Sur les Traces de NICOLAS BOUVIER et d'INGRID THOBOIS...

Ingrid Thobois est une tout jeune femme, frêle et curieuse qui a le démon de la « poudre d’escampette » vissé » à l’âme. Nous nous sommes rencontrés, voilà quelques années à l’invitation de Gilles Lapouge qui produisait une série d ‘émission sur France Culture. Dans mon souvenir, il y avait Berthil Gallard, écrivain, eiteur et ami de Nicolas Bouvier, Marlyse Piétri (des éditions Zoé) venue parler de son attachement à l’écrivain qu’elle édite et continue de faire vivre et André Velter, le poète, venu évoquer l’admiration que Nicolas Bouvier portait à Vladimir Holan, le poète Praguois. Gilles Lapouge souhaitait célébrer, non pas le Voyage, mais l’écrivain qu’il considérait à raison comme majeur (*). Il souhaitait aussi que nous évoquions, l’iconographie un étrange métier qui n’existe plus guère et que Nicolas pratiquait en esthète et avec conscience. Ingrid Thobois, alors jeune étudiante, brillante et déjà polyglotte, souhaitait suivre le cours de « L’Usage du monde », un livre phare, et mettre ses pas dans ceux de Nicolas et de son complice dessinateur Thierry Vernet. Je me souviens qu’elle acquit rapidement l’amitié d’Eliane Bouvier, l’épouse de Nicolas, de Marlyse Pietri et l’admiration de tout notre petit groupe. Cette petite femme respirait la force, la ténacité et la bonté. Quelques années passèrent et elle accomplit son grand tour, à quelque pas près puisqu’elle ne rendit pas au Pakistan, Quetta – capitale du Balouchistan – dans le Lourde’s Hôtel où Nicolas s’était arrêté. Avec Ingrid, nous avons longuement conresspondu. Puis elle a repris la route de l’Orient renouant ainsi ave les voyageuses du XIXe siècle. J’ai toujours su qu’elle réussirait son voyage, qu’elle écrirait - Mis à plat, désossé, ré assemblé, poncé, limé, peigné, poli, aminci, ce sont ses mots - et que à notre tour, nous pourrions mettre nos pas dans les siens.

« Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés », premier roman de Ingrid Thobois est à paraître aux éditions Phébus en août 2007.

Michel LEBRIS au Sujet de Nicolas Bouvier :

(* ) C'était quelqu'un que j'aimais infiniment. Que je connaissais depuis la première publication de «L'usage du monde», dans les années soixante. Un livre passé totalement inaperçu: c'était l'époque où l'on vous expliquait qu'il fallait mettre le monde entre parenthèses, c'était le linguisme à tout-va, l'avant-garde, le structuralisme. J'ai mis des années à convaincre les critiques parisiens de cette évidence: que Bouvier est un écrivain majeur de ce siècle. L'équivalent, pour le monde francophone, d'un Bruce Chatwin en Angleterre: à savoir l'illustration d'une certaine idée de la littérature, d'un rapport d'incandescence entre le monde et la littérature. En plus, le personnage avait une dimension humaine exceptionnelle, faite d'humour, de discrétion, de finesse. Bouvier restera, sa reconnaissance tardive n'est pas un effet de mode. (Michel Lebris, créteur du festival Etonnants Voyageurs)

Nicolas Bouvier, le poète :

Désormais, c'est dans un autre ailleurs / qui ne dit pas son nom /dans d'autres souffles et d'autres plaines/ ?qu'il te faudra / plus léger que boule / ?de chardon / disparaître en silence /?en retrouvant le vent / des routes.

Nicolas Bouvier, l’iconogaphe :

Dans mon métier d'imagier, je suis, à tout bout de champ, tombé sur des images de la mort : gisants, gibets, ossuaires, danses, lames de tarot où elle vient à bon droit tenir sa place. C'est une échéance que, sans morbidité aucune, je n'ai jamais pu ni souhaité évacué.

Pour retrouver le voyage d’Ingrid Thobois sur les traces de Nicolas Bouvier

|ivres de Nicolas Bouvier aux éditions ZOÉ