sont pas très honnêtes, mais ne te dispute pas trop avec eux.

11. Les prix estivaux corrects sont : 20 öre pour une livre de poisson, 30 (?) öre pour un pot de lait.

12. Ma vigne et mes rosiers grimpants poussent-ils le long du mur sud de la maison ?

13. Laisse les livres là où ils sont jusqu’à votre déménagement !

Adieu et fais-moi savoir si tu as reçu l’argent de Bonnier !

Mets l’argenterie au clou et profite de la vie, tu m’entends ! Je peux bien te faire ce petit cadeau.

Ici, c’est beau comme au paradis, mais j’échangerais volontiers avec toi !

Adieu ! Salue Charlotte et Ragnhild.

Siri te salue et te remercie.

L’ami August

Donne-moi des nouvelles de mes plantations ! Renseigne-toi auprès d’Eriksson !

N.B.
Le premier volume de la Correspondance d'August Strindberg, Choix, présentation et traduction d'Elena Balzamo est à  paraître chez ZULMA en octobre 2009
 

(1) - La Maison de poupée est une pièce de Enrik Ibsen, le grand rival de Strindberg, comme chacun sait. « Je voudrais voir avant de mourir l'homme le plus furibond d'Europe. », Strinberg au sujet d'Ibesen...

« J'aime les voyous et je veux être un voyou des lettres »

BRENTANO'S, UNHAPPY END, TRISTE FIN

Cst au 37, avenue de l'Opéra. On y trouvait depuis cent quinze ans la littérature anglo-américaine en version originale, des récits d'Hemingway à la saga Harry Potter. Mais la librairie Brentano's a dû fermer et, depuis quelques jours, derrière la vitrine intacte, le temps s'est arrêté : des exemplaires en anglais d'Anges et démons, de Dan Brown, un beau livre sur les nouveaux intérieurs new-yorkais, sont encore exposés mais disparaissent peu à peu sous la poussière...

Parmi les passants, nombreux sont ceux qui marquent un temps d'arrêt pour lire l'affichette placardée sur la façade dorée et rutilante qui date du début des années 1970, l'âge d'or de Brentano's. L'avis de décès, très sobre, est rédigé comme il se doit dans les deux langues : "We regret to inform our faithful customers that Brentano's is in liquidation since friday, June 12th, 2009, and is no longer trading. Merci de votre soutien et de votre fidélité pendant toutes ces années."

"L'avenue de l'Opéra est devenue japonaise, jadis elle était américaine", constate Chantal Bodez, qui a repris la librairie, après son père, au début des années 1980. Aujourd'hui, l'artère qui va de la Comédie-Française au Palais Garnier est rongée par les magasins de prêt-à-porter ou de produits détaxés de luxe. Les seuls établissements capables de satisfaire aux "nouveaux critères de commercialité" exigés par les bailleurs. Successivement, le Centre culturel américain, puis la direction du livre ont déménagé.

C'est en raison d'une brutale envolée de son loyer et d'un conflit qui dure depuis sept ans avec la BNP, propriétaire des murs, que la directrice de la librairie a été contrainte de mettre la clé sous la porte. Son loyer est passé de 75 000 euros à 200 000 euros pour 400 m2. Il y a dix mois, la librairie a été placée en redressement judiciaire, sous la protection de la justice, mais, le 12 juin, le couperet est tombé : le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation. Rien n'y a fait. Ni les contacts avec le ministère de la culture, ni les lettres de soutien du maire, Bertrand Delanoë, et du président du Syndicat national de l'édition, ni les interventions d'Antoine Gallimard et d'autres personnalités n'ont permis de trouver une alternative.

"C'est une librairie emblématique de la capitale qui disparaît", note l'historien de l'édition Pascal Fouché. Pis, c'est la fin d'une institution, car elle était la seule librairie américaine de Paris, ouverte en 1895 par Auguste Brentano Jr et installée depuis sa création au même endroit. Aux Etats-Unis, la famille Brentano était propriétaire de la plus importante chaîne de librairies américaines jusqu'à la crise économique de 1929, qui l'obligea à s'en séparer. Tout avait débuté en 1853, à New York, sur la 5e Avenue, quand Auguste Brentano, un jeune Autrichien handicapé, eut l'idée de transformer en librairie le kiosque à journaux qu'il avait ouvert face à l'un des plus gros hôtels de Manhattan. Désireux de retrouver ses origines européennes, le fils du fondateur, Auguste Jr, ouvrit sur l'avenue la plus moderne de Paris l'unique librairie Brentano's en Europe.

Elle devint vite un des hauts lieux de la vie culturelle parisienne pour les élites bilingues. Au palmarès des meilleures ventes du début du siècle figuraient les oeuvres d'Ernest Hemingway, de Somerset Maugham, et L'Amant de Lady Chatterley, de D. H. Lawrence. Pendant la seconde guerre mondiale, la librairie fut fermée, mais elle resta dans la famille jusqu'en 1956, date à laquelle Arthur Brentano, neveu du fondateur, vendit le fonds à son expert-comptable Maurice Darbellay, passionné de littérature. Il l'avait d'abord testé. "Je cherche un directeur commercial", avait-il prudemment lancé.

Maurice Darbellay fut un redoutable libraire, avec un sens aigu du commerce. Il développa l'entreprise en devenant grossiste en livres étrangers pour d'autres clients. A côté de la librairie américaine, il créa un fonds français. Outre les 40 000 références, on trouvait la presse anglo-saxonne au complet. A son pic de croissance, la librairie ouverte six jours sur sept de 10 heures à 19 h 30 était une ruche, avec près de cinquante employés. "Plus qu'une librairie, c'était un lieu de vie", se souvient Chantal Bodez.

La librairie Brentano's a pris son envol au milieu des années 1950, avec l'américanisation de la société française. Les guides de tourisme sur les Etats-Unis, les livres sur Marilyn Monroe ou James Dean devinrent vite des best-sellers. Chez Brentano's, les clients trouvaient à la fois les essais américains sur les dernières théories de management à la mode - Maurice Darbellay venait du cabinet Peat Marwick et Mitchell (devenu KPMG) - que des beaux livres sur les marques de voitures qui faisaient rêver les Français, les Buick, les Chevrolet Corvette, les Ford Mustang. Dans les années 1960, c'est dans "ce petit coin d'Amérique" que Johnny Hallyday dénichait des livres sur les tendances musicales outre-Atlantique.

"Je m'appelle Ray Bradbury et j'aimerais signer dans votre librairie."
Habillé en short en plein hiver, l'auteur des Chroniques martiennes débarquait de Californie et faisait ses offres de services. Ce fut carton plein, avec des files d'attente sur l'avenue de l'Opéra. La science-fiction tout comme le polar étaient plébiscités. Mary Higgins Clark ne passait pas à Paris sans faire une pause chez Brentano's. La librairie avait aussi ses fidèles en littérature : On the Road, de Kerouac, The World According to Garp, de John Irving, Cathedral, de Raymond Carver, ou Beloved, de Toni Morrison, ont été de gros succès.

Au gré des modes américaines, le magasin était drapé d'orange pour Halloween, de rouge pour la Saint-Valentin, de vert pour la Saint-Patrick. De nombreux clubs de lecture y ont vu le jour et s'y réunissaient à intervalles réguliers. "On ne ferme pas une librairie comme on ferme une épicerie", estime Chantal Bodez. Pourtant, c'est un club de tricot, dernière passion importée des Etats-Unis, qui va devoir élire domicile ailleurs pour ses réunions, avec la fermeture définitive de Brentano's.

© Alain Beuve-Méry, pour Le Monde

OEIL POUR OEIL

Le trublion Denis Diderot était lié de sympathie avec un mauvais sujet qui venait de perdre l'amitié d'un oncle, riche chanoine, qui voulait le priver de sa succession. Diderot va voir l’oncle , prend un air grave et prêche en faveur du neveu. L’oncle prend alors la parole et conte au philosophe deux ou trois indignité du neveu.
– Il a fait pis que cela, reprend Diderot !
– Et quoi, dis l’oncle ?
– Il a voulu vous assassiner un jour dans la sacristie, au sortir de votre messe, et c’est l’arrivée de quelques bigots qui l’en a empêché.
– Cela n’est pas vrai, j’espère, s’écria l’oncle, c’est une calomnie ?
– Soit, dit Diderot, mais quand cela serait vrai, il faudrait encore pardonner à la volonté de son repentir, à sa triste position et aux malheurs qui l’attendent si vous l’abandonnez.

La petite histoire ne dit pas si le mauvais sujet profita des richesses de l’oncle chanoine, ni même si le gredin avait songé, en secret, à se venger de l’homme d’église.


 

LIVRES & LIT

Figure centrale du monde littéraire au tournant du XIXe et du XXe siècle, Marcel Schwob était admiré tant pour son œuvre de fiction (Cœur double, Le Roi au masque d’or, Mimes, Le Livre de Monelle, Vies imaginaires, La Croisade des enfants) que pour son rôle de traducteur et de « passeur » des littératures étrangères, et pour son érudition devenue légendaire. Ce fut un créateurqui demeura en marge des écoles. Son œuvre hâtivement classée comme symboliste ou décadente et « fin de siècle ». En réalité, multiforme et paradoxale, elle pose avec acuité quelques-unes des questions dont vit aujourd’hui la littérature : qu’il s’agisse des rapports du biographique, de l’historique et du fictionnel, des jeux du fantastique, de la voix du récit et des « rapports mystérieux » des signes entre eux.

Signalons aussi que les éditions Allion vienne de réediter le François Villon de Marcel Schwob. A peine âgé de vingt ans, Schwob, jeune érudit fasciné par les aventuriers, révolutionne la compréhension de l’argot (*) en mettant au jour les procédés linguistiques qui président à sa formation. Il s’attache particulièrement au fameux “louchébème”, l’argot des garçons-bouchers parisiens et grâce à ses découvertes parvient à éclairer certaines ballades énigmatiques de Villon. Toute sa vie, Marcel Schwob rêva d’écrire un vaste ouvrage sur Villon, son écrivain de prédilection. Ce volume posthume rassemble toutes ses études sur le sujet. Interprétant le jargon des Ballades, Schwob raconte les amitiés de Villon avec les Malfaiteurs de la Coquille : Colin de Cayeux, Regnier de Mon tigny... Il analyse aussi le contexte social du Grand Testament et montre l’originalité de François Villon pour son époque, un des premiers à s’investir personnellement dans ses œuvres.
 

(*) - Il écrira aussi une Etude sur l'argot français  : « On peut dire que les travaux entrepris jusqu'à présent pour étudier l'argot ont été menés sans méthode. Le procédé d'interprétation n'a guère consisté qu'à voir partout des métaphores. Ce procédé nous paraît avoir méconnu le véritable sens des métaphores et de l'argot. Les métaphores sont des images destinées à donner à la pensée une représentation concrète. Ce sont des formations spontanées, écloses le plus souvent chez des populations primitives, très rapprochées de l'observation de la nature. L'argot est justement le contraire d'une formation spontanée. C'est une langue artificielle, destinée à n'être pas comprise par une certaine classe de gens. On peut donc supposer a priori que les procédés de cette langue sont artificiels »

LE LIVRE ET LE LIT

par marcel Schwob

Lire dans son lit est un plaisir de sécurité intellectuelle mêlée de bien-être. Mais il change de nature avec l'âge.

Souvenez-vous de la page la plus intéressante du gros roman que vous dévoriez après coucher, le soir, vers quinze ans, dans le moment où elle se brouille, s'assombrit, s'efface, tandis que la bougie brûlée à fond crépite, palpite bleue dans le bougeoir et s'éteint. Je m'éveillais le matin avant cinq heures pour tirer de leur cachette sous mon traversin les petits livres à cinq sous de la Bibliothèque Nationale. C'est là que j'ai lu les Paroles d'un croyant de Lamennais, et l'Enfer de Dante. Je n'ai jamais relu Lamennais ; mais j'ai l'impression d'un terrible souper de sept personnages (si j'ai bonne mémoire) où résonnait comme un son de fer fatal, que je reconnus plus tard dans un conte de Poe. Je mettais le petit livre sur l'oreiller pour recevoir la première pauvre lumière du jour ; et, couché sur le ventre, le menton soutenu par les coudes, j'aspirais les mots. Jamais je n'ai lu plus délicieusement. Il n'y a pas longtemps que j'ai essayé, un soir, de reprendre ma vieille position de cinq heures. Elle m'a paru insupportable.

Une charmante dame slave se plaignait un jour devant moi de n'avoir jamais trouvé la position « idéale » pour lire. Si on s'assied à une table, on ne se sent pas en « communion » avec le livre ; si on s'en approche, la tête entre les mains, il semble qu'on s'y noie, dans une sorte d'afflux sanguin. Dans un fauteuil, le livre pèse vite. Au lit, sur le dos, on prend froid aux bras ; souvent la lumière est mauvaise ; il y a de la gêne pour tourner les pages et, sur le côté, la moitié du livre échappe : ce n'est plus la véritable possession.

Voilà pourtant où il faut se résoudre. « C'est détestable pour les yeux », disent les bonnes gens. Ce sont de bonnes gens qui n'aiment point lire.

Seulement l'âge diminue le plaisir de l'acte défendu où on ne sera pas surpris, et de la sécurité où toutes les audaces de la fantaisie peuvent danser à l'aise. Restent la solitude douillette et tiède, le silence de la nuit, la dorure voilée que donne sous la lampe aux idées et aux meubles luisants l'approche du sommeil, la joie sûre d'avoir à soi, près de son coeur, le livre qu'on aime. Quant à ceux qui lisent au lit, « contre l'insomnie », ils me font l'effet de pleutres, admis à la table des dieux et qui demanderaient à prendre le nectar en pilules.

Extrait de Il Libbro della mi memora ou La Rubrique des images

Oeuvre de Abelardo Morell

WILLIAM THÉRY, IMPRIMEUR & SINGULIER

J'ai rencontré l'éditeur rémois William Théry grâce à l'écrivain Paul Léautaud. Après avoir lu toute son oeuvre, ou presque, mon étude de l'acariâtre écrivain devait immanquablement me mener aux rayons des biographies. Un libraire zélé m'apprit que Léautaud qui avait si souvent étrillé ses contemporains, tous ces contemporains, faisait à son tour, dans une étude documentée et partiale, l'objet des pires cruautés. L'auteur, un dénommé Auriant avait bien connu le "petit commis" du Mercure de France et, dans son Paul Léautaud, une vipère lubrique, s'en donnait coeur joie. En découvrant le livre au allures de règlement de compte, j’appris que ce dernier avait été imprimé à Reims. Et c'est ainsi, pour la première fois, que j'entendis parler des éditions à l'écart. J'achetai le livre et me promis, lors de mon prochain séjour rémois, de rendre à visite à cet éditeur méconnu avec lequel je m’imaginais partager quelques passions. C'était en 89 - le billet de train encore glissé dans l’ouvrage en guise de marque-page faisant foi. 1989. La précision s'impose car, en cette presse fin de siècle, j'allais faire la connaissance d'un éditeur singulier animé par les agités "fin de siècle", ceux du XIXe cette fois.
William Théry était installé rue du Docteur Thomas, dans le quartier de mon enfance, non loin du dojo où j’avais pratiqué durant de longues années le karaté. L’éditeur avait « envahi » une ancienne boutique avec vitrine et grille d’usage pour y installer ses encombrantes machines, ses massicots, ses pots d’encres et ses tonnes de papiers qui, parfois même, jonchait le sol. William Théry était plus qu’un éditeur, il était aussi imprimeur, renouant ainsi avec une tradition historique. Il inventait, « composait », imprimait. Il faisait tout. Avec goût et ; avec soin. Nous devîmes très vite ami et, chaque fois que je revenais à Reims, je passais presque tout mon temps chez l’éditeur fantasque. Il fallait souvent lui donner un coup de main, et avec un ami, nous lui servions d’assistant. Quel honneur. L’éditeur, dans sa grande largesse nous récompensait en nous offrons ses œuvres à l’encre encore humide. Extrait d’Aphrodite de Pierres Louÿs, lettres de Huysmans ou de Léon Cladel, étude sur Gérard de Nerval – dont je demeure éperdument amoureux, photos licencieuses début de siècle. Un trésor. Alors que je vivais, et pour de vrai, la bohême à Paris, sous la protection invisible de Henri Murger, et appliquant à la lettres les règle du dilettantisme, les longs moments chez l’éditeur « excentrique » furent plus qu’en partie « mes éducations ». Théry était un farceur, un érudit léger, un «mécanicien de la littérature, un érotomane, un buveur élégant, un honnête homme et un personnage de roman. J’ai taché de ne jamais l’oublier et de prendre modèle.
Puis William Théry a déménagé. Je l’ai perdu de vue, mais j’ai continué à collectionner ses livres.
Longtemps après, je suis devenu éditeur. L’ami William y est sans doute pour quelque chose.
Je n’ai toujours rien contre le bon docteur Thomas mais je demande si il accepterait que l’on débaptise sa rue afin d’écrire à la place « Rue William Théry, éditeur Rémois, XXe siècle ».


Une rencontre avec William Théry aura lieu samedi 27 juin à partir de 16 h à la bibliothèque Carnegie de Reims.

© Les souvenirs bibliophilques de Eric Poindron

DERNIÈRES NOUVELLES DE CHARLES NODIER

Reçu, ce jour, un courrier de Jacques-Remi Dahan, spécialiste de Charles Nodier qui rectifie quelque erreur que j'ai commise par le passé - voir l'article Parler des livres et de Charles Nodier. Qu'il en soit remercié. Et que Dieu bénisse les historiens et des bibliophiles...



Je relève, cher Monsieur, en me promenant sur votre site, ce qui ressemble à une étourderie : si Georges Duplessis a entendu Nodier prononcer la phrase en question sur l'amour des livres, il était encore en culottes courtes à cette époque, puisque Nodier est mort en 1844 !
L'ami de Nodier est bien entendu Pierre-Alexandre Gratet-Duplessis (1792-1853), père de Georges Duplessis, qui débattit avec Nodier de la priorité du "Tigre" en vers sur le "Tigre" en prose et rédigea, à la mort de Nodier, l’introduction de la "Description raisonnée".
Je précise que Gratet-Duplessis, quoi qu'en pensent les personnes intervenues à la suite de votre billet, fut bien pressenti pour appartenir à l'équipe de direction du Bulletin du bibliophile dès l'origine : le prospectus original du Bulletin du bibliophile (qui n'avait pas encore trouvé son titre), tout entier de la main de Nodier, est intitulé : « Annales de la Bibliographie et de la littérature curieuse, Manuel du Bibliothécaire, du Philologue, de l’Amateur et du Libraire, publié par Charles Nodier, rédigé par MM. de Monmerqué ; — Aimé Martin, — de Nugent de Rothe — Paulin Paris — Ch. Veiss — Gab. Peignot — le m[arqu]is du Roure — Artaud [de Montor] — Duplessis recteur de l’académie de Douai. »

Cordialement à vous,

Jacques-Remi Dahan.

Jacques-Remi Dahan est l'auteur de Visages de la critique (Presses Universite Paris-Sorbonne, collection Memoire De La Critique). Il a aussi publié La Correspondance de Jeunesse de Charles Nodier (Droz)

On assiste, depuis une trentaine d'années, à une progressive renaissance de Charles Nodier : les écrits de celui qui fut tout ensemble conteur, romancier, poète, mémorialiste, critique, bibliographe, voire entomologiste, sont peu à peu réédités ; les biographies et les travaux se multiplient ; pour la première fois, une édition des oeuvres littéraires complètes est mise en chantier.
Les articles ici rassemblés, rédigés entre 1981 et 2003, marquent les stations d'un cheminement aux côtés de l'écrivain et accompagnent ce renouveau des recherches nodiériennes : consacrés à l'histoire du livre et à la bibliographie, à l'aventure illyrienne, aux cercles et cénacles où la pensée de Nodier s'élabora ou fit autorité, aux prises de position philosophiques et littéraires, souvent inattendues, qui furent les siennes, ils visent à dégager des voiles dont l'avait emmailloté une histoire littéraire routinière la haute figure du maître de Hugo, Nerval et Dumas ; s'ils osent manifester une ambition, c'est bien, à force d'exigence et de précision, celle de rendre possible, sur un plan non confusionnel, la lecture et l'étude de l'oeuvre d'un des inventeurs du romantisme français.

BONNES NOUVELLES DE L'AMI MAJA

Quand deux génies s'assemblent pour imaginer à Bas le Génie, cela peut donner ceci, et même inversement...

En mai 1998, le Magazine littéraire lança une nouvelle rubrique « La vie des mots » qu’il confia à Alain Rey. Ce dernier avait pour seule contrainte de rédiger une chronique mensuelle, ayant toute liberté de choisir une expression ou un mot qui l’inspirait, et de raconter son histoire.
Cet exercice permit au lexicographe d’aborder au fil des mois nombre de mots, d’éclairer leur étymologie, leur usage dans l’histoire, et leur sens contemporain. Au début, la place accordée dans le Magazine était mesurée. Petit à petit, le chroniqueur eut la possibilité de déborder le cadre et de s’exprimer dans une pleine page. Parallèlement, on lui adjoignit un compère illustrateur, Daniel Maja, qui, crayon à la main, restitua lui aussi la couleur et l’esprit de ces mots bizarres ou courants.


C’est cet ensemble de textes et cent dessins en couleurs, souvent humoristiques, réalisés en une décennie regroupés dans un livre ludique et savant! L’occasion de découvrir mais aussi de décaler l’usage de nos mots.

Alain Rey, linguiste, philosophe du langage, a publié de nombreux ouvrages sur la langue, la sémiotique et la littérature.
Daniel Maja, notamment illustrateur de livres pour la jeunesse, collabore depuis 1986 au Magazine littéraire et à de nombreux journaux nationaux et internationaux dont The New Yorker.

Le blog - très complet - du MAGAZINE LTTÉRAIRE

Le Blog de Daniel - magique - Maja

A DÉCOUVRIR ICI

Et j'en profite vous vous joindre ce courrier reçu par le maître "es regard ima" qui tient à témoigner l'affection et ses amis et admirateurs, ce dont - vous l'aurez compris - nous sommes...

Chers amis de AU JOUR LE JOUR

Le 14 février 2008 je publiais le premier dessin, aujourd'hui le 5 avril 2009, ce sera le 365 ème !
365 jours de dessins inédits avec leurs commentaires...
Jour après jour, surtout le soir ,j'ai envoyé mes petites histoires.
Je l'ai fait avec grand plaisir mais aussi avec plein de doutes...
Le pari que je m'étais imposé est tenu...


Merci  pour votre amitié, votre indulgence, votre assiduité, pour vos conseils précieux
et vos corrections des fautes échappées à ma vigilance...
L'aventure n'est pas finie...
Par la suite, le rythme sera ralenti, hebdomadaire ou bi-hebdomadaire :
des livres en cours à réaliser avec des délais, une exposition à préparer, le temps m'est maintenant limité...
Je souhaiterais qu'une sélection (peut-être la totalité) de ces 365 "au jour le jour" soit éditée, si vous avez des pistes ou des connaissances...


Merci encore et à très bientôt par le même canal...
Avec mes amitiés,

Daniel Maja

PARLER DE LIVRES ET DE CHARLES NODIER

En me promenant sur les blogs de mes confrères épris de littérature, il n'est pas rare de de découvrir en exergue cette citation de Charles Nodier  for usitée : « Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que d'en parler. » Cette citation, tronqué, mérite quelques explications.I l n'existe, en effet, aucun livre permettant de relever ladite citation. Nous la devons à Georges Duplessis (1834-1899), conservateur au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale et membre de l'Académie des Beaux-Arts, ami de Nodier qui, dit-il, entendit souvent celui-ci l'ennoncer. (1)

il est aussi possble que la citation se soit propagé ccomme bleu de méthylène car nombreux sont les lecteurs à l'avoir recopié Eainsi ennoncé dans l'admirable ouvrage de Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantôme. N'en voulons pas à l'auteur, il a su si bien, à ce détail imprécs près, nous parler de ses 20 0000 ouvrages..

Les lecteurs et les copistes scrupuleux apprendront toutefois que la citation, objet de notre attention, est extraite de l'introduction (du même Duplessis) de Description raisonnée d'une jolie collection de livres, nouveaux mélanges tirés d'une petite bibliothèque, par Charles Nodier, de l'Académie Française, Bibliothécaire de l'Arsenal (J. Techener librairie, Paris, 1844). la citation exacte est la suivante :

« « Après le plaisir de posséder des livres, et d'en jouir à la fois comme simple amateur et comme studieux, je ne connais guère de plaisir plus vif que d'en parler. » Cet axiome dont on ne saurait du moins contester la franchise et que j'ai souvet entendu sortir de la bouche de M. Nodier, ne pouvait manqué d'être rappelé en tête d'un volume dont il indique en quelque sorte la pensée, dont il exprime très fdèlement le caractère ». (2)
 

Les deux derniers personnages évoqués permettaient de mettre en évidence l’affirmation d’une singularité française en matière de livres rares. Charles Nodier, tout d’abord, se voulait résolument bibliomane. Sa Description raisonnée d’une jolie collection de livres (1844) illustrait ce que pouvait être un cabinet de raretés et de curiosités bibliographiques. Nodier paraît obnubilé par les « espèces en voie de disparition », fussent-elles d’humbles plaquettes ou des « rogatons ». Pour lui, les ouvrages les plus menacés étaient d’abord ceux destinés à l’usage du vulgaire. Ils ne pouvaient être sauvés que lorsque la bibliophilie les consacrait. Amis lecteurs, vous savez dès lors ce qu'il vous reste à faire. Acheter, archiver, classez, collectez, glânez, mais ne surtout ne jetez rien !

L'affaire étant entendue et plaidée, ce qui appartenait à Nodier est revenu à Nodier. Chacun peut dès lors vaquer en paix. Et, amis lecteur, faites-nous plaisir, prenez le temps - quand vous citez - d'ête juste et de corriger.

Notes :

(1) – Attention à ne pas confondre Georges Duplessis (1834-1899)avec  Pierre-Alexandre Gratet-Duplessis (1792-1853), fondateur avec Charles Nodier du " Bulletin du bibliophile. Si fut successivement professeur dans divers collèges, proviseur, inspecteur et enfin recteur des Académies, il demeure avant tout un bibliophile forcené et une éditeur consciencieux.. On lui doit la Bibliographie parémiologique,( 847) indiquant tous les ouvrages consacrés aux proverbes; la publication ou la réimpression de pièces devenues rares (l'Ordre des bannerets de Bretagne, le Doctrinal des nouveaux mariés, le Mirouër des femmes vertueuses, entre autres.). On lui doit aussi une bonne édition annotée de La Rochefoucauld (1853), une autre des aventures du Baron de Munchausen et une collection de petits livres récréatifs, qui parurent sous le pseudonyme d'Hilaire le Gai, Comme on peut le voir, le bonhomme était éclectique.

(2) – Pour les curieux, le fac-similé de l'ouvrage est du reste consultable sur Internet, et c'est un plaisr  pour qui aime découvrir.

Le gardien de vous recommande la lecture de :

Les oeuvres de Charles Nodier, enfin, tout ce que vous pourrez trouver (titres et études sur demande).

Des Bibliothèques pleines de fantômes, de Jacques Bonnet (Denoël)

Charles Nodier, l'érudit et le bibliographe de l'Arsenal

Et voici les précisions reçus par notre ami le docteur Jean-Paul fontaine, docte bibliophile, qu fait enfin la vérité sur la citation mainte fois répétée :

Rendons à Nodier ce qui appartient à Nodier !

La citation dont il est question ici est bien de Nodier, et de personne d'autre. Elle inaugure la "Préface" de l'ouvrage de Charles Nodier intitulé Mélanges tirés d'une petite bibliothèque (Paris, Crapelet, 1829) :

« Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que celui d'en parler, et de communiquer au public ces innocentes richesses de la pensée qu'on acquiert dans la culture des lettres. »

Quant à Gratet-Duplessis, il ne prendra place, à côté de Nodier et de Paulin Paris, dans la direction du Bulletin du Bibliophile qu'en 1843. Les fondateurs du "Bulletin" en 1834 ne furent que Nodier, qui en a eu l'idée, et le jeune libraire Jacques-Joseph Techener.

« Tout a déjà été dit, mais comme personne n'écoute, tout est toujours à redire » (André Gide, Le traité du Narcisse).

Plus amusant :

L'information erronée concernant Gratet-Duplessis vient d'un "conservateur des bibliothèques", François Dupuygrenet-Desroussilles, dans son introduction aux "Livres à figures du XVIe siècle", qu'on peut lire sur le site de la Bibliothèque de l'Institut.

A qui peut-on se fier ?...

 Madame,

Dans sa présentation des "Livres à figures du XVIe siècle", sur le site de la Bibliothèque de l'Institut, Monsieur Dupuygrenet-Deroussilles commet une erreur suffisamment importante pour l'Histoire du Livre et des Bibliophiles pour qu'elle soit relevée et surtout corrigée :

Les fondateurs du Bulletindu Bibliophile, en 1834, ne furent que Charles Nodier, qui en a eu l'idée, et le jeune libraire Jacques-Joseph Techener.Gratet-Duplessis n'est en rien fondateur de ce "Bulletin" : il ne prendra place, à côté de Nodier et de Paulin Paris, dans la direction du Bulletin du Bibliophile, qu'en 1843.

Merci de demander à M. Dupuygrenet-Desroussilles d'apporter à son  texte la correction nécessaire pour les lecteurs du site de la Bibliothèque de l'Institut, de façon à leur offrir une information fiable.

Avec mes remerciements, je vous prie de croire, Madame, à mes sentiments bibliologiques respectueusement attentionnés.

Docteur Jean-Paul Fontaine

Monsieur,

J'ai transmis votre remarque à Monsieur Dupuigrenet-Desroussilles qui est devenu un éminent professeur dans une université américaine, où sa triple culture française, italienne et anglo-saxonne est très appréciée des étudiants et de ses confrères. Il vous remercie de l'avoir lu avec tant d'attention, se rappelle à votre bon souvenir, et vous propose de remplacer sa formule ambiguë par  "membre du premier groupe dirigeant du Bulletin du bibliophle aupres de Charles Nodier".
Croyez, Monsieur, à l'assurance de ma meilleure considération,

Mireille Pastoureau
Conservateur général
Directeur de la Bibliothèque de l'Institut de France 23, quai de Conti, 75006 Paris

Reçu, aussi, un courrier de Jacques-Remi Dahan, spécialiste de Charles Nodier qui rectifie quelque erreur que j'ai commise par le passé (voir l'article Parler des livres et de Charles Nodier). Qu'il en soit remercié. Et que Dieu bénisse les historiens et des bibliophiles...



Je relève, cher Monsieur, en me promenant sur votre site, ce qui ressemble à une étourderie : si Georges Duplessis a entendu Nodier prononcer la phrase en question sur l'amour des livres, il était encore en culottes courtes à cette époque, puisque Nodier est mort en 1844 !
L'ami de Nodier est bien entendu Pierre-Alexandre Gratet-Duplessis (1792-1853), père de Georges Duplessis, qui débattit avec Nodier de la priorité du "Tigre" en vers sur le "Tigre" en prose et rédigea, à la mort de Nodier, l’introduction de la "Description raisonnée".
Je précise que Gratet-Duplessis, quoi qu'en pensent les personnes intervenues à la suite de votre billet, fut bien pressenti pour appartenir à l'équipe de direction du Bulletin du bibliophile dès l'origine : le prospectus original du Bulletin du bibliophile (qui n'avait pas encore trouvé son titre), tout entier de la main de Nodier, est intitulé : « Annales de la Bibliographie et de la littérature curieuse, Manuel du Bibliothécaire, du Philologue, de l’Amateur et du Libraire, publié par Charles Nodier, rédigé par MM. de Monmerqué ; — Aimé Martin, — de Nugent de Rothe — Paulin Paris — Ch. Veiss — Gab. Peignot — le m[arqu]is du Roure — Artaud [de Montor] — Duplessis recteur de l’académie de Douai. »

Cordialement à vous,

Jacques-Remi Dahan.

Jacques-Remi Dahan est l'auteur de Visages de la critique (Presses Universite Paris-Sorbonne, collection Memoire De La Critique). Il a aussi publié La Correspondance de Jeunesse de Charles Nodier (Droz)

On assiste, depuis une trentaine d'années, à une progressive renaissance de Charles Nodier : les écrits de celui qui fut tout ensemble conteur, romancier, poète, mémorialiste, critique, bibliographe, voire entomologiste, sont peu à peu réédités ; les biographies et les travaux se multiplient ; pour la première fois, une édition des oeuvres littéraires complètes est mise en chantier.
Les articles ici rassemblés, rédigés entre 1981 et 2003, marquent les stations d'un cheminement aux côtés de l'écrivain et accompagnent ce renouveau des recherches nodiériennes : consacrés à l'histoire du livre et à la bibliographie, à l'aventure illyrienne, aux cercles et cénacles où la pensée de Nodier s'élabora ou fit autorité, aux prises de position philosophiques et littéraires, souvent inattendues, qui furent les siennes, ils visent à dégager des voiles dont l'avait emmailloté une histoire littéraire routinière la haute figure du maître de Hugo, Nerval et Dumas ; s'ils osent manifester une ambition, c'est bien, à force d'exigence et de précision, celle de rendre possible, sur un plan non confusionnel, la lecture et l'étude de l'oeuvre d'un des inventeurs du romantisme français.

SUR LA ROUTE

Une devinette assez facile, trouvez de quel livre important ce texte est extrait et, fatalement, donnez le nom le nom de l'auteur (ah comme je l'aime celui-là !) . Et pour vous aider un peu, je vous le propose en buste... J'accepte d'apporter d'autres indices, si c'est vraiment utile...



      Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course, et son Char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il lie voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d'un demi- quart d'heure mais, au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître se couche toutes les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six, quand une charrette entra dans les halles du Mans. Cette charrette était attelée de quatre bœufs fort maigres, conduits par une jument poulinière, dont le poulain allait et venait à l’entour de la charrette, comme à petit fou qu'il était. La charrette était pleine de coffres, de malles, et de gros paquets de toiles peintes qui faisaient comme une pyramide, au haut de laquelle paraissait une demoiselle, habillée moitié ville, moitié campagne. Un jeune homme, aussi pauvre d'habits que riche de mine, marchait à côté de la charrette ; il avait un grand emplâtre sur le visage, qui lui couvrait un œil et la moitié de la joue, et portait un grand fusil sur son épaule, dont il avait assassiné plusieurs pies, geais et corneilles, qui lui faisaient comme une bandoulière, au bas de laquelle pendaient par les pieds une poule et un oison, qui avaient bien la mine d'avoir été pris à la petite guerre. Au lieu de chapeau il n'avait qu'un bonnet de nuit, entortillé de jarretières de différentes couleurs ; et cet habillement de tête était une manière de turban qui n'était encore qu'ébauché et auquel on n'avait pas encore donné la dernière main. Son pourpoint était une casaque de grisette, ceinte avec une courroie, laquelle lui servait aussi à soutenir une épée qui était si longue qu'on ne s'en pouvait aider adroitement sans fourchette. Il portait des chausses troussées à bas d'attache, comme celle des comédiens quand ils représentent un héros de l'antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l'antique, que les boues avaient gâtés jusqu'à la cheville du pied.
      Un vieillard, vêtu plus régulièrement, quoique très mal marchait à côté de lui. Il portait sur ses épaules une basse de viole, et, parce qu'il se courbait un peu en marchant, on l'eut pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les jambes de derrière. Quelque critique murmurera de la comparaison à cause du peu de proportion qu'il y a d'une tortue à un homme; mais j'entends parler des grandes tortues qui se trouvent dans les Indes, et de plus je m'en sers de ma seule autorité.
      Retournons à notre caravane. Elle passa devant le tripot de la Biche, à la porte duquel étaient assemblés quantité des plus gros bourgeois de la ville. La nouveauté de l'attirail et le bruit de la canaille qui s'était assemblée à l'entour de la charrette fuient cause que tous ces honorables bourguemestres jetèrent les yeux sur nos inconnus. Un lieutenant de prévôt, entr’autres, nommé La Rappinière, les vint accoster et leur demanda avec une autorité de magistrat quels gens ils étaient. Le jeune homme dont je vous viens de parler prit la parole, et, sans mettre les mains au turban (parce que de l'une il tenait son fusil, et de l'autre la garde de son épée, dé peur qu'elle ne lui battît les jambes), lui dit qu’ils étaient François de naissance, comédiens de profession ; que son nom de théâtre était le Destin, celui de son vieil camarade, la Rancune, et celui de la demoiselle qui croit juchée comme une poule au haut de leur bagage, la Caverne. Ce nom bizarre fit rire quelques-uns de la compagnie, sur quoi le jeune comédien ajouta que le nom de Caverne ne devait pas sembler plus étrange à des hommes d'esprit que ceux de la montagne, la Valée, la Roze ou l'Epine.

VOUS AVEZ DIT (REVUE) BIZARRE ?

Un parfait honnête homme doit, durant sa courte vie, faire attention à plusieurs détails : posséder des embauchoirs pour ses chaussures, fréquenter les trains de luxe, dormir à la belle étoile, conaître tous les secrets de la voka russe, et posséder la collection complète des numéros de l'étrange revue BIZARRE. Pourtant à bien observer, le parfait honnête homme est en voie de fossilisation puisqu'il est de plus en plus difficile de réunir tous les numéros de ladite revue. La semaine passée, nous évoquions la revue avec mon ami Jacques Baudou - érudit, écrivain, critique littéraire au monde - et il me confiaiit qu'il ne possédait pas tous les numéros de la revue. Dieu sait pourtant s'il possède tous les livres et toutes les bibliothèques de la création. Heureureusement, les éditions BERG INTERNATIONAL viennent d'éditer un livre salutaire :

BIZARRE,

Anthologie

1953 - 1968

établie et commentée par Jean Marie Lhôte.

La revue Bizarre, « revue littéraire et artistique » fortement influencée par le surréalisme, donne, de 1953 à 1968, 48 livraisons. Fondée par Michel Laclos, éditée par Eric Losfeld puis, à partir de 1955, par Jean-Jacques Pauvert elle annonce, par son titre même, ses ambitions et son contenu. Laclos et ses auteurs se passionnent pour les sujets les plus étranges et affichent des goûts éclectiques. Grands amateurs de littérature, ils consacrent le premier numéro à Gaston Leroux et au roman policier, un autre – dirigé par Raymond Queneau – aux fous littéraires, un autre encore à Raymond Roussel. Ils sont parmi les premiers à parler de science fiction et abordent également la question des « monstres » qui nous entourent. Raymond Queneau, mais aussi Jean-Christophe Averty, Michel Leiris, Jean-Marie Lhôte ou François Caradec contribuent à la revue. Bizarre accueille également de nombreux dessinateurs refusés par les grands organes de presse. Annonciatrice des bouleversements de Mai 68, la revue Bizarre a occupé une place considérable dans le paysage culturel français.
« […] Bizarre était vraiment la revue de l’époque. Les numéros spéciaux, particulièrement, attiraient l’attention. Nous avions fait ‘‘Les Fous littéraires’’, ‘‘La Joconde’’, ‘‘Les Dessins inavouables’’, ‘‘Les Mystères de Rembrandt’’, ‘‘Les Monstres’’.
Les dessinateurs que nous révélions depuis Siné renouvelaient le genre. […]. Début 1960 déjà, nous avions publié coup sur coup deux numéros : ‘‘Dessins inavouables’’ et ‘‘Supplément aux dessins inavouables’’. Fort bien présentés par Michel Laclos, ils rassemblaient les dessins refusés par la presse française, encore bien conventionnelle. Folon, Chaval, Gébé, Topor, Cardon, Le Foll, Siné bien sûr, Maurice Henry, Trez, Mose, André François (je ne peux pas les citer tous), y installaient le dessin d’humour moderne. C’était le début d’une époque...
La nouvelle génération de dessinateurs se met à graviter autour de Bizarre et porte au cœur, sous diverses formes, l’explosion du printemps 1968. Siné est le chef de file, il apparaît dès 1955, avec des dessins anticléricaux qui sont dans les sommets du genre, cruels et drôles. » (Jean-Jacques Pauvert, Mémoires).

Ce livre reprend en fac-similé une sélection des meilleures pages de tous les numéros de Bizarre, chacun précédé d’une notice qui en précise le contenu complet, afin de donner au lecteur un aperçu du foisonnement intellectuel et artistique des 15 années d’existence de la revue.

Jean-Marie Lhôte, ancien directeur de la Maison de la culture d’Amiens, historien des jeux qui a publié plusieurs ouvrages sur ce sujet, participa à la grande aventure que fut la revue Bizarre. C’est à ce titre et avec l’assentiment de Jean-Jaques Pauvert qu’il a établi cette Anthologie commentée.

Désormais, il sera possible à chacun de (re)devenir un honnête homme...

Découvrir les éditions BERG INTERNATIONAL

Voilà quelques temps j'étais dans une bouquinerie modeste, aux bords de l'océan à dénicher quelques vieilleries, quand Raymond Roussel, presque en personne, m'a tendu la main. il s'affichait sur une couverture de la Revue bizarre, et sourire à la lippe, attendait qu'un lecteur bienveilant lui tende la mai. Je me suis empressé de l'dopter afin, justement, qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains (anecdote à écrire dans « Comment j'ai lu certains de mes livres »).

Bizarre, vous avez dit Bizare ? ; bizarre, j'ai dit chouette !

La femme invisible. A la mémoire de Raymond Roussel

Huile sur toile 195  x 130 cm
Tableau peint par la machine de Louise Montalescot

D'autres fascinants détail sont à découvrir ICI

Et pour le plaisir, quelques lignes de Locus Solus...

 Ce jeudi de commençant avril, mon savant ami le maître Martial Canterel m'avait convié, avec quelques autres de ses intimes, à visiter l'immense parc environnant sa belle villa de Montmorency.
Locus Solus — la propriété se nomme ainsi — est une calme retraite où Canterel aime poursuivre en toute tranquillité d'esprit ses multiples et féconds travaux. En ce lieu solitaire il est suffisamment à l'abri des agitations de Paris — et peut cependant gagner la capitale en un quart d'heure quand ses recherches nécessitent quelque station dans telle bibliothèque spéciale ou quand arrive l'instant de faire au monde scientifique, dans une conférence prodigieusement courue, telle communication sensationnelle.
C'est à Locus Solus que Canterel passe presque toute l'année, entouré de disciples qui, pleins d'une admiration passionnée pour ses continuelles découvertes, le secondent avec fanatisme dans l'accomplissement de son oeuvre. La villa contient plusieurs pièces luxueusement aménagées en laboratoires modèles qu'entretiennent de nombreux aides, et le maître consacre sa vie entière à la science, aplanissant d'emblée, avec sa grande fortune de célibataire exempt de charges, toutes difficultés matérielles suscitées au cours de son labeur acharné par les divers buts qu'il s'assigne.

à R.R. Du mystère, un air erre dans sa mémoire.

dessin sur papier 76 x 56 cm
Portrait de Roussel croqué par Madame Bosse avec son fameux crayon vert.

QUI VEUT LA PEAU DE CHARING CROSS ROAD ?

Par Marie-Hélène Martin


Dans la mythique rue des livres, Murder One disparaît après vingt et un ans d'activité, comme bien d'autres librairies. Pour céder la place à des nourritures moins spirituelles

« Ne désespérez pas ! », lit-on désormais en devanture du 76-78 Charing Cross Road. La légendaire librairie Murder One, spécialisée dans le domaine policier, a définitivement fermé ses portes, fin janvier, après vingt et un ans d'activité. C'était la dernière du genre dans tout le Royaume-Uni. John Grisham refusait de signer ses livres ailleurs ; Ian Rankin y fut client avant de devenir auteur à succès. Tout comme Elmore Leonard, qui y passait régulièrement.

« Ils sont tous venus chez Murder One. Ellroy, Lehane, Robin Cook, Ruth Rendell, Patricia Highsmith. En fait, rares sont les auteurs de policiers qui n'y sont jamais venus!», raconte Maxim Jakubowski, patron et auteur lui-même. Seulement voilà, avec des clients moins nombreux, des ventes qui déclinent, la concurrence accrue de l'internet, des marges qui s'effritent - et des projets d'écriture -, il a «décidé de liquider l'affaire pendant que la librairie avait encore de l'argent en banque et pas de découvert ».

C'est la fin d'une époque à Charing Cross Road. Au 72, Chipley a mis la clé sous la porte le jour de l'an; un sushi-bar s'apprête à succéder à cette institution du livre d'art. En juin 2008, l'autre magasin Chipley avait fermé, de même qu'une librairie orientaliste. Et cela fait plus de deux ans que l'entreprise allemande Koenig Books a remplacé le légendaire Zwemmer où, en son temps, Francis Bacon avait son compte. Pour Claire, qui y travailla longtemps et tient toujours boutique, au 125, chez Claire de Rouen, « il devient de plus en plus difficile de se distinguer » !


« Où sont passées les librairies ? » s'inquiètent les aficionados de Charing Cross Road. Car au-delà de la disparition physique de Murder One, c'est la rue des livres, mythique dans le monde entier pour ses ouvrages anciens, ses occasions et ses librairies spécialisées (architec ture, arts, photographie...), qui change de visage. Au début du siècle dernier, les bibliophiles obsessionnels comme les lecteurs curieux pouvaient déjà y acheter toutes sortes de littératures, des livres au poids, acquérir une première édition de Dickens chez Panzetta's, E. Joseph ou Albert Jackson & Son's.


« Pour moi, il y a le Strand à New York, Shakespeare & Co à Paris ,et Charing Cross Road à Londres », explique Alexandra Taylor, la manager australienne de Bookends, qui fait le commerce des invendus des éditeurs. Elle sort de son sac un livre annoté, qui ne la quitte jamais et l'« inspire dans son travail ». C'est la célèbre correspondance, parue dans les années 1970, entre la New-Yorkaise bibliophile Helene Hanff et le personnel de la librairie Marks & Co. 84, Charing Cross Road, best-seller adapté au cinéma avec Anthony Hopkins et Anne Bancroft, a beaucoup fait pour les livres et la renommée de la rue à l'étranger. «Plusieurs fois par semaine, des étrangers nous demandent où est la librairie de Frank Doel!», confirme Emma Nilsson, chez Koenig Books. Aujourd'hui, une plaque signale bien l'exacte position de Marks & Co, mais le personnel du restaurant méditerranéen qui a pris sa place ignore tout de son illustre prédécesseur. Car des nourritures plus terrestres concurrencent les nourritures spirituelles. Sandwicheries et fast-fooderies se multiplient, tandis que Chinatown grignote un côté du trottoir.

La célèbre librairie Marks & Co, héroïne de 84 Charing Cross Road, de Hélène Hanff

L'avenir ? « Assez noir »
Un pilier demeure. Foyles, la chaîne de librairies indépendantes, dont le vaisseau amiral croise depuis 1906 sur Charing Cross Road. « Il est difficile de se réjouir de ces fermetures même si, pour nous, ça veut dire plus de business Depuis que Chipley a fermé, on a constaté une augmentation des ventes de livres d'art », dit Kate Gunning, la responsable des achats. Chez Henry Pordes, Nicole, la cofondatrice, maudit cependant les loyers élevés - «Rien n'est fait pour nous faciliter la tâche» - et la congestion charge - une taxe journalière pour les automobiles dans le centre de Londres qui «décourage les visiteurs et constitue un véritable casse-tête pour les livraisons». «Si nous n'étions pas une entreprise familiale, nous n'aurions pas résisté.» L'avenir ? « Assez noir », estime-t-elle.

« C'est triste mais inévitable, je le crains, il est de plus en plus difficile pour un indépendant de survivre au coeur des grandes villes avec la concurrence du Net, les loyers élevés et les remises offertes par les grandes chaînes et les supermarchés», déplore encore Maxim Jakubowski. Avec d'autres membres de l'équipe, Trisha, une des managers de Murder One, a racheté l'affaire de vente par correspondance et le site internet, où se prolonge maintenant l'histoire de la Mecque londonienne du crime. « Les clients deviennent comme fous, nous insultent presque quand ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent plus feuilleter les livres, raconte Trisha. C'est vraiment honteux que Londres n'arrive pas à conserver tout ça. »

Source BibliOBs

Retrouvez Marie-Hélène Martin dans Surbookée, son blog londonien

Le Gardien vous recommande la lecture de :

84, CHARRING CROSS ROAD, de Helene Hanff (éditions Autrement ou Le Livre de Poche)

Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu et jamais traduit, 84, Charing Cross Road fait l'objet, depuis les années 1970, d'un véritable culte des deux côtés de l'Atlantique.

« (...) j'en suis réduite à écrire des notes interminables dans les marges de livres qui ne sont même pas à moi mais à la bibliothèque. Un jour ou l'autre ils s'apercevront que c'est moi qui ai fait le coup et ils me retireront ma carte. »

A lire aussi ON FERME AUSSI ICI...

Suite à cet article, reçu ce mot fort pertient de Julien de Kerviller - et merci à lui de citer entre autres Frédéric berthet ou Camille Bourniquel :

Le succès de L'Arbre du voyageur, à Pékin, est sans doute une preuve parmi cent autres qu'une librairie absolument indépendante ne peut pas subsister dans le monde tel qu'il est : nécessité d'une grosse logistique pour contrer la hausse des loyers et proposer les livres au même prix qu'en France.

Ceci étant dit, ces fermetures sont-elles si étonnantes ? Quelle était la part, dans leur clientèle, des Français expatriés et des francophones ? Combien de livres achète en moyenne un Français qui vit à l'étranger ?
À en fréquenter quelques-unes, on observe assez rapidement que la clientèle de ces librairies reproduit le lectorat du dix-neuvième siècle, majoritairement bourgeois et majoritairement féminin : c'est-à-dire une lecture de divertissement qui colle à l'actualité, une lecture scandée par le calendrier traditionnel de l'édition française, beaux livres à Noël, prix à l'automne, piles évidentes de Nothomb, de Houellebecq, de Millet, et parmi tous ces livres qui ont été choisis pour leurs vertus commerçantes, finalement presque rien. Pas de stock, au sens où on l'entend dans les librairies conscientes d'elles-mêmes, mais des rayons qui obéissent au tempo de l'édition, piles qui apparaissent et qui disparaissent, Balzac et Hugo en éditions de poche, mais allez trouver un P.O.L ou un Joëlle Losfeld qui ne date pas de la saison dernière, prononcez le nom de Camille Bourniquel ou de Frédéric Berthet... Alors il faut commander, il faut attendre, et à force d'attendre on s'impatiente, on se promène sur internet et on découvre que sur le site de la Fnac, ou sur le site d'Amazon (soixante-dix-neuf commandes au compteur depuis que je suis en Chine), on trouve beaucoup plus de titres, on trouve Claude Ollier, on trouve Jacques Abeille, on trouve Thomas Pynchon, on trouve tous les Balzac que l'on veut, tous les Volodine, tous les Cadiot, tout ce que l'on a envie de lire sans attendre des semaines.

Oui, la fermeture d'une librairie française est toujours une tristesse, une raison de plus de désespérer : mais leur fermeture est 1) le reflet mécanique du lectorat contemporain, où il y a de moins en moins de grands lecteurs, et de moins en moins de curieux, 2) le reflet culturel des Français expatriés, qui ne voient en général pas plus loin que Modiano, 3) le reflet linguistique de la francophonie, laquelle est un leurre et une fallacie qui aveugle nos ministères, 4) le reflet structurel du marché du divertissement, qui tend à préférer la vitesse à la patience et à diminuer le nombre des intermédiaires (je clique deux fois et cinq jours après j'ouvre "Annette et le criminel").

Dernière chose, puisque j'y suis, et pour une fois que je commente : pourquoi s'étonner que Sarkozy n'ait pas franchi le seuil de la librairie ? Est-ce que ce n'est pas une naïveté très française ? certes nourrie par une histoire particulière de nos dirigeants ? de croire que les hommes politiques sont forcément des lecteurs, sinon des lettrés ? Mitterrand luttant comme un beau diable pour persuader la classe moyenne qu'il avait lu Gracq (qui le méprisait), qu'il avait lu Morand, qu'il avait lu Stendhal... Est-ce que ce n'est pas une naïveté très française (et très platonicienne) de s'étonner que Sarkozy n'ait pas aimé La Princesse de Clèves ? Est-ce que, de toute évidence, ce dont Sarkozy est le nom et La Princesse de Clèves ne sont pas parfaitement incompatibles ? Quant à moi, je préfère que ce dont Sarkozy est le nom n'ait pas mis les pieds à la librairie du Rockefeller Center : ce n'est pas son lieu, ni sa nature, ni son destin. Mais nous n'arrivons pas à nous extirper du modèle antique du prince éclairé, qui a donné lieu à toutes sortes de mythes républicains : Charlemagne qui invente l'école, la bibliothèque de Mazarin, les écrivains normaliens et les écrivains ambassadeurs, Claudel, Gary, Saint-John Perse. Il y a dans la lecture un exercice de la solitude, un arrachement à la Segalen qui rend incompatibles à un moment ou à un autre l'épreuve de la littérature et la fréquentation du pouvoir...

Et, un peu plus tard, reçu ce mot, toujour de Julien de Kerviller :

Cher monsieur,

je vous remercie d'avoir si bien lu mon rapide commentaire... En vérité la situation des librairies françaises à l'étranger est bien souciante ; mais moins souciante que l'état universel des lecteurs. Après tout, je pense que les livres trouvent naturellement leurs lecteurs, et que la plupart des meilleurs ne peuvent en trouver qu'un tout petit nombre. La déploration ("mon dieu qu'on lit moins") est une vérité aussi vieille que la littérature et l'imprimerie ; on a toujours "moins lu" tout au long de l'histoire du monde, tant et si bien que l'on devait vraiment beaucoup lire sous Gutenberg ! Il faut à la lecture un goût du silence et du retrait, une patience, une disponibilité auxquels se prêtent très mal la réussite sociale et la gymnastique capitaliste ; mais Quignard, Michon ont dit tout cela mieux que moi. Comme je l'écrivais ce matin, Sarkozy ne peut pas aimer La Princesse de Clèves ; il n'aurait plus qu'à se suicider s'il comprenait l'oblation qui l'achève. Et c'est pareil pour Bourniquel, pour Berthet, pour tous ces écrivains que nous aimons, parce qu'ils nous donnent un plaisir d'homme dont on sait très bien qu'il est rare. Les notations de Berthet sur la pêche, celles de Brautigan, à quoi peuvent-elles servir dans la marche du monde ?

Cordialement,

julien de kerviler

 

SHAKESPEARE RÉVÉLÉ À LONDRES

Des experts ont dévoilé lundi à Londres une œuvre unique, le seul portrait du poète réalisé de son vivant.

Après trois années d'enquêtes méticuleuses, d'analyses aux rayons X et d'images infrarouges, les experts ont levé les derniers doutes : on a retrouvé le seul portrait de William Shakespeare peint de son vivant. Le tableau a été dévoilé lundi à Londres par le professeur Stanley Wells, président de la fondation Shakespeare Birthplace, l'association qui gère le musée à Stratford-on-Avon où le poète est né.

L'œuvre a été peinte en 1610, six ans avant la mort du plus grand poète et dramaturge de la langue anglaise. Elle appartient depuis des siècles à la famille d'Alec Cobbe, un restaurateur d'œuvres d'art qui l'a reçu en héritage. Le tableau était apprécié au sein de sa famille, mais personne n'avait fait le rapprochement avec le barde de Stratford jusqu'à ce qu'Alec Cobbe tombe devant une autre représentation de l'écrivain lors d'une exposition temporaire à la National Portrait Gallery à Londres. Un tableau venant de la Folger Shakespeare Library de Washington, et qui avait longtemps été considéré comme une représentation du poète réalisée de son vivant, jusqu'à ce que des analyses faites il y a soixante-dix ans y décèlent des pigments du XIXe siècle.

Mais quand Alec Cobbe le vit, il trouva de nombreuses similarités avec celui qu'il avait reçu en héritage. Comprenant qu'il était propriétaire de l'original, et que celui de la National Portrait Gallery n'était qu'une copie, il prit contact avec le professeur Stanley Wells, de la fondation de la maison de naissance de Shakespeare.

Ce dernier fut d'abord dubitatif, car les plus anciennes représentations connues du grand dramaturge, des tableaux et des bustes, ont toutes été réalisées peu de temps après sa mort en 1616. Il décida tout de même de mener des études sérieuses sur l'œuvre et fit appel à des experts internationaux pour vérifier son âge.

Nouvelles polémiques
Le professeur Rupert Featherstone de l'Université de Cambridge se pencha sur la composition des pigments, alors que des experts de l'Université de Hambourg firent une datation de la planche de chêne qui servit de support à la peinture. Et leurs conclusions furent positives, l'œuvre datait bien du vivant de Shakespeare. Autre élément favorable, le tableau avait été conservé par les Cobbe avec un autre portrait de la même époque, représentant le comte de Southampton, un des principaux mécènes de Shakespeare. Et le visage du beau jeune homme ressemble clairement à toutes les représentations qui sont aujourd'hui attribuées à l'auteur de Roméo et Juliette.

«Nous sommes certains à 90 % que c'est Shakespeare, explique Paul Edmondson, directeur de la fondation Shakespeare. On ne pourra jamais être absolument certain, car il y aura toujours des voix discordantes.» Cette dernière découverte ouvre la porte à de nouvelles polémiques, qui sont déjà très nombreuses sur l'identité de l'artiste qui a écrit les pièces aujourd'hui attribuées à Shakespeare.

(Cyrille Vanlerberghe pour Le Figaro)

Le portrait authentifié de William Shakespeare

"L'AUTRE ET AMONT"

La semaine passée, Je répétai à mes étudiants, lors des atliers d'écriture cette courte phrase que Jean-Pierre Sicre - qui tint naguère la barre des éditions Phébus - m'avait confiait comme si il s'agissait d'un mot d'ordre : « L'écrivain a toujours réponse et l'éditeur a toujours tort ! ». Dans son dernier courrier, l'ami Luc Vidal, qui anime les éditions du Petit véhicule et la revue poétique Incognita, Nous rappelle une amusant mystification littéraire qui va dans ce sens. L'histoire remonte à 2005.

Un facétieux journaliste belge a envoyé à dix grands éditeurs parisiens et bruxellois, sous un faux nom, le manuscrit des Chants de Maldoror. Pour voir quel accueil serait fait aujourd'hui à la prose poétique et violente de Lautréamont. Eh bien, tous (sauf deux qui n'ont pas répondu) ont refusé le texte  hormis Gallimard, qui a repéré le canular et répondu avec beaucoup d'humour. Cela vaudra à la maison de la rue Sébastien-Bottin de recevoir ce jour, lors de l'ouverture de la Foire du livre de Bruxelles, le prix Alice Cornet, nouvellement créé.
Alice Cornet, 13 ans, est la filleule de Nicolas Crousse, nouveau rédacteur en chef de l'hebdo satirique Pan. Et c'est le nom de cette jeune fille qui a remplacé celui de Lautréamont sur le manuscrit que Crousse a fait parvenir aux éditeurs en octobre. Autres modifications : le titre, changé en Comme un garçon, et le nom Maldoror, devenu Louis tout simplement. Tout ça pour quoi ? « Pour évaluer les critères sur lesquels un jeune auteur est jugé aujourd'hui, pour tester la fiabilité des filtres de l'édition», répond Crousse, 39 ans. C'était aussi pour ce journaliste coutumier du canular (on lui doit entre autres l'organisation de la première Semaine internationale de la mauvaise humeur) une nouvelle tentative pour réveiller Pan, ce Canard enchaîné belge un peu assoupi.

Ce qui était à craindre s'est produit : Albin Michel, Grasset, Le Seuil, Flammarion, Plon, ainsi que les Bruxellois Luc Pire et Luce Wilquin ont répondu avec les lettres d'usage («Il ne nous a pas paru que votre ouvrage fût susceptible, etc.») et invoqué les « impératifs spécifiques de nos collections » pour renvoyer la pauvre Alice Cornet à ses études de collégienne. Et Lautréamont avec elle. En revanche, Antoine Gallimard, qui édite le poète dans la Pléiade, a pris lui-même la plume pour trousser une jolie réponse : « Les Chants de Maldoror sont des textes magnifiques, et vous avez eu raison de ne pas les déformer. Personnellement, je vous remercie de ne pas avoir repris les textes de Germain Nouveau » (poète français, 1851-1920). Nicolas Crousse en conclut que la quasi-totalité des éditeurs sont fin prêts à « passer à côté d'un nouveau Lautréamont», s'il voulait bien s'en présenter.

 L'évidente simplicité de cette démonstration n'est pas la première du genre. Souvenez-vous des soeurs Bronté, ou du même canular montée par le
Figaro Littéraire, voilà une dizaine d'années, qui s'était amusé à envoyer un manuscrit de Marguerite Duras, manuscrit refusé par tous les éditeurs... Alors n'hésitez plus à écrire et à envoyer vos manuscrits. même si les éditeurs vous les refusent, rien de nous empêche de vous prendre pour Lautréamont  et que que 'lon vous donnne du "Monsieur le Comte..."

DES DANGERS DE L'ENCRIER

L'écrivain Georges de Scudéry et sa soeur Madeleine, beaux esprits du XVIIe siècle, voyageaient de compagnie dans le midi de la France. Ils étaient descendus dans l'auberge d'un bourg charmant situé sur le cours du Rhône, bonne auberge de petite ville, fréquenté par des marchands et des voyageurs . Après le souper, on leur attribua une chambre à deux lits. C'était l'époque des foires et la maison était pleine et bruyante. Ne pouvant s'endormir nos gens de lettres en vinrent à parler de littérature. Mademoiselle de Scudéry écrivait alors son monumental roman Artamène ou le Grand Cyrus, attendu avec impatience par ses admirateurs. Hésitante parfois, elle reçevait volontiers les avis de son frère.
Scudéry frère lut un peu, réfléchit et dit à haute voix :

– Et si on assassinait le prince Masare (*) ?

Madeline s'étonna...

- Oui soeurette, ce serait du plus bel effet. Un couteau, des poisons, non, une corde !
Mademoiselle prônait la clémence mais le frère insistait et le faisait savoir : le trépas, le trépas ! Chacun d'eux tenait bon et cherchait à faire prévaloir le dénouement qu'il préférait;
Durant ce temps, dans la pièce voisine, quelques commerçants un peu trop curieux, et tenus éveillés par le bruit qui régnait dans l'auberge, ne perdait miette de la véhémente conversation. Ils tendaient l'oreille.

– Et si on assassinait le prince ?

Non"bons" commerçant se crûrent témoins d'un odieux complot. A la hâte et sans bruit, Ils s'en vont, à peine habillés, quérir les sergents de la maréchaussée. Les gens d'armes enfoncent la porte où, leur a-t-on dit, complot se trame. le poète s'offusque et fanfaronne ; sa soeur tente de s'expliquer. En vain. Voilà notre fine fleur des lettre enchaînée et emmenée prestement dans la cellule la plus proche.

Les Scudéry eurent tout le mal du monde à se disculper : il leur fallut jurer, montrer les manuscrits et jurer encore. L'unique tort de la justice était seulement d'être étranger au tout Paris des arts et aux littéraires et précieux délassement de l'hôtel de Rambouillet.


Oui la littérature mène à tout, à condition de s'en sortir... ou tel est mépris qui croyait pendre.

(*) -  qui n'était autre que le héros du roman de soeurette.

UNE SOCIÉTÉ BIBLIOPHILIQUE & SECRÈTE

FANTAISIES BIBLIOPHILIQUES, MISCELLANÉES LITTÉRAIRES, DISGRESSIONS LIVRESQUES & PROPOPOS COQALANESQUES.

Par Éric Poindron

Je me presse de faire le contraire de ce que vous faites dans l’existence. Diogène.

Qui lit trop devient fou. Un vieux sage.

Amis curieux, le mois passé, nous nous quittions, biblionomadisant, en évoquant Voltaire (1), sa carcasse dispersé, ses présences improbables et son âme aux allures de lanterne…

Comme vous savez lire et comme vous l’avez lu, l’article était à suivre et la suite de l’aventure à écrire. Aussi, en l’attente des indices qui feront nos choux gras et à défaut d’oublier de cultiver nos jardins, faisons l’impasse sur le philosophe ; laissons l’homme de Ferney, l’Européen pressé - le panthéonisé peut-être - ou le fantôme de Champagne à toutes les conjectures romanesques des plumes à venir, et inaugurons ensemble un nouveau bavardage...

L’affaire entendue, veuillez prendre place et presque palace …

Le Cénacle Troglodyte, une société BIBLIOPHILIQUE et secrète.

Avec quelques amis (2) bibliomaniaques et honnêtes, collectionneurs insolites et iconoclastes, il nous arrive avec une régularité gourmande d’imaginer des repas de garçons où la bibliophilie et la belle chair (e) font sacré mariage.

À l’instar de ces clubs de bonne tenue discrets ou confidentiels - qui font souvent défaut en France et dans nos belles provinces - nous dissertons, ou nous enthousiasmons à la nuit tombée, des sujets les plus variées dès l’instant où Collin de Plancy et les vins de Montesquieu, le bibliophile Jacob ou le sot-l’y-laisse sont sur tables puis évoquées et salués avec l’esprit de toutes les gourmandises. Le bas armagnac coule avec mesure, - le champagne de la Montagne de Reims aussi - et les conversations sont ponctuées par des toasts francs en l’honneur de Tallemant des Réaux, de Faucherand de Montgaillard (3) ou Grimod de la Reynière.

Cette société, de nouveau nommé Le Cénacle Troglodyte, est la résurgence d’une assemblée fondée voilà quelques siècles (4) par plusieurs écrivains célèbres que nous évoquerons au fil du temps.

L'un des premiers membre du Cénacle Troglodyte. Fonds David Collin.

Dans une étude (5) documentée et inédite à ce jour, Elias Tomasov, privat-docent Suisse, résidant à Fribourg, ville de légendes et de mystères, en rappelle la genèse :

« Le Cénacle Troglodyte, société à caractère ésotérique et bienfaitrice (...) était une réunion de fins lettrés, de médiévistes, de traducteurs, d’hommes de Lois et de finances (…) et même de gens d'église, tous fortunés, qui se réunissaient en un endroit secret afin de constituer une bibliothèque définitive... Quand l'un d’entre eux dénichait un ouvrage de qualité, ils se consultaient et payaient ensemble le prix qu'il fallait pour acquérir le précieux texte... Qu'importe l'emballage, ce qui comptait, c'était le texte et ses secrets... »

A l'heure précise, le magicien indique la direction de la bibliothèque du "Cénacle Troglodyte".

Le Cénacle Troglodyte, aujourd’hui.

L’atmosphère des rencontres et des soupers d‘aujourd’hui est moins à la préciosité et au complot. Les membres présents ont toutefois conservé certains usages. En voici un premier. La bibliophilie étant à l’honneur, elle est invitée à la table et, chacun à son tour, doit lui dévouer une anecdotes, comme on le fait dans d’autres cercle des histoires drôles…

« Un bohème, dont l'Histoire des Lettres n'a pas retenu le nom - et le Dieu des poètes sait si ils furent nombreux - réussit un jour, alors qu’il était en grande peine pécuniaire, à fourguer à Monsieur Marot (comme le poète mais sans lien de parenté apparent), un libraire "un peu à vue" de la rue de Seine un livre qu’il tenait en haute estime. L’ouvrage - Les Voyages Adventureux, de Ferdinand Mendez Pinto, Au frais du gouvernement - appartenait de son père, voyageur et amateur émérite.

Heureux de son gain prochain, et après avoir modestement bombé le torse devant son miroir piqué et les quelques vitrines alléchantes qui menait à la boutique du marchand, il s'en va réclamer auprès du propriétaire le dû qui lui revient.

– Je vous paye votre livre quarante-sept francs mon cher, pour vous encourager à m’en apporter d’autres, dit le marchand en tendant à l'artiste famélique un bilet de cinquante francs. Soyez aimable de me rendre la monnaie, soit trois francs, ajout-t-il, méfiant.

- Trois francs !, dit l’artiste, si je les avais mon bienfaiteur, je serais attablé au Café Momus à boire un bock, à regarder les grisettes et les autres jolies passantes... »

De retour au Cénacle, quand le tour de table est terminé et les histoires bien racontées, le repas peut enfin commencer. Les invités bavardent ou se concertent, c’est selon ; puis à l’instant de la poire, l’un ou plusieurs, se lève et propose une acquisition. Ce soir-là – j’étais témoin et invité - ce fut le Jodelet duelliste de Paul Scarron.

J’imagine déjà les lecteurs suspicieux et jaloux qui songent à l’édition de Toussaint Quinet de 1652 avec une reliure rare… Aussi je les arrête dans leur jalousie et leur suspicion.

Les membres du cénacle sont peut-être un peu fol, mais pas assez riches – le vilain mot – pour Jodelet, enfin celui-là… Toutefois l’objet plus modeste et plus récent avait de l’allure. C’était un in-8 impeccable avec l’ex-libris ouvragé d’un collectionneur réputé de la fin du XIX e siècle. Le livre pouvait se discuter auprès du marchand et les amis en firent l’acquisition à main levée.

Avant de se quitter – l’aube était presque sortie d’un nuage – les curieux excentriques se quittèrent en buvant, comme c’était l’usage, un verre d’eau de vie de licorne, flacon gigantesque et précieux, soufflé par des disciples de Mazollay, le maître verrier Vénitien, et refermant un rostre (5) non daté mais prétendu authentique …

A suivre, bien lu et bien entendu…

Le petit diable de bronze qui garde l'entrée de "l'Enfer de l'enfer".

NOTES

Note 1 – Voltaire es-tu là ?, par Éric Poindron, (in Biblionomadie, La revue dess ressources)

Note 2 – Quelques membres du nouveau Cénacle.

David Collin de P. est spécialiste des mystification littéraire. À bien y observer, il est peut-être une mystification à lui seul.

Jack C. collectionne, quant à lui, les secrets des templiers et en sait beaucoup sur les mystères des lacs de la forêt d’Orient.

Bruno F., est collectionneur d’utopies, de royaumes improbables et de personnages incongrus,

Jean-Paul F., est cazinophile - ou spécialiste de Cazin -, historien du livre et bibliolexicographe, un science en partie exacte qu’il a plus que contribuer à Christophe H. est gardien de nuit dans une bibliothèque de province. Il en profite pour lire « Les fous littéraires » et les entend parfois rire de tout, à commencer par lui.

Jean-François H. est responsable de la Bibliothèque du docteur Fazeuille…

Erik K., surnommé l’autre fantôme de l’opéra, est détective littéraire et occulte au sein de l’agence Zalewski & associés qu’il a créé. Il enquête actuellement sur le bocal formolé qui contiendrait « le vit de Napoléon » conservé dans une collection privée américaine.

Johan-Franz K. fut homme de loi. Il demeure spécialiste – entre autres – de la bibliothèque Bleue et des ouvrages de colportage. À l’instar de Maurice Garçon, il fut aussi l’avocat des causes littéraires perdues qu’il gagna bien souvent.

Gilles L. en sait plus sur Titivillus – le démon des moines copistes, qu’il ne veut bien en dire.

Jean-Paul M. a eu plusieurs vies durant lesquelles il fréquenta – sans doute - Talleyrand, Le maréchal Ney, Antoine de Jomini – âme damné de l’Empereur et aide de camp du maréchal, qui possédait des dons d’extra-voyance – et Jean de la Varende. La liste de ses fréquentations est incomplètes puisque on lui prête aussi des accointances troublantes avec Arsène Lupin.

Michel M., érudit polyglotte et cryptozoologue, a traqué Gilles de rais, les dragons suisses et d’ailleurs et les monstres lacustres écossais ou non. Son œuvre est traduite dans plusieurs langues.

Clémentine P.-K. , docteur es tibiatologie, elle connaît les secrets de Nicolas Flamel et l’emplacement précis de – presque – toutes les reliques.

Frédéric R., dit « le cardinal » étudie le jeu d’échecs et crois que les 64 cases sont une transcription de l’histoire des sociétés secrètes.

Christian S., dit « le bon docteur », semble être une réincarnation d’Ambroise Paré. Il collectionne les monstruosités et les livres monstres, les ouvrages morbides et interdits, soit l’Enfer de l’Enfer de la bibliothèque.

N.B. La liste des membres historiques et actuels est évidemment incomplète (Marc B., Fabrice B., Chrisitan C., du Surnatuéum, Musée d’Histoire Surnatuelle, Jehan-Paulus F., Boniface H., Etc.) et sera divulguée en partie, au fur à mesure de sujets, des questions et des thèmes abordés.

Le professeur Norbert K., dit "longue Barbe"

Note 3 - Les Gaillardises du sieur Mont Gaillard, Dauphinois, suivies d'autres poésies du même auteur, de Pierre de Faucherand Mont-Gaillard, publié d'après d’après l’édition originale de 1606, Librairie E. Sansot & Cie Éditeurs, Collection Varia Curiosa, Paris, 1905.

Note 4 - Les dates exacts demeurent toutefois imprécises et divergentes. Certains spécialistes ont évoqué la naissance de l’imprimerie, ce dont nous doutons. Il est plus sérieux de croire qu’elle fut imaginée, à Reims,à l’époque du sacre de Charles X ? Nous reviendrions en détail, dans un prochain article sur la création – les dates, les dates et les personnages – de ladite société.

Note 4 - Le Cénacle Troglodyte ou le mythe de la Bibliothèque de Babel & Le Cénacle Troglodyte de Reims, le rêve de la bibliothèque de Babel, de Élias Thomasov, préface de Devid Collin (éditions du Malin Plaisir, 2003). Où il est question des égarements physiques, historiques et philosophiques de l'auteur, dans les entrailles de Reims, ville des Sacres, à la recherche d'un lac souterrain et d'une bibliothèque hypothétique et supposée légendaire).

Note 5 - L’eau de vie de licorne et le rostre feront l’objet d’une explication et d'un texte à venir à venir.

Enfin, comme nous l’avons soulevé, il s’agit d’une société secrète ou discrète, aussi il est relativement aisé de bavarder avec les membres ou d’assister aux réunions afin d’en apprendre davantage. Pour ce, on peut écrire à l’auteur de l’article à l’adresse suivante :

LE « CÉNACLE TROGLODYTE » VILLE DES SACRES

ON FERME !

Fin de la Librairie française de Milan

Ll’institution plus que cinquantenaire est victime d’un loyer trop élevé en centre-ville.
Créée à l’automne 1953 par Aldo Caputo, également fondateur de celle de Turin, la Libreria francese- de Milan fermera ses portes fin février à cause d’un loyer trop élevé.
“Le bail a quasiment triplé à son renouvellement en mars dernier ; la seule solution serait un déménagement que je ne peux envisager à 66 ans”, explique son propriétaire, Enrico Gadda.
La première librairie française d’Italie, avant celles de Rome, Florence et Turin, était installée près du Dôme, via San Pietro all’Orto, depuis 1970.
Avec l’aide de sa femme et de ses filles, Enrico Gadda proposait sur 100 m2, un assortiment de 8 000 titres en tous genres (littérature générale, romans, philosophie, sciences humaines, politique et sociologie, histoire, livres pratiques, guides touristiques), avec un important rayon poches (2 000 références) et un petit secteur de livres d’art et de livres pour enfants. Il réalisait un chiffre d’affaires avoisinant les 400 000 euros.
“C’est une souffrance d’être là depuis 38 ans et de voir le travail d’une librairie indépendante anéanti, déplore Enrico Gadda. Malgré la proximité des plus grandes librairies milanaises, nous avions su résister. Je souhaite qu’un(e) jeune francophile puisse reprendre ailleurs l’activité de cette librairie qui existe à Milan depuis 1953 et puisse fêter en 2053 le centenaire de cette institution”, conclut-il. (source Livres hebdo)

C'était attandu, hélas, et cette fois, c'est fait !

La librairie française de New York vit ses derniers jours
Dehors, les hordes de touristes photographient le Rockefeller Center, sa patinoire et son sapin de Noël. Dedans, les rayons se vident lentement de leur stock de livres: après 73 ans d'existence, la librairie française de New York va fermer ses portes en 2009.
Les raisons de la disparition de cette véritable institution, à New York et dans le monde, sont simplement commerciales: le bail arrive à échéance en septembre et la société propriétaire de l'immeuble de la 5e avenue augmente le loyer, actuellement de 360.000 dollars, à 1 million par an.
Le prix des livres vendus n'est pas de nature à encourager les acheteurs, en tout cas pas les passants qui sont dans le quartier essentiellement pour faire leur shopping dans les boutiques de vêtements, de cosmétiques ou d'électronique.
"Evidemment nous vendons 20 dollars un livre qui coûte 5 euros à Paris, mais les frais d'envoi existent aussi lorsqu'on commande sur internet, non, ce qui a changé c'est toute la culture de la librairie, et le Rockefeller Center est devenu un simple centre commercial", proteste Emmanuel Molho, un septuagénaire qui gère la librairie familiale avec ses deux enfants.
Son père Isaac Molho, arrivé aux Etats-Unis en 1928, avait fréquenté un établissement scolaire français à Athènes, et avait rencontré à Paris des responsables de l'éditeur Hachette. Invité à ouvrir une librairie par David Rockefeller, qui tenait à voir des Européens occuper les bureaux situés dans son immeuble, il lança l'affaire en 1935.
Pendant la guerre, la librairie se doubla d'une maison d'édition, "La Maison Française", qui publia des auteurs fuyant le nazisme comme André Maurois, Jules Romains ou Antoine de Saint-Exupéry.
"L'imprimeur était mon oncle", raconte Emmanuel Molho dans une interview à l'AFP. Et les maquettes imitaient celles des ouvrages de la "collection blanche" de l'éditeur français Gallimard.
"Les années 60 ont été les plus glorieuses, la langue française était à la mode, nous avions 50 salariés, nous importions deux tonnes de livres par semaine, qui arrivaient avec la Compagnie générale transatlantique, à bord de paquebots comme le France", raconte M. Molho.
"C'était un salon autant qu'une boutique: les clients étaient des Américains francophiles, des Sud-Américains francophones de passage, ils restaient pour bavarder, à l'époque on commandait 3.000 exemplaires au moins du dernier Prix Goncourt, aujourd'hui quelques dizaines tout au plus", se souvient-il.
M. Molho a fermé en 1993 une deuxième librairie française qu'il avait au sud de Manhattan, et en 1994 sa librairie française de Los Angeles.
Si les livres en français ne se vendent plus, la hausse vertigineuse des baux commerciaux a porté l'estocade au commerce. La moitié de l'espace ayant pignon sur rue a d'abord été cédé en 1980 à la marque de produits cosmétiques française L'Occitane.
Aujourd'hui, le sous-sol poussiéreux recèle quelques trésors, et les livres de la "Bibliothèque rose" côtoient dans un désordre suranné les vieux Guides Michelin, des planches de mode féminine publiées à Paris dans les années 1920 ou "Salsette découvre l'Amérique" de Jules Romains publié à New York en 1942.

La France est restée insensible à ses appels, en dépit de lettres envoyées à la ministre française de la Culture Christine Albanel, et le président français Nicolas Sarkozy, venu à un dîner au Rockefeller Center en septembre, n'a pas franchi le seuil de la "Librairie de France", souligne le libraire.

Emmanuel Molho va prendre sa retraite à New York et peut-être "se mettre au piano", laissant à sa fille le soin de perpétuer les affaires familiales sur un site internet. (source AFP)

In Memoriam

C'ÉTAIT ENCORE PIRE AVANT !

Bandes de surréalistes !

Le gardien vous recommande de relire :

LES PORTES DU SOMMEIL, de Fabrice Bourland (10-18)

Paris, 1934. Andrew Singleton et James Trelawney sont chargés d’enquêter sur une étrange affaire. Un spécialiste du sommeil et un poète surréaliste, dont le seul point commun semble être l’intérêt pour l’étude des rêves, ont été littéralement trouvés morts de peur dans leur lit. Fait troublant, un énigmatique "personnage en noir" a visité chacune des victimes quelques jours avant leur disparition. Mais qui est cet homme de l’ombre ? Quelle terrible machination prépare-t-il ? Et que signifient les visions de cette belle inconnue qui hantent les nuits d’Andrew ? Cette course-pourquite palpitante conduira nos jeunes détectives des milieux surréalistes parisiens jusqu’à un mystérieux château sur les bords du Danube. Au-delà des portes du sommeil.

Le 221 b, à Baker Street – lieu de résidence d’un certain Sherlock Holmes à Londres – est sans doute aucun l’adresse la plus célèbre de la littérature universelle. Fort de ce constat Fabrice Bourland, écrivain à la plume agile comme un fleuret s’en donne à cœur à joie, dans Les Fantômes de Baker Street, pour revisiter la capitale anglaise et quelques-uns de ses mythes effrayants. Si notre détective escorté de son Watson de Docteur règne sur l’époque victorienne, Fabrice Bourland, quant à lui, préfère explorer les bas-fonds londoniens des années 30. Pour ce il met en scène avec maestria deux nouveaux détectives – littéraires et occultes – qui feront date dans l’histoire du polar fantastique : Andrew Singleton et James Trewlaney. Quand le second est athlétique et sanguin, le premier se révèle être un lettré usant de son érudition pour résoudre de bien étranges affaires… Il va alors être question de table tournante, de séance de spiritisme, d’ectoplasme et d’apparition, pour le moins inopinée. L’auteur s’amuse à mettre en scène une cohorte monstre comme seul Londres a pu les enfanter… Il est ici question d’un certain Dorian G., de Jack the R. et d’un Mister H.. Mais ne confessons pas l’innommable afin de laisser quelque poire pour la soif du lecteur…


Dans Les Portes du sommeil, opus II des aventures de nos nouveaux détectives, c’est à Paris, à l’ombre déjà grandi de la Tour Saint Jacques et sous les auspices du fantôme de Gérard de Nerval que nos héros s’abattent en plein surréalisme. André Breton est de la partie et malheur à celui qui s’endort sans crier gare… Alexandre Dumas pensait que l’« on a le droit de violer l’histoire à conditions de lui faire des beaux enfants » , c’est ce qu’à fait le jeune romancier en écoutant les conseils précieux de son illustre aîné.

Paris, 1934. Andrew Singleton et James Trelawney sont chargés d’enquêter sur une étrange affaire. Un spécialiste du sommeil et un poète surréaliste, dont le seul point commun semble être l’intérêt pour l’étude des rêves, ont été littéralement trouvés morts de peur dans leur lit. Fait troublant, un énigmatique "personnage en noir" a visité chacune des victimes quelques jours avant leur disparition. Mais qui est cet homme de l’ombre ? Quelle terrible machination prépare-t-il ? Et que signifient les visions de cette belle inconnue qui hantent les nuits d’Andrew ? Cette course-pourquite palpitante conduira nos jeunes détectives des milieux surréalistes parisiens jusqu’à un mystérieux château sur les bords du Danube. Au-delà des portes du sommeil.

À lire sa prose virevoltante comme les feuilletonistes et les romanciers populaires d’antan, on pourrait s’écrier, sous forme d’hommage à peine déguisé, « élémentaire mon cher Bourland. ».

N.B.  Et l'ami Bourland nous réserve une nouvelle surprise pour le mois de mars. informations sous peu...

BIBLIOPHILIE

Reçu ce jour, la belle annonce mon ami Jean-Paul Fontaine, Bibliophile, écrivain et historien du livre... Pour avoir eu le privilège de découvrir quelques épreuves et belels feuilles de la somptueuse revue à venir, je ne peux que vous inciter à vous abonner, à avertir vos poches et vos proches, et à soutenir la noble cause : celle du livre, compagnon de l'"honnête homme"...

Voici enfin la grande et bonne nouvelle : une nouvelle revue destinée aux bibliophiles va voir le jour en France. Elle est née de discussions entre deux bibliophiles qui veulent s’inscrire dans la longue tradition de revues dédiées à la bibliophilie et aux livres rares et précieux dans le passé, permettant aux bibliophiles d'approfondir leurs connaissances et de découvrir de nouveaux sujets.

Cette revue, la voici, c'est La Nouvelle Revue des Livres Anciens (dont vous découvrez la couverture ci-dessous). Cette revue paraîtra 3 fois par an, et la première livraison est prévue au printemps 2009.

Les thèmes abordés couvriront tous les sujets chers aux bibliophiles : l'objet Livre, de la typographie à la reliure ; les portraits de professionnels du Livre et de bibliophiles, d'hier et d'aujourd'hui ; les grandes imprimeries, librairies et bibliothèques, privées et publiques; les grands événements, salons, ventes, expositions et conférences ; les publications incontournables, livres et périodiques, etc.

La Nouvelle Revue des Livres Anciens est placée sous le parrainage de M. Christian Galantaris, Expert honoraire près la Cour d'Appel de Paris et auteur notamment du Manuel de Bibliophilie (Editions de Cendres, 1997, deux volumes in-8).

Elle est crée par Jean-Paul Fontaine et Hugues Ouvrard, et soutenue à la fois par des fidèles du blog, des libraires, des conservateurs de bibliothèques, et des universitaires.

Les deux numéros de 2009 (printemps et automne) de La Nouvelle Revue des Livres Anciens sont en vente par souscription dès aujourd'hui, ce qui en fait le cadeau de Noël idéal! Le montant de la souscription est de 30 euros pour ces deux numéros. La souscription est ouverte à ce prix jusqu'au 20 janvier.

Il s’agît d’une revue de luxe, de format in-4 (environ 21 x 27 cm), dos carré, sur grand papier, de 80 pages environ, illustrées en couleurs, à tirage limité et numéroté.

La souscription se fait par chèque libellé à l'ordre de « La Nouvelle Revue des Livres Anciens », envoyé à l'adresse ci-dessous :

La Nouvelle Revue des Livres Anciens
3 B, rue des 16e et 22e Dragons
F - 51100 Reims
Adresse email: nrlanciens@gmail.com

N.B. Vous pourrez, dans quelques jours, découvrir ici un long entretien avec Jean-Paul Fontaine qui s'expliquera sur la création, le contenu et l'esprit de La Nouvelle Revue des Livres Anciens

La bibliophie, cette généreuse société secrète (...)

Le livre (...) ce grain de folie qui renferme tant de grains de sagesse ; et l'inverse.

François Régulus-Deslunes, fins & fond de rayons

EN TROIS LIGNES

Pusiqu'il vaut mieux rire, de peur d'être obligé d'en pleurer - selon le mot aimable de Pierre Carron de Beaumarchais - voici quelques nouvelles en trois lignes du grand félix Fénéon, pour le simple plaisir de faire ATTENTION....

Félix Fénéon par Félix Vallotton

Trop de gens annoncent : "Je vous couperai les oreilles !" Vasson, d'Issy, ne dit mot à Biluet, mais il l'essorilla bel et bien.

Mme Olympe Fraisse conte que, dans le bois de Bordezac (Gard), un faune fit subir de merveilleux outrages à ses 66 ans.

M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges, qui jouait au billard, s'est crevé l'oeil gauche en tombant sur sa queue.

Jugeant sa fille (19 ans) trop peu austère, l'horloger stéphanois Jallat l'a tuée. Il est vrai qu'il lui reste onze autres enfants.

Chez un cabaretier de Versailles, l'ex-ecclésiastique Rouslot trouva dans sa onzième absinthe la crise de delirium qui l'emporta.

En se le grattant avec un revolver à détente trop douce, M. Ed. B... s'est enlevé le bout du nez au commissariat Vivienne.

Un flacon flottait. Mauritz, de Sèvres, se pencha pour le prendre et tomba dans la Seine. Il est maintenant à la morgue.

Avec un couteau à fromage, le banlieusard marseillais Coste a tué sa sœur qui, comme lui épicière, lui faisait concurrence.

Le cadavre du sexagénaire Dorlay se balançait à un arbre, à Arcueil, avec cette pancarte : "Trop vieux pour travailler."

Le médecin chargé d'autopsier Mlle Cuzin, de Marseille, morte mystérieusement, a conclu : suicide par strangulation. (Ce n'est pas très élémentaire mon cher Watson N.D.L.R.)

Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier.

Il n'y a même plus de Dieu pour les ivrognes : Kersilie, de Saint-Germain, qui avait pris la fenêtre pour la porte, est mort.

Le mendiant septuagénaire Verniot, de Clichy, est mort de faim. Sa paillasse recèlait 2000 francs. Mais il ne faut pas généraliser.

Madame Fournier, M. Voisin, M. Septeuil se sont pendus : neurasthénie, cancer, chômage.

Susceptible comme un mari, Louis Dubé a poignardé dans la rue de Flandres sa maîtresse Florence Prévost.

Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère : le coup porta.

N.B. Les Nouvelles en trois lignes étaient le nom d'une rubrique (les dernières brèves arrivées) publiée dans le journal Le Matin à partir de 1905. Malgré la légende, ou la rumeur littéraire, l'anarchiste Fénéon n'en fût pas l'inventeur. Ils  reprit simplement les nouvelles à son compte, tint anonyment la rubrique en y ajoutant, le "je ne sais quoi" nécessaire d'iconoclastie et d'irrévérence.

A lire :

NOUVELLES EN TROIS LIGNES, de Félix fénéon (Mercure de France), évidemment...

ET SI, À VOTRE TOUR, VOUS ÉCRIVIEZ QUELQUES NOUVELLES EN TROIS LIGNES ???...

D'AVANCE MERCI.

 

 

TROIS HOMMES LE CHIEN ET LE BATEAU...

Ce que vous ne lirez pas dans la nouvelle version de Trois hommes et un bateau, en éditions Garnier-Flammarion.

Mon ouvrage a reçu un accueil des plus enthousiastes auprès du public. Les ventes des éditions anglaises ont dépassé le million et demi d’exemplaires. Il y a quelques années, à Chicago, un homme d’affaires, aujourd’hui retiré, m’assura que je comptais plus de un million de lecteurs, et, bien que la publication ait eu lieu avant la Convention des Droits d’Auteurs et ne m’ait donc rapporté aucun bénéfice matériel, je ne peux que me réjouir de la popularité et de la renommée de mon roman. Je crois avoir été traduit dans la plupart des langues occidentales ainsi que dans plusieurs pays d’Asie. Cela m’a valu des milliers de lettres de jeunes et de moins jeunes, de bien portants et de malades, de gais et de tristes. Adressées de tous les coins de la terre, elles suffiraient à elles seules à me réjouir d’avoir écrit ce livre. J’aurai toujours en mémoire ces feuilles froissées que m’envoya un jeune officier colonial d’Afrique du Sud. Il les avait trouvées dans la musette d’un compagnon mort à Spion Kop, lettre-testament qui témoigne de manière bouleversante de la portée de mon succès. J’ai commis des livres que, personnellement, je tiens pour plus intelligents, plus drôles. C’est néanmoins de l’auteur de Trois Hommes dans un bateau (sans oublier le chien) que le public se souvient.

Certains critiques ont insinué que le livre devait son succès exemplaire à sa vulgarité et à son absence totale d’humour, mais je doute que de tels propos puissent se tenir encore aujourd’hui. Si une œuvre médiocre peut faire illusion un temps, elle ne saurait séduire des générations de lecteurs pendant près d’un demi-siècle. J’en suis venu à penser – allez savoir pourquoi – que je pouvais être fier de mon ouvrage. Pourtant, je me rappelle à peine l’avoir écrit. J’ai seulement le souvenir d’un jeune homme qui baignait alors dans un contentement de soi aussi béat qu’inexplicable. C’était l’été, et Londres est si belle en été ! Par la fenêtre de sa chambre de bonne, ce jeune homme voyait la cité voilée d’une brume dorée. La nuit, les lumières scintillaient à ses pieds, et c’était comme s’il se fut tenu penché sur le trésor d’Aladin. Cette saison-là, je ne quittai pas ma table à écrire ; il me semblait d’ailleurs que ce fût la seule chose à faire.


 

Lorsque je vogue, par un jour brûlant, sur les eaux paresseuses de l’étang, je cesse presque de vivre et commence d’être. Un batelier, étendu sur le pont de sa barque, s’abandonnant au soleil de midi, me semble un aussi bon emblème de l’éternité que le serpent qui tient sa queue dans sa bouche. Je ne suis jamais plus enclin à perdre mon identité. Je me dissous dans la brume ensoleillée.

Henri David Thoreau, Journal, Avril 1839.

ÊTRE OU NE PLUS ÊTRE ?

Ars Moriendi (ou ars bene moriendi)

Littéralement" l'art de bien mourir" sont des livres religieux chrétiens destiné à méditer sur la mort et ainsi se préparer à bien mourir. Ces livres, ornés de gravures sur bois d'excellente facture et très expressives furent le plus souvent éditées aux origines de l'imprimerie. Cependant nous distinguerons les éditions typographiques qui sont pour la plupart des recueils de prières et de méditation, alors que les éditions xylographiques se présentent sous forme d'exhortation faites à un mourant par un démon et par un ange en alternance. Leur diffusion principalement populaire expliquait l'excès d'iconographie, car elle était réservée à un public majoritairement analphabète.

A lire :

Ars Moriendi, Cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, de Miche Onfray, éditions Folle Avoine

MES MÉMOIRES EN DIX MINUTES

par Fédor Vassilievitch Rostoptchine dit le Général Comte Rostopchine

(1763?-1826)

Le général comte Rostopchine avait écrit, dans notre langue : « Toute tête française n'est qu'un moulin à vent, un hôpital, une maison de fous », et encore : « La langue française est la peste morale du genre humain et, comme exprès, on cherche à l'introduire partout. » C'est pourquoi sans doute, en 1816, cet homme paradoxal, lorsqu'il sentit que l'immense service rendu à son pays par l'incendie volontaire de Moscou allait lui valoir une ingratitude dangereuse, alla se réfugier en France. Il y fut la coqueluche des salons, il y maria sa fille au comte de Ségur, puis au bout de sept ans rentra « finir ses jours où il les avait commencés ». Là, à Moscou, un soir, la princesse Bobrinska s'étonna et regretta qu'il n'eût pas écrit ses mémoires. Le général déclara ne pouvoir résister à cette invite, qu'il se mettrait sans plus tarder à cette besogne, qu'au surplus c'était l'affaire d'une journée (1823 ?). On se récria. Mais le lendemain, le comte Rostopchine, fidèle à sa parole, lut à la société ses « Mémoires en dix minutes ». Ce dernier écrit, en français bien entendu, d'un homme qui n'était pas inconnu des milieux littéraires, obtint un vif succès. Mais il a été trop rarement publié pour n'être pas injustement oublié aujourd'hui.

  • CHAPITRE I – MA NAISSANCE

En 1765, je sortis des ténèbres pour apparaître au grand jour. On me mesura, on me pesa, on me baptisa. Je naquis sans savoir pourquoi et mes parents remercièrent le Ciel sans savoir de quoi.

  • CHAPITRE II – MON ÉDUCATION

On m'apprit toutes sortes de choses et toutes espèces de langues. A force d'être impudent et charlatan je passai quelquefois pour un savant. Ma tête est devenue une bibliothèque dépareillée, dont j'ai gardé la clef.

  • CHAPITRE III – MES SOUFFRANCES

Je fus tourmenté par les maîtres, par les tailleurs qui me faisaient des habits étroits, par les femmes, par l'ambition, par l'amour-propre, par les regrets inutiles, par les souverains et par les souvenirs.

  • CHAPITRE IV – PRIVATIONS

J'ai été privé de trois grandes jouissances de l'espèce humaine : du vol, de la gourmandise et de l'orgueil.

  • CHAPITRE V – ÉPOQUES MÉMORABLES

A trente ans j'ai renoncé à la danse, à quarante à plaire au beau sexe, à soixante à penser et je suis devenu un vrai sage ou égoïste, ce qui est synonyme.

  • CHAPITRE VI – PORTRAIT AU MORAL

Je fus entêté comme une mule, capricieux comme une coquette, gai comme un enfant, paresseux comme une marmotte, actif comme Bonaparte, et le tout à volonté.

  • CHAPITRE VII – RÉSOLUTION IMPORTANTE

N'ayant pu jamais me rendre maître de ma physionomie, je lâchai la bride à ma langue et je contractai la mauvaise habitude de penser tout haut. Cela me procura quelques jouissances et beaucoup d'ennemis.

  • CHAPITRE VIII – CE QUE JE FUS ET CE QUE J'AURAIS PU ÊTRE

J'ai été très sensible à l'amitié, à la confiance, et si j'étais né pendant l'âge d'or, j'aurais été peut-être un bonhomme tout à fait.

  • CHAPITRE IX – PRINCIPES RESPECTABLES

Je n'ai jamais été impliqué dans aucun mariage ni aucun commérage ; je n'ai jamais recommandé ni cuisinier, ni médecin, par conséquent je n'ai attenté à la vie de personne.

  • CHAPITRE X – MES GOUTS

J'ai aimé une petite société, une promenade dans les bois. J'avais une vénération involontaire pour le soleil, et son coucher m'attristait souvent. En couleur c'était le bleu ; en manger le boeuf au naturel ; en boisson, l'eau fraîche ; en spectacle, la comédie et la farce ; en hommes et en femmes, la physionomie ouverte et expressive. Les bossus des deux sexes avaient pour moi un charme que je n'ai jamais pu définir.

  • CHAPITRE XI– MES AVERSIONS

J'avais de l'éloignement pour les sots et pour les faquins, pour les femmes intrigantes qui jouent la vertu ; un dégoût pour l'affectation de la piété, pour les hommes teints et les femmes fardées ; de l'aversion pour les rats, les liqueurs, la métaphysique et la rhubarbe ; de l'effroi pour la justice et les bêtes enragées.

  • CHAPITRE XII – ANALYSE DE MA VIE

J'attends la mort sans crainte, comme sans impatience. Ma vie a été un mauvais mélodrame à grand spectacle, dans lequel j'ai joué les héros, les tyrans, les amoureux, les pères nobles, mais jamais les valets.

  • CHAPITRE XIII – RÉCOMPENSES DU CIEL

Mon grand bonheur est d'être indépendant des trois individus qui régissent l'Europe. Comme je suis assez riche, le dos tourné aux affaires et assez indifférent à la musique, je n'ai par conséquent rien à démêler avec Rothschild, Metternich et Rossini.

  • CHAPITRE XIV– MON ÉPITAPHE

ICI ON A POSÉ

POUR SE REPOSER,

AVEC UNE AME BLASÉE,

UN CŒUR ÉPUISÉ

ET UN CORPS USÉ,

UN VIEUX DIABLE TRÉPASSÉ ;

MESDAMES ET MESSIEURS,

PASSEZ!

  • CHAPITRE XV – ÉPITRE DÉDICATOIRE AU PUBLIC

Chien de Public ! organe discordant des passions ! toi qui élèves au ciel et qui plonges dans la boue, qui prônes et calomnies sans savoir pourquoi ; image du tocsin, écho de toi-même ; tyran absurde échappé des petites-maisons ; extrait des venins les plus subtils et des parfums les plus suaves ; représentant du diable auprès de l'espèce humaine ; furie masquée en charité chrétienne ; Public ! que j'ai craint dans ma jeunesse, respecté dans l'âge mûr et méprisé dans ma vieillesse, c'est à toi que je dédie ces mémoires, gentil Public ! Enfin je suis hors de ton atteinte, car je suis mort, et par conséquent sourd, aveugle et muet. Puisses-tu jouir de ces avantages pour ton repos et pour celui du genre humain.

source Miscellanees.

EX-LIBRIS

Henri Liebrecht

(Conférence faite à la Maison du Livre - 1910)

UN artiste contemporain terminait un jour une planche d'ex-libris, quand on lui posa cette question assez naturelle : « Qu'est-ce qu'un ex-libris ? » et en marge même du dessin qu'il achevait l'artiste écrivit : « Un ex-libris est une chose folle ! »

QUELQUES LIVRES VU PAR...

(...) Hubertus Gojowczyk

(...) Ou Thomas Allen

LEWIS AU PAYS DE CAROLL

par Éric Poindron

J’ouvre les livres pour apprendre, je les referme pour vivre. André Suarès.

Derrière la vérité, il existe une autre vérité ; laquelle est la vérité ? John B. Frogg

Si la Bibliophile n’est pas une science exacte, la Biblionomadie (*) est un état d’esprit improbable qui permet de suivre les petits cailloux blancs, comme s’il s’agissait d’Unica ou de livres rares. Et parce que la curiosité n’est jamais un vilain défaut, il est essentiel de s’aventurer dans les derniers rayons où il arrive souvent que l’on n’arrive jamais.

Le bon docteur Christian S, membre du Cénacle troglodyte (1), qui me garde avec conscience les magazines de médecine m'a apporté la semaine passé une revue ancienne – lu et relu, mais peu froissé -, contenant un article qui, disait-il, pouvait m'intéresser...

Il s’agissait, pour faire court avant de faire bien plus long, de L'histoire d'Alice au pays des psyschomanitous plutôt qu'à celui des merveilles. Le bon docteur connaissait mes goûts et mes propres pathologies, ma collectionnite forcenée et mes interrogations sur les syndromes suspects, méconnus ou, mieux, étranges ...

Et si Alice n'était que le fruit imaginé d'un créateur, fantasque certes, mais avant tout migraineux et atteint, peut-être, d'une perception modifiée de la réalité ?

Perception modifiée de la réalité... L’idée m’interpellait. Je m’étais déjà intéressé à la bipolarité de l’adulte et à celle d’un certain Docteur Jekyll, à la dysharmonie de l'enfant et au syndrome de Peter Pan qui affectent tous les apprentis héros qui ne souhaitent pas grandir…

Tous ces miroirs sans tain, qui reflétaient si mal ou si différemment, m'intéressaient au point de m’y observer puis de m’y aventurer.

  • De l’autre côté du Miroir déformant.

Après quelques recherches et consultation auprès des disciples d’Esculape, je découvris qu’un un certain John Todd, psychiatre de son état, avait énoncé ou défini, en 1955, le "syndrome d'Alice au pays des merveilles", à savoir, un ensemble de symptômes neurologiques désignés par les termes macrosomatognosie et microsomatognosie - ou plus simplement macropsies et micropsies - à savoir encore, des distorsions visuelles de la taille des objets (2).

« La microsomatognosie peut ainsi entraîner des hallucinations qui donnent à une tête réelle la taille d’une tête d'épingle. La macrosomatognosie, au contraire, peut donner la sensation que les membres s’allongent de façon inconsidérés et considérables. Les illusions semblent si certaines que les patients confondent le réel avec un miroir déformant et peuvent aller jusqu’à se peser afin de vérifier leur poids. », m’assura le bon docteur S.

Pourtant, la thèse était plutôt controversée. Non par les médecins mais plutôt par les biographes puisque Charles Dodgdson - le véritable nom de Lewis Carroll - soi-même ne l'avait , à priori, jamais évoqué. On peut toutefois objecter qu’un écrivain, grand ou moins, n’est pas obligé de confier à ses carnets intimes ses maux de tête à répétition…

Et là, nous en conviendrons ensemble, ceci peut expliquer cela... Le syndrome d’Alice nous concerne tous, à commencer bien sûr par les individus fascinés à la vue d'une miniature ou d'une maison de poupée. Invitons aussi les amateurs de bonzaïs, de bibliothèques géantes, de trompe-l’œil bien léchés, de maquettes anciennes ; et les lecteurs des Voyages de Gulliver à Liliput ou à Brobdingnag.

Le Voyage au Brobdingnag, second voyage de Gulliver, où les femmes sont de moeurs légères...

« Le conte médical est démarré et les jeux neurologiques sont ouverts... Les spécialistes y jouent, du reste avec constance. Apportez-nous le cerveau du bonhomme afin que l'on tire des distances imaginaires... » En écrivant ces quelques mots, je ne savais pas si bien écrire et je ne savais pas encore si bien croire…

Comme à défaut de formol et de vivisection, il est toujours possible - et utile - d'ouvrir de nouveau les ouvrages anciens. Les lecteurs sérieux, les curieux et les neurologues cultivés trouveront matière à en recoudre. C’est ce que je fis.

Nos personnages – enfin, ceux de Mr Carroll – ressemblaient à des freaks sortis d’un cabinet de curiosités médicales grandeur nature.

Humpdy Dumpty, mon favori, chauve et malicieux, à l’allure ovoïde et à la pédanterie certaine, avait décrété que les mots ont le sens qu’il leur donne (3 & 4) et, atteint sans doute de prosopagnosie, ne pouvait se souvenir des visages.

Mad Hatter - qui tient son nom de l’expression anglaise Mad a hatter, ainsi traduit fou comme un chapelier (5) – , pour qui le temps n’a plus cours ni plus sens puisqu’il consiste en un éternel tea time, me fit perdre mon temps ; je passai de longue heure à l ‘écouter, à l’étudier au lieu de poursuivre mon enquête….

Je ne fis pas attention aux cartes car, en dehors du jeu d’échecs qui m’obsède, je suis un bon joueur et chacun sait que pour gagner il faut en être un mauvais…

Alice m’occupa une longue partie de la nuit et je m’endormis avec son révérend et mathématicien de créateur.

Le lendemain, j’envoyai un véritable pigeon voyageur aux bons soins de Michel M. (6), qui me fit indiquer en retour la personne aimable susceptible d’éclairer mes lanternes. Miss Holly Golightly, près Inverness - Scotland. Michel M. l’avait prévenu et un rendez-vous londonien était pris.

  • À l’hôtel du chapelier fou.

Le pub de l’hôtel Mad hatter au cœur de Londres n’était pas encore bondé lorsque ma correspondante arriva. C’était une jeune femme enjouée, à l’érudition sans faille qui multipliait ses passions comme ses identités (7). Elle avait quelques révélations à me faire et possédait une pièce rare, à savoir un document dessiné de toute première importance. Il s’agissait, croyait-elle, d’une espèce de « demi autoportrait » de Lewis Carroll. Il manquait une partie d’un visage et la main gauche (8). Dessous il était écrit : "scotome migraineux, 1862."

Elle croyait que Lewis Carroll avait pu souffrir migraine d’origine ophtalmique et exhiba pour preuve une lettre traduite pas ses soins.

« Ce matin, j’ai eu pour la seconde fois d’étrange vision et d’horribles maux de tête ». Seulement la lettre était datée de 1885 l’histoire d’Alice était écrite depuis déjà vingt ans. Elle m’apprit aussi que Carroll faisait mention dans son journal d’un rendez-vous chez un ophtalmologiste en vue afin qu’il l’aide à faire cesser ses visions étranges qui confinaient presque à l’hallucination.

Elle évoqua enfin des possibilités d’endormissement partielles et des expériences incontrôlables de rêve éveillé (voir note 2). À défaut de bailler, je me mis à sourire… Qui en effet, n’a jamais senti sa tête enfler, devenir lourde et se mettre à piquer du nez au théâtre ou dans une salle des ventes, par exemple (9).

  • L’Étrange cas du Révérend Dodgson

Avant de regagner Paris et de faire un détour obligé par la libraire Shakespeare and & Co, je m’offris le luxe de dormir à l’hôtel Sherlock Holmes. J’avais pris froid à la sortie du pub et ma nuit ne fut qu’un mélange de fièvre et de rêves complexes.

Je ressemblai à Robert Louis Stevenson, l’enfant malingre qui frissonnait à la nuit tombée dans la sinistre maison d’Herriot Row, Edinburgh. Dans mon sommeil, j’essayai en vain d’attraper des livres dont les pages se déchiraient, des pièces d ‘échecs savonneuses et une boussole qui refusait le Nord et indiquait… Le Wonderland.

Au matin, avant de prendre la route en direction de Douvres, j’écrivis sur mon carnet :

« Des maux aux mots, il n’y avait peut-être qu’un saut de puce ou un miroir à traverser. En conséquence, nous sommes peut-être tous atteint du syndrome de (…) et capable alors d'écrire le même chef d'oeuvre, et sa suite... »

Alors à défaut de vous obliger cher lecteurs, et paraphrasant mon ami Flaubert qui écrivait a l’intention de qui vous savez, je reposai ma plume sur c’est derniers mots :

« Alice au pays de Merveilles, c’est peut-être moi ! »

  • Épilogue

Quelques semaines plus semaines, je reçus une lettre de Holly Golightly qui m’indiquait que l’on avait retrouvé à la mort de Lewis Carroll, quantité d’ouvrages médicaux dans la bibliothèque de celui-ci. Un court traité sur les migraines du célèbre ornithologue et médecin John Latham était soigneusement rangé à côté de L’Étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde, de Robert Louis Stevenson, l’auteur favori de Caroll lorsqu’il était enfant.

Les jours passèrent encore et le bon docteur S. se fit un malin plaisir de m’offrir un énorme lapin marron que j’offris, à mon tour, à ma fille.

Durant les absences de celle-ci, l’étrange animal trônait sur le bureau et, bien que pourtant muet comme une carpe, semblait vouloir me chuchoter quelques mots chaque fois que je prenais le stylo. Un matin où les mots me manquaient, je « croquai » le lapin à défaut de lui « étirer les oreilles » comme si j’étais moi-même un dessinateur atteint de distorsion visuelle. Sous l’étrange croquis, je repris quelques mots que Lewis Caroll avait un jour adressés à une amie chère : « Ne vous sentez pas obligée de croire tout ce qu'on vous raconte... Si vous vous forcez à tout croire... vous serez incapable d'admettre les vérités les plus simples. »

NOTES

  • La citation de John B. Frogg est extraite de Funestes Spicilèges (éditions M.Hesselius)

(*)Biblionomadie – Itinérance à travers les livres, in Bibliolexique, à l'usage de l'amateur de livres, de Jean-Paul Fontaine (Éd de Cendres).

(1) - Voir, Le Magazine du Bibliophile N°71, mars 2008, Le Cénacle Troglodyte, une société Bibliophilique et secrète.

(2) - Le docteur Todd émet ainsi que ces symptômes se manifestent à la suite de divers trouble cliniques... La migraine - nous l'avons déjà dit - les lésions cérébrales, les troubles de l'humeur, les psychoses, les maladies inflammatoires et sans, doute, d'autres symptômes que nous avons oubliés... La revue Cerveau & psycho pencherait quant à elle pour la thèse du "rêve éveillée", ces troubles du schéma corporel que l'on peut observer à l'instant de l'endormissement et sa conséquence : le rêve. Alors Lewis Carroll - écrivain, certes - fut-il un rêveur ? Comme nous tous ! Eveillé ? comme bon nombre !...

(3) - « Quand j’utilise j'utilise un mot, annonça Humpty Dumpty non sans gravité, il doit signifier précisément ce que j'ai décidé. C’est ainsi. » Traduction F de l’O.

(4) - Les bibliophiles ayant l’âme d’un détective, londonien ou non, essayeront de se procurer Humpty Dumpty’s memories, by John B. Frogg (Tweedledum & Tweedledee. Limited édition, 1898).

(5) - L’expression « fou comme un chapelier » viendrait de l’utilisation – naguère - du mercure dans la fabrication des chapeaux si chers à nos gentlemen anglais qui fréquentaient Loch & Co Hatters à Saint James Street.

Je ne peux m’empêcher ici d’évoquer le saturnisme qui touchait les protes et les ouvriers typographes en contact plus que de raison avec le plomb. Ce qui fit dire un jour à un médecin bien ou mal intentionné : « ce n’est le plomb qui tue le typo, c’est le zinc !... »

(6) - Michel M., est l’auteur d’une Histoire naturelle des dragons (Éd terre de Brumes). Ses activités et ses enquêtes sur les monstres lacustres le mènent à connaître de nombreux enquêteurs – et enquêtrices – de langue anglaise.

(7) - Sous une Identité française, Miss Holly Golightly est aussi la traductrice du Roman de Sir James Matthew Barrie, Le Petit oiseau blanc (Éd. Terre de brume)

Photo de Kevin Irby

Les lecteurs à l’humeur victorienne pourront aussi découvrir, avec la bienveillance de Miss Holly Golightly, trois sites et blogs littéraires – ou JIACO, Journal Intime à Ciel Ouvert - de grand intérêt. Le premier est consacré à Lewis Carroll et les autres à Sir James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan, ou le Petit Garçon qui ne voulait pas grandir.

(8) - N’oublions pas que Lewis Carroll était gaucher.

(9) - J’ai ainsi manqué de très beaux lots dont l’un contenait une photo de Gaston Leroux masqué, mimant Erik, Le fantôme de l’opéra. Jamais un coup de dés – ni de sommeil - n’abolira le hasard.

ILLUSTRATIONS

La photographie d'ouverture est de Tom Chambers

L'illustration en couleur de Humpty-Dumpty est de Scott Gustafson

Les photographies-collages, en noir et blanc, sont l'oeuvre de Abelardo Morelli.

BIBLIOPHILIE

NODIER, UN AMATEUR « BIEN NOMMÉ »

Par Éric Poindron

Même si la collection s’intitule « les inattendus », L’Amateur de livre de Charles Nodier est une édition - agrémenté de textes rares et dispersées - de toute première importance que chacun aura plaisir à glisser de nouveau dans sa bibliothèque auprès des éditions plus anciennes.

Charles Nodier, qui fut tout à la fois conservateur de l'Arsenal, polygraphe, spécialiste des sociétés secrètes, ’ami de Nerval, de Hugo et protecteur de la génération romantique, déclare ici l’affection et l’obsession qu’il porte à la bel ouvrage imprimé :

"L’amateur est un type qu'il est important de saisir , car tout présage qu'il va bientôt s'effacer. Le livre imprimé n'existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s'accumule déjà sans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe (...) A considérer l'amateur de livre comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile".

Au fil des pages, c’est un Bibliomane qui lève le voile sur d’autres bibliomane, auteurs bizarres ou inclassables de manière étonnantes et drôles. L’objet élégant, à la typographie soigné, rend hommages à tous ceux qui sont ivres de livres et de lecture. ON 'AURA COMPRIS, CELUI-LÀ N'AURAIT JAMAIS FAIT DE MAL À UN LIVRE

L’Amateur de livres, précédé du Bibliomane, de bibliographie des fous et De la monnomanie réflective, de Charles Nodier. Edition présenté par Jean-luc Steinmetz (éditions Le Castor astral, collection « les inattendus »)

(Le castor Astral, collection "Les Inatendus")

Présentation de l'éditeur

CHARLES NODIER ne fut pas seulement le merveilleux conteur fantastique que nous connaissons. Il aima aussi jusqu'à l'obsession les vieux bouquins et les éditions rarissimes. Au-delà de textes aussi savoureux que l'Amateur de livres et le Bibliomane, cette douce folie, qualifiée par lui-même de " monomanie ", lui permit de rencontrer au fil des pages plusieurs auteurs bizarres dont il s'est plu à nous révéler l'existence dans sa Bibliographie des fous. Ces textes étonnants et fort drôles, jusqu'alors dispersés dans des publications éphémères, se devaient d'être regroupés à l'attention de tous les fous de livres et de lecture. De l'elzévir comme objet de volupté ! De la lecture comme acte érotique !

Bibliothécaire à l'Arsenal à partir de 1823, Charles Nodier (1780-1844) réunit chaque semaine dans son salon les principaux écrivains de son temps, pour faire de ce lieu le point de ralliement du romantisme. Grâce à lui, le rêve - et même le cauchemar - marquèrent leur entrée dans la littérature. Nerval et, plus tard, certains surréalistes lui seront fortement redevables.

BABEL OU L’ESPRIT DE BORGES

Par Éric Poindron

C’est une belle et heureuse rencontre que celle des éditions mythiques FMR et de la jeune – et talentueuse - maison du Panama. La collection légendaire et introuvable de contes fantastiques dirigés par Jorge Luis Borges est enfin rééditée. Quelques titres rares - Six à ce jour -, des chefs d’œuvre qui construisirent la littérature et l’univers borgésien, ont déjà garni les bibliothèques les plus raffinées et enchanté les lecteurs les plus exigeants : Viliers de l’Isle Adam et Le convive de la dernière fête, Gustav Meyrink et Le Cardinal de Napellus, Les Amis des amis de Henry James, La Pyramide feu de Arthur Machen. Et pour le plaisir des lecteurs, la liste est incomplète. Nous attendons avec impatience Chesterton ou Le Diable amoureux de Jacques Cazotte. Si le font est essentiel, « l’objet livre » est un véritable écrin : les couvertures aux illustrations baroques, ou quelquefois surréalistes, sont des merveilles du genre et le papier de qualité tente de retrouver le grain d’antan. Borges le savait et nous le rappel, la littérature fantastique est peut-être encore un peu plus que la vie. Alors suivons le dans les labyrinthes qui firent ces enchantement. Avec un tel guide, il est certain que l’esprit du maître érudit de Buenos aires souffle et soufflera longtemps sur ce rayon-là….

La Bibliothèque de Babel, Co-édtions FMR – Panama

Pour retrouver toute la collection et les titres à paraître, renseignements : FMR ou ÉDITIONS DU PANAMA

LE VOYAGE À REIMS qui nous intéresse n’est pas le titre de l’opéra enchanteur de Rossini mais les quelques jours studieux que Frédérik Reitz, rédacteur en chef infatigable du magazine du bibliophile et pérégrin livresque, a passé à Reims, voilà quelques semaines, dans le cadre d’une rencontre avec quelques lettrés et amis de la revue. Après une courte visite de la ville des sacres - qui enchanta avant lui Victor Hugo, Charles Nodier ou Mérimée - , Frédérik Reitz mit ses pas dans ceux de Paul de Fort ou du comte Louis de Chevigné, l’auteur des délicieux Contes rémois (voir Magazine du Bibliophile n°67). Au gré de la promenade, il rencontra quelques acteurs économiques de la vie du livre ancien : Le Bouquiniste du passage Talleyrand qui fêtera l’an prochain son premier siècle et la belle enseigne dite Bibliothème tenue de main d’expert et de savant par François Goulet (voir Magazine du Bibliophile n°67).

Aux éditions du Coq à l’Âne, une maison musée au cœur de Reims, quelques amis s’étaient retrouvés pour accueillir le journaliste parisien : Jean-Paul Fontaine, bibliophile, historien du livre, auteur de le Livre des livres (Hatier) et animateur du Bibliophile Rémois, Jean-Paul Machetel, auteur de Talleyrand chez nous, un quatuor à Reims (éditions du Coq à l’Âne), Jean-François Cornu, spécialiste des fous littéraires, des almanachs, des ouvrages dit de Bibliothèque Bleue, Christophe Henrion, président des amis de la bibliothèque et Eric Poindron, critique, écrivain et éditeur – qui tient désormais la rubrique Biblionomadie. La littérature et la bibliophilie firent l’objet des plus précieuses attentions. On évoqua la revue et son devenir, les améliorations, les nouvelles rubriques et les surprises à venir. Si ce ne fut pas la bataille d’Hernani, ce fut au moins, et bel et bien, l’esprit d’un club qui était en train de naître et l’ensemble fut scellé autour d’un beau flacon de champagne. Oui, à y lire de plus près, le bibliophile n’est pas un homme du passé, il sait aussi, à l’image de notre revue, regarder vers l’avenir…

JEAN DE LA FONTAINE INTROUVABLE

Vendredi 29 février, déjeuner bisextile avec Mathieu Bourgois, le photographe ami, venu de Paris pour faire quelques clichés de la Bibliothèque Carnegie. Puis déjeûner de garçon avec le Docteur Fontaine et Maitre Jean-François Cornu, le spécialiste des livres et des arbres tordus. Jean-Maul Machete, comparse de Talleyrand, nous retrouve au café. Durant le déjeuner, Jean-Paul fontaine nous fontaine du texte qu'il vient d'écrire sur le Blog du Bibliophile. Passionante recherche au sujet d'un merle blanc. Non notre ami Fontaine n'est pas ornithologue, il est bibliophile ; ce qui est pire. "Le "merle blanc" est un ouvrage qui existe mais que les bibliophiles n'on jamais vu. Ils peuvent le rechercher jusqu'à l'obssession. Qu'on en juge...

LE MERLE BLANC (1) ET LE BIBLIOPHILE

Par Le Docteur Jean-paul Fontaine

"Le 30 octobre 1653, en l'église Saint-Crépin de Château-Thierry, eut lieu le baptème de Charles, fils qui restera unique de Jean de La Fontaine et de Marie Héricart. François Maucroix, chanoine de Reims, fut son parrain.

De l'année suivante date le privilège de la première impression lafontainienne parvenue jusqu'à nous : L'Eunuque, traduction plutôt médiocre de la comédie de Térence, fut éditée à Paris par Augustin Courbé, libraire au Palais, en la petite salle appelée aussi galerie des merciers, à l'enseigne de la Palme. L'achevé d'imprimer est du 17 août 1654. Il s'agit d'un in-4° de 4 feuillets et 152 pages, les trois dernières non chiffrées. Des en-têtes, des initiales et des ornements typographiques marquent les actes et les scènes.

Le bibliographe Jean-Albert Fabricius, dans sa Bibliotheca latina, ne cite que cette édition parisienne.

Mais Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris et contemporain de Jean de La Fontaine, est formel : la première édition est de Reims, la même année et dans le même format. C'est ce qu'il écrit vers 1725 dans son Histoire de la vie et des ouvrages de M. de La Fontaine, éditée seulement en 1811 par Renouard (Paris, in-12, vi-132 p.).

Il paraît en effet étonnant qu'un jeune auteur champenois puisse être édité d'emblée par un des tout premiers libraires parisiens de l'époque, éditeur de Ménage, Chapelain, Scudéry, Voiture, Corneille, ... On sait d'ailleurs que l'ouvrage n'eut pas de succès.

L'édition de Reims précéda donc celle de Paris, la même année. En 1654, l'impression a pu être réalisée à Reims par la veuve de François Bernard, active de 1650 à 1660, ou par Jean Multeau, actif de 1652 à 1693, ou plus certainement par Augustin Pottier, actif de 1650 à 1659. Mais aucun exemplaire n'est connu!

Depuis maintenant plus de 25 ans, je le traque, cet exemplaire! Qui de nous n'est pas prisonnier de cette espèce d'obsession?!

Si vous le trouvez, n'oubliez pas de me le faire savoir!"

"Merle blanc noir d'encre", de la Montagne de Reims, où Jean de la Fontaine et le Chanoine Maucroix aimaient à courir les gueuzes et les caves. Serait-ce l'encre qui servit à écrire à L'Ennuque, et dans laquelle l'oiseau a trempé ses plumes...

Un commentaire de Jean-paul Fontaine.

On ne sait pas grand chose sur la jeunesse de La Fontaine.

Ecole primaire et collège à Château-Thierry, où il fait la connaissance de Maucroix, l'ami d'une vie. Entrée en seconde à Paris en 1635, où il fait la connaissance de Furetière.

Il enterre sa vie de garçon à Reims, avec Maucroix, en caressant une fille de petite vertu nommée "Mimi"...

Se marie en 1647 : il a 26 ans.

Très curieusement d'ailleurs, on ne parle pratiquement jamais de La Fontaine à Reims.. aAors qu'on nous bassine les oreilles avec Roger Caillois !

L'hypothèse d'une co-édition avec Courbé tient la route...Mais n'a pas existé (voir ma Bibliographie des impressions rémoises du XVIIe siècle chez Koerner, tome XXVII, 2005)

A découvrir aux éditions des cendres, l'opuscule épatant Bibliolexique, de Jean-Paul Fontaine.

« Ce Bibliolexique rassemble cent quatre-vingt-un mots relatifs au domaine du Livre, dont le préfixe est biblio- (gr. biblion, livre), à l'exclusion du mot bible et de ses dérivés. Estimant que nombre d'entre eux étaient désuets, inusités ou bizarres, les lexicographes n'ont offert qu'un nombre restreint de ces mots aux dictionnaires... »

Bibliana / bibliarchie / bibliatélie / biblio-autographomanie / bibliobrève / bibliobus / bibliocamelote / bibliocapèle / bibliocar / biblio-chose / biblio-chrome / bibliochryse / bibliocide / biblioclasme / biblioclastie / biblioclub / bibliocombine / bibliocycle / biblioexploitation / bibliofolie / bibliogenèse / bibliographie / bibliognosie / bibliogonie / bibliograffiti / bibliographe / bibliographicitation / bibliographie / biblioguide / bibliogynie / biblioholisme / biblio-holocauste / bibliojurisprudence / biblioklepte / bibliolathe / bibliolâtre / bibliolétie / bibliolexique / bibliologie / bibliolyte / bibliomancie / bibliomane / bibliomante, etc.

Photographie de Abelardo Morell

UNE SOCIÉTÉ BIBLIOPHILIQUE & SECRÈTE

FANTAISIES BIBLIOPHILIQUES, MISCELLANÉES LITTÉRAIRES, DISGRESSIONS LIVRESQUES & PROPOPOS COQALANESQUES.

Par Éric Poindron

Je me presse de faire le contraire de ce que vous faites dans l’existence. Diogène.

Qui lit trop devient fou. Un vieux sage.

Amis curieux, le mois passé, nous nous quittions, biblionomadisant, en évoquant Voltaire (1), sa carcasse dispersé, ses présences improbables et son âme aux allures de lanterne…

Comme vous savez lire et comme vous l’avez lu, l’article était à suivre et la suite de l’aventure à écrire. Aussi, en l’attente des indices qui feront nos choux gras et à défaut d’oublier de cultiver nos jardins, faisons l’impasse sur le philosophe ; laissons l’homme de Ferney, l’Européen pressé - le panthéonisé peut-être - ou le fantôme de Champagne à toutes les conjectures romanesques des plumes à venir, et inaugurons ensemble un nouveau bavardage...

L’affaire entendue, veuillez prendre place et presque palace …

Le Cénacle Troglodyte, une société BIBLIOPHILIQUE et secrète.

Avec quelques amis (2) bibliomaniaques et honnêtes, collectionneurs insolites et iconoclastes, il nous arrive avec une régularité gourmande d’imaginer des repas de garçons où la bibliophilie et la belle chair (e) font sacré mariage.

À l’instar de ces clubs de bonne tenue discrets ou confidentiels - qui font souvent défaut en France et dans nos belles provinces - nous dissertons, ou nous enthousiasmons à la nuit tombée, des sujets les plus variées dès l’instant où Collin de Plancy et les vins de Montesquieu, le bibliophile Jacob ou le sot-l’y-laisse sont sur tables puis évoquées et salués avec l’esprit de toutes les gourmandises. Le bas armagnac coule avec mesure, - le champagne de la Montagne de Reims aussi - et les conversations sont ponctuées par des toasts francs en l’honneur de Tallemant des Réaux, de Faucherand de Montgaillard (3) ou Grimod de la Reynière.

Cette société, de nouveau nommé Le Cénacle Troglodyte, est la résurgence d’une assemblée fondée voilà quelques siècles (4) par plusieurs écrivains célèbres que nous évoquerons au fil du temps.

L'un des premiers membre du Cénacle Troglodyte. Fonds David Collin.

Dans une étude (5) documentée et inédite à ce jour, Elias Tomasov, privat-docent Suisse, résidant à Fribourg, ville de légendes et de mystères, en rappelle la genèse :

« Le Cénacle Troglodyte, société à caractère ésotérique et bienfaitrice (...) était une réunion de fins lettrés, de médiévistes, de traducteurs, d’hommes de Lois et de finances (…) et même de gens d'église, tous fortunés, qui se réunissaient en un endroit secret afin de constituer une bibliothèque définitive... Quand l'un d’entre eux dénichait un ouvrage de qualité, ils se consultaient et payaient ensemble le prix qu'il fallait pour acquérir le précieux texte... Qu'importe l'emballage, ce qui comptait, c'était le texte et ses secrets... »

A l'heure précise, le magicien indique la direction de la bibliothèque du "Cénacle Troglodyte".

Le Cénacle Troglodyte, aujourd’hui.

L’atmosphère des rencontres et des soupers d‘aujourd’hui est moins à la préciosité et au complot. Les membres présents ont toutefois conservé certains usages. En voici un premier. La bibliophilie étant à l’honneur, elle est invitée à la table et, chacun à son tour, doit lui dévouer une anecdotes, comme on le fait dans d’autres cercle des histoires drôles…

« Un bohème, dont l'Histoire des Lettres n'a pas retenu le nom - et le Dieu des poètes sait si ils furent nombreux - réussit un jour, alors qu’il était en grande peine pécuniaire, à fourguer à Monsieur Marot (comme le poète mais sans lien de parenté apparent), un libraire "un peu à vue" de la rue de Seine un livre qu’il tenait en haute estime. L’ouvrage - Les Voyages Adventureux, de Ferdinand Mendez Pinto, Au frais du gouvernement - appartenait de son père, voyageur et amateur émérite.

Heureux de son gain prochain, et après avoir modestement bombé le torse devant son miroir piqué et les quelques vitrines alléchantes qui menait à la boutique du marchand, il s'en va réclamer auprès du propriétaire le dû qui lui revient.

– Je vous paye votre livre quarante-sept francs mon cher, pour vous encourager à m’en apporter d’autres, dit le marchand en tendant à l'artiste famélique un bilet de cinquante francs. Soyez aimable de me rendre la monnaie, soit trois francs, ajout-t-il, méfiant.

- Trois francs !, dit l’artiste, si je les avais mon bienfaiteur, je serais attablé au Café Momus à boire un bock, à regarder les grisettes et les autres jolies passantes... »

De retour au Cénacle, quand le tour de table est terminé et les histoires bien racontées, le repas peut enfin commencer. Les invités bavardent ou se concertent, c’est selon ; puis à l’instant de la poire, l’un ou plusieurs, se lève et propose une acquisition. Ce soir-là – j’étais témoin et invité - ce fut le Jodelet duelliste de Paul Scarron.

J’imagine déjà les lecteurs suspicieux et jaloux qui songent à l’édition de Toussaint Quinet de 1652 avec une reliure rare… Aussi je les arrête dans leur jalousie et leur suspicion.

Les membres du cénacle sont peut-être un peu fol, mais pas assez riches – le vilain mot – pour Jodelet, enfin celui-là… Toutefois l’objet plus modeste et plus récent avait de l’allure. C’était un in-8 impeccable avec l’ex-libris ouvragé d’un collectionneur réputé de la fin du XIX e siècle. Le livre pouvait se discuter auprès du marchand et les amis en firent l’acquisition à main levée.

Avant de se quitter – l’aube était presque sortie d’un nuage – les curieux excentriques se quittèrent en buvant, comme c’était l’usage, un verre d’eau de vie de licorne, flacon gigantesque et précieux, soufflé par des disciples de Mazollay, le maître verrier Vénitien, et refermant un rostre (5) non daté mais prétendu authentique …

A suivre, bien lu et bien entendu…

Le petit diable de bronze qui garde l'entrée de "l'Enfer de l'enfer".

NOTES

Note 1 – Voltaire es-tu là ?, par Éric Poindron, (in Biblionomadie, La revue dess ressources)

Note 2 – Quelques membres du nouveau Cénacle.

David Collin de P. est spécialiste des mystification littéraire. À bien y observer, il est peut-être une mystification à lui seul.

Jack C. collectionne, quant à lui, les secrets des templiers et en sait beaucoup sur les mystères des lacs de la forêt d’Orient.

Bruno F., est collectionneur d’utopies, de royaumes improbables et de personnages incongrus,

Jean-Paul F., est cazinophile - ou spécialiste de Cazin -, historien du livre et bibliolexicographe, un science en partie exacte qu’il a plus que contribuer à Christophe H. est gardien de nuit dans une bibliothèque de province. Il en profite pour lire « Les fous littéraires » et les entend parfois rire de tout, à commencer par lui.

Jean-François H. est responsable de la Bibliothèque du docteur Fazeuille…

Erik K., surnommé l’autre fantôme de l’opéra, est détective littéraire et occulte au sein de l’agence Zalewski & associés qu’il a créé. Il enquête actuellement sur le bocal formolé qui contiendrait « le vit de Napoléon » conservé dans une collection privée américaine.

Johan-Franz K. fut homme de loi. Il demeure spécialiste – entre autres – de la bibliothèque Bleue et des ouvrages de colportage. À l’instar de Maurice Garçon, il fut aussi l’avocat des causes littéraires perdues qu’il gagna bien souvent.

Gilles L. en sait plus sur Titivillus – le démon des moines copistes, qu’il ne veut bien en dire.

Jean-Paul M. a eu plusieurs vies durant lesquelles il fréquenta – sans doute - Talleyrand, Le maréchal Ney, Antoine de Jomini – âme damné de l’Empereur et aide de camp du maréchal, qui possédait des dons d’extra-voyance – et Jean de la Varende. La liste de ses fréquentations est incomplètes puisque on lui prête aussi des accointances troublantes avec Arsène Lupin.

Michel M., érudit polyglotte et cryptozoologue, a traqué Gilles de rais, les dragons suisses et d’ailleurs et les monstres lacustres écossais ou non. Son œuvre est traduite dans plusieurs langues.

Clémentine P.-K. , docteur es tibiatologie, elle connaît les secrets de Nicolas Flamel et l’emplacement précis de – presque – toutes les reliques.

Frédéric R., dit « le cardinal » étudie le jeu d’échecs et crois que les 64 cases sont une transcription de l’histoire des sociétés secrètes.

Christian S., dit « le bon docteur », semble être une réincarnation d’Ambroise Paré. Il collectionne les monstruosités et les livres monstres, les ouvrages morbides et interdits, soit l’Enfer de l’Enfer de la bibliothèque.

N.B. La liste des membres historiques et actuels est évidemment incomplète (Marc B., Fabrice B., Chrisitan C., du Surnatuéum, Musée d’Histoire Surnatuelle, Jehan-Paulus F., Boniface H., Etc.) et sera divulguée en partie, au fur à mesure de sujets, des questions et des thèmes abordés.

Le professeur Norbert K., dit "longue Barbe"

Note 3 - Les Gaillardises du sieur Mont Gaillard, Dauphinois, suivies d'autres poésies du même auteur, de Pierre de Faucherand Mont-Gaillard, publié d'après d’après l’édition originale de 1606, Librairie E. Sansot & Cie Éditeurs, Collection Varia Curiosa, Paris, 1905.

Note 4 - Les dates exacts demeurent toutefois imprécises et divergentes. Certains spécialistes ont évoqué la naissance de l’imprimerie, ce dont nous doutons. Il est plus sérieux de croire qu’elle fut imaginée, à Reims,à l’époque du sacre de Charles X ? Nous reviendrions en détail, dans un prochain article sur la création – les dates, les dates et les personnages – de ladite société.

Note 4 - Le Cénacle Troglodyte ou le mythe de la Bibliothèque de Babel & Le Cénacle Troglodyte de Reims, le rêve de la bibliothèque de Babel, de Élias Thomasov, préface de Devid Collin (éditions du Malin Plaisir, 2003). Où il est question des égarements physiques, historiques et philosophiques de l'auteur, dans les entrailles de Reims, ville des Sacres, à la recherche d'un lac souterrain et d'une bibliothèque hypothétique et supposée légendaire).

Note 5 - L’eau de vie de licorne et le rostre feront l’objet d’une explication et d'un texte à venir à venir.

Enfin, comme nous l’avons soulevé, il s’agit d’une société secrète ou discrète, aussi il est relativement aisé de bavarder avec les membres ou d’assister aux réunions afin d’en apprendre davantage. Pour ce, on peut écrire à l’auteur de l’article à l’adresse suivante : coqalane@wanadoo.fr.

LA BIBLIOTHÈQUE DE BABEL

LA BIBLIOTHÈQUE DE BABEL

Jorge Louis BORGES

By this art you may contemplate the variation of the 23 letters...

The Anatomy of Melancholy, part 2, sect. Il, mem. IV.

L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement. La distribution des galeries est invariable. Vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des étages eux-mêmes, ne dépasse guère la taille d'un bibliothécaire normalement constitué. Chacun des pans libres donne sur un couloir étroit, lequel débouche sur une autre galerie, identique à la première et à toutes. A droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L'un permet de dormir debout ; l'autre de satisfaire les besoins fécaux. A proximité passe l'escalier en colimaçon, qui s'abîme et s'élève à perte de vue. Dans le couloir il y a une glace, qui double fidèlement les apparences. Les hommes en tirent conclusion que la Bibliothèque n'est pas infinie; si elle l'était réellement, à quoi bon cette duplication illusoire ?

Pour ma part, je préfère rêver que ces surfaces polies sont là pour figurer l'infini et pour le promettre...Des sortes de puits sphériques appelés lampes assurent l'éclairage. Au nombre de deux par hexagone et placés transversalement, ces globes émettent une lumière insuffisante, incessante. Comme tous les hommes de la Bibliothèque, j'ai voyagé dans ma jeunesse ; j'ai effectué des pèlerinages à la recherche d'un livre et peut-être du catalogue des catalogues; maintenant que mes yeux sont à peine capables de déchiffrer ce que j’écris, je me prépare à mourir à quelques courtes lieues de l'hexagone où je naquis. Mort, il ne manquera pas de mains pieuses pour me jeter par-dessus la balustrade : mon tombeau sera l'air insondable ; mon corps s'enfoncera longuement, se corrompra, se dissoudra dans le vent engendré par la chute, qui est infinie. Car j'affirme que la bibliothèque est interminable. Pour les idéalistes, les salles hexagonales sont une forme nécessaire de l'espace absolu, ou du moins de notre intuition de l’espace ; ils estiment qu'une salle triangulaire ou pentagonale serait inconcevable. Quant aux mystiques, ils prétendent que l’extase leur révèle une chambre circulaire avec un grand livre également circulaire à dos continu, qui fait le tour complet des murs ; mais leur témoignage est suspect, leurs paroles obscures : ce livre cyclique, c'est Dieu... Qu'il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique : la Bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est inaccessible.

Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères; chaque étagère comprend trente-deux livres, tous de même format ; chaque livre a quatre cent dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caractères noirs. Il y a aussi des lettres sur le dos de chaque livre ; ces lettres n’indiquent ni ne préfigurent ce que diront les pages : incohérence qui, je le sais, a parfois paru mystérieuse. Avant de résumer la solution (dont la découverte, malgré ses tragiques projections, est peut-être le fait capital de l'histoire) je veux rappeler quelques axiomes.

Premier axiome : la Bibliothèque existe ad aeterno. De cette vérité dont le corollaire immédiat est l'éternité future du monde, aucun esprit raisonnable ne peut douter. Il se peut que l'homme, que l'imparfait Bibliothécaire, soit l'œuvre du hasard ou de démiurges malveillants ; l'univers, avec son élégante provision d'étagères, de tomes énigmatiques, d'infatigables escaliers pour le voyageur et de latrines pour le bibliothécaire assis, ne peut être que l'œuvre d'un dieu. Pour mesurer la distance qui sépare le divin de l'humain, il suffit de comparer ces symboles frustes et vacillants que ma faillible main va griffonnant sur la couverture d'un livre, avec les lettres organiques de l'intérieur, ponctuelles, délicates, d'un noir profond, inimitablement symétriques.

Deuxième axiome : le nombre des symboles orthographiques est vingt-cinq. Ce fut cette observation qui permit, il y a quelque trois cents ans, de formuler une théorie générale de la Bibliothèque, et de résoudre de façon satisfaisante le problème que nulle conjecture n'avait pu déchiffrer : la nature informe et chaotique de presque tous les livres. L'un de ceux-ci, que mon père découvrit dans un hexagone du circuit quinze quatre-vingt-quatorze, comprenait les seules lettres M C V perversement répétées de la première ligne à la dernière. Un autre (très consulté dans ma zone) est un pur labyrinthe de lettres, mais à l'avant-dernière page on trouve cette phrase : O temps tes pyramides. Il n'est plus permis de l'ignorer : pour une ligne raisonnable, pour un renseignement exact, il y a des lieues et des lieues de cacophonies insensées, de galimatias et d’incohérences. (Je connais un district barbare où les bibliothécaires répudient comme superstitieuse et vaine l’habitude de chercher aux livres un sens quelconque, et la comparent à celle d'interroger les rêves ou les lignes chaotiques de la main... Ils admettent que les inventeurs de l'écriture ont imité les vingt-cinq symboles naturels, mais ils soutiennent que cette application est occasionnelle et que les livres ne veulent rien dire par eux-mêmes. Cette opinion, nous le verrons, n'est pas absolument fallacieuse.)

Pendant longtemps, on crut que ces livres impénétrables répondaient à des idiomes oubliés ou reculés. Il est vrai que les hommes les plus anciens, les premiers bibliothécaires, se servaient d'une langue toute différente de celle que nous parlons maintenant ; il est vrai que quelques dizaines de milles à droite la langue devient dialectale, et quatre-vingt-dix étages plus haut, incompréhensible. Tout cela, je le répète, est exact, mais quatre cent dix pages d'inaltérables M C V ne pouvaient correspondre à aucune langue, quelque dialectale ou rudimentaire qu'elle fût. D'aucuns insinuèrent que chaque lettre pouvait influer sur la suivante et que la valeur de M C V à la troisième ligne de la page 71 n'était pas celle de ce groupe à telle autre ligne d'une autre page ; mais cette vague proposition ne prospéra point. D'autres envisagèrent qu'il s'agit de cryptographies ; c'est cette hypothèse qui a fini par prévaloir et par être universellement acceptée, bien que dans un sens différent du primitif.

Il y a cinq cents ans, le chef d'un hexagone supérieur (2) mit la main sur un livre aussi confus que les autres, mais qui avait deux pages, ou peu s’en faut, de lignes homogènes et vraisemblablement lisibles. Il montra sa trouvaille à un déchiffreur ambulant, qui lui dit qu'elles étaient rédigées en portugais ; d'autres prétendirent que c'était du yiddish. Moins d'un siècle plus tard, l'idiome exact était établi : il s’agissait d'un dialecte lituanien du guarani, avec des inflexions d'arabe classique. Le contenu fut également déchiffré : c’étaient des notions d'analyse combinatoire, illustrées par des exemples de variables à répétition constante. Ces exemples permirent à un bibliothécaire de génie de découvrir la loi fondamentale de la Bibliothèque. Ce penseur observa que tous les livres, quelque divers qu'ils soient, comportent des éléments égaux : l'espace, le point, la virgule, les vingt-deux lettres de l'alphabet. Il fit également état d'un fait que tous les voyageurs ont confirmé : il n’y a pas, dans la vaste Bibliothèque, deux livres identiques. De ces prémisses incontroversables il déduisit que la Bibliothèque est totale, et que ses étagères consignent toutes les combinaisons possibles des vingt et quelques symboles orthographiques (nombre, quoique très vaste, non infini), c'est-à-dire tout ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues. Tout : l'histoire minutieuse de l'avenir, les autobiographies des archanges, le catalogue fidèle de la Bibliothèque, des milliers et des milliers de catalogues mensongers, la démonstration de la fausseté de ces catalogues, la démonstration de la fausseté du catalogue véritable, l'évangile gnostique de Basilide, le commentaire de cet évangile, le commentaire du commentaire de cet évangile, le fait véridique de ta mort, la traduction de chaque livre en toutes les langues, les interpolations de chaque livre dans tous les livres, Quand on proclama que la Bibliothèque comprenait tous les livres, la première réaction fut un bonheur; extravagant. Tous les hommes se sentirent, maîtres d'un essor intact et secret. Il n’y avait pas de problème personnel ou mondial dont l'éloquente solution n’existât quelque part : dans quelque hexagone. L'univers se trouvait justifié, l’univers avait brusquement conquis les dimensions illimitées de l'espérance. En ce temps-là, il fut beaucoup parlé des Justifications : livres d'apologie et de prophétie qui justifiaient à jamais les actes de chaque homme et réservaient à son avenir de prodigieux secrets. Des milliers d'impatients abandonnèrent le doux hexagone natal et se ruèrent à l'assaut des escaliers, poussés par l’illusoire dessein de trouver leur Justification. Ces pèlerins se disputaient dans les étroits couloirs, proféraient d'obscures malédictions, s'étranglaient entre eux dans les escaliers divins, jetaient au fond des tunnels les livres trompeurs, périssaient précipités par les hommes des régions reculées. D'autres perdirent la raison...

Il n’est pas niable que les Justifications existent (j'en connais moi-même deux qui concernent des personnages futurs, des personnages non imaginaires, peut-être), mais les chercheurs ne s'avisaient pas que la probabilité pour un homme de trouver la sienne, ou même quelque perfide variante de la sienne, approche de zéro.

On espérait aussi, vers la même époque, l'éclaircissement des mystères fondamentaux de l'humanité: l'origine de la Bibliothèque et du Temps. Il n'est pas invraisemblable que ces graves mystères puissent s'expliquer à l'aide des seuls mots humains : si la langue des philosophes ne suffit pas, la multiforme Bibliothèque aura produit la langue inouïe qu'il y faut, avec les vocabulaires et les grammaires de cette langue. Voilà déjà quatre siècles que les hommes, dans cet espoir, fatiguent les hexagones... Il y a des chercheurs officiels, des inquisiteurs. Je les ai vus dans l'exercice de leur fonction : ils arrivent toujours harassés ; ils parlent d'un escalier sans marches qui manqua leur rompre le cou, ils parlent de galeries et de couloirs avec le bibliothécaire ; parfois, ils prennent le livre le plus proche et le parcourent, en quête de mots infâmes. Visiblement, aucun d’eux n'espère rien découvrir.

A l'espoir éperdu succéda, comme il est naturel, une dépression excessive. La certitude que quelque étagère de quelque hexagone enfermait des livres précieux, et que ces livres précieux étaient inaccessibles, sembla presque intolérable. Une secte blasphématoire proposa d’interrompre les recherches et de mêler lettres et symboles jusqu'à ce qu'on parvînt à reconstruire, moyennant une faveur imprévue du hasard, ces livres canoniques. Les autorités se virent obligées à promulguer des ordres sévères. La secte disparut ; mais dans mon enfance j'ai vu de vieux hommes qui longuement se cachaient dans les latrines avec de petits disques de métal au fond d'un cornet prohibé, et qui faiblement singeaient le divin désordre.

D'autres, en revanche, estimèrent que l'essentiel était d’éliminer les œuvres inutiles. Ils envahissaient les hexagones, exhibant des permis quelquefois authentiques, feuilletaient avec ennui un volume et condamnaient des étagères entières : c’est à leur fureur hygiénique, ascétique, que l'on doit la perte insensée de millions de volumes. Leur nom est explicablement exécré, mais ceux qui pleurent sur les " trésors " anéantis par leur frénésie négligent deux faits notoires. En premier lieu, la Bibliothèque est si énorme que toute mutilation d'origine humaine ne saurait être qu'infinitésimale. En second lieu, si chaque exemplaire est unique et irremplaçable, il y a toujours, la Bibliothèque étant totale, plusieurs centaines de milliers de fac-similés presque parfaits qui ne diffèrent du livre correct que par une lettre ou par une virgule. Contre l'opinion générale, je me permets de supposer que les conséquences des déprédations commises par les Purificateurs ont été exagérées par l'horreur qu’avait soulevée leur fanatisme. Ils étaient habités par le délire de conquérir les livres chimériques de l'Hexagone Cramoisi : livres de format réduit, tout-puissants, illustrés et magiques.

Une autre superstition de ces âges est arrivée jusqu'à nous : celle de l’Homme du Livre. Sur quelque étagère de quelque hexagone, raisonnait-on, il doit exister un livre qui est la clef et le résumé parfait de tous les autres : il y a un bibliothécaire qui a pris connaissance de ce livre et qui est semblable à un dieu. Dans la langue de cette zone persistent encore des traces du culte voué à ce lointain fonctionnaire. Beaucoup de pèlerinages s'organisèrent à sa recherche, qui un siècle durant battirent vainement les plus divers horizons. Comment localiser le vénérable et secret hexagone qui l'abritait ? Une méthode rétrograde fut proposée : pour localiser le livre A, on consulterait au préalable le livre B qui indiquerait la place de A ; pour localiser le livre B, on consulterait au préalable le livre C, et ainsi jusqu’à l'infini... C'est en de semblables aventures que j'ai moi-même prodigué mes forces, usé mes ans. Il est certain que dans quelque étagère de l'univers ce livre total doit exister (1) ; je supplie les dieux ignorés qu'un homme – ne fût-ce qu’un seul, il y a des milliers d'années – l'ait eu entre les mains, l'ait lu. Si l'honneur, la sagesse et la joie ne sont pas pour moi, qu'ils soient pour d'autres. Que le ciel existe, même si ma place est l'enfer. Que je sois outragé et anéanti, pourvu qu'en un être, en un instant, Ton énorme Bibliothèque se justifie.

Les impies affirment que le non-sens est la règle dans la Bibliothèque et que les passages raisonnables, ou seulement de la plus humble cohérence, constituent une exception quasi miraculeuse. Ils parlent, je le sais, de " cette fiévreuse Bibliothèque dont les hasardeux volumes courent le risque incessant de se muer en d’autres et qui affirment, nient et confondent tout comme une divinité délirante ". Ces paroles, qui non seulement dénoncent le désordre mais encore l’illustrent, prouvent notoirement un goût détestable et une ignorance sans remède. En effet, la Bibliothèque comporte toutes les structures verbales, toutes les variations que permettent les vingt-cinq symboles orthographiques, mais point un seul non-sens absolu. Rien ne sert d'observer que les meilleurs volumes parmi les nombreux hexagones que j'administre ont pour titre Tonnerre coiffè, La Crampe de plâtre, et Axaxaxas mlÖ. Ces propositions, incohérentes à première vue, sont indubitablement susceptibles d'une justification cryptographique ou allégorique ; pareille justification est verbale, et, ex hypothesi, figure d'avance dans la Bibliothèque. Je ne puis combiner une série quelconque de caractères, par exemple :

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que la divine Bibliothèque n’ait déjà prévue, et qui dans quelqu'une de ses langues secrètes ne renferme une signification terrible. Personne ne peut articuler une syllabe qui ne soit pleine de tendresses et de terreurs, qui ne soit quelque part le nom puissant d'un dieu. Parler, c'est tomber dans la tautologie. Cette inutile et prolixe épître que j'écris existe déjà dans l'un des trente volumes des cinq étagères de l'un des innombrables hexagones – et sa réfutation aussi. (Un nombre n de langages possibles se sert du même vocabulaire ; dans tel ou tel lexique, le symbole Bibliothèque recevra la définition correcte système universel et permanent de galeries hexagonales, mais Bibliothèque signifiera pain ou pyramide, ou toute autre chose, les sept mots de la définition ayant un autre sens.) Toi, qui me lis, es-tu sûr de comprendre ma langue ?

L'écriture méthodique me distrait heureusement de la présente condition des hommes. La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes... Je connais des districts où les jeunes gens se prosternent devant les livres et posent sur leurs pages de barbares baisers, sans être capables d'en déchiffrer une seule lettre. Les épidémies, les discordes hérétiques, les pèlerinages qui dégénèrent inévitablement en brigandage, ont décimé la population. Je crois avoir mentionné les suicides, chaque année plus fréquents. Peut-être suis-je égaré par la vieillesse et la crainte, mais je soupçonne que l'espèce humaine – la seule qui soit – est près de s'éteindre, tandis que la Bibliothèque se perpétuera : éclairée, solitaire, infinie, parfaitement immobile, armée de volumes précieux, inutile, incorruptible, secrète.

Je viens d'écrire infinie. Je n'ai pas intercalé cet adjectif par entraînement rhétorique ; je dis qu’il n’est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c'est postuler qu'en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître – ce qui est inconcevable, absurde. L’imaginer sans limite, c'est oublier que n'est point sans limite le nombre de livres possibles. Antique problème où j'insinue cette solution : la Bibliothèque est illimitée et périodique. S’il y avait un voyageur éternel pour la traverser dans un sens quelconque, les siècles finiraient par lui apprendre que les mêmes volumes se répètent toujours dans le même désordre – qui, répété, deviendrait un ordre : l'Ordre. Ma solitude se console à cet élégant espoir (3).

1941, Mar del Plata.

Traduction Ibarra.

(1). Je le répète : il suffit qu'un livre soit concevable pour qu'il existe. Ce qui est impossible est seul exclu. Par exemple : aucun livre n'est aussi une échelle, bien que sans doute il y ait des livres qui discutent, qui nient et qui démontrent cette possibilité, et d’autres dont la structure a quelque rapport avec celle d'une échelle.

(2). Anciennement, il y avait un homme tous les trois hexagones. Le suicide et les maladies pulmonaires ont détruit cette proportion. Souvenir d'une indicible mélancolie: il m'est arrivé de voyager des nuits et des nuits à travers couloirs et escaliers polis sans rencontrer un seul bibliothécaire.

(3). Letizia Alvarez de Toledo a observé que cette vaste Bibliothèque était inutile : il suffirait en dernier ressort d'un seul volume, de format ordinaire, imprimé en corps neuf ou en corps dix, et comprenant un nombre infini de feuilles infiniment minces. (Cavalieri, au commencement du XVI siècle, voyait dans tout corps solide la superposition d'un nombre infini de plans.) Le maniement de ce soyeux vade-mecum ne serait pas aisé : chaque feuille apponte se dédoublerait en d'autres ; l'inconcevable page centrale n'aurait pas d'envers.

Le manuscrit original du présent texte ne contient ni chiffres ni majuscules. La ponctuation a été limitée à la virgule et au point. Ces deux signes, l'espace et les vingt-deux lettres de l'alphabet sont les vingt-cinq symboles suffisants énumérés par l'inconnu. (Note de l'éditeur.)

N'OUBLIONS PAS ANDRÉ BRETON...

Le 17 avril 2003, le musée privé créé pendant quarante années par André Breton a définitivement disparu. La vente aux enchères qui a eu lieu à Drouot a scellé la dispersion d´une des plus riches et significatives collections d´art moderne du vingtième siècle. Désassemblé, bradé, le « 42, rue Fontaine » n´existe plus, et cette disparition a été quasi unanimement saluée par le marché de l´art, la presse et les pouvoirs publics. À ce propos, le comité André Breton a parlé de « honte », et le mot n´était pas trop fort pour ce qui venait de se passer.

Le surréalisme, et l´œuvre de Breton en particulier, nous a appris l´importance de la révolte au nom d´une création artistique qui serait son expression. Il nous a appris aussi que l´œuvre ne se résumait pas au livre et au poème, mais que l´existence dans son intégralité y jouait un rôle essentiel, existence englobant des rencontres, des hasards, des configurations nouvelles. Ce que symbolisait pour nous le grand atelier d´André Breton.

Aujourd´hui, il ne suffit pas de regretter, il faut entendre le message du surréalisme, le message créatif et rassembleur du « 42, rue Fontaine ». L´Etat, sous la pression du mouvement contre la vente, a préempté un tiers de la collection Breton, et il existe un fonds dormant du surréalisme en France. Il s´agit maintenant de nous engager pour qu´un haut lieu du surréalisme, fidèle à l´esprit de Breton, voie le jour.

Poupées Hopi, masques eskimos, tableaux modernes, objets merveilleux du quotidien : grâce à cet agencement magique, c´est la force et l´importance d´une universalité poétique que nous enseigne le surréalisme. Il est temps qu´un lieu s´ouvre où cette universalité de la pensée et de la pratique surréalistes soit représentée et expérimentée par tous, lieu vivant, lieu de tous les magnétismes. Ici il faut penser à cet extrait des Disciples à Saïs de Novalis (si important pour Breton), qui dit l´essentiel du rapport poétique à l´objet : « Peu à peu, il rencontra partout des objets qu´il connaissait déjà, mais ils étaient étrangement mêlés et appariés, et ainsi, bien souvent, d´extraordinaires choses s´ordonnaient d´elles-mêmes en lui ». Que les mécanismes spirituels de telles associations puissent être exposés à la vue de tous, c´est ce qui importe aujourd´hui.

Cette idée d´une combinatoire poétique ou d´un « art magique » est au cœur du surréalisme, dont les œuvres ne peuvent continuer à être considérées séparément, tableaux dans tel musée, objets d´art primitif dans un autre, manuscrits dans des bibliothèques. Il faut qu´en France un nouvel espace culturel soit créé, pour que soit rendue justice à la grande aventure spirituelle que représente le surréalisme.

Enfin et surtout, finissons-en avec le poncif qui voudrait que surréalisme et musée soient antinomiques, et relisons les Conférences d´Haïti, où André Breton fait œuvre de pédagogue et présente ainsi l´art moderne : « Haïti manque de musées, de collections d´art et c´est tout un côté de l´expression humaine qui vous est dérobé, du moins dont ne pouvez-vous prendre une connaissance directe ».

Nous disons aujourd´hui qu´une telle connaissance directe du surréalisme est indispensable, et faisons appel aux pouvoirs publics pour qu´au nom d´un groupe important de citoyens, accueil soit enfin fait à ce mouvement majeur de la modernité.

Le 22 avril 2003

Collectif André Breton

A relire, encore et encore, pour ne pas être dupe...

IL N'EXISTE PAS DE "PETITS" LECTEURS

Celui-la était passé, en peu de temps, de modeste acheteur de livres à bibliophilo-facétieux (*), avant que la bibliophilsation (**) le prenne presque par surprise. Souhaitant cacher ce vice impuni à son entourage, il rasait les murs des librairies, "se faisait tout petit" afin d'acquérir de précieux et minuscules ouvrages, à l'image de ce

BIBLIOLEXIQUE à l'usage des amateurs de livres, écrit par Jean-Paul Fontaine aux éditions des Cendres.

(*) relatif à la facétie bibliophilique

(**) conversion d'un simple lecteur en bibliophile.

La Bibliothèque miniature de Dan Ohlman

NODIER, BORGES & QUELQUES BIBLIOPHILES

NODIER, UN AMATEUR « BIEN NOMMÉ »

Par Éric Poindron

Même si la collection s’intitule « les inattendus », L’Amateur de livre de Charles Nodier est une édition - agrémenté de textes rares et dispersées - de toute première importance que chacun aura plaisir à glisser de nouveau dans sa bibliothèque auprès des éditions plus anciennes.

Charles Nodier, qui fut tout à la fois conservateur de l'Arsenal, polygraphe, spécialiste des sociétés secrètes, l’ami de Nerval, de Hugo et protecteur de la génération romantique, déclare ici l’affection et l’obsession qu’il porte à la bel ouvrage imprimé :

"L’amateur est un type qu'il est important de saisir , car tout présage qu'il va bientôt s'effacer. Le livre imprimé n'existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s'accumule déjà sans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe.

(...)

"A considérer l'amateur de livre comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile".

(...)

"Les livres ont encore cela d'utile et de rare : ils nous lient d'emblée avec les plus honnêtes gens ; ils sont la conversation des esprits les plus distingués, l'ambition des âmes candides, le rêve ingénu des philosophes dans toutes les parties du monde ; parfois même ils donnent la renommée, une renommée impérissable, à des hommes qui seraient parfaitement inconnus sans leurs livres. Ils ajoutent même à la gloire acceptée ! Eh ! qui saurait que M. Cigongne a vécu, s'il n'avait pas laissé sa merveilleuse bibliothèque, ornement du plus beau cabinet de l'Europe..."

Au fil des pages, c’est un Bibliomane qui lève le voile sur d’autres bibliomane, auteurs bizarres ou inclassables de manière étonnantes et drôles. L’objet élégant, à la typographie soigné, rend hommages à tous ceux qui sont ivres de livres et de lecture. ON 'AURA COMPRIS, CELUI-LÀ N'AURAIT JAMAIS FAIT DE MAL À UN LIVRE

L’Amateur de livres, précédé du Bibliomane, de bibliographie des fous et De la monnomanie réflective, de Charles Nodier. Edition présenté par Jean-luc Steinmetz (éditions Le Castor astral, collection « les inattendus »)

(Le castor Astral, collection "Les Inatendus")

Présentation de l'éditeur

CHARLES NODIER ne fut pas seulement le merveilleux conteur fantastique que nous connaissons. Il aima aussi jusqu'à l'obsession les vieux bouquins et les éditions rarissimes. Au-delà de textes aussi savoureux que l'Amateur de livres et le Bibliomane, cette douce folie, qualifiée par lui-même de " monomanie ", lui permit de rencontrer au fil des pages plusieurs auteurs bizarres dont il s'est plu à nous révéler l'existence dans sa Bibliographie des fous. Ces textes étonnants et fort drôles, jusqu'alors dispersés dans des publications éphémères, se devaient d'être regroupés à l'attention de tous les fous de livres et de lecture. De l'elzévir comme objet de volupté ! De la lecture comme acte érotique !

Bibliothécaire à l'Arsenal à partir de 1823, Charles Nodier (1780-1844) réunit chaque semaine dans son salon les principaux écrivains de son temps, pour faire de ce lieu le point de ralliement du romantisme. Grâce à lui, le rêve - et même le cauchemar - marquèrent leur entrée dans la littérature. Nerval et, plus tard, certains surréalistes lui seront fortement redevables.

BABEL OU L’ESPRIT DE BORGES

Par Éric Poindron

C’est une belle et heureuse rencontre que celle des éditions mythiques FMR et de la jeune – et talentueuse - maison du Panama. La collection légendaire et introuvable de contes fantastiques dirigés par Jorge Luis Borges est enfin rééditée. Quelques titres rares - Six à ce jour -, des chefs d’œuvre qui construisirent la littérature et l’univers borgésien, ont déjà garni les bibliothèques les plus raffinées et enchanté les lecteurs les plus exigeants : Viliers de l’Isle Adam et Le convive de la dernière fête, Gustav Meyrink et Le Cardinal de Napellus, Les Amis des amis de Henry James, La Pyramide feu de Arthur Machen. Et pour le plaisir des lecteurs, la liste est incomplète. Nous attendons avec impatience Chesterton ou Le Diable amoureux de Jacques Cazotte. Si le font est essentiel, « l’objet livre » est un véritable écrin : les couvertures aux illustrations baroques, ou quelquefois surréalistes, sont des merveilles du genre et le papier de qualité tente de retrouver le grain d’antan. Borges le savait et nous le rappel, la littérature fantastique est peut-être encore un peu plus que la vie. Alors suivons le dans les labyrinthes qui firent ces enchantement. Avec un tel guide, il est certain que l’esprit du maître érudit de Buenos aires souffle et soufflera longtemps sur ce rayon-là….

La Bibliothèque de Babel, Co-édtions FMR – Panama

Pour retrouver toute la collection et les titres à paraître, renseignements au : FMRr ou ÉDITIONS DU PANAMA

Par E.d’P.

LE VOYAGE À REIMS qui nous intéresse n’est pas le titre de l’opéra enchanteur de Rossini mais les quelques jours studieux que Frédérik Reitz, rédacteur en chef infatigable du magazine du bibliophile et pérégrin livresque, a passé à Reims, dans le cadre d’une rencontre avec quelques lettrés et amis de la revue. Après une courte visite de la ville des sacres - qui enchanta avant lui Victor Hugo, Charles Nodier ou Mérimée - , Frédérik Reitz mit ses pas dans ceux de Paul de Fort ou du comte Louis de Chevigné, l’auteur des délicieux Contes rémois (voir Magazine du Bibliophile n°67). Au gré de la promenade, il rencontra quelques acteurs économiques de la vie du livre ancien : Le Bouquiniste du passage Talleyrand qui fêtera l’an prochain son premier siècle et la belle enseigne dite Bibliothème tenue de main d’expert et de savant par François Goulet (voir Magazine du Bibliophile n°67).

Aux éditions du Coq à l’Âne, une maison musée au cœur de Reims, quelques amis s’étaient retrouvés pour accueillir le journaliste parisien : Jean-Paul Fontaine, bibliophile, historien du livre, auteur de le Livre des livres (Hatier) et animateur du Bibliophile Rémois, Jean-Paul Machetel, auteur de Talleyrand chez nous, un quatuor à Reims (éditions du Coq à l’Âne), Jean-François Cornu, spécialiste des fous littéraires, des almanachs, des ouvrages dit de Bibliothèque Bleue, Christophe Henrion, président des amis de la bibliothèque et Eric Poindron, critique, écrivain et éditeur – qui tient désormais la rubrique Biblionomadie.

La littérature et la bibliophilie firent l’objet des plus précieuses attentions. On évoqua la revue et son devenir, les améliorations, les nouvelles rubriques et les surprises à venir. Si ce ne fut pas la bataille d’Hernani, ce fut au moins, et bel et bien, l’esprit d’un club qui était en train de naître et l’ensemble fut scellé autour d’un beau flacon de champagne. Oui, à y lire de plus près, le bibliophile n’est pas un homme du passé, il sait aussi, à l’image de notre revue, regarder vers l’avenir…

Peinture d'Auguste Steinheil

BIBLIOPHILE OU LECTEUR ; LÀ EST LA QUESTION ?...

UN BIBLIOPHILE DOIT-IL SAVOIR LIRE ?

Sur le blog du bibliophile, voilà quelques semaines, le grand maître a posé cette question passionante :

Selon vous, un Bibliophile doit-il savoir lire, ou en d'autres termes, n'est-il de bon bibliophile que celui qui lit les livres qui constituent sa bibliothèque...?

Je me suis permis de reprendre les deux réponses de mon ami Jean-Paul, bibliophile et historien du livre, qui valent leur pesant de maroquins :

Premier commentaire

Question 1 : écrire un livre, c'est pour quoi faire si ce n'est être lu pour partager avec le lecteur ?

Question 2 : qui a dit que vous étiez bibliophile ? ça veut-dire quoi être bibliophile ?

Sourires ....

Second commentaire

Restons simple, en effet : la différence entre un bibliophile et un bibliomane est que le second, au contraire du premier, ne lit pas ses livres. Personne depuis Lucien de Samosate (IIe s.) ne l'a jamais contesté.

Souriez, on vous lit !

Pour me part, je me rallie au sentiment d'Umberto Ecco, érudit, lecteur, bibliophile - puisqu'il possède plusieurs dizaines de milliers de livres dans ses différentes maisons et bibliomatique. A force de les ranger, classer, dépoussier, prendre en main, caresser, humer, Le romancier et sémoticien croit même connaître le contenu immense de tous les livres - en latin, hébreu, grec, français, anglais ou italien - qu'il n'a pas lus

et puis pour paraphraser plus qu'en partie Alberto Manguel, on pourrait ajouter : "on lit les livres qu'on veut, on collectionne ceux que l'on peut..." la citation est de moi.

LE BLOG DU BIBLIOPHILE

Quelle ne doit pas être ta honte, lorsque quelqu’un, te voyant un livre à la main, et tu en as toujours, te demande de qui il est, orateur, historien, poète ? Comme tu en as lu le titre, tu as peut-être de quoi répondre, Mais si la conversation s’engage, comme il est tout naturel que cela arrive dans un commerce amical, et que ton interlocuteur blâme ou approuve certains passages, te voilà tout perplexe ; tu n’as pas un mot à dire. Lucien de Samosate

CHRISTIAN BOURGOIS, JACQUES BERGIER & LOVECRAFT

Suite de l'hommage à Chrisitan Bourgois... Quelques bribes de confession et quelques pistes de lecture.

J’ai créé les éditions Bourgois à l’intérieur du groupe des Presses de la Cité en 1966, alors qu’à cette époque je dirigeais les éditions Julliard. Cette maison, je l’ai un peu inventée sur le papier avec Dominique de Roux : nous avons retenu pour les éditions Bourgois des titres que nous avions initialement l’intention de publier chez Julliard pour une collection que dirigeait Dominique de Roux. Il s’agit en particulier des premiers titres de Burroughs et de Ginsberg que j’ai publiés chez Bourgois ; après quoi j’ai fait basculer des auteurs chez Bourgois – Arrabal par exemple.

Il se trouve que j’ai rencontré Jacques Bergier, qui est un peu oublié maintenant. C’était un homme d’une immense culture, d’une grande curiosité, même si j’étais plus qu’indifférent, tout à fait hostile à l’égard d’un aspect de cette curiosité (Le Matin des magiciens, la revue Planète... tout son côté Pauwels).

Nous nous sommes rencontrés à cause de Lovecraft, par l’intermédiaire de Dominique de Roux : Lovecraft a été un de mes auteurs de jeunesse, or de Roux m’a appris qu’un de ses textes, Epouvante et surnaturel, n’avait pas été publié. J’ai acquis les droits de ce livre, mais il y avait beaucoup de problèmes de traduction (déjà !) ; pour cette raison, je me suis lié à Bergier, qui était un personnage très séduisant, convaincant, boulimique de lectures.

Lovecraft

BIBLIONOMADIE & VOLTAIRE

J’ouvre les livres pour apprendre, je les referme pour vivre.

André Suares

VOLTAIRE, ES-TU LA ?...

par Eric Poindron

Il faut, en mourant, laisser des marques d’amitiés à ses amis, le repentir à ses ennemis, et sa réputation entre les mains du public. Adieu.

Voltaire, Correspondance, lettres à Monsieur le comte d’Argental.

Voltaire par Houdon

Il existe des livres fort étranges. Nous savons qu’ils ont existé, mais ils sont – presque – introuvables et les bibliophiles les recherchent souvent en vain. Il en est parfois de même avec certains écrivains, et leurs disparitions peut alors prendre l’allure d’une légende. Jean-Marie Arouet, dit Voltaire, qui fut écrivain et poète, homme de théatre ou de science, philosophe, épistolier absolu et une fois pour toute « homme-livre » peut s’enorgueillir d’avoir fait couler de cette encre mélangée de légende ; une encre sympathique…

À la manière d’un conte.

La commune de Romilly, dans l’Aube, qui s’est appelée un temps Romilly-Voltaire, peut s’enorgueillir d’accueillir sur son territoire le site de Sellières – ou Scellières, c’est selon - qui a abrité les restes de Voltaire. Durant treize ans - entre sa mort, le 30 mai 1778 et le déplacement de ses cendres au panthéon, le 8 mai 1791 – l’auteur de Candide ou du Dictionnaire philosophique y reposa et fut l’objet de toutes les conjectures. La presque « terre sainte », située dans le parc d’un château classé à l’inventaire des Monuments historiques demeure un lieu de recueillement et de méditation pour les esprits voltairiens. Les curieux, les promeneurs, les amateurs de lettres qui viennent encore découvrir le château, les lieux qui abritèrent l’abbaye et sont reçus avec chaleur par les nouveaux propriétaires…

Si Voltaire a déserté les lieux depuis longtemps, il règne encore un mystère que l’on colporte depuis plus de deux siècles : Et si le grand homme n’était pas au Panthéon ? Et si c’était une erreur, une méprise, une dernière farce du philosophe ? Et si c’était un moine qui avait pris la place du philosophe, ce qui, en soit, serait assez cocasse quand l’on connaît les relations de désamour que monsieur de Voltaire entretenait avec le clergé !

Voltaire, qui vouait une immense passion au théâtre a peut-être, et malgré lui, mis en scène son aventure vers l’autre monde. L’aventure qui conduisit son cadavre de Paris en Champagne et de Champagne à Paris, bien qu’elle soit un peu macabre, semble tout droit sortie d’un conte… de Voltaire justement.

On brûla les cathares un vendredi 13 mai et c’est un même mois i que mourut Voltaire, cet autre « hérétique » au regard de l’Eglise, ce mal-pensant qui « refusait d’être enterré comme un chien », à qui l’abbé de Saint Sulpice refusa une sépulture. Qu’on l’enterre, certes, mais ailleurs. En cette époque de méfiance et de censure, il valait, mieux, en effet, être chien que philosophe. Adrienne Lecouvreur l’admirable (*), actrice magnifique et définitive, avait eu droit à la même absence de sépulture. Molière y échappa de justesse car Louis XIV veillait. Voltaire n’eut pas cette chance et les cimetières de Paris ne voulurent pas accueillir sa dépouille.

Un étrange Voyage

Lorsque Voltaire décède les hommes de science, chirurgien, médecin et pharmacien, commencent à se partager une partie de son cadavre : le cœur ici, le cerveau là (1). Comment est donc constitué un philosophe ? On inspecte en tout sens… Rien d’étonnant à priori. Le cerveau est de belle taille, on peut s’en douter, mais dans l’ensemble un trépassé demeure un trépassé. Une fois les « inspections » terminés, il fallut reconstituer le corps, de sorte à lui rendre une « apparence humaine » et trompeuse aux yeux des curieux afin que celui-ci puisse quitter Paris puisque les morts n’ont pas le droit de voyager.

Une fois les préparatifs terminés, Voltaire, qui de son vivant souhaitait être enterré à Ferney, village dont il était à la fois le seigneur et le bienfaiteur, est embarqué, bandé et sanglé, dans un carrosse tiré pas six chevaux sur la route 19 en direction de la Suisse. Un second carrosse accompagne la dépouille et véhicule d’autres membres de la famille.

Les parents de Voltaire, le comte d’Hornoy – son petit neveu - et l’abbé Mignot, son neveu, prêtre commanditaire d’une petite abbaye près de Romilly sont les responsables du voyage et de la translation. C’est l’abbaye Mignot qui, à Paris, a réussi à tromper le curé de Saint Sulpice, l’archevêque de Paris, le lieutenant de police et enfin, le ministre de la maison du roi, afin de pouvoir emmener son oncle pour un dernier voyage en Champagne. Il sait, en effet, que le corps n’ira pas à Ferney et il a une idée. Il compte mener la dépouille de son oncle à l’abbaye de Sellières, sur la commune de Romilly, convaincu de persuader le prieur d’accepter le défunt.

À Provins, en lisière de Champagne, le tavernier – monsieur Lévêque ! – de l’hostellerie de la Croix d’or reconnaît Voltaire et lui trouve mauvaise mine. Il lui offre un bouillon que le philosophe s’empresse, sans un mot, de refuser. Les biographes (2) officielles préfèrent croire que c’est l’entourage de voltaire qui commanda ledit bouillon pour mieux tromper l’aubergiste et les curieux de passage qui s’empressent sur les routes de France.

Les populations s’interrogent et il faut les rassurer. Il va très bien,, répondent « en choeur » les voyageurs pressés. Seulement, sur la route et en cette période de printemps, le cadavre se décompose à vive allure et il faut agir vite. Mignot réussi a convaincre le prieur de Sellières et celui-ci, brave homme, accepte Voltaire en son église – dans le caveau - et en son abbaye.

Rapidement, l’évêque de Troyes Fulmine, s’enflamme et sermonne le prieur qui, non sans bienséance forcé et humour juste dosé , envoie l’archevêque « au diable » ! Le prieur est puni et remplacé, mais Voltaire est presque sauvé. Il restera en terre champenoise durant treize ans.

Puis vient l’expédition au Panthéon – alors église Sainte-Geneviève -que l’on connaît. Voltaire est de retour à Paris, devant une foule innombrable qui observe des silences respectueux, en alternance avec Les applaudissements mérités.

Pourtant, en Champagne, un doute subsiste. Est-ce vraiment Voltaire que l’on a renvoyé à Paris. Dans le village, la rumeur s’amplifie. Craignant que l’église n’exhume le cadavre on raconte que la famille du défunt a emmuré Voltaire dans une épaisse paroi de la pays et, qu’à sa place, c’est un moine ou peut-être un jardinier qui repose…

On évoque aussi l’arrivée du cadavre en état de putréfaction et l'emploi de la chaux vive, par mesure d’hygiène, qui aurait à jamais fait disparaître le corps. Il est aussi question de l’intervention d’étranges visiteurs - Franc-maçon ou autres, comme l’était Voltaire – ou des hommes en noir qui, envoyés par Catherine II de Russie aurait de nuit, dérobé le corps….

Ce qui est certain, c’est la découverte des restes d’un corps, en 1927, que le propriétaire des restes de l’abbaye retrouve en effectuant des travaux sous les restes de l’escalier d’honneur. Plusieurs détails intriguent : une matière blanchâtre ressemble a de la chaux. Le squelette, étonnamment, ne porte ni croix ni chapelet, détail étonnant pour un homme enterré dans une abbaye ! Les côtes du squelette sont cassées et on se souvient alors que le cœur de Voltaire avait été retiré. Il est aussi remarqué une ligne sombre - une découpe ? - sur la calotte crânienne. Il n’en fallut pas davantage pour croire à la présence des restes du philosophe. L’abbaye Mignot a peut-être remplacé le corps de Voltaire par un jardinier de sorte À laisser son oncle reposer en paix. La presse locale ou nationale, les almanachs et les feuilles à sensation vont s’emparer de l’affaire quelques temps avant que l’oubli, comme chaque fois, finisse par faire son œuvre…

Voilà la rumeur, toute faite de tradition orale et de fascinant mystère. L’imagination n’a qu’à faire le reste. Très vite, la légende dépasse les frontières de la Champagne puisqu’on peut la lire dans la presse anglaise, et ce avant qu’elle gagne l’Europe toute entière… . Aujourd’hui encore, l’histoire se raconte et la rumeur subsiste.

Etait-ce donc une pièce jouée de l’au-delà et dont le titre eut été Philosphe es-tu là ? Voltaire, qui estimait que le doute est le commencement de la science, nous a peut-être, et d’ironique manière, donné un belle leçon.

Alors, Philosphe, es-tu là ?

A Suivre…

Notes

(*) Native de Champagne elle aussi à Damery, ravissant village sur les bords de Marne.

Quelques livres pour continuer le voyage et entretenir l’émerveillement.

Les curieux et les incrédules qui voudront poursuivre le voyage, avec un peu plus de détail, pourront lire :

Le Secret de Sellières, de Gabriel Groley, un érudit local aubois (imprimerie James Charles, 1961)

Voltaire et l’énigme de Sellières, de Pierre Guillaumot (Association Romilly patrimoine édition

(1) - Pour en apprendre davantage sur les péripéties du cerveau et du cœur de Voltaire, les lecteurs curieux se reporteront à l’admirable ouvrage de Clémentine Portier-Kaltenbach : Histoire d’os et autres illustres abattis (éditions JC lattes). Avec un sens inné du récit et une érudition communicative, l’auteur nous guide dans les cabinets de curiosités de l’Histoire ; la grande ou la petite, la macabre ou l’énigmatique. En plus du philosophe déjà cité, on y croisera en un joyeux « coq-à-l’âne » Descartes, rousseau, Jeanne d’arc, Catherine de Médicis, Louis XIV ou Vivant Denon.

(2) - La Biographie que Jean Orieux a consacré à Voltaire (Flammarion), même si elle ne reprend pas la légende évoquée est une lecture indispensable pour découvrir l’homme protée, l’Européen, le voyageur et l’écrivain.

(2) - Enfin, les perfectionnistes pourront acheter en livre de poche (diable !) Voltaire le conquérant, de Pierre Lepape (éditions Seuil), une biographie sans compromis qui remet voltaire dans son siècle, explorant à la fois la vie de l’écrivain et l’époque charnière des Lumières.

Et puis il reste le livre définitif à écrire sur ce mystère voltaire, et atteindre que le livre disparaissent pour les bibliophiles puissent le rechercher à leur tour…

CHAMISSO ET LES OMBRES

BIBLIONOMADIE

J’ouvre les livres pour apprendre, je les referme pour vivre. André Suarès

Je voudrais trop étreindre, tout m’échappe, Je suis malheureux.

CHAMISSO UN EUROPÉEN AU MILIEU DES OMBRES

Par Eric Poindron

Il était français chez les Allemands et allemand chez les français. Il fut aussi soldat, voyageur, naturaliste et philologue. Il fut enfin un artiste complet : peintre, sculpteur, poète, romancier. Un conte minuscule et fantastique devait le faire s’asseoir auprès des géants, et pourtant…

A côté de Shakespeare ou de Cervantes, Adelbert de Chamisso fait figure d’anonyme. Il appartient pourtant au club très fermé de la littérature universelle. Il y est entré par la magie d’un livre unique, étrange et magique : La Merveilleuse histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a perdu son ombre. Ce chef d’oeuvre est presque inconnu en France, alors qu’à l’étranger, on l’apprécie pour sa facilité de lecture et son humour lumineux. Ce que l’on sait moins, c’est que l’auteur de ce joyau philosophique est né Français et champenois, au château de Boncourt, en Argonne.

Chamisso, né en 1782, est le rejeton d’une famille aristocratique qui prit peur à la Révolution et émigra outre-rhin en 1792. Liège, Dusseldorf, Bayreuth, et enfin Berlin. Il y fait souche alors que ses parents reviennent en France, après la tourmente. Adelbert se met à la langue allemande en virtuose tout en maîtrisant parfaitement celle qu’il avait sucée au sein maternel. Il s’adonne à la littérature allemande, fréquente la fine fleur de l’intelligentsia européenne et romantique. En cela, il fut proche de Madame de Staël, de Gibbons de Humboldt, de Goethe, de Heine et de tant d’autre esprits encyclopédiques et tolérants qui frayèrent le chemin de l’Europe des esprits. Ceux-ci se réunissaient d’ailleurs dans les salons rivaux de deux dames juives, les célèbres Henriette Herz et Rahel Vernhagen, d’où est parti le mouvement des lumières allemand, la Aufklarung. Mirabeau y avait promené son mufle taurin, quelques années avant, les préférant à la fréquentation de la cour ennuyeuse et guindée. Il en avait ramené quelques unes de ses thèses réformatrices les plus hardies. Chamisso vint, à son tour, dans les salons puiser l’inspiration.

A l’instar de Robert Lous Stevenson qui écrivit L’Ile au trésor pour son beau-fils, Chamisso écrivit en 1813 La Merveilleuse histoire de Peter Schlemihl afin de divertir les enfants de l’un de ses meilleurs amis. L’histoire semble simple, c’est celle d’un homme qui vend son âme au diable. Son existence bascule dans le cauchemar. Désormais riche et monstrueux, il est condamné à vivre loin des hommes...Pourtant derrière le conte aux allures de Faust et les apparences, l’on peut lire la dualité existentielle de l’auteur et du poète. C’est recherche perpétuelle d’identités plus larges, plus fécondes, qui amène Chamisso à inventer son personnage Peter Schlemihl. Schlemihl, ce qui qui signifie en dialecte Yiddish, un type qui n’a vraiment pas de chance mais s’en accommode. Quoi qu’il fasse, le Schlemihl restera toujours dérisoire face aux hommes nantis et sérieux. Si Don Quichotte se bat contre des moulins à vents, Schlemihl court après l’idéal qui n’est peut-être qu’une ombre. Cette ombre est peut-être celle du bonheur. Par un bond de clown, Chamisso rejoint Stendhal qui pensait que la course au bonheur vaut le bonheur lui même. Le bonheur... Cette chimère qui n’existe pas.

Schlemihl, l’homme autre, qui a un pied sur terre et l’autre dans les nuages. Ce concept est rendu en langue allemande par le personnage du Luftmensch, l’homme sans poids, qui flotte, qui s’envole, l’homme ange, le poète par excellence.

En plus d’être poète, Chamisso était aussi un éternel “prêt à partir”. Ses recherches le mèneront vers le large. Si son étape essentielle fut l’Europe,la Suisse ou l’Italie à pieds, il possédait en lui le goût d’autres ailleurs. De 1815 à 1818, à bord d’un bâtiment russe il accomplira le dernier tour du monde de la marine à voile, puis écrira un chef d’oeuvre scientifique et littéraire. Le voyage autour du monde 1815-1818, fut traduit seulement pour la première fois en 1981 aux Édition Le Sycomore, disparut assez rapidement, puis fut réédité chez José corti en 1981.

Dans ce grand livre de voyage Chamisso y mesure sa vocation de naturaliste, science de pinte à l’époque, et s’adonne aussi à la médecine, à la zoologie et à la botanique. Il terminera sa carrière d’écrivain et de chercheur comme directeur du jardin des plantes de Berlin, l’un des plus beaux du monde. Cet Européen d’instinct, pour qui la planète était un éblouissement, se désignait comme un homme de l’avenir. Il écrivit du reste le premier texte connu, et superbe, consacré à l’apparition des locomotives. Et pour ne pas croire seulement à la modernité, Il écrivit aussi une grammaire hawaïenne et des poèmes - Son cycle de poème Frauenliebe und leben (Les Amours et la Vie d'une femme), 1830 et mis en musique par Robert Schumann (opus 42) est un classique ... Et parce que la vie n’est pas que littérature, il se maria, eu sept fils, et continua d’écrire.

Ce déraciné en quête d’un lieu qui ne soit pas limité à des frontières trop humaines, a couru toute sa vie après le pays où l’on arrive jamais, celui de l’éternel retour à l’enfance et à ses sources cosmiques. Pour Chamisso, cette patrie de rêve avait un nom : Boncourt, le château enchanté des jeunes années. Il devait y revenir une fois, en décembre 1806. Seul face aux ruines de son enfance. Longtemps après, il devait lui dédier un poème...

« Je rêve encore à mon jeune âge

Sous le poids de mes cheveux blancs

Tu me poursuis fidèle image

Et renais sous la faux du temps. »

Le château de Boncourt, près du village d’Ante, entre Sainte-Ménehould et Givry-en-Argonne, a été totalement détruit en 1793. Il demeure pourtant vivant dans les souvenirs lycéens de millions d’hommes. Des générations d’allemands ont appris par coeur les strophes nostalgiques du Français qui chantent le paradis perdu des halliers ardennais. C’est un peu outre-rhin l’équivalent du Lac de Lamartine :

En rêve je reviens vers mon enfance...

Comment m’avez-vous rejoint, images

que je croyais depuis longtemps oubliées ?

Là, derrière ces fenêtres

j’ai rêvé mon premier rêve...

Au carrefour de deux littératures et de deux patries, Chamisso fut à tous égards un métis culturel. Le passe-frontière, champenois de culture française et allemande, fut un Européen avant la lettre, désireux de se libérer d’une nationalité contenue dans le corset d’une nation. Quitte à en souffrir. Errance et souffrance qu’il avait résumées mieux que personne :

"Je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophes chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés, homme du monde chez les savants et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates et, chez les démocrates, un noble, un homme de l’Ancien Régime ; je suis un étranger partout. Je voudrais trop étreindre, tout m’échappe, Je suis malheureux."

Chamisso ressemblait à son personnage le malchanceux ; il se croyait européen, mais, peut-être, n’était il qu’un ombre…

A Marienbad, quelles ombres ?!...

BIBLIOGRAPHIE

La première édition complète des œuvres de Chamisso fut éditée par Julius Eduard Hitzig (1780-1849) (6 volumes en 1836).

C’est aussi à Hitzig que l’on doit la biographie de Chamisso Leben und Briefe von Adelbert von Chamisso (1881)

La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl, composée en allemand, est publiée pour la première fois en 1814. La première traduction française, laquelle Chamisso a laquelle Chamisso et son frère Hippolyte ont participé a paru en 1822 sous le nom de Pierre Schlemihl (Paris, Ladvocat libraire, Palais-Royal, Galerie des bois, n)195In-8 ou In-12. Selon les sources) Toutefois l’éditeur s’étant permis des changements, des coupes et des approximations, Chamisso n’y reconnut pas son texte.

Une très belle édition parut en 1893 : Pierre Schlemihl, Paris, E.Dentu, 1893 , " Petite Collection Guillaume", Illustration de Marold et Mittis.

A Lire :

N.B. Si l’œuvre de Chamisso a atteint sa reconnaissance en Allemagne ou en Angleterre, il n’en est pas de même en France. Pour découvrir ses livres et les rares études, le mieux est de fréquenter les bibliothèques…

- Les origines champenoises d’Adelbert de Chamisso, de Louis Brouillon (Paris, Académie de Reims, 1910)

- Choix de poésies, de Chamisso, traduction et introduction de René Riegel (éditions Aubier-montaigne, paris, 1950)

- Chamisso, acte des journées franco-allemandes des 30 et 31 mai 1981 (centre d’études argonnais, Sainte-Menehould 1982)

Grâce à mon ami Christope Delbée, historien apprenti et passioné, je reçois ce courrier :

Oui c'est de ma famille, c'est le frère de mon ancêtre.

Charles-Adélaïde (ou Adelbert) était jeune et il est parti pour fuir la Révolution.

Mon ancêtre est resté près du roi et fut blessé en le défendant.

Je te mets un extrait d'une page internet qui en parle :

"Le 10 août, les deux frères aînés de Chamisso (Adelbert), Hippolyte et Charles, se trouvaient auprès de Louis XVI. Charles, blessé en défendant le roi, puis fut sauvé par un homme du peuple; peu de temps après, il reçut une épée qu'avait portée l'infortuné monarque, et un billet ainsi conçu :

« Je recommande à mon frère M. de Chamisso, un de mes fidèles serviteurs; il a plusieurs fois exposé sa vie pour moi.

« Louis. »

L'épée est toujours dans la famille, bien gardée... je ne l'ai moi même jamais vue...

FSS

Xavier de Chamisso

A SUIVRE...

Tout d’abord merci de m’avoir répondu, j’avoue que je ne m’y attendais pas.

Pour répondre à votre question je ne descends pas directement d’Adelbert. Lors de la révolution, Adelbert est parti en Allemagne et une partie de sa famille est restée en France au château de Boncourt. Je descends de ceux qui ont survécu.

Il ne nous reste qu'une sanguine représentant Adelbert bébé. Pour les descendants d'Adelbert, la dernière est morte il y a quelques années. Elle représentait la branche allemande des Chamisso.

Ce qui est assez marrant, c'est que le côté "artistique" est toujours présent chez les Chamisso. Surtout en musique et peinture, et certain écrivent, pour eux même. Je n'ai, pour ma part pas du tout hérité du don de mon presque aïeul, je suis des Chamisso plutôt musicien autodidacte car aucun n'en supporte les leçons d'apprentissage.

Mais descendant ou non d’Adelbert, personne de peut s’enorgueillir de ce qu’il a accompli tout seul ! Bonne continuation à vous.

Xavier de Chamisso

LA NOUVELLE REVUE MODERNE

La NOUVELLE REVUE MODERNE, ce titre est évidemment un clin d'œil à la grande tradition des revues littéraires françaises. Cette liberté à leur égard doit être comprise avec l'humour qu'impose la modestie de notre entreprise : faire partager des textes et des images que nous avons créés ou que nous aimons. L'identité de la revue peut se définir en quelques mots :

La création, d'abord. Nous cherchons à ce que la NRM soit une incitation à créer, à laisser s'exprimer la part du rêve que chacun porte en soi, qu'il soit ou non un auteur ou un artiste affirmé et reconnu. Dans un monde gouverné par l'argent, le travail et la mort, nous entendons contribuer à l'émergence de " l'ère des créateurs ". La présence dans les pages de la revue d'auteurs de référence comme Jacques ABEILLE, Jean L'ANSELME ou Jean ROUSSELOT indique assez clairement ce que nous attendons de la littérature : le meilleur de la vie et des mots.

Le collage marque aussi l'identité, notamment visuelle, de la Nouvelle Revue Moderne. Par sa capacité à combiner librement les images, comme la poésie combine librement les mots, le collage crée un langage ouvert qui élargit notre vision du réel. Dada et les surréalistes s'y sont essayés avec bonheur, continuons le combat ! Le monde lui-même n'est-il pas, selon le mot de Roman Cieslewicz, une sorte de collage, bizarre et épouvantable ? Nous n'avons qu'un monde à gagner en en recollant différemment les morceaux.

La critique trouve également sa place dans la Nouvelle Revue Moderne, sans exclure à priori aucun domaine de la vie, de la culture ou de la pensée. Nous partagerons toujours l'étonnement de Jean Rousselot devant les poètes qui savent faire parler les mots et restent muets devant l'état du monde :

Et peut-on vraiment aimer

Les poètes qui s'ils savent

Comment l'esprit vient aux mots

N'en ont pas un seul pour condamner ce monde

Où l'on vous arrache les ongles

Ou les yeux histoire de rire

Où l'on joue au ballon avec des têtes d'enfant

Où la pestilence de l'air et de l'âme

A tous les titres au prix d'excellence.

Jean ROUSSELOT, Passible de... (Ed Autres Temps, 1999)

Plus que jamais à nos yeux, pour citer encore un poète (Paul Nougé), " tout reste fondé sur le défi et la révolte. Le donné est, sera toujours humainement inacceptable."

Collage de Philippe Lemaire

La version imprimée de la Nouvelle Revue Moderne vous propose des rendez-vous à chaque saison avec des parutions en mars, juin, septembre et décembre., auxquelles viennent s'ajouter, au moins deux fois dans l'année, des numéros hors-série consacrés à un thème ou à un auteur.

Notre site internet NOUVELLE REVUE MODERNE est conçu à la fois comme une vitrine et un complément de la revue. Actualisé fréquemment, il vous permettra de suivre nos projets et de découvrir des informations, des textes et des images introuvables ailleurs.

Enfin, au fil des parutions et des opportunités, la Nouvelle Revue Moderne vous propose des rencontres et des lectures annoncées dans la page agenda.

Nous vous invitons à souscrire dès aujourd'hui à la formule d'abonnement que nous vous proposons (5 numéros pour 25 euros), si vous voulez être certain(e) de vous procurer régulièrement La Nouvelle Revue Moderne et soutenir son existence (PHILIPPE LEMAIRE)

Philippe LEMAIRE - 68 rue du Moulin d'Ascq - 59 493 Villeneuve d'Ascq 00 33 (0)3 20 84 17 83 - mailto:phil.fax@free.fr

Découvrir d'autres collages de PHILIPPE LEMAIRE sur le site de LA NOUVELLE REVUE MODERNE

HOMMAGE À JARRY

Présentation des éditions Cynthia 3000

Cynthia 3000 : un nouveau pressing dans votre quartier ? l’événement du salon de l’auto ? la colocataire d’Ulla ? 1 pseudo tro grave ?

Cynthia 3000 est une maison d’édition fondée dans l’intention que nos productions littéraires, diffusées en partie par internet sur nos blogs, connaissent une existence matérielle (d’autant plus que certaines de ces séries furent conçues dans l’objectif du livre). Pour ce faire et dans le souci de conserver une grande indépendance, il nous a paru évident de créer notre propre structure — par conséquent de fabriquer, diffuser et mettre en vente nous-mêmes nos ouvrages.

Avec la première parution, Etant donnés , nous commençons donc par une auto-publication. Dans cette voie, cinq de nos textes sont déjà prévus pour l’année à venir : des écrits où l’intérêt pour la langue et l’expérimentation dominent, où le sens se trame plus qu’il ne s’énonce, préférant même se faire non-sens, une poésie jouant de l’instabilité, des bifurcations et dérapages…

Nous projetons également d’éditer d’autres auteurs contemporains, se situant hors des modes et des compromis, ne se préoccupant ni de se faire bien voir du gratin poétique ni de tortiller bigotement du cut-up.

Un autre volet des éditions Cynthia 3000 est consacré à la réédition d’œuvres insolites, méconnues et pour la plupart devenues introuvables, qui nous semblent mériter de rencontrer des lecteurs d’aujourd’hui.

Ce site, extension des éditions, présente nos parutions, les auteurs, toutes informations concernant nos activités, et permet la commande en ligne de nos livres. Il est accompagné d’un blog où il sera question de nos lectures, de nos centres d’intérêt littéraires et artistiques, et où l’on trouvera des extraits de textes en cours et tout le tralala.

Céline Brun-Picard & Grégory Haleux.

Hommage à Jarry

Cent ans jour pour jour après la mort d'Alfred Jarry, notre cinquième publication rend hommage à "celui qui revolver" : 16 petits livres par 16 auteurs commentant l'oeuvre géniale ou créant dans un amusement tout pataphysique.

OMAJAJARI

« Alfred Jarry aimait à rappeler qu’il était venu au monde le jour de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre 1873 ; il est mort le jour de la Toussaint, avec une grande précision, dirait-il lui-même. » (Alfred Vallette, Mercure de France, 16 novembre 1907). Plus précisément, Alfred Jarry est mort le 27 haha 35 E.P., il y a donc très exactement 100 ans.

Afin de lui rendre dignement, en ce jour des Saints/Morts vulg., l’hommage qui s’impose, 16 auteurs sont réunis pour 16 livres impairs aux couvertures illustrées par eux-mêmes : tandis que certains spéculent savamment autour de l’œuvre (Arrivé, Cornille, Jouet) ou de ses marges (Barbaut, Bordillon, Dussert, Quintane), d’autres mirlitonent ou carnavalisent (Prigent, Suel), détournent le théâtre d'Ubu (Dranty, Edwards, Foutre de Dieu, Maraud), ou bien naviguent sur les eaux pataphysiques de Faustroll (Christoffel, Lequette, ZiegelmeyeR).

Ainsi Omajajari reflète-t-il, cent ans après, la variété, la monstruosité et la drôlerie de l'oeuvre de Jarry.

Voici, par ordre strictement alphabétique de noms d’auteurs, la liste des livres constituant notre Omajajari :

Michel Arrivé, Il n’y a que la lettre qui soit littérature

Jacques Barbaut, des ch 1 ffres & des 1 ettres d’A.J. (1907-2007)

Henri Bordillon, Spéculation en forme de poire autour d’Ubu

David Christoffel, Faustroll à l’étouffé

Jean-Louis Cornille, Honte au génie (débuts et fins de Jarry)

Billy Dranty, Ubu bu – drame-vitesse en un acte vain dédié aux bons qu’à rien

Eric Dussert, Alfred et l’Omnibus

Paul Edwards, Projet de mise en scène d’Ubu Roi dans les rues de Paris

Foutre de Dieu, Rosalie superstar

Jacques Jouet , Jarry contre le théâtre (tout contre)

Samuel Lequette, Introduction à l’Herménoptique

Clément Maraud , Le Massacre du roy Venceslas – scénographie en dix tableaux

Christian Prigent, Criterium Jarry suivi de Bienvenue au Père Ubu

Nathalie Quintane, Finis ton potache ! – Jarry lecteur de Daudet

Lucien Suel, Déjà vu, déjà lu, déjà ri (hommaRge à Jarry)

Pierre Ziegelmeyer , Actes & Paroles de Sangulus Epiphène, renézidorien

DÉCOUVRIR LES ÉDITIONS CYNTHIA 3000

LE VOYAGE À REIMS

LE VOYAGE À REIMS qui nous intéresse n’est pas le titre de l’opéra enchanteur de Rossini mais les quelques jours studieux que Frédérik Reitz, rédacteur en chef infatigable du Magazine du bibliophile et pérégrin livresque, a passé à Reims, dans le cadre d’une rencontre avec quelques lettrés et amis de la revue. Après une courte visite de la ville des sacres - qui enchanta avant lui Victor Hugo, Charles Nodier ou Mérimée - , Frédérik Reitz mit ses pas dans ceux de Paul de Fort ou du comte Louis de Chevigné, l’auteur des délicieux Contes rémois (voir Magazine du Bibliophile n°67). Au gré de la promenade, il rencontra quelques acteurs économiques de la vie du livre ancien : Le Bouquiniste du passage Talleyrand qui fêtera l’an prochain son premier siècle et la belle enseigne dite Bibliothème tenue de main d’expert et de savant par François Goulet (voir Magazine du Bibliophile n°67).

Aux éditions du Coq à l’Âne, une maison musée au cœur de Reims, quelques amis s’étaient retrouvés pour accueillir le journaliste parisien : Jean-Paul Fontaine, bibliophile, historien du livre, auteur de Le Livre des livres (Hatier) et animateur du Bibliophile Rémois, Jean-Paul Machetel, auteur de Talleyrand chez nous, un quatuor à Reims (éditions du Coq à l’Âne), Jean-François Cornu, spécialiste des fous littéraires, des almanachs, des ouvrages dit de Bibliothèque Bleue, Christophe Henrion, président des amis de la bibliothèque et Eric Poindron, critique, écrivain et éditeur – qui tient désormais la rubrique Biblionomadie.

La littérature et la bibliophilie firent l’objet des plus précieuses attentions. On évoqua la revue et son devenir, les améliorations, les nouvelles rubriques et les surprises à venir. Si ce ne fut pas la bataille d’Hernani, ce fut au moins, et bel et bien, l’esprit d’un club qui était en train de naître et l’ensemble fut scellé autour d’un beau flacon de champagne. Oui, à y lire de plus près, le bibliophile n’est pas un homme du passé, il sait aussi, à l’image de notre revue, regarder vers l’avenir… (E d'P.)

Le Bibliophile, par Auguste Steinheil.

PIETON DE PARIS AVANT L'HEURE...

A propos de Le promeneur à Paris au XVIIIe siècle, de Laurent Turcot

Cette étude se propose donc de saisir l’émergence d’une figure nouvelle : celle du promeneur moderne déambulant dans les rues de Paris sans se soucier du caractère ostentatoire et distinctif de sa démarche. Il s’agit ici d’une histoire des pratiques ordinaires de la promenade dans la ville et de ce que ces pratiques sont à la fois façonnées par l’espace et façonnent l’espace. Il s’agit encore d’isoler une figure : le promeneur, et d’en comprendre la genèse à une époque où l’espace est poreux, encombré, vivant et gestuel. Cela à partir de discours qui émanent autant de quelques théories architecturales, administratives, policières de l’époque que des chroniqueurs et mémorialistes, littéraires, philosophes et voyageurs qui « entrent » dans la ville pour la connaître ou qui l’observent pour mille et une raisons.

Ici se retrouve un véritable intérêt pour une histoire sociale de « l’être-en-marche-dans-la-ville » et une nécessaire attention à ce que les élites et la monarchie eurent l’obligation ou le dessein de faire pour l’aménagement de l’environnement de l’individu urbain, sujet du Roi. Ainsi, analyser la genèse d’un type urbain de ce genre (le promeneur n’a pas la même attitude que l’habitant, le marchand, etc.) revient à comprendre les mécanismes (et aussi les improvisations) de structuration des relations sociales de la ville au XVIIIe siècle.

Déambuler, cheminer ou marcher ne sont pas des actes banals et futiles. Certes, la promenade est un loisir, elle rassemble les individus, met en place des systèmes de représentation, d’interaction et de sociabilité, mais elle doit également se comprendre par l’espace physique qui structure sa nature et ses modalités d’utilisation. Rituel de visibilité sociale, elle fonde des usages qui cimentent les rapports sociaux. Dans le cas présent, Paris se présente comme l’exemple de choix pour articuler les discours qui sont produits à cet effet. En plus d’être une des villes les plus importantes du continent européen – tant sous l’angle démographique que culturel – Paris offre de surcroît un cadre propice à l’étude des utilisations de l’espace urbain à l’époque moderne par la densification de son construit urbain et par l’attraction qu’elle provoque chez les provinciaux et les étrangers. Centre administratif, politique et culturel du royaume de France, la Capitale est l’épicentre à partir duquel peuvent se mesurer les transformations de la société.

Des hommes de lettres vont même jusqu’à revendiquer cette identité de promeneur qui est exprimée dans les écrits de Barbier et de Hardy. Cette seconde moitié du XVIIIe siècle voit ainsi des philosophes et écrivains expliquer en détail et théoriser, en quelque sorte, ce qu’est et ce que doit être un promeneur urbain. En plus de Jean-Jacques Rousseau, deux auteurs vont s’y attacher particulièrement : Louis-Sébastien Mercier et Nicolas-Edmé Rétif de la Bretonne.

L’identité de « promeneur-observateur », revendiquée est en aval de toutes les transformations qui se sont opérées dans le Paris du XVIIIe siècle. Le Tableau de Paris et Les Nuits de Paris, œuvres composées par les deux écrivains, sont en quelque sorte l’aboutissement de l’évolution et de l’adaptation de la promenade honnête à des fonctions sociales qui se recentrent peu à peu sur l’individu. Ces deux récits sont remarquables en ce que leurs auteurs pensent le rapport de l’individu à la collectivité. La promenade est une des formes littéraires utilisées pour enchaîner des observations réalisées sur la société parisienne. Ces descriptions impliquent une disposition intellectuelle et physique dans la Cité : celle du promeneur arpentant les rues, les promenades, les places, etc. Ainsi, le promeneur, plus qu’une figure littéraire, devient une figure sociale dont la fonction est de mettre au jour les mécanismes qui régissent la Capitale.

Écrivains et philosophes vont véritablement définir une gestuelle et une intention en revendiquant l’individualité du promeneur. Rendue possible par un espace urbain qui facilite la déambulation, mais également par des transformations sociales au sein de la société française, la figure du promeneur se construit par des expériences historiques combinées. L’homme déambulant dans la ville est un être de sens, il se laisse inspirer par ce qui croise son regard, ses pas, ses oreilles, etc. Le promeneur se déplace pour voir et capter l’information nécessaire à la rédaction. Cet « exercice » renforce l’idée selon laquelle la promenade s’individualise et acquiert une fonction pratique dans la Cité, mais plus encore que cette attitude est au cœur de l’identité urbaine parisienne renouvelée.

Nicolas Edme Restif de la Bretonne, alias "le Hibou", alias "le Spectateur nocturne"

Après l'étude universitaire, le livre ravissant à découvrir chez gallimard, collection Le Passeur, dirigée de main de maître et d'amateur Par patrick Mauriès.

MAGAZINE DU BIBLIOPHILE OCTOBRE 2007

Livre d'heure ou livre d'artiste ou impression populaire, incunable, ouvrage de piété ou livres condamné; sous couverture muette ou paré d'un maroquin aux armes, habillé d'une peau de vélin ou de box mosaïqué, le livre est pour vous une source de connaissances et de plaisirs mêlés. Vous aimez aussi retrouver, derrière l'écriture d'un modeste envoi signé ou du manuscrit d'une œuvre, la présence d'une personnalité des lettres, des arts, etc.

Amateurs, débutants ou éxpérimentés,venez partager votre passion avec nous.Nous vous proposons :

Des articles sur des auteurs, des éditeurs, des artistes, des relieurs, des époques ou des thèmes éclairés par l'actualité.

LE MAGAZINE DU BIBLIOPHILE

ACTUELLLES

En bref de Montréal - par Adeline Rognon - La 27e Antiquarian Book Fair d'Ottawa, les 27 et 28 octobre... - Paris, la Cinémathèque : Sacha Guitry, une vie d'artiste - Marseille : Xes Rencontres internationales de l'édition de création, les 20 et 21 octobre - Reims, François Goulet : « Les livres rendent la vie plus passionnante que les livres » - D'un numéro l'autre... - « La Communale et ses livres » - « Vous parlez maintenant contre les loix de la Grammaire; alors vous méprisez les préceptes de la raison » - Art Dico : la lettre O, - solution de notre jeu... - Notes de lecture Histoire et bibliophilie du livre de nus - Alessandro Bertolotti - Bon Baisers des Colonies - L'image de la femme dans la carte postale coloniale - Safia Belmenouar et Marc Combier

« ART DICO »

P comme papier peint.

UNE ŒUVRE

5300 ans d'écriture au musée Champollion

Le musée Champollion, de Figeac (Lot), vient de réouvrir ses portes au public, après deux années de travaux d'agrandissement. Hommage à celui qui perça le mystère des hiéroglyphes mais aussi présentation de plus de 5000 ans d'écriture.

HISTOIRE

C'est à lire qu'il nous faut ! Parcours bibliophile de la vigne et du vin.L'automne est le mois des vendanges, c'est celui où l'on guette les meilleurs crus. Chanter le vin est aussi bon que de le boire et même...le lire.

ENQUÊTE, par Jean-Paul Fontaine

La Manière de cultiver la vigne et de faire le vin en Champagne n'est pas du chanoine Godinot.

Le 18 janvier 1989, à l'Hôtel Drouot, le Champagne Moët & Chandon a acheté 70 000 F une rare plaquette, estimée 1000 F, imprimée à Reims en 1722 et attribuée généralement à Jean Godinot, chanoine de l'Eglise de Reims. L'événement mérite qu'on s'arrête un peu sur l'histoire de cette édition.

PORTRAIT DU COLLECTIONNEUR

Philippe Bourguignon, ivre de livres

Comme un vin, comme un livre, Philippe Bourguignon s'ouvre à nous. Sommelier émérite, impecable directeur du restaurant Laurent en bas des Champs-Elysées, il a su garder l'âme d'un collectionneur. Pour notre bonheur.

CHRONIQUE

Boileau, invendable ?

Qu'est ce qu'un bon livre par Nicolas Malais.

BIBLIOnomadie, par Eric Poindron.

Un comte sachant conter... Louis de Chevigné, auteur des Contes rémois

Tour à tour rimalleur, érudit, honnête homme, Louis de Chevigné est l'auteur d'un livre unique : Les Contes rémois... Quand la poésie, la bibliophilie et le champagne font « bon mélange »...

EXPOSITIONS

- à Blois, Mons, Paris, Albi, Phalsbourg, Mâcon, Lodève, Médan, Montolieu, Alençon, Épinal, Dijon...Saint-Brieuc : Octave-Louis Aubert, éditeur breton Valenciennes - Manuscrits enluminés : les trésors romans du Nord de la France Toulouse, Montpellier...La Bibliothèque protestante de Montauban reconstituée.

SALONS, FOIRES ET MARCHÉS

Toutes les manifestations d'octobre, et plus...

Lille : un Salon du livre ancien de qualité qui monte en puissance - les 17 et 18 novembre

Paris : 6e Salon de la carte géographique ancienne - le 10 novembre

Limoges : un salon qui «marche », au centre de l'Hexagone - les 3 et 4 novembre prochain

VENTES PUBLIQUES

Résultats et ventes à venir.

CATALOGUES DES LIBRAIRES

Dernières acquisitions

Louis Lacroix, alias "LE BIBLIOPHILE JACOB"

LE MAGAZINE DU BIBLIOPHILE

1-3, rue du Départ - 75014 PARIS

E-Mail : mag-bibliophile@noos.fr

Tél. : 01 40 64 00 75

LE MAGAZINE DU BIBLIOPHILE

UNE HISTOIRE DE REVENANT

UNE HISTOIRE DE REVENANT

par Jules Janin

Une histoire de revenant par Jules Janin

Nous étions réunis l'autre jour quelques amis français et étrangers qui ne nous étions jamais vus, et qui cependant nous connaissions depuis longtemps : poètes, écrivains, hommes riches, tous gens qui se conviennent au premier abord et qui se comprennent tout de suite à la première poignée de main. Comme personne n'était venu là pour se mettre en scène, on ne parla de rien, c'est-à-dire qu'on parla de toutes choses : poésie, politique, amour même ; si bien qu'à force de déraisonner, et les imaginations se chauffant à mesure que le champagne se frappait de glace, on en vint à parler de revenants.

Un des nôtres, un Anglais, homme tout froid au dehors, un de ces heureux du monde qui savent boire sans être jamais ivres, et manger sans jamais engraisser ; du reste, implacable goguenard, en un mot, dangereux comme un Anglais qui a lu Voltaire ; celui-là donc, nous entendant parler de revenants, nous déclara avec un grand sang-froid qu'il avait connu un homme qui était l'ami d'un autre homme qui avait vu un revenant. «Toute la ville de Londres s'en souvient encore, ajoutait notre Anglais, et, aussi vrai que nous sommes d'honnêtes gens, j'ai foi en cette histoire dont le héros est bien connu». Vous sentez que tout de suite l'on s'écria : «L'histoire, dites-nous l'histoire», et lui ne demanda pas mieux que de nous conter l'histoire que voici :

«Nous connaissions tous lord Littleton. C'était un honnête et noble gentilhomme, riche, heureux, sachant commander à ses passions ; il avait passé la première jeunesse et il était arrivé à cette belle trentième année où la passion raisonne, où l'amour hésite, où le coeur ne bat plus qu'à certaines heures dans le jour ; lord Littleton était un esprit fort, en un mot ; le malheur est qu'il voulut être trop fort, ce qui lui fit commettre une fort méchante action. Il avait conservé de sa vingt-cinquième année une maîtresse jeune et belle et passionnée, et qui l'aimait comme s'il n'avait pas eu trente ans.

Pauvre femme ! elle n'avait pas songé à la révolution qui s'opère chez un homme quand ses premiers vingt ans se surchargent et redoublent de dix autres années ! Elle en était restée à la première déclaration de son amant. Paroles de feu, rudes étreintes, admirables serments, baisers de flamme ! elle en était là encore, et elle, pauvre femme, elle n'avait pas changé un seul battement de son coeur, pas une seule pulsation de son pouls. Vous jugez donc de son effroi et de sa douleur quand le lord lui dit un matin qu'il ne voulait plus l'aimer, et que, par conséquent, il ne l'aimait plus, et qu'elle eût à se pourvoir ailleurs, - et mille autres raisons admirables tirées des convenances sociales. - En l'entendant parler ainsi, elle comprit très bien qu'il avait raison, qu'il parlait comme il devait parler, qu'il ne l'aimait plus du tout, et qu'il n'y avait qu'une réponse à lui faire. Elle sortit sans pleurer ; elle ferma la porte, et le lord, qui lisait un roman français, reprit son livre à la page où il l'avait laissé, au moment attendrissant où le héros embrasse le cadavre de sa maîtresse.

Mais que voulez-vous ? nous sommes tous mortels ! C'était un roman en quatre volumes que lisait lord Littleton ; ce qui vous reporte cinq ou six ans d'ici : car la France n'en était pas encore au roman in-octavo, cette grande conquête de la littérature moderne.

Quand donc il eut fini son troisième volume, il s'habilla, il sortit, il alla dîner au cercle ; le soir venu, il fit sa partie de whist, il gagna ; rentré chez lui, il se déshabilla, il se mit au lit, puis, comme il avait encore à lire son quatrième volume, il ne voulut pas s'endormir avant d'avoir fini cette très lamentable histoire ; sa lecture le mena jusqu'à minuit, heure ordinaire de son sommeil.

Il allait éteindre ses bougies et s'endormir, quand tout à coup, dans le grand fauteuil de cuir rouge, à la même place et dans ce même fauteuil où s'asseyait Fanny (la maîtresse congédiée), il vit Fanny ou plutôt son ombre. Blanche et pâle, échevelée et triste, sa tête était appuyée sur ses mains, son regard était solennel.

Évidemment elle attendait que lord Liddleton eût fini sa lecture avant de lui parler.

Lord Liddleton, revoyant ainsi Fanny, pensa tout à coup qu'elle était morte ! (Et, en effet, elle s'était jetée le soir même dans la Tamise, par un épais brouillard, de sept à neuf heures ; son corps n'était pas encore retrouvé).

«Mylord, lui dit Fanny, bonne nuit, Mylord, me voilà morte, tuée par vous. Vous êtes libre : profitez-en, Mylord ! Et dans huit jours, à pareille heure, minuit pour minuit et vendredi pour vendredi, vous serez des nôtres !»

Cela dit, elle se leva (c'était bien sa taille élégante et souple comme le jonc, mais plus svelte encore, grand Dieu !) et elle sortit. Elle n'eut pas un regard même pour la glace de la cheminée. Je vous dis qu'elle était morte.

Lord Littleton ne fut pas fâché de faire d'abord un peu d'héroïsme. C'est là une occupation si douce, faire de l'héroïsme, qu'on veut s'en faire à soi-même et pour soi tout seul, quand on ne peut pas en faire pour les autres. Le lord s'arrangea donc de son mieux pour dormir, et, bien qu'il n'eût pas fermé l'oeil de la nuit, il se persuada qu'il dormait.

Ainsi il atteignit le jour, toujours en se répétant à lui-même les paroles du fantôme : Bonne nuit, Mylord !

Le même jour, mylord était à déjeuner lorsqu'on lui rapporta le cadavre de Fanny, si défiguré, hélas ! et si violet et si contracté par la mort et si horriblement petit, étroit, mort, difforme, que son amant ne l'aurait pas reconnu, si Fanny n'avait pas pris la précaution de venir lui annoncer, la nuit précédente, qu'elle était morte : Tuée par vous, Mylord !

Lord Littleton fit enterrer Fanny, il la suivit au tombeau ; on disait sur son chemin : Voilà l'homme pour qui elle s'est tuée !

Quant à elle, qui s'était tuée, elle n'avait pas un mot de souvenir. Elle fut donc jetée dans son asile de terre et recouverte de terre, le fossoyeur foula du pied cette terre, il y mit un cyprès, et rien ne manqua au tombeau de Fanny.

Ce convoi prit tout un jour à lord Littleton.

Un jour et une nuit, car encore cette nuit-là il ne pouvait pas dormir, et il se dit en lui-même qu'en effet il était triste de cette mort, et que c'était le moins qu'il devait aux mânes de Fanny : Passer une nuit sans dormir !

Le second jour, lord Littleton se leva de bonne heure ; il se mit à table, il monta à cheval, il se fatigua tant qu'il put, et le soir il fut très étonné d'être encore si alerte et si dispos que, s'il avait osé, il aurait envoyé chercher ses amis pour jouer avec eux toute la nuit. Mais ne portait-il pas le deuil de Fanny ?

Le troisième jour, Littleton se rappela involontairement les autres paroles de la morte :

Dans huit jours, - heure pour heure, - vendredi pour vendredi.

Il ordonna qu'on enlevât le fauteuil rouge ; ce fauteuil lui rappelait trop cette pauvre Fanny.

Et ainsi de jour en jour la terreur fit de si effrayants progrès qu'on put lire au sixième jour sur son visage blanchi par la peur. Ce sixième jour, lord Littleton avait l'oeil hagard, la voix creuse ; il était haletant ! Il avait si peur qu'il avouait sa peur.

Sa mère et ses amis l'interrogeaient vainement, il ne répondait que par monosyllabes. A la fin, cependant, quand vint le soir de l'avant-dernier jour, il avoua toutes ses terreurs.

«Demain, dit-il, demain vendredi, à minuit ! Elle l'a dit : c'est fait de moi !» Et ses dents claquaient l'une contre l'autre ! C'était affreux !

Sa mère et ses amis eurent en vain recours à ces paroles encourageantes et consolatrices que trouvent dans leur coeur tous ceux qui vous aiment ; rien n'y fit : il était comme un homme condamné au dernier supplice.

Il était sombre, inquiet, immobile, il tressaillait toutes les fois qu'il entendait sonner les heures. Il prêtait une oreille attentive comme s'il eût entendu quelqu'un venir. Ses amis, le voyant dans ce triste abattement, voulurent au moins abréger et tromper ses souffrances. Ils eurent soin qu'on avançât d'une demi-heure toutes les pendules, toutes les montres ; on prévint même le watchman qui crie les heures. La nuit avançait ; lord Littleton, sur son lit, demanda à son valet de chambre :

«Quelle heure est-il ? - Minuit, Votre Seigneurie, dit le valet de chambre. - Tu te trompes, John, dit le lord. Voyons la pendule».

La pendule disait minuit ! «Et ma montre ?»

La montre du lord disait minuit !

On criait dans la rue : «Minuit !»

Alors il se leva, il se sentit marcher, il se sentit vivre ; il venait, il allait, il était léger, il était brave, il était le jeune et beau Littleton d'autrefois ; il avait faim, il avait soif, il avait sommeil».

Ici notre narrateur s'arrêta pour reprendre haleine. Quand il eut repris haleine, il but un verre de vin de Champagne.

Quand il eut bu, il prit un fruit sur une assiette, et il allait manger ce fruit, quand nous lui criâmes tous : «Et lord Littleton ? lord Littleton ? - Lord Littleton ! nous dit l'Anglais, il se porte aussi bien que vous et moi, Messieurs ; l'heure a passé sans emporter Sa Seigneurie ; à l'heure qu'il est, il mange, il boit, il dort, il monte à cheval, il est heureux à tous les jeux, il n'a pas une seule maîtresse, et je vous conseille d'en faire autant».

On trouva généralement que cette histoire de lord Littleton n'avait pas de sens commun, et je suis de l'avis général.

Une histoire de revenant , (1834). Texte établi d'après l'édition de Petits souvenirs, tome cinquième des Oeuvres de jeunesse publiées par la Librairie des bibliophiles à Paris en 1883.

JULES JANIN

Jules Janin 1804-1874) est un polygraphe inlassable qui rédige 68 livres, un grand nombre de préfaces, de feuilletons, de nouvelles et d' articles pour les périodiques littéraires : La Revue des Deux-Mondes, la Revue de Paris, l'Artiste.. Surtout, il rédige les Lundis du Journal des Débats, dont il est le collaborateur . Littérature industrielle, style à la Janin pour Sainte-Beuve.

Jules Janin cultive quatre genres : le roman, le conte, la critique littéraire et théâtrale surtout.

Janin ne relève d'aucune école. Il est dans la mouvance romantique, Jeune France, participe à la bataille d'Hernani avec Hugo et connaît le succès ave L'Âne mort.

Investi de la critique littéraire du Journal des Débats, Janin exerce à travers ses Lundis une véritable magistrature sur le monde des lettres et des salons. Il est le mentor brillant mais souvent superficiel des salons louis-philippards.

Il était en relation avec les plus grands écrivains du XXIe siècle et a prononcé les éloges funèbres d'Alexandre Dumas et de Lamartine. Sa position lui a assuré de solides inimitiés dont celle de Baudelaire.

EXPOSITION LOVECRAFT

Prochaine exposition temporaire à la Maison d'ailleurs, musée de l'utopie et des voyages extrordinaires.

"L'expo qui rend fou; H.P. Lovecraft et le livre de raison" sera présentée à la Maison d'Ailleurs dès le 28 octobre 2007.

Quelques 500 oeuvres originales d'artistes seront exposées, en hommage au 70e anniversaire de la mort de H.P. Lovecraft, écrivain de science-fiction considéré comme l'un des plus importants du XXe siècle.

Renseignement MAISON D'AILLEURS

FOUS LITTÉRAIRE

Marc Ways, libraire et galeriste à Fontenoy-la-Joûte, amateurs d'estampes anciennes et rares, spécialiste d'Alfred Jarry,vient de créer un Institut international de recherches sur les Fous littéraires.

Si cette aventure vous tente, pouvez-vous lui communiquer quelques noms et emails de personnes à contacter de votre part. La création d’un réseau de départ est fondamentale.

Merci à vous.

Toute sa folle sympathie vous accompagne.

Marc Ways, Président et Co-Fondateur de L’I.I.R.E.F.L.

André Stas, Vice-Président et Co-Fondateur de L’I.I.R.E.F.L.

Institut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires, Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés, sans oublier tous les autres…

1, rue du Tremblot

54122 Fontenoy-La-Joûte

06 88 74 58 68

iirefl@orange.fr

L'AMOUR DES LIVRES, par Jules Janin, 1866

Georges, mon jeune confrère en bibliophilie, il faut tout d'abord que je vous félicite de ce grand amour qui vous a pris, si jeune encore, pour les beaux livres.

« Les livres ont toujours été la passion des honnêtes gens ! » disait Ménage. Une aimable passion dont le charme est toujours nouveau ; variée, inépuisable, élégante, mais il est rare qu'elle soit le partage de la jeunesse. Ordinairement elle arrive à l'homme heureux, quand cet homme heureux touche aux premières limites de l'âge sévère, à l'heure où, revenu de toutes les passions stériles, il songe à préparer les armes de sa vieillesse, les petits bonheurs de son toit domestique, et sa fête innocente de chaque jour. Soyez donc le bienvenu, d'aimer si vite et si bien ces chers amis de la vie humaine, amis dévoués, reconnaissants, fidèles. Ils voyagent avec nous, ils nous suivent à la ville, à la campagne ; on emporte son livre au fond des bois, on le retrouve au coin du feu : « C'est proprement un charme ! ». Et Montesquieu a très bien dit qu'il ne savait pas de douleur si grande, qui ne fût soulagée un instant par la lecture d'un bon livre.

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