BIBLIOLIBRIUS & LIVRES-VALISES A RANGER DANS UNE MALLE-BIBLIOTHÈQUE OU UN CABINET DE LECTURE & DES SINGULARITÉS
par Eric Poindron

Pour le bon docteur Jean-Paul Fontaine, auteur de Le Livre des livres et BiblioLexique, à paraître aux éditions de cendres.

– BIBLIOBELISQUE – Livre en forme de monument égyptien et, peut-être, écrit en hiéroglyphes ou dans un langage abscons (La Grammaire logique, ou théorie d’une nouvelle analyse mathématique résolvant les questions les plus difficiles, 1. du participe passé, 2. du participe présent, 3. du placement des pronoms après l’impératif. En tout treize règles logiques, les seules vraies et sans aucune exception, résumées en douze mots, de Jean-Pierre Brisset, chez l’auteur et à la librairie de J.-B. Fruchy, Leroy frères successeurs, 1878).
André Labarre fait remarquer que, quelque écrit qu’il soit, l’obélisque de la place de la Concorde n’est pas un livre.(Pascal Quignard.)

– BIBLIOBSCÈNE – Livre à ne pas mettre entre tout les mains (Le pornithorynque est un salopare, de Alain Créhange, éditions Mille et une nuits ; et l’auteur d’ajouter que « quand les mots se reproduisent, c’est uniquement pour le plaisir »).
– BIBLIOCIEUX – (de ocieux, oisif, mais vieilli.) Livre emprunt d’une certaine fainéantise (OIblomov, d’Ivan Gontcharov, écrivain russe atteint peut-être d‘Oblomovisme – ou du moins de procrastination -puisqu’il mit plus de dix ans à écrire son chef-d’oeuvre).
– BIBLIOBSCUR – Livre sur lequel toute la lumière n’a pas été faite (La chouette aveugle, de Sadegh Hedayat, éditions José Corti)
– BIBLIOCTAÈDRE – Livre qui possède huit côtés et difficile à ranger dans une bibliothèque classique (Le Tour du jour en quatre vingt Mondes, de Julio Cortazar – à la manière de V. Jerne – auteur aussi, puisque nous y sommes de L’Octaèdre – éditions Gallimard).
– BIBLIOCCULTE – Livre terrifiant ou du moins mystérieux. (Le Cénacle Troglodyte ou la Bibliothèque de Babel, de Élias Thomasov, éditions du Malin Plaisir, 2003. Où il est question des égarements physiques, historiques et philosophiques de l’auteur, dans les entrailles de Reims, ville des sacres, à la recherche d’un lac souterrain et d’une bibliothèque hypothétique et supposée légendaire).

– BIBLIOCTOGÉNAIRE – Très vieux livre (La Mort de Mathusalem, de Isaac Bashevis Singer – qui déclarait : « Les fantômes aiment le yiddish et, pour autant que je sache il le parlent tous »- éditions Stock).

– Le BIBLIOHMMÈTRE – Livre servant à mesurer les résistance électriques qui n’aurait pas déplu à Benjamin Franklin (Le Marchand de paratonnerre de Hermann Melville, auteur aussi de « l’absurde » chef d’oeuvre Bartleby le scribe qui « I would prefer not to », ou par « Je préférerais ne pas) – Voir BIBLIORAGEUX.

– BIBLIOLÉ-OLÉ – Livre de corps de garde (Les Gaillardises du sieur Mont Gaillard, Dauphinois, suivies d’autres poésies du même auteur, de Pierre de Faucherand, mont-Gailalrd, publié d’après d’après l’édition original de 1606, Librairie E.Sansot & Cie Éditeurs, Collection Varia Curiosa, Paris, 1905).
– BIBLIOLFACTIF – Livre à forte odeur – de soufre ? (Le Parfum de Patrick Süskind qui conte les mésaventures de Jean-Baptiste grenouille, fils de catin, parfumeur à ses heures perdues et asssasin horspair ; Le Nez de Nicolas Gogol).
– BIBLIOLOPHÈRNE - Livre presque biblique et rabelaisien qui « coupe court » à un certain nombre de légende et de « fortes têtes » (‘Mémoires des bourreaux Sanson, Sept générations d’exécuteurs, de Henri Clément Sanson – dernier, et heureusement, de la lignée – P. Dupray de la Mahérie et compagnie, 1862 ; Anatole Deibler. Les Carnets d’exécutions, de Anatole Deibler – 1885 – 1939 – éditions L’Archipel, 2004 ; Anatole Deibler, L’homme qui trancha 400 têtes », de Gérard A. Jaeger, éditions Le Félin, 2001).
– BIBLIOMEGA – Le dernier livre (Les Cavaliers de l’apocalypse, de Henri Vernes ou Fin de partie, de Samuel Beckett, éditions de Minuit)

– BIBLIOMNIBUS – Livre en état de marche qui auraît plu au « stylé » Raymond Queneau (L’École BUSsonnière, petits voyages et nouvelles rémoises, de Nicolas Millet, éditions du Coq à l’Ane)

– BIBLIOMNIPRÉSENT – Livre que l’on ne peut égarer (La Boussole du club des cinq, d’Enid Blyton sans oublier Dagobert, le chien des cinq qui ne porte culotte – courte – ni à l’endroit, ni à l’envers – éditions Hachette bibliothèque rose).

– BIBLIONOMATOPÉIQUE – Livre qui fait beaucoup de bruit. (Défense De Jouer De La Trompette À Jéricho Après 20 Heures, de Ephraïm Kishon – écrivain et joueur d’échecs qui survécut à la shoah et déclara : « ils ont fait une erreur, ils ont laissé un satiriste en vie » – éditions Solar).
– BIBLIONÉREUX – Livre rare, donc cher ; ou l’inverse (Chronicon Babylonis, de – Caetani, Benedetto – qui fut elu pape en 1294, prit le nom de Boniface VIII et que l’on jugea hérétique – édition établi par Eloi David Collin de Plancy, Editions du Malin Plaisir, 2004. Livre rare ; Catalogue d’une très riche mais peu nombreuse collection de livres provenant de la bibliothèque de feu M. le comte J.-N.-A.de Fortsas dont la vente se fera à Binche, le 10 août 1840, à onze heures du matin, en l’étude et par le ministère de Me Mourlon, Notaire, rue de l’Église, n°9 – livre(s) cher(s) – éditions des cendres).
– BIBLIOPHÉLIQUE _ Livre dramatique, shakspearien, qui prend l’eau et peut mener au suicide (Bains de mer, bains de rêve, de Paul Morand, Guilde du livre, Lausanne, 1960).

– BIBLIOPIACÉ – Livre dangereux, interdit et mauvais pour la santé. A la manière de Thomas de Coincey, par exemple (Confessions d’un automate mangeur d’Opium, de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, éditions du serpents à plume ; et qui n’est pas sans rappeler un autre livre).
– BIBLIOPTIMISME – Livre de belle humeur. (Les Rencontres Fantaisies et Coq-a-L’Asne Facetieux du Baron Gratelard, tenant sa Classe ordinaire au bout du Pont-Neuf ; Avec ses gaillardises admirables & conceptions joyeuses, de Antoine Girard, dit Tabarin. A Troyes, chez J. A. Garnier, Avec Permission, Petit in-12, 1738).

– BIBLIORACLE – Livre divinatoire et « à peu près (Grand livre ou petit traité sur la vie, la mort, la résurrection & les oeuvres anthumes et posthumes des astrologues champenois – prophètes, magiciens, devins, spécialistes ès science théurgiques, mathématiques et astronomiques, de jean François Cornu, in Mystères et Diableries en Champagne-Ardenne, contes, fééries, légendes, espiègleries, fables ét récits extrordinaires, Éditions du Coq à l’Ane – Où l’auteur, Homme de droit, de paix et bibliomane fait la lumière sur l’astologue aveugle ; Commelet le conjectural ; Colluche le disciple inconnu ; Jean Bélot, curé de Mil-Monts ; Pierre de Larivey, Champenois, chanoine, traducteur & astrophile ; Armande des jardins, baronne de Neuf-château, et quelques autres. Document rare).
– BIBLIORAGEUX – Livre qui peut avoir mauvais caractère (Dictionnaire de l’argot des typographes, suivi d’un choix de coquilles typographiques célèbres ou curieuses, de Eugène Boutmy, correcteur d’Imprimerie et polygraphe patenté, Flammarion et Marpon 1883). Voir aussi BIBLIOHMMÈTRE.
– BIBLIORAL – Livre qu’il faut lire à haute voix ( Les Oraisons funèbres de Bossuet, ou Les Sermons de Bourdaloue, toutefois nettement plus indigeste que la tarte du même nom).
– BIBLIORDINAIRE – Livre assez quelconque. (Propre à rien, de Gabriel Chevalier, spécialiste des urinoirs ruraux ou pire encore Scène de la vie d’un propre à rien de Joseph von Eichendorff – qui ne devait pas être si ordinaire puisque il inspira à Strauss l’un de ses quatres des Lieds, et sans doute le plus beau Im Abendrot, Dès l’aube.)
– BIBLIORFÈVRE – Livre de grandes valeur (Vie de Benvenuto Cellini par lui même, de Benvenuto Cellini – orfèvre et sculpteur ou Les Bijoux de la castafiore, de Hergé).
– BiBLIORGIAQUE – Livre « léger » à lire à plusieurs (Les Trois mousquetaires au couvent, opérette en trois actes, livret de Paul Ferrier et Jules Prével).
– BIBLIORIFICE - Livre creux (Voyage autour de mon crâne, de Frigyes Karinthy ou Voyage au centre de la terre, ou aventures de quelques naufragés dans des pays inconnus, anonyme et traduit de l’anglais par M. J. Saint Albin, même s’il l’on sait aujourd’hui que nous le devons à Jacques-Auguste-Simon, dit Collin de Plancy. Le livre a sans dout influencé Jules Verne pour son propre Voyage au centre de la terre)
– BIBLIORNICAR - Livre égaré (Le Monde perdu de Sir Athur Conan Doyle ou Robinson Crusoé de Daniel Defoe).
– BIBLIORNITHORYNQUE – Livre traitant des animaux improbables (Histoire naturelle des dragons, de Michel Meurger – spécialiste aussi des lycanthropes, de Gille de Rais, un « drôle d’animal », et des monstres lochnessien et lacustres – éditions Terre de brumes).

ou « Le Rhiocéros qui lisait Nietzsche », de Peter S. Beagle (Gallimard, Folio SF)

– BIBLIORPHELIN - Livre qui n’a pas trouvé sa place dans une bibliothèque (Sans famille, d’Hector Malot, écrivain de grande probité qui vivait à Fontenay-sous-bois dans un chalet).
– BIBLIORTIE - Livre qui ne manque pas de piquant et que l’on peut jeter même s’il ne faut jamais jeter un livre. (La Mustardographie. Traité en manière de dialogue Par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre et pratiquer l’honnête art du Moutardier, de de Mathieu Varille & Marius Audin Lyon, aux deux collines, 1935, in-18 illustré de 6 bois originaux de Bernard-Aldebert, tirés en marron. Tirage à 500 exemplaires tous numérotés. Opuscule érudit et farfelu qui conte l’histoire des producteurs de moutarde et des moutardiers et ce jusqu’à ceux de la Perfide Albion qui surent reconvertir leur moulin en changeant de grains à moudre…).
– BIBLIORIGAMI – Livre imprimé sur papier « japon » qui peut ressembler, par exemple, à un cygne, une « cocotte » ou à un petit bateau. (Hiden Senbazuru Orikata ou Secret de pliages des milles (*) grues – (*)qui portent bonheur au Japon – 1797).

– BIBLIORRIFIQUE – Livre à déconseiller aux pleutres aux esprits crédules et aux insomniaques (Naissance du fantôme, une anthologie, de Jean-David Jumeau-Lafond – arrière petit fils du peintre symboliste Carlos Schwabe, auteur de la toile superbe et macabre La Mort du fossoyeur – édtitions de la Bibliothèque).

– BIBLIOSTROGOT – Livre de caractère vaguement gothique (Pour ne pas citer les livres célèbres que les lettrés connaissent ou découvriront sans peine dans les bonnes histoires de la littérature, anglais et française, nous avons choisi Le Vampire, de John William Polidori, médecin de Lord Byron qui se suicida à l’acide prussique. Ce ne fut pas la seul sottise qu’il commît dans sa vie, rassurons-nous…).
– BIBLIOTOMATE – Livre qui n’a rien d’humain et donts les ressorts sont plus mécaniques que dramatiques – La Poupée sanglante et La machine à assasiner, de Gaston Leroux, éditions de l’aube)

BIBLIOULIPIEN Livre qui peut posséder plusieurs queues et plusieurs têtes (Je me souviens… de La Disparition de La Belle Hortense, La Belle jardinière, durant 53 jours et de ses ces Exercices de style, ses Cent Mille Milliards de Poèmes. Toi qui connais du monde, Le Voleur de nostalgie, Le Château des destins croisés, Les Villes invisibles et et La Vie mode d’emploi. Si par une nuit d’hiver un voyageur…Pas un jour sans Les Revenentes, collectif et introuvable. Avec toutefois l’aimable participation de Georges Perec, Raymond Queneau, Italo Calvino, Jacques Roubaud, Paul Fournel, Hervé Le Tellier & votre serviteur).
– BIBLIOVIDIEN – Livre qui peut prendre plusieurs apparences, appelé aussi livre des Métamorphoses (Mon caméléon, de Francis de Miomandre, écrivain prolixe et poétique qui aimait prendre ses aises et l’apéritif à La Closerie des lilas).

– BIBLIOVIPARE –Livre fragile que n’aurait pas renié Christophe Colomb. (Les Grenouilles, de Cyriël bruysse (Éditions finitude, collection, les contes songuliers, nantes)Catalogue des reptiles et batraciens du département de l’Aube et étude sur la distribution géographique des reptiles et batraciens de l’est de la France, de Victor Collin de Plancy, 1878 – ministre plénipotentiaire en Extrême-Orient. Premier ambassadeur de France en Corée du Sud (1853-1922) – et fils de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy, démonologue, Voltairien à demi, calottin et auteur d’une oeuvre dense et pseudonymique contenant notemment le célèbre Dictionnaire infernal ou Bibliothèque Universelle sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses, qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles.)
– BIBLIOVNI – Livre qu’il est mal aisé de définir (Les Foux littéraires d’André Blavier, éditions des cendres ; les Floux itinéraires que personne n’a encore pris le temps de rédiger ni eu le courage d’emprunter ou Le Nouveau et Le Nouveau Nouveau magazin d’écriture, de Hubert Haddad, éditions Zulma).

A suivre…
Je tairai le nom de ce Pic de la Mirandole « à la diable », mais il se reconnaitra… Plus vaniteux qu’érudit, il croyait tout connaitre et tout posséder; pourtant il lui manquait l’essentiel : Le Grand livre de l’humilité. François Régulus-Delusnes, Cabochard et pied-de-cochon, éditions du du Puit qui fuit & du trou sans fond.

Et comme il est souvent écrit : la liste ne saurait être exhaustive. Alors à vot’ bon coeur… Messieurs les bibliopathes.
Quelques livres-valises envoyés par Nicolas Millet à ranger et à classer de toute urgence…
– BIBLIOBOLE (verser sa) : Expression vieillie signifiant offrir un livre de petite valeur pécuniaire mais de grande valeur littéraire. Les livres publiés par les éditions Mille et une nuits ou les éditions Librio sont particulièrement adaptés aux biblioboles.
– BIBLIOCTET : Synonyme, trop peu répandu, de livre numérique.
– BIBLIOFFICINE : Livre prétendant pouvoir se substituer au corps médical. (Anticancer de David Servan-Schreiber, éd. Robert Laffont ou La Méthode simple pour en finir avec la cigarette d’Allen Carr, éd. Pocket)
– BIBLION-DIT : Livre rencontrant un grand succès, mérité ou non, suite au bouche-à-oreilles. (L’élégance du hérisson, Muriel Barbéry, éd. Gallimard)
– BIBLIOPINEL : Ouvrage dont les pages sont particulièrement coupantes (L’Ecriture comme un couteau, d’Annie Ernaux, éd. Stock ou Le Couteau sur la nuque, d’Agatha Christie, éd. du Masque). Ou livre aux propos tranchants (Note de l’éditeur)