Le style, c’est l’homme !

Aussi délicieux, imprévu, charmeur à écouter qu’à lire

Il y a, parmi les cyclistes, les boxeurs et les footballeurs, des stylistes. Chez les écrivains aussi, dit-on. Le fait est plus rare, certes. Lapouge est de ces happy few..

Un écrivain, c’est d’abord une musique, un ton qu’on reconnaisse. Or, de même qu’il y a un grand charme à écouter parler Gilles Lapouge (sa voix ductile, onduleuse, voilée d’un sourire), il y a un bonheur particulier à retrouver ses adjectifs (de l’imprévu au saugrenu), son rythme (invisiblement chaloupé, genre boléro), ses modulations (il a le changement de ton impalpable).

À part ça, l’imagination imprévisible et les curiosités sans limites. S’il était rugbyman, il ne cesserait de botter en touche, c’est l’évidence. D’où ses essais sur les pirates, ou les utopies. Son goût des ailleurs. À ce propos, on admirera qu’il soit depuis soixante ans (!) le correspondant en France du journal brésilien O Estado do Sao Paulo.

D’aucuns le classent naïvement parmi les écrivains-voyageurs. C’est une plaisanterie. Il est sans doute allé ici ou là (l’Islande, dit-il, et d’autres endroits de ce genre), mais en somme le lac d’Enghien lui aurait largement suffi, ou Vichy. Il y aurait vu maint détail curieux, qu’il vous aurait raconté, comme Malraux Trébizonde (mais avec davantage de bémols).

D’ailleurs si tous les écrivains-voyageurs étaient des écrivains, ça se saurait. Lapouge est donc un écrivain. On jubile en le lisant (si on aime ce genre).

Ses chroniques sont inimitables. Ses romans aussi. Plus personne ne sait faire ça. En tout cas, pas grand monde.

On peut écouter Gilles Lapouge en CLIQUANT ICI

Un livre, c'est la plus petite usine du monde. c'est la plus puissante. Et la moins destructible.

© la photo de Gilles Lapouge est de Pierre Verdy