Archives de catégorie : LIVRES & Plus

LITTÉRATURE PRESQUE ESTIVALE

En attendant l’été, c’est peut-être le moment de se mouiller pour un livre…

Spéracurel, de Anna Dubosc est une vie qui se vit et qui s’écrit : des scènes où l’ordinaire bascule dans l’insolite, l’instant défie le temps, le commun confine au spéracurel.

Profitez-en pour découvrir les réjouissantes et raffinées jeunes éditions

RUE DES PROMENADES

Editions La Dragonne

Et Ambre nous écrit…

Sont-ce les auteurs qui plongent ou les lecteurs ?

Un autre auteur… à découvrir, je « me mouille », une plongée dont on ressort trempé et secoué mais avec le même plaisir qu’après une balade poétique sous des cieux pluvieux.

FAUX LIVRES…












 

Noté ces petits propos, mélange de mauvaise foi et de provocation, comme je les aime, dans N’espérez pas vous débarrasser des livres.

 

«  J’ai dit que je collectionnais seulement des livres ayant une relation avec des choses erronées et fausses. Cela prouve  que ces livres-là ne sont pas des témoins indiscutables. Pourtant, même si ils mentent, ils nous enseignent quelque chose sur le passé. »

 

Umberto Eco.

 

« Une grande partie de notre connaissance du passé qui le plus souvent nous est parvenu par les livres, est donc de à des crétins, des imbéciles ou des adversaires fanatisés. C’est un peu comme si toute trace du passé ayant disparu, nous n’avions pour le reconstituer que els œuvres  der ces fous littéraires, ces génies improbables sur le sort desquels André Blavier s’est longuement penché. »

 

Jean-Claude Carrière

 

Il s’entend que le gardien vous recommande la lecture de N’espérez pas vous débarrasser des livres, de Umberto Eco et Jean-Claude Carrière, éditions Grasset.

 

DUBO DUBON GEORGES FLIPO

Voilà quelques semaines que je me propose de consacrer un article plus que bienveillant au dernier roman de Georges Flipo, La comissaire n’aime point les vers, roman policier nous dit-on. Après lecture exaltante dudit roman, je dois avouer que ce n’est pas tout à fait un roman policier, c’est plus et mieux  qu’un roman policier : c’est du Georges Flipo, une fois encore. l’écrivain qui semble s’amuser quand il écrit détourne les codes du genre, nous fait rire à – presque – chaque ligne, et brosse des personnages chaleureux, drôles et insolites. Oui, je me suis régalé une nouvelle fois avec la prose virevoltante et cocasse et de l’ami Georges, un écrivain qui manie la plume avec soin et adresse. Et si le moral venait à baisser, hop !, un coup de Flipo comme on se ragaillardissant, naguère, de Jouvence de l’abbé Soury.

Et me voilà m’apprêtant à laisser sur le blog de l’écrivain un message de félicitation quand je tombe sur l’article qui va suivre. Georges Flipo a besoin d’aide et il s’explique, glissant ça et là deux ou trois amusants consEils. Aussi Suivez ses conseils, c’est pour une bonne cause, celle de la vraie et simple littérature…

 

(…) Côté libraires, La Table Ronde est optimiste. Je sais que c’est là que va se jouer une bonne partie de la carrière de la commissaire, et je suis plus angoissé. Je suis allé voir une librairie, une seule, et mon livre était bien en évidence sur la table « Nouveautés ». Mais, pour être honnête,  je dois préciser que la libraire m’a appelé : « Vous venez voir votre livre ? Il est là, on l’a reçu ce matin ! ». Oui, pas vraiment significatif, elle habite à cent mètres de chez moi et me connaît trop bien. 

Je n’ai pas encore eu la force d’âme d’aller voir les autres. Et c’est là que vous pouvez me rendre service.

Si, ces jours-ci, vous passez devant une librairie, petite, grande ou très grande, pouvez-vous regarder comment La commissaire… est mis en place. C’est bien sûr au rayon policier que vous le trouverez. Et faites-moi votre rapport, cruel ou chaleureux.

Si vous voulez me rendre encore plus service :

- Si le livre est bien mis en place n’hésitez pas à vous exclamer devant le chef de rayon ou le libraire « Ah, ça y est, il est arrivé ! Vous l’avez lu ? Il paraît qu’il est très bien, il a un buzz terrible sur internet, ce bouquin ». Je vous rappelle que Buzz  se prononce beuse, pas buse. De toute façon, vous avez le droit d’adapter librement cet éloge.

- Variante si le livre est mal mis en place : allez demander le livre, en prétextant que vous ne le trouvez pas. Lorsqu’il vous l’aura mis entre les mains, déclarez joyeusement « Ah, rangé où il était, je ne le voyais pas, je croyais qu’il n’était pas arrivé. Pourquoi le cachez-vous ? Il est cochon ? C’est pour ça qu’il a un buzz terrible sur internet  ? »

Cela dit, dans les deux cas, vous allez, du coup, vous sentir obligé de l’acheter. Non, non, vous n’êtes pas obligé. Vous lirez la quatrième de couv, vous feuilleterez le début en pouffant de rire et vous le reposerez en déclarant : « Parfait. Je vais envoyer Chouchou vous l’acheter, ce sera mon cadeau de Saint-Valentin. » Vous pouvez remplacer Chouchou  par Dudu ou Zizette, sentez-vous très libre.

Si cette dernière séquence vous paraît trop compliquée à jouer, vous pouvez aussi l’acheter, ce sera plus simple.

Oui, peut-être plus simple.

La commissaire n’aime point les vers, de Georges Flipo (la table ronde)

La commissaire Viviane Lancier n’est pas du genre poète, mais la voici condamnée à se passionner pour Baudelaire : un sonnet torride dont il serait l’auteur se transforme en serial killer, envoyant à la morgue ceux qui s’y intéressent.
Flanquée de son ingénu lieutenant, Viviane Lancier plonge dans une enquête où semblent la narguer les morts, les survivants et même les revenants.

LE BLOG DE GEORGES FLIPO

LES CARNETS BLANCS























LES CARNETS BLANCS

DE MATHIEU SIMONET

Il s’agit d’un projet littéraire très singulier : l’auteur tient depuis son enfance des carnets intimes, où il raconte ses relations familiales et sentimentales. Ses carnets, il les détruit, de diverses manières, en les donnant à des artistes pour qu’ils en fassent des sculptures, à des vidéastes, à des cuisiniers, à des amis. Mais il en retient, avant destruction, quelques éléments, pour constituer ce livre qui est tout à la fois une sorte de reliquat de sa vie intime, sauvée de la destruction et un objet artistique en soi. C’est beaucoup plus qu’un journal intime, c’est une sorte de happening autobiographique, avec des histoires drôles, avec un témoignage assez exceptionnel sur la maladie de sa mère, avec une grande liberté de ton sur la sexualité d’une nouvelle génération.

 

Disparition du carnet n°99

caché dans la Seine par un policier
photographies de Alain B

« J’ai relu tous les carnets que j’ai écrits pendant vingt ans, puis je m’en suis séparé (un carnet a été transformé en robe, un autre a fait un tour du monde, un troisième a été caché dans un musée d’art contemporain, etc.)

 

Une centaine de personnes – dont des artistes, des enfants, des inconnus – m’ont aidé à mener ce projet.

 

Les Carnets blancs (à paraître au Seuil, le 11 février 2010) a  été écrit en parallèle de cette expérience.

 

Des

expositions

 

sur  la « métamorphose » de mes carnets (en sculptures, vidéos, bijoux en papier,…) seront présentées au cours de l’année 2010. »

Disparition du carnet n°48
Une sculpture de Jeanne Bouchart

UNIVERS

« L’univers est innombrable, mais fertile en symétries, en coïncidences, en pléonasmes, en contradictions. Rien n’y est suspendu, isolé, flottant dans une totale indépendance. Sans cesse il se répète et sans cesse on y découvre de nouveaux prodiges. Les rêves, qui à leur façon appartiennent à l’univers, eux aussi constituent une cohérence, à un niveau du monde qui possède comme les autres ses constances et ses aberrations. »

Roger Caillois, La lumière des songes, éditions Fata Morgana

DENT POUR DENT

Lu ce matin sur le blog de l’Institut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires,Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés, sans oublier tous les autres… :

« On sait que, depuis quelque temps, les dentistes américains ont pris l’habitude de faire sauter les dents mauvaises au moyen d’une toute petite cartouche de dynamite. Plusieurs personnes nous ont demandé si l’explosion ainsi provoquée ne présentait pas quelque danger. Nous sommes heureux de les rassurer immédiatement. L’explosion de la cartouche est absolument inoffensive, à condition toutefois que l’on ait la précaution de s’éloigner à quelque distance au moment où elle se produit. »

Gaston de Pawlowski, Inventions nouvelles. Dernières nouveautés, (éditions Finitude, Bordeaux) Préface et choix d’Eric Walbecq.

TRÉSOR(S)

Avec l’arrivée des étrennes, des enveloppes garnies au pied du sapin, des aumones salutaires, des « mois compte-double », des primes à tout crin et des dessous de table, vous n’aurez AUCUNE EXCUSE pour ne pas garnir vos bibliothèques des chef-d’oeuvres suivants…

(…) et il se noya dans ses pensées…

« Savoir comment et pourquoi dans cette infime partie du monde, toutes les communications s’étaient interrompues, et presque toute vie disparue… »

Magnifique défi lancé à Maxime Phébus, explorateur qui n’est pas sans nous rappeler l’extravagant professeur Lidenbrock du Voyage aucentre de la terre de Jules Verne, ou encore le fantasque baron de Münchhausen. Hélas, le plan de la cité disparue de Sémiopolis se révèle une chausse-trappe où chutent, à qui mieux-mieux dans le ridicule,les professeurs pédants et pseudo-savants qui accompagnent Maxime Phébus dans sa quête. […] Pascal Bouchet utilise un fatras de trouvailles humoristiques qui mettent en relation les mots et les images. […] Ces éléments iconographiques et linguistiques mis bout à bout d’une manière faussement approximative, dessinent une fiction au pays
du langage, des lettres, des mots et des figures de style.

Rue du Palindrome, de Pascal Bouchet, Polygraphie (éditions du petit véhicule Collection « Les Confins »)

Que se cache-t-il dans ce jardin labyrinthique, noyé dans une mer de fleurs et d’arbres gigantesques ? Quelle est cette plante mystérieuse ignorée par tous les livres de botanique ? Et pourquoi cet homme se sent-il épié par des êtres invisibles dans la semi-obscurité ?

Fleur de lune, de Einar Turkowski (éditions autrement)

 

Tony Tanner, représentant en philatélie, trouve abandonné sur le banc d’une gare un livre dans une reliure ancienne assez mystérieuse. Il parcourt les premières pages avec curiosité, il s’agit du journal intime d’une jeune fille du XVIII siècle, Hortense des Orphées… Il décide de l’emporter pour se distraire pendant son voyage en train.
La jeune fille évoque sa rencontre avec un étrange personnage, érudit distingué, fin politique, ce gentilhomme était connu de toutes les cours d’Europe pour ses dons de magicien et d’alchimiste. Certains le prétendaient même immortel…Il se faisait appeler Comte de St Germain, sans qu’on ait beaucoup de précision sur ses origines véritables. Sur le chemin de ces multiples vies, le comte croisa donc un jour Hortense. Follement amoureux, il tenta de la persuader de boire elle aussi l’elixir d’immortalité et de s’enfuir avec lui…
Tout à sa lecture des secrets d’Hortense, Tony Tanner croit presque l’entendre à son oreille … il lève les yeux et la voit, assise devant lui dans le compartiment du train… Notre voyageur n’en a pas fini avec les surprises et les rencontres, dans le décor de ses lectures commence pour lui une troublante aventure… au-delà de la réalité des paysages qui défilent sous ses yeux, il devient lui-même un personnage essentiel qui peut-être délivrera les âmes errantes de ces amoureux d’un autre temps.

On retrouvera ici avec bonheur, les magnifiques et délicates illustrations d’Antonio Marinoni qui servent avec grâce le texte onirique et élégant de Massimo Scotti

L’heure bleue de Massimo Scotti, illustrations d’Antonio Marinoni, (éditions Naïve)

« On approchait du soir qui allait marquer le dixième jour où le chevalier Zifar avait gagné le cheval qu’il montait. Ainsi, alors qu’ils bavardaient, le cheval s’écroula, mort, sur le sol. Le chevalier Zifar eut juste le temps de sauter à terre et de s’en écarter. “Que s’est-il passé? s’inquiéta le seigneur de l’armée. — Cela me colle à la peau, répondit le chevalier Zifar. Il pèse sur moi une telle fatalité qu’aucun cheval ni aucune bête ne me dure plus de dix jours.”»

Le chevalier Zifar est maudit : tous les dix jours, son cheval meurt. Accablé de malheurs, mais soutenu par sa vertueuse épouse, il abandonne sa terre, en quête de vérité et d’honneur. Au cours de son errance, le valeureux chevalier sera mis à l’épreuve par Dieu de mille façons. Libérateur de la ville de Galapia et de sa reine, il se fera passer pour un fou afin d’infiltrer le royaume de Menton assiégé ; flanqué d’un habile compagnon, aussi bavard que malin, il se battra contre les plus grands chevaliers et deviendra roi. Séparé de sa femme — enlevée par les pirates —, et de ses enfants — l’un est croqué par un lion tandis que l’autre disparaît dans une ville inconnue —, il devra accepter tours et détours pour retrouver sa famille et clore ses aventures. À moins qu’une nouvelle histoire ne commence…

Roman de chevalerie écrit à l’orée du XIVe siècle, au ton vif et souvent ironique, flirtant parfois avec le fantastique, le Livre du chevalier Zifar est tantôt récit d’aventures et de batailles, flirtant parfois avec le fantastique, tantôt roman d’apprentissage fleuri d’anecdotes et de contes.

Le Livre du chevalier Zifar est un joyau.

Livre du chevalier Zifar – livre de Anonyme. Traduit du castillan (XIVe siècle) par Jean-Marie Barbe,  accompagné d’un essai de Juan Manuel Cacho Blecua et magnifiquement illustré par Zeina Abirached (éditions Monsieur Toussaint Louverture)

DU CÔTÉ DE CHEZ HUYSMANS












Il se détermina, en conséquence, à faire glacer d’or la cuirasse de sa tortue.
(…)
Des Esseintes fut tout d’abord enchanté de cet effet ;

puis il pensa que ce gigantesque bijou n’était qu’ébauché, qu’il ne serait vraiment complet qu’après qu’il aurait été incrusté de pierres rares.

 

Joris-Karl Huysmans (1848-1907)  est un écrivain méconnu et pourtant majeur. L’auteur de Là-Bas, de En route, ou de  La Cathédrale compte quelque milliers  de fidèles qui lui vouent un véritable culte.

Et pourtant, l’existence du personnage dépasse peut-être son œuvre. Chaque fois qu’on croit le connaître, il nous échappe. Huysmans et un homme complet et complexe : tour à tour romancier naturaliste, fin connaisseur de Paris, esthète et amateur des « avant-gardes », critique d’art au goût sûr, esprit « fin de siècle » par excellence, mystique et reclus à la fin de sa vie, préférant la fréquentation des monastères aux cénacles littéraires. C’est l’auteur  en personne qui déclara être un « forçat  de la vie », à savoir un écrivain pétri d’absolu, de doutes et de liberté, s’interrogeant sans cesse sur la condition  de l’homme et son oscillation entre  le bien et le mal. Ce qui n’aurait pu être qu’une biographie supplémentaire, copieuse et mené de façon universitaire, se révèle être un coup  de maître, à la lecture vivante et aux allures de roman. Patrick Locmant promène  son personnage dans un Paris vivant et une époque bien agitée. Nous faisons connaissance avec des Esseintes, le anti-heros du roman A Rebours, nous croisons l’abbé Munier, confident de Huysmans et auteur d’un caprivant journal littéraire (édité au mercure de France), nous prenons place à l’académie Goncourt  ou suivons l’écrivain qui arpente en piéton inspiré les tristes quartiers de la Bièvre  ou les beaux alentours de Saint-Sulpice. Des Esseintes, le anti-heros du roman A Rebours, 

Le portrait de Huysmans est lumineux  et son biographe parvient sans peine  à explorer ses parts d’ombre : sa foi et ses crises, sa sexualité confuse, son exigence viscérale de l’écriture. Celui qui disait hésiter entre la cellule monacale et la corde fut avant tout un immense écrivain. Il faut le rappeler, les romans de Huysmans sont tous  – ou presque – des chefs-d’œuvre qui ont enchanté, fasciné et interrogé des générations de lecteurs – à commencer  par Là-bas, le roman du mal, des messes noires et du satanisme.

Rarement biographie aura donné envie  de découvrir, et de lire, un tel écrivain.

 

Le Forçat de la vie, J. K. Huysmans, de Patrice Locmant (éditions Bartillat)

Robert de Montesquiou qui servit de modèle au dandy des Esseintes

peint par Govanni Boldini

« Au reste, l’artifice paraissait à des Esseintes la marque distinctive du génie de l’homme. »

REDODOTER

Cette fois, il est enfin sorti LE DICTIONNAIRE DES VERBES QUI MANQUENT (éditions du même nom), parce qu’un seul verbe vous manque et la phrase s’allonge.

Aussi c’est le moment d’apprendre un peu de vocabulaire, à l’exemple de ce Redodoter qui nous sert de titre et signifie : se prendre une fois encore pour un oiseau qui n’existe plus. A chaque solstice d’éte, le professeur Hyppolyte Poliphon sortait sa longue vue, guettait en vain l’île Maurice et se mettait à redodoter (le gardien)

A P É R O T E R
S’ouvrir l’appétit en libations et picorages. — Jules faisait tout à l’envers. Il apérotait cinq fois par jour et consommait
fruits et légumes avec modération.
(de Mimi et Bernard)

GYMNOPÉDIR
Défier les règles de la composition musicale. – Légers, nus, aériens, les jeunes Spartiates évoluaient gracieusement sur le sable, au son d’une mélopée qui gymnopédiait les coeurs les plus durs. (de Stéphanie)

MÉTHÉORISER
Annoncer le temps qu’il fera, sur la base d’observations empiriques. — « Verbes qui manquent à Mardi-Gras, pluie de dictionnaires à la saint-Nicolas », méthéorisa le doyen de l’Académie. (de Bernard G.)

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BELLES ÉTOILES













Bonsoir mon cher Eric,

 

J’avais évoqué auprès de toi le désir de t’écrire une lettre pour te donner mes impressions à la lecture de ton livre : Belles étoiles, mais cette vie folle que nous menons, fût-on archiviste ou poète, libraire ou contempteur d’étoiles – ce que tu fis pendant un long temps parce que tu regardais justement de belles étoiles, celles qui surviennent tard dans la nuit, parce que sous leur lointaine lueur un petit peuple de vagabonds, d’errants célestes, comme se plaisait à les nommer cet autre voyageur Jack Kerouac, ou tout simplement de marginaux familiaux qui ne veulent passer les nuits dans le cocon, fût-il de cette nature, préférant la vastitude et la solitude des champs et des prés nocturnes. Et je me souviens, dans mes propres pérégrinations, en marche vers le soleil de minuit, alors que je m’étais positionné en marge de cette société, dans laquelle quelque temps auparavant j’évoluais tranquillement, tel un véritable « square » selon l’expression méprisante de nos amis anglo maniaques, avoir rencontré à Charleville un homme d’une quarantaine d’années – de mémoire car il y a déjà longtemps ! – qui préférait dormir dans un couloir de cinéma plutôt que de demeurer la nuit entière chez sa soeur – apparemment tous les deux étaient célibataires…

Comme quoi il n’y a pas seulement les héritiers de Stevenson ou de Jacques de Compostelle, cet hidalgo religieux, qui cheminent dans notre vieille Europe, dans notre ancien royaume ! Je t’imagine bien d’ailleurs avec ce baudet, animal si méconnu et pourtant si mythique, qui s’appelle Noée d’ailleurs, ânesse post-diluvienne, telle celle de Stevenson, et ton ami, vous baguenaudant sur des routes poudreuses et escarpées. Mais aussi vous accrochant à votre but, pugnaces, décidés, malgré le déchaînement des éléments… « nous, humbles promeneurs, nous construisons à l’intérieur, en creusant roches et souvenirs. Nous cherchons le Nord dans nos consciences. Connais-toi et le chemin t’aidera à te connaître…Chemin faisan, chemins sauvages… Tous les gardiens de la montagne. Derrière le visible, il existe l’invisible comme une draille de l’esprit. » Voyage initiatique, à la découverte et à l’échelle de l’univers, même s’il demeure confiné dans une partie de notre hexagone. Apprentissage des distances et des haltes, des nuits propices à la méditation, de la rencontre de la beauté dans sa nature et son mystère. Au fil des jours, au fil des kilomètres, au fil des contacts savoureux…Tu fais mouche souvent dans des phrases qui découpent le roc en tranches, qui font valdinguer la morosité dans des crevasses où elle s’écrase. Je te cite encore : « Suivre un poète dans la montagne, c’est tenter de revenir à la nuit des temps ; redevenir quelque temps, jusqu’au bout du temps – en somme le temps dont on dispose – un nomade, un sauvage. » Je songe parfois à Kenneth White (un autre « voyageur ») et ses Lettres de Gourgounel mais aussi au poète Basho que j’imagine bien t’accueillir au sommet de la montagne pour te montrer l’infini de l’horizon, alors qu’une pluie fine irise les arbres et le sol, que brouterait ton ânesse. Mais il faudrait que je relise ton livre pour mieux m’imprégner de son style qui épouse ton itinérance et en ramasser les brillants galets, les solides silex, les pierres brutes et dures, joyaux de parure, avec la main de l’homme…

J’y songerai mais même si tu écris : « La lenteur, notre première richesse », je ne suis pas sûr de fixer dans le définitif ma lecture fugace. Quoi qu’il en soit ou qu’il en sera, c’est du bel ouvrage, tout comme les étoiles qui t’ont guidé jusqu’au port.

Bien sincèrement,

 

Francis L.

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