SUR LES TRACES DU « GANT ROUGE »
lundi 31 août 2009 :: BIBLIO-NOMADIE :: Alerter la modération
C'est une belle histoire qui vient d'arriver à Michel Forrier. Ancien garde républicain, à la retraite depuis 2000, il s'est installé à Cambo dans un but précis : assouvir sa passion pour Rostand. Pour Edmond, bien sûr, mais aussi pour toute la famille. Depuis Eugène, son père, économiste et avocat, jusqu'à François, le fils de Jean, mathématicien et ami de Boris Vian. Ce qui l'intéresse particulièrement dans cette famille, c'est « l'élan d'humanisme qui les relie. Bien qu'ils soient issus de la grande bourgeoisie, ils ont tous besoin de se mettre au service des autres. »
Quand il est arrivé à Cambo, Michel Forrier était déjà en possession d'une importante documentation. Et il a, bien sûr, poursuivi ses recherches sur place, publiant notamment La Petite Histoire d'Arnaga, en 2006 (éditions Pyrémonde) et l'an dernier Madame Simone (Le Croît vif), biographie de la comédienne qui interpréta plusieurs pièces de Rostand (1).

Mais il vient d'accéder à la notoriété en publiant Le Gant rouge, une pièce inédite de l'auteur de Cyrano de Bergerac Elle a paru cet été aux éditions Nicolas Malais, accompagnée de lettres de Rostand à sa fiancée, Rosemonde Gérard. Un ouvrage à la présentation très élégante et que l'universitaire Olivier Goetz, auteur d'une thèse sur Chantecler a enrichi d'un texte érudit de 90 pages.
C'est en fouillant, aux Archives nationales, dans les textes dramatiques passés au crible de la censure de l'époque, que Michel Forrier a retrouvé Le Gant rouge. « Quand j'ai lu, sur la feuille de garde, le titre de la pièce, représentée en 1888 au théâtre de Cluny, j'ai su que c'était bien la première oeuvre de Rostand. Le nom de l'auteur ne figurait pas mais j'avais en tête des articles sur cette pièce qui commence au musée Grévin. »
Un demi-échec
En 1888, Rostand a 20 ans, et c'est un auteur totalement inconnu. Avec son beau-frère Henry Lee, il imagine un vaudeville trépidant et coquin. Pour se faire représenter, il a dû contracter un emprunt. Mais Le « Gant rouge » n'a connu que 17 représentations. Et la critique, à une exception près, fut très féroce pour cette première oeuvre. « En raison de ce demi-échec, raconte Michel Forrier, Rostand a évolué vers le théâtre en vers, connaissant la gloire quelques années plus tard avec Cyrano. Il ne voulait plus parler de ce Gant rouge quand, en 1903, le théâtre de Cluny a voulu remonter la pièce pour faire de l'argent. Et Rostand, devenu entre-temps célèbre, a dû, cette fois, payer pour qu'elle ne soit pas représentée ! »
Après s'être livré à un vrai travail de bénédictin, recopiant à la main, à la Bibliothèque nationale les 31 lettres de Rostand, Michel Forrier est allé voir, à Metz, Olivier Goetz et leur travail commun a abouti à la publication de cet ouvrage, unanimement salué par la presse française et étrangère. Le Camboar d'adoption est, évidemment, très flatté de cet accueil, mais il tient, devançant les critiques qui pourraient lui être faites, à préciser ses intentions : « Je ne suis pas là pour me servir de Rostand, mais pour servir sa mémoire ».
Et, au fait, Le Gant rouge, qu'en pense-t-il ? « C'est un vaudeville dans le genre de Feydeau, Labiche ou Victorien Sardou, du théâtre fait pour divertir. C'est du Rostand avant Rostand, le coup d'essai avant le coup de maître. »
(1) Le livre sera présenté à l'Orangerie d'Arnaga le 19 septembre, à l'occasion des Journées du patrimoine.
Emmanuel Planes pour Sud Ouest

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