Le faiseur d'or...

Nicolas Flamel ! Son nom seul suffit à évoquer, encore aujourd'hui, l'atelier de l'alchimiste où le plomb se change en or au fond de quelque creuset. Pourtant, rien ne prédisposait Flamel à devenir un adepte du Grand Oeuvre II vivait simplement, dans la seconde moitié du XIVe siècle, à l'ombre de Notre-Dame, où il exerçait la profession de copiste. Une nuit, il eut une vision angélique et une voix céleste lui dit : « Regarde bien ce livre; il te semble obscur à toi, comme à tout le monde, mais un jour tu y verras ce qu'il faut y voir et tu sauras ce que nul ne sait... » Flamel perçut distinctement la reliure de cuivre doré d'un ouvrage qu'il n'avait jamais vu, puis l'apparition s'effaça. Il n'y pensait plus lorsque, des mois plus tard, un étranger misérable lui vendit un ouvrage qui correspondait exactement à sa vision : c'était le Rituel de Haute Magie d'Abraham le Juif. C'est ainsi que, guidé par Dieu, Nicolas Flamel devint un des plus célèbres Maîtres de la science hermétique et qu'il découvrit la pierre philosophale.

Léo Larguier, auteur du livre Le Faiseur d’or, Nicolas Flamel raconte l’histoire de l’alchimiste de la tour Saint-Jacques. Versé dans l’ésotérisme. Guillaume Apollinaire, son voisin et ami l’évoque dans un poème que nous croyons codé.

Léo Larguier soldat mystique ô brancardier

Les vers du caporal plaisent au brigadier

Ce secteur 114 est-ce Arras ou peut-être

La ferme Choléra sinon le bois Le Prêtre

Ici la fraise est rouge et les lilas sont morts

La couleuvre se love en la paille où je dors

Quand s'éveille la nuit la Champagne tonnante

La nuit quand les convois traînent leur rumeur lente

À travers la Champagne où tonnent nos canons

Et les flacons ambrés

Et si nous revenons

Dieu Que de souvenirs

Je suis gai pas malade

Et comme fut Ronsard le chef d'une brigade

Agent de liaison je suis bien aguerri

J'ai l'air mâle et fier j'ai même un peu maigri

Des braves fantassins je connais les tranchées

Où les Gloires de pourpre aux créneaux attachées

Attendent que nos bleus les violent enfin

Au nez de Rosalie épouse du biffin

Êtes-vous en Argonne ou dans le Labyrinthe

Moi je ne suis pas loin de Reims la ville sainte

Je vis dans un marais au fond d'un bois touffu

Ma hutte est en roseaux et ma table est un fût

Que j'ai trouvé naguère au bord du Bras de Vesle

Le rossignol garrule et l'Amour renouvelle

Cependant que l'obus rapace en miaulant

Abat le sapin noir ou le bouleau si blanc

Mais quand reverrons-nous une femme une chambre

Quand nous reverrons-nous Mais sera-ce en septembre

Adieu Léo Larguier ça barde en ce moment

105 et 305 le beau bombardement

Je songe au mois de mars à vous à la tour Magne

Où est mon chocolat Les rats ont tout croqué

Et j'ajoute mon cher style communiqué

Duel d'artillerie à minuit en Champagne

Guilluame Apollinaire, 1917.

Une rencontre...

J'ai rencontré encore à Nîmes, Léo Larguier, qui eut plusieurs fois l'occasion de fréquenter la maison du 1, rue Bourbon-le-Château, et qui a publié sur la guerre un beau livre de littérateur : Les Heures déchirées. Le premier dimanche de mars, en 1915, je déjeunais au petit restaurant de la Grille, quand un caporal de la ligne se leva de table et m'aborda en me récitant une strophe de la Chanson du Mal-aimé. Je fus interloqué. Un deuxième canonnier-conducteur n'est pas habitué à ce qu'on lui récite ses propres vers. Je le regardai sans le reconnaître. Il était de haute taille, et, de figure, ressemblait à un Victor Hugo sans barbe et plus encore à un Balzac. « Je suis Léo Larguier, me dit-il alors. Bonjour, Guillaume Apollinaire. » Et nous ne nous quittâmes que le soir à l'heure de la rentréeau quartier. Ce jour-là et les jours suivants nous ne parlâmes pas de la guerre, car les soldats n'en parlent jamais,

(...)

Le lendemain, je ne revis plus Larguier. Il était parti pour un camp d'instruction d'où il alla sur le front comme caporal brancardier. Nous fûmes près l'un de l'autre à la bataille de Champagne, mais nous ne pûmes nous joindre. Il y fut blessé et nous ne nous rencontrâmes que durant une de ses permissions, justement devant le n° 1 de la rue Bourbon-le-Château, cette « sombre maison » chantée par M. Fernand Fleuret.

Extrait de Le Flâneur des deux rives.

La tour Magne, Nîmes.

A LIRE :

Léo Larguier, à livre entr'ouvert, de Paul Amargier (La Thune Marseille)