Celui-la était passé, en peu de temps, de modeste acheteur de livres à bibliophilo-facétieux (*), avant que la bibliophilsation (**) le prenne presque par surprise. Souhaitant cacher ce vice impuni à son entourage, il rasait les murs des librairies, « se faisait tout petit » afin d’acquérir de précieux et minuscules ouvrages, à l’image de ce
BIBLIOLEXIQUE à l’usage des amateurs de livres, écrit par Jean-Paul Fontaine et aux éditions des Cendres.
(*) relatif à la facétie bibliophilique
(**) conversion d’un simple lecteur en bibliophile.
Dame Sei Shonagon est une femme de lettres japonaise qui a écrit vers l’an 1000 ce qui est considéré comme une des œuvres majeures de la littérature japonaise et mondiale et parfois comme la première forme romancée.
Son œuvre majeure s’intitule Notes de chevet (Makura no soshi), un texte inclassable, annonçant, dans la littérature « moderne », la notion fragment. C’est une collection de listes, de poésies, de complaintes et d’observations glanées tout au long de son séjour à la cour durant l’Époque de Heian. Dans le Makura no soshi, Sei Soanagon inaugure un genre nouveau, une sorte de journal qui mélange anecdotes et réflexions où l’auteur donne libre cours à son esprit. Après la mort en couches de l’impératrice Sadako (1000), nous n’avons aucun détail sur sa vie, mais on estime que ses Notes de chevet ont été achevées entre 1001 et 1010.
Pillow book
Le gardien vous recommande la lecture de :
Notes de chevet, de Sei Shonagon (Gallimard, collection Connaissance de l’Asie)
Message d’OrnithOrynque
Bonjour à vous,
J’ai trouvé ce livre par hasard chez un bouquiniste, d’abord attiré par la collection, de référence, puis j’ai été totalement happé par les extraits que je picorai (j’ai un bec, rappelez-vous !), et m’étais fait la même reflexion que vous : étonnament moderne.
Après l’arrivée du dernier convoqué, le maître se mit en marche, guidant notre groupe, qui l’accompagnait docilement. Grand, brun, la physionomie ouverte, les traits réguliers, Canterel, avec sa fine moustache et ses yeux vifs où brillait sa merveilleuse intelligence, accusait à peine ses quarante-quatre ans. Sa voix chaude et persuasive donnait beaucoup d’attrait à son élocution prenante, dont la séduction et la clarté faisaient de lui un des champions de la parole.
Ce jeudi de commençant avril, mon savant ami le maître Martial Canterel m’avait convié, avec quelques autres de ses intimes, à visiter l’immense parc environnant sa belle villa de Montmorency.
Locus Solus — la propriété se nomme ainsi — est une calme retraite où Canterel aime poursuivre en toute tranquillité d’esprit ses multiples et féconds travaux. En ce lieu solitaire il est suffisamment à l’abri des agitations de Paris — et peut cependant gagner la capitale en un quart d’heure quand ses recherches nécessitent quelque station dans telle bibliothèque spéciale ou quand arrive l’instant de faire au monde scientifique, dans une conférence prodigieusement courue, telle communication sensationnelle.
C’est à Locus Solus que Canterel passe presque toute l’année, entouré de disciples qui, pleins d’une admiration passionnée pour ses continuelles découvertes, le secondent avec fanatisme dans l’accomplissement de son oeuvre. La villa contient plusieurs pièces luxueusement aménagées en laboratoires modèles qu’entretiennent de nombreux aides, et le maître consacre sa vie entière à la science, aplanissant d’emblée, avec sa grande fortune de célibataire exempt de charges, toutes difficultés matérielles suscitées au cours de son labeur acharné par les divers buts qu’il s’assigne.
Trois heures venaient de sonner. Il faisait bon, et le soleil étincelait dans un ciel presque uniformément pur. Canterel nous avait reçus non loin de sa villa, en plein air, sous de vieux arbres dont l’ombrage enveloppait une confortable installation comprenant différents sièges d’osier.
Après l’arrivée du dernier convoqué, le maître se mit en marche, guidant notre groupe, qui l’accompagnait docilement. Grand, brun, la physionomie ouverte, les traits réguliers, Canterel, avec sa fine moustache et ses yeux vifs où brillait sa merveilleuse intelligence, accusait à peine ses quarante-quatre ans. Sa voix chaude et persuasive donnait beaucoup d’attrait à son élocution prenante, dont la séduction et la clarté faisaient de lui un des champions de la parole.
C’est encore le Sieur Appasqui, par ces commentaires savoureux et ses amorces d’imaginations plaisantes nous donnent envie de jouer la fille de l’air. Alors, quitte à prendre la poudre d’escampette faisons le extravagante compagnie. Si l’écrivain allemand Rudolf Erich Raspe a écrit les aventures romanesques du personnage historique – de son véritable nom, Karl Friedrich Hieronymus Freiherr von Münchhausen -, Alfred Jarry s’est plu à le citer dans Le Surmâle, texte foutraque et trop méconnu du grand Jarry.
— Le chapitre XX du livre IX de Théophraste d’Erèse est en effet consacré aux aphrodisiaques, dit Marcueil ; mais je vous répète — et il s’animait un peu et ses yeux brillaient sous son lorgnon — que je crois que ni la drogue ni la patrie n’ont d’importance, et qu’il y aurait même plus de raisons pour qu’un homme blanc… Mais, ajouta-t-il presque à part, d’un homme de pays singuliers on jugerait la prouesse moins singulière, moins incroyable… puisqu’il paraît que c’est une prouesse… ! Dans tous les cas, ce qu’un homme a fait, un autre le peut faire.
— Savez-vous bien qui a dit le premier ce que vous ruminez là ? interrompit Mrs. Gough, qui avait de la lecture.
— Ce que… ?
— Justement, votre phrase : « Ce qu’un homme a fait… »
— Ah ! oui, mais je n’y pensais pas. Cela est écrit… parbleu, dit Marcueil, dans les Aventures du Baron de Münchhausen.
— Je ne connais pas cet Allemand, dit le général.
— Un colonel, général, souffla Mrs. Gough, un colonel de hussards rouges… en français, M. de Crac.
— J’y suis : histoires de chasse, dit le général.
— En vérité, monsieur, dit à Marcueil Mme de Saint-Jurieu, il était impossible d’insinuer plus spirituellement que le record de l’Indien ne serait battu que par… voyons… cet autre PeauRouge, un hussard… rouge… ayant beaucoup d’imagination !
— C’est donc là, ajouta Henriette Cyne, où vous vouliez en venir et où… vous nous avez fait naviguer ! Vous avez fort habilement clos les enchères en mettant comme…
— Plus offrant, allez donc, dit Saint-Jurieu.
— … Quelqu’un à qui les… paroles ne coûtent rien.
— Il suffit d’avoir la langue bien pendue, dit le général.
— Comme en Afrique, fit Henriette… J’ai dit une bêtise.
— Messieurs, dit assez haut et très cérémonieusement Marcueil, je crois que le colonel baron de Münchhausen a fait tout ce qu’il a dit, et au-delà.
— Alors, ce n’est pas fini, les enchères ? s’intéressa Mrs. Gough.
— Ça devient un peu rasant, dit Henriette Cyne.
— Voyons, Marcueil, dit Bathybius, il est insensé qu’un homme saute à cheval un étang, comme ce mythique baron, fasse volte-face au milieu s’apercevant qu’il n’a pas pris assez d’élan, et se ramène, lui et son cheval, au rivage en se soulevant à la force du poignet par sa propre queue ?
— Les militaires portaient en ce temps-là, à l’ordonnance, « tous les cheveux dans la queue », interrompit Arthur Gough avec plus d’érudition que d’à-propos.
— … Cela est contraire à toutes les lois physiques, acheva Bathybius.
— Cela n’a rien d’érotique, observa distraitement le sénateur.
— Ni d’impossible, riposta Marcueil.
— Monsieur se moque de vous, dit à son mari Pusice-Euprépie.
— Le baron n’a eu qu’un tort, poursuivit André Marcueil : c’était de raconter après ses aventures. S’il est, je le veux bien, assez étonnant qu’elles lui soient arrivées…
— Sûr ! cria Henriette Cyne.
— En supposant, bien entendu, qu’elles lui soient arrivées, s’obstina plus posément le docteur.
— S’il est étonnant qu’elles lui soient arrivées, énonça imperturbablement Marcueil, il l’est beaucoup moins qu’on n’y ait pas ajouté foi. Et c’est fort heureux pour le baron ! Car peut-on imaginer l’existence insupportable que mènerait dans la société envieuse et malveillante des hommes celui qui aurait dans sa vie de tels miracles. On le rendrait responsable de toutes les actions inexpliquées et de tous les crimes impunis, comme on brûlait jadis les sorciers…
— On l’adorerait comme Dieu, dit Ellen Elson que son père avait rappelée depuis que la conversation était redescendue, en l’honneur du baron de Münchhausen, à la portée des jeunes filles.
— Et de quelle liberté ne jouirait-il pas, achevait Marcueil, si l’on pense que, commît-il des crimes, l’incrédulité universelle lui fournira ses alibis !
Le gardien du Cabinet en profite pour vous annoncer que Alfred Jarry et le Père Ubu sont ENFIN entrés à la Comédie-Française !
— « Merdre ! », aurait sans doute éructé le subversif Alfred Jarry (1873-1907), inspirateur de quelques avant-gardes culturelles du XXe siècle, et son Ubu roi sont entrés samedi soir au répertoire de la vénérable Comédie-Française. Symbole de l’événement, cette « anti-pièce » sera donnée salle Richelieu jusqu’au 21 juillet, plus d’un siècle après sa création, dans une mise en scène signée par un grand nom du théâtre français depuis quatre décennies, Jean-Pierre Vincent, ancien patron de la Maison de Molière. Une reprise du spectacle a déjà été programmée la saison prochaine (juin à juillet 2010) par l’actuel administrateur général du Français, Muriel Mayette, qui a voulu réparer une anomalie. « Lors de la grande tournée en Europe de l’Est que nous venons d’effectuer, j’ai été sidérée de voir qu’Ubu roi était joué partout, a-t-elle expliqué récemment à la presse. Or, à la Comédie-Française, ce sera une entrée au répertoire: c’est assez sidérant. » Ubuesque, même, tant son excentrique auteur, malgré la brièveté de sa carrière – ce grand buveur d’absinthe est mort à 34 ans (Ansinthe, certes,Mais pas seulement !, note du gardien, voir l’article JARRY LE CYCLO DIPSOMANIAQUE) aura annoncé divers mouvements modernes : le surréalisme, le théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, celui de l’absurde d’Eugène Ionesco, l’invention lexicale d’un Boris Vian… Qui est Père Ubu ? Il doit beaucoup à M. Hébert, professeur de physique au lycée de Rennes quand Jarry, natif de Laval, y est élève, entre 1888 et 1891. Les frères Morin, ses condisciples, se rient de l’enseignant dans Les Polonais. Inventeur de la « pataphysique », Jarry tirera de cette blague de potaches une première version d’Ubu sous forme de comédie de marionnettes, et situera l’action de sa future pièce en Pologne, « c’est-à-dire nulle part ». Ubu roi est créé le 10 décembre 1896 à Paris, au théâtre de l’Oeuvre. Firmin Gémier, futur fondateur du Théâtre national populaire, incarne Père Ubu. Le titre de la pièce est un clin d’oeil à l’Oedipe roi de Sophocle, mais c’est Shakespeare que Jarry parodie. Comme dans Macbeth, Ubu est un aspirant souverain minable poussé par sa femme vers le pouvoir : il l’exercera avec une tyrannie risible… C’est peu de dire que la pièce est mal accueillie : dès le « Merdre » inaugural lancé par Père Ubu — et répété ensuite à l’envi –, le texte fait scandale. Jules Renard écrit: « Si Jarry n’écrit pas demain qu’il s’est moqué de nous, il ne s’en relèvera pas ». Jarry n’écrit rien de tel et répond au contraire par un article fameux, « De l’inutilité du théâtre au théâtre », où il affiche son rejet des conventions dramaturgiques de son temps. Ubu roi ouvrira un cycle fécond (Ubu cocu,Ubu enchaîné,Ubu sur la butte...) mais ne sera porté à la scène que cinq fois jusqu’en 1950. Après Jean Vilar (1958) et Peter Brook (1977), Jean-Pierre Vincent aborde à son tour cette pièce réputée impossible à monter. « Un Ubu roi pour aujourd’hui », annonce-t-il en guise de note d’intention, en précisant: « Ce ne sont, hélas, pas les référents qui nous manquent ».D’après l’AFP
On en profitera aussi pour s’offrir OMAJAJARI, Ouvrage collectif publié à l’occasion du centenaire de la mort de Jarry, éd. Cynthia 3000. Il en reste ! C’est ICI !
A propos de Blaise Cendrars, Pierre Fabrégt nous écrit :
Le plus beau début de poème que je connaisse avec les premières lignes de « Point de lendemain » de Dominique Vivant Denon.
Aussi voilà le fameux début :
J’aimais éperdument la comtesse de *** ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes. Elle était amie de T…, qui semblait avoir quelques projets sur ma personne, mais sans que sa dignité fût compromise. Comme on le verra, madame de T… avait des principes de décence, auxquels elle était scrupuleusement attachée.
Un jour que j’allais attendre la comtesse dans sa loge, je m’entends appeler de la loge voisine. N’était-ce pas encore la décente madame de T… ? « Quoi ! déjà ! me dit-on. Quel désoeuvrement ! Venez donc près de moi ». J’étais loin de m’attendre à tout ce que cette rencontre allait avoir de romanesque et d’extraordinaire. On va vite avec l’imagination des femmes, et dans ce moment, celle de madame de T… fut singulièrement inspirée. «Il faut, me dit-elle, que je vous sauve le ridicule d’une pareille solitude ; puisque vous voilà, il faut … l’idée est excellente. Il semble qu’une main divine vous ait conduit ici. Auriez-vous par hasard des projets pour ce soir ? Ils seraient vains, je vous en avertis ; point de questions, point de résistance… appelez mes gens. Vous êtes charmant». Je me prosterne… on me presse de descendre, j’obéis. « Allez chez monsieur, dit-on à un domestique ; avertissez qu’il ne rentrera pas ce soir… » Puis on lui parle à l’oreille, et on le congédie. Je veux hasarder quelques mots, l’opéra commence, on me fait taire : on écoute, ou l’on fait semblant d’écouter. A peine le premier acte est-il fini, que le même domestique rapporte un billet à madame de T…, en lui disant que tout est prêt. Elle sourit, me demande la main, descend, me fait entrer dans sa voiture, et je suis déjà hors de la ville avant d’avoir pu m’informer de ce qu’on voulait faire de moi.
La suite est à suivre… A bons lecteurs, Salut…
Le gardien du cabinet vous recommande la lecture de :
Point de lendemain, de Dominique Vivant Denon (éditions Mille et une Nuit)
Sur l’Expédition de Bonaparte en Égypte, de Vivant Denon (Actes Sud)
Dominique Vivant Denon
Le collectionneur, l’ésthète, l’artiste, le libertin, le voyageur, l’homme libre
Et vous, quelles sont les débuts que vous préférez ?
CERTAINS BIBLIOPHILES, esprits curieux ou amateurs d’incongruités considèrent – à l’instar de Le Code Woynich – Le Codex Seraphinianus comme le livre le plus étrange jamais imaginé. Ce livre d’art « pas comme les autres » est unique et déroutant, grotesque et superbe, et impossible à décrire. Le Codex Seraphinianus, de l’artiste italien Luigi Serafini, nous transporte dans un univers fantastique étrange par son propre alphabet (illisible), sa langue (yout autant) et ses nombreuses illustrations, qui puisent leur inspiration dans l’époque moderne, tout en dérivant vers l’absurde.
Le codex est divisé en onze chapitres, divisés dans 2 sections. La première partie est consacrée aux sciences de la nature ( botanique, zoologie, tératologie, chimie, physique et mécanique. La seconde partie aux sciences de l’homme ( anatomie, ethnologie, antropologie, mythologie, linguistique, cuisine, jeux, mode et architecture ) chaque chapitre semble traité une matière encyclopédique générale, très beaux livre , avec de nombreuses illustrations. Cet ouvrage fut publié pour la première fois en deux volumes, par Franco Maria Ricci, en 1981, avec une préface du grand Italo Calvino (*).
Le Codex Seraphinianus est décrit comme un livre de « l’âge de l’information », époque à laquelle le codage et le décodage de messages deviennent de plus en plus important en génétique, en informatique et dans la critique littéraire : il présente une vision créative de cette époque., en explorant différents thèmes (jardinage, anatomie, mathématique, géométrie, coiffures, cartes, machines à voler, transports, analyses chimiques, labyrinthe, Babel, costumes , nourritures…) Si Serafini se passionnait déjà pour l’information dans les années 70, qu’en serait-il de nos jours, à l’époque de l’Internet et des blogs ? D’innombrables sites spéculent sur la signification du Codex Seraphinianus ou vénèrent ce chef-d’œuvre de l’imagination, de la fantaisie ou de l’art… à vous de choisir.
Déjà la couverture constitue une énigme…
L’édition de Franco Maria Ricci représente, en couverture, un homme dans un accoutrement invraisemblable se tient sur un lama à la ramure impressionnante. Tous deux ont les yeux rivés sur un miroir fixé à un bâtiment de pierre qui semble distribuer des aliments multicolores. Ces deux couvertures sont toutes deux extrêmement étranges, mais celle du crocodile reste la plus perturbante.
L’édition d’Abbeville de 1991 présente un couple ayant un rapport sexuel et se transformant en crocodile. A son époque, Shakespeare n’a-t-il pas décrit l’acte sexuel comme « la bête à deux dos » ?
Le Codex Seraphinianus est essentiellement une encyclopédie sur un univers inconnu, qui est manifestement le miroir de notre propre monde. Chaque chapitre décrit cet environnement surréel, sa faune, sa flore, ses sciences, ses machines, ses jeux et son architecture. Mais personne n’a jamais pu comprendre le contenu de ses pages. On y retrouve des éléments de notre temps, toujours dans une mise en scène absurde : des fleurs flottantes, une banane remplie de médicaments, une drôle de voiture couverte de mouches, des vêtements qui auraient choqué même dans les années 1970, un homme avec des patins à roulettes transpercé par un stylo géant et pourvu de plumes à la place de mains, et tant d’autres créatures à jambes humaines rattachées de manière étrange au reste de leur anatomie, tout aussi étrange.
Le Codex Seraphinianus est l’un des livre le plus recherché par les colectionneurs et les amteurs de science-fiction, de fantaisie et d’horreur. lDe nombreux artistes en ont étudié les illustrations, des philosophes ont médité sur son sens profond, certains intrépides ont tenté (en vain) de déchiffrer son texte (bien que les chiffres ont apparemment maintenant été décodés), les universitaires ont essayé de classifier ce livre, et les fans de science-fiction et de fantaisie ne jurent que par lui. Et vous, que feriez-vous du livre le plus étrange du monde
(*) Les différentes éditions : 1983 publiée aux Editions Abbeville, en 370 pages, et sortie tout droit de la quatrième dimension. Il existe également une édition en un seul volume de 1993, et une édition italienne revue comportant de nouvelles illustrations, de 2006 – cette dernière édition étant la moins onéreuse. L’un des exemplaire le plus cher jamais vendu est une édition originale en deux volumes signée par Luigi Serafini, cédée à 3.700 €.
La pierre de Rosette, reLu et corrigé par l’auteur
Cette nuit, relu encore – et encore – quelques pages de Le Secret de Joe Gould, de Joseph Mitchell (édition Calmann Lévy), que je ne cesse de vous recommander… Un livre culte à posséder IMPERATIVEMENT ! Joseph Mitchel, journaliste au prestigieux New Yorker, aimait à dresser le portrait des marginaux, des rebelles, des doux dingues et des “pas normaux”. Avec Joe Gould, il fût servi… Celui-là même était une espèce de Diogène New-yorkais, mytho et mi-clochard et bohème céleste au quotidien, et pas à pas… Le bonhomme hantait Greenwich village dans les années de l’après-guerre à la recherche d’un peu oreille et d’une bière ou deux (ou plus)… Et chacun de l’écouter car Joe Gould était en train d’écrire (même si ça faisait longtemps que ça durait) le plus grand livre de tous les temps. “The book” après La Divine Comédie… En tout cas, c’est ce qu’ils ont tous cru… À commencer par Mitchell… Seulement, la littérature c’est peut-être comme les fées ou le diable, c’est beau d’y croire, mais c’est encore mieux quand ça n’existe pas… Lisez et vous saurez pourquoi à cause de l’énergumène, les imprimeurs n’ont jamais calé les rotatives. C’est un chef d’oeuvre, pas un produit périmé.
Un ouvrage à mettre entre toutes les mains dès l’instant qu’elles sont soigneuses…
Je range ma bibliothèque depuis une semaine – je classe, j’ordonne, je dépoussière et retire même les excrements sechés et délicats d’un couple d’hirondelles qui Avaient niché un temps dans mon grenier de Sigognac. Le rangement – et leshasardeux classements – me prend beaucoup de temps et ce pour deux raions : primo, parce que je possède beaucoup de livres – bien trop de livres ; des bibliothèques, des pièces, et plusieurs bureaux – et enfin, parce que je relis presque systématiquement quelques lignes, une page, un extrait. Mon regarde s’attarde sur une croix dans la marge qui ne me dit plus rien ou qui, au contraire, me rappelle une citation, un thème à creuser, une interrogation, une pharase superbe, un mot dont j’ignore le sens, une référence ou un livre à dénicher… J’essaie d’accélerer mais – presque – rien n’y fait. D’ailleurs, ce n’est pas important. Je range en conscience et en égoïste. Je nettoie, je soupèse, je me souviens, je réapprends…j’empile et je désempile, je classe, déclasseet reclasse. Petit à petit les livres qui recouvraient le sol retrouvent une place définitive pour un temps. Aussi dans les jours à venir, je vous ferai part de mes trouvailles et de mes retrouvailles…
Pour ce jour, un extrait de l’autobiographie captivante de l’immense Benjamain Franklin – Écrivain, imprimeur, éditeur, philanthrope et savant – qui donne aux apprentis épargants et aux amateurs de richesses quelques conseils afin de faire grossir le matelas…
AVIS NÉCESSAIRE À CEUX QUI VEULENT DEVENIR RICHES.
L’argent n’a de l’avantage que par l’usage qu’on en fait.
Avec six livres sterlings, vous pouvez, dans un an, faire usage de cent livres sterlings, pourvu que vous soyez un homme d’une prudence et d’une honnêteté reconnues.
Celui qui dépense inutilement plus de quatre sous par jour, dépense inutilement plus de six livres sterlings dans un an; ce qui est l’intérêt ou le prix de l’usage de cent livres sterlings.
Celui qui chaque jour perd dans l’oisiveté pour quatre sous de son temps, perd l’avantage de se servir de cent livres sterlings tous les jours.
Celui qui prodigue sottement pour cinq schellings de son temps, perd cinq schellings, avec autant d’imprudence que s’il les jetoit dans la mer.
Celui qui perd cinq schellings, non-seulement perd ces cinq schellings, mais tout le profit qu’il pourroit en retirer en les fesant travailler; ce qui, dans l’espace de temps, qui s’écoule entre la jeunesse et l’âge avancé, doit s’élever à une somme considérable.
De plus: celui qui vend à crédit, met toujours, à l’objet qu’il vend, un prix équivalent au principal et à l’intérêt de son argent, pour le temps dont il doit en être privé. Celui qui achète à crédit, paie l’intérêt de ce qu’il achète: et celui qui paie argent comptant, pourroit mettre cet argent à intérêt. Ainsi celui qui possède une chose, qu’il a achetée, paie un intérêt pour l’usage qu’il en fait.
Cependant, il vaut toujours mieux payer comptant les objets qu’on achète, parce que celui qui vend à crédit, s’attendant à perdre cinq pour cent, par de mauvaises dettes, augmente d’autant le prix de ses marchandises.—Celui qui achète à crédit, paie sa part de cette augmentation.—Celui qui paie argent comptant, y échappe ou peut au moins y échapper.
Quatre liards épargnés sont un sou que l’on gagne.
Une épingle par jour coûte cinq sous par an.
MOYENS POUR QUE CHACUN AIT BEAUCOUP D’ARGENT DANS SA POCHE.
À présent que tout le monde se plaint de la rareté de l’argent, c’est un acte de bienfaisance que d’apprendre à ceux qui n’ont pas le sou, comment ils peuvent faire cesser leur pénurie. Je veux leur dire quel est le vrai secret de gagner de l’argent, le moyen certain de remplir leur bourse et de la conserver toujours pleine. Pour cela, il suffit d’observer deux règles très-simples.
Premièrement, sois constamment probe et laborieux.
Secondement, dépense toujours un sou de moins que tu ne gagnes.
Alors, ton gousset se remplira et ne criera jamais qu’il a le ventre vide; les créanciers ne te tracasseront point; l’indigence ne t’accablera pas; la faim ne pourra point te dévorer, ni le défaut de vêtemens te faire transir de froid. L’univers entier te paroîtra plus brillant; et le plaisir dilatera tous les replis de ton cœur.
Suis donc les règles que je viens de te prescrire, et sois heureux. Bannis loin de toi la tristesse qui glace ton ame, et vis indépendant. Tu seras alors vraiment un homme. Tu ne détourneras point la vue à l’approche du riche, ni tu ne seras humilié d’avoir peu, quand les enfans de la fortune marcheront à ta droite; car l’indépendance, soit qu’elle ait peu ou beaucoup, est toujours un bonheur, et te placera de niveau avec ceux qui s’enorgueillissent de posséder la toison d’or.
Oh! sois donc sage; et que l’assiduité au travail marche avec toi, dès le matin, et t’accompagne jusqu’à ce que tu ayes atteint le soir l’heure du repos. Que la probité soit comme le souffle de ton ame. N’oublie jamais d’avoir chaque jour un sou de plus que le montant de tes dépenses. Alors tu parviendras au plus haut degré du bonheur, et l’indépendance sera ton bouclier, ton casque et ta couronne; alors ton ame sera élevée, et ne s’abaissera pas devant le faquin vêtu de soie, ni ne souffrira point un outrage, parce que la main qui ose le faire, porte une bague de diamant.
Reçu un message laconique de l’ami JLB, créateur de l’incontournable blog consacré à Jacques Rigaut,l’excentré magnifique :
« chui plongé dans le Grand Jeu…un jour tu seras mon guide dans Reims. »
Un clin d’oeil à Jean-Luc Bitton, donc…
Quand il ne filait pas vers les orients, quand il ne collait pas aux basques de Gurdjieff, quand il ne franchissaient pas les monts analogues (et les autres) René Daumal, l’écrivain, mi voyant, mi-vertige, trinquait au cosmos et se faisait des ailes avec les feuilles de vignes :
« Des soleils et des vignes, il y en a encore. mais sans soif, on ne fait plus de vin. plus de vin, on ne cultive plus les vignes; plus de vignes, les soleils s’en vont : ils ont autre chose à faire que de chauffer des terres sans buveurs, ils se diront : allons maintenant vivre pour nous . Cela, le voulez-vous ? »
René Daumal, La Grande Beuverie.
Le roi boit, mais qui trinque ?
Le gardien vous prie de ne pas oublier, non plus :
ECRITS, de Jacques Rigaut (Gallimard), évidemment, avant le coup de feu !
Ici un mot de Jean-Luc Bittton serait le bienvenu…