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DE L’ÉROTISME AU THEATRE

Le festival des marionettes de Charleville-Mézières a fermé ses portes. Ouvrons-en d’autre ensemble, plus coquines celles-là, en souvenir d’un éphémère, illustre et confidentiel théatre qui fit la joie des spectateurs avisés et peu bégeules…

HISTOIRE DU THÉÂTRE ÉROTIQUE
DE LA RUE DE LA SANTÉ

par l’Illustre Brisacier

I

Si l’hypocrisie n’était pas, par excellence, la vertu théologale de notre triste époque, ce Théâtre, conçu d’après l’idée simple de Molière, de réjouir les honnêtes gens, n’aurait aucunement besoin d’introduction. On lèverait la toile, et le spectacle commencerait, après l’ouverture exécutée par les violons.

Mais, hélas! l’esprit criminaliste de nos contemporains, tous magistrats stagiaires à la sixième chambre, voit matière à procès et à scandale dans les actions les plus ingénues, et réclame à grands cris des explications.

Ce sont ces explications que nous allons ne pas leur fournir.

II

Ce que nous prétendons écrire, n’est que l’histoire pure et succincte du Théâtre érotique de la rue de la Santé (*), théâtre bizarre, irrégulier, sauvage, excessif – mais où l’on a ri d’un rire franc, et qui a eu le privilège de réunir, dans la communion de la gaîté, un petit nombre d’artistes et d’hommes de lettres bien portants.

La Bohème élégante et poétique de la rue du Doyenné, le cénacle qui rassemblait Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Lassailly, Arsène Houssaye, encore non millionnaire, et Chassériau, et Marilhat, et tant d’autres, morts régulièrement ou enterrés dans un Institut vague et indéterminé, ou simplement devenus de grands poètes contraints de rendre compte des ouvrages de M. Dennery, pour gagner l’argent nécessaire à l’entretien des vices qu’ils ont pu conserver, n’a plus aucune raison d’être. Elle a disparu – avec les beaux enthousiasmes et les fiers élans qui faisaient battre le coeur des vaillants de 1830.

Mais le bourgeoisisme envahissant, la vie de café, le besoin incessant de faire de la copie, n’ont pu discipliner entièrement la bande des hommes de lettres vivaces et des artistes en qui le sang des aïeux circule, malgré tout. A de certains moments, la gent irritable sent ses nerfs agacés, et veut, à toute force, protester, fût-ce entre quatre murs et dans le fond d’une cave, contre la tyrannie des soirées officielles et des réunions où les peintres sont mêlés aux boursiers, et les poètes aux journalistes graves.

En ce temps-là (1861), M. Duranty venait d’ouvrir, dans le jardin des Tuileries, un théâtre de marionnettes, salué à son aurore par les acclamations de la haute et de la basse presse, marionnettes littéraires, qui pétaient des alexandrins, en guise de poudre, aux yeux des militaires et des bonnes d’enfants, mais qui ne tardèrent pas à devenir pareilles aux marionnettes des Champs-Elysées, et durent se résigner à jouer la farce traditionnelle de Polichinelle battant sa femme, et finalement emporté par le Diable.

III

M. Amédée Rolland que les récents succès des Vacances du Docteur et de l‘Usurier de Village avaient mis en vue, demeurait alors dans une sorte de ville de province enclavée, au fond des Batignolles, entre les fortifications et les premières maisons de Clichy-la-Garenne. Sa maison avait pour locataires M. Jean Duboys, l’auteur de la Volonté et des Femmes de Province, M. Edmond Wittersheim, et M. Camille Weinschenck, un voyageur revenu du Japon, et que la difficulté de son nom qui se brait, se miaule, ou s’aboie peut-être, mais ne se prononce pas, faisait appeler, simplement, 4025.

A la suite d’un déjeuner où était invité M. Lemercier de Neuville (Lemerdier, dans l’intimité), on émit le projet d’appliquer l’idée de M. Duranty à un théâtre libre, où la fantaisie se donnerait carrière, et qui servirait de prétexte à réunir dans un souper semi-mensuel une vingtaine de gens d’esprit, éparpillés aux vingt coins de Paris.

Le projet eût été un simple propos d’après boire, sans M. Lemercier de Neuville, sorte de maître Jacques, apte à plus de choses que l’ancien, qui trouva immédiatement le moyen de faire une réalité d’une idée en l’air ; – et le 27 mai 1862, un public – -très particulier – était convié d’assister à l’inauguration solennelle de l’Erotikon Theatron.


IV

Ce théâtre était installé dans une salle vitrée, antichambre de la maison.

M. Lemercier de Neuville en fut à la fois l’architecte, le maçon, le peintre, le machiniste et le directeur. Le privilège lui en fut, bien entendu, solennellement concédé (*).

Au-dessus de la porte d’entrée, on lisait cette maxime, empruntée à la sagesse de Joseph Prudhomme :

SANS ORDRE ON N’ARRIVE A RIEN.

Ladite maxime servit d’épigraphe aux affiches des représentations, données PAR ORDRE, puisque sans ordre on n’arrive à rien.

Les inscriptions étaient nombreuses dans la maison. Locataires et visiteurs avaient tous l’esprit épigraphique.

Chaque pièce avait donc une appellation particulière, qui se justifiait.

Sur la porte des lieux, on lisait :

PARLEZ A PONSON.

On finit par dire : « Je vais chez Ponson » pour : « Je vais aux lieux. »

Le domestique de la maison se composait de deux femmes : Tronquette, sorte de négresse blanche, longtemps au service de Titine, personne de moeurs légères, qui a fait les beaux jours du café du Rat mort, après avoir fait ceux de M. Amédée Rolland, et de quelques autres gens de lettres. Tronquette était chargée de faire les lits de ces messieurs, mais son occupation essentielle consistait à ne jamais se laver les mains ni la figure. M. Auguste de Châtillon lui demanda un jour si elle se lavait autre chose ; Tronquette lui répondit : « Venez-Y voir ! »

La femme de Léonidas eût dit : « Viens le prendre ! »

L’autre femme était la cuisinière Aimée – semblable à toutes les cuisinières possibles.

Aimée et Tronquette couchaient ensemble dans un petit pavillon, à l’entrée du jardin, sur la porte duquel était écrit :

PARLEZ A TRONQUETTE.

M. Albert Glatigny fut surpris un jour dans ce pavillon, excitant violemment les deux pécores aux voluptés de la tribaderie.

La vertu de Tronquette se manifestait en ce moment sous la forme d’un manche à balai, qu’elle brandissait sur la tête, la vraie tête (1), de ce poète immoral, mais convaincu.

Chaque chose, chaque animal du jardin avait un nom particulier, destiné à illusionner les étrangers sur sa nature et son origine :

Le puits se nommait : – Les Sources du Nil ;
Un puisard : – L’Hippocrène ;
Un espace sablé, réservé pour faire des armes : – Le Champ-de-Mars ;
La cage aux chiens : - La Ménagerie ;
Follette, chienne caniche : – Lionne de l’Atlas ;
Pip, chien ratier : – Tigre du Bengale ;
Un chat empaillé, enchaîné au sommet du puits : – Singe du Pérou, rapporté par le capitaine Camil ;
La cage aux poules portait cette inscription : – Coq de Gruyère, donné par le consul de France à Batignolles ;

Une pie noire, aux ailes éboutées, qui sautillait çà et là, avait été baptisée Perle noire, en l’honneur de la pièce de M. Sardou.

Les arbres portaient des étiquettes du même genre ;

Un abricotier : – Saucissonnier à l’ail. (Saucissonnierus alliaca : LINNÆUS) donné par M. Champfleury.
Un sapin : – Bretellier des Alpes. (Bretellarium alpinium : LINNÆUS) donnée par M. de Lamartine.
Un prunier : – Cubèbe commun. (Cubebus communis : LINNÆUS) donné par mademoiselle Suzanne Lagier.

Etc., etc., etc.

V

Le Théâtre.

Sur les murailles s’étendait une fresque peinte par M. Lemercier de Neuville, représentant une salle de spectacle où les charges des spectateurs, fort ressemblantes, se prélassaient dans les loges.

Le théâtre, au fond de la salle, ne comportait pas moins de seize plans de profondeur, et était machiné de manière à y représenter des féeries aussi compliquées que la Biche au bois.

Personnel.

Bailleur de fonds et propriétaire:    M. AMÉDÉE ROLLAND.
Directeur privilégié :    M. LEMERCIER DE NEUVILLE.
Régisseur général :    M. JEAN DUBOYS.
Lampiste, machiniste, en un mot toutes les fonctions viles :    M. CAMILLE WEINSCHENCK.

Matériel.

Huit poupées, sculptées par M. Demarsy, acteur de la Porte Saint-Martin ;

Douze costumes, exécutés par les maîtresses des membres de l’administration ;

Trente-six décors, peints par Edmond Wittersheim et Lemercier de Neuville, mais retouchés par M. Darjou, qui avait peint la façade du théâtre.

Deux décors, le salon louis XV et la cuisine, qui servaient dans Signe d’argent, étaient l’oeuvre de l’heureux mortel auquel madame Alphonsine des Variétés a dit un jour : « Sois mon Caïus, je serai ta Caïa ! »

Passons à la liste des ouvrages représentés sur ce théâtre, au cours de l’été de 1862 et de l’hiver 1863, à la fin duquel, à cause du déménagement de M. Amédée Rolland, l’Erotikon Theatron ferma ses portes :

1. Erotikon Theatron, prologue en vers, par M. Jean Duboys ;
2. Signe d’argent, vaudeville en trois actes du même ;
3. Le dernier Jour d’un Condamné, drame en trois actes, par M. Tisserant ;
Un Caprice, vaudeville en un acte, par M. Lemercier de Neuville ;
5. Les Jeux de l’Amour et du Bazar, comédie de moeurs, du même auteur ;
6. La Grisette et l’Etudiant, comédie en un acte, par M. Henry Monnier ;
7. Scapin maquereau, drame en deux actes, en vers, par M. Albert Glatigny.

D’autres pièces avaient été commandées. M. Théodore de Banville avait promis une comédie en prose, et M. Champfleury une comédie en vers.

Des lettres d’invitation (*), imprimées chez Claye, furent envoyées aux personnes dignes d’entrer, et le 27 mai 1862, nous l’avons dit, le théâtre fut inauguré, en présence de MM. Paul Féval, Charles Bataille, Carjat, Alcide Dusolier, Emile Durandeau, Alphonse de Launay, Champfleury, Demarsy, Darjou, Charles Monselet, Poulet-Malassis, Tisserant, Charles de la Rounat, Debillemont, Duranty, Albert Glatigny, Jules Moineaux, Louis Ulbach, le colonel Lafont, Alphonse Daudet, Théodore de Banville, Henry Monnier, Leo Lespès, Omer de l’Ambigu, et de mesdemoiselles Guimond et Antonia Sari.

 

L’auteur comique, dramatique

et apprenti-photographe

Alphonse de Launay photographié par son

Gustave Le Gray

Un journal du temps, le Boulevard, donna le compte rendu de la première représentation, dans son numéro du 1er juin 1862 ; c’était de la prose de Carjat lui-même, écrivant chez lui ; bel exemple pour la Revue des Deux Mondes !

« Encore un nouveau théâtre ! un théâtre d’intimes ! Erotikon Theatron, ce qui veut dire Théâtre des Marionnettes amoureuses. Rassurez-vous, tout s’y passe le plus convenablement du monde ; les coups de bâton y sont toujours protecteurs de la morale, et si la mère ne peut y conduire sa fille, en revanche le plaisir y attire des peintres et des littérateurs de talent.

« La façade du théâtre, peinte par Darjou, mérite une description spéciale,  – mais Prologus va remplir ma tâche, – Prologus, c’est-à-dire un bouffon personnage, à qui Jean Duboys fait dire des vers charmants, que nous ne pouvons tous citer, faute d’espace, mais dont voici un échantillon :

Messieurs salut ; salut, mesdames ;
Vous les grâces, et vous les flammes,
Intelligences et beautés,
Le personnel de cette scène,
Ce soir, va faire son étrenne
Devant vos doubles majestés.

II ne manquera pas de zèle ;
Mais, ainsi que la demoiselle
Que l’on nomme Anna Bellangé,
Ce personnel assez folàtre
N’a paru sur aucun théâtre
Et désire être encouragé.

Cachez donc bien vos clefs forées,
Point de clameurs exagérées,
Où l’on imite exactement
Les mille bruits de la nature,
Depuis l’orage et son murmure
Jusqu’au chien et son aboîment.

Nous comptons sur votre sagesse
Pour que personne ne transgresse
Cet avertissement léger,
Et même dans notre service,
Nous avons omis la police,
De peur de vous désobliger.

Notre nouveau théâtre a fait des frais énormes ;
Veuillez vous assurer que tout est peint à neuf ;
Arlequin suspendu fait admirer ses formes,
Et Jourdain ses souliers brillants, cirés à l’oeuf.

Pierrot pendu fait la grimace,
Et de son oeil écarquillé,
Il contemple une contrebasse,
Auprès du pot qu’il a pillé.

La triste Melpomène et la folle Thalie
Changent enfin de robe après quatre cents ans ;
L’une va chez Ricourt pour jouer Athalie ;
L’autre reste aux Ducs Jobs, passés, futurs, présents

Voyez s’enrouler sur leurs têtes
La vigne mêlée au laurier,
Rameaux sacrés que les poètes
Aiment surtout à marier.
……………………………..
……………………………..
Du reste notre privilège
Admet tous les genres : ballets ;
Pièces à femmes, et son cortège
De jupons courts et de mollets ;
Drame à canon, si je voulais!…

« Comme vous voyez, ces marionnettes sont assez littéraires, aussi M. Darjou a-t-il peint la façade du théâtre avec non moins d’art que Jean Duboys l’a décrite. Nous lui en faisons nos compliments sincères. »

Cette première représentation fut suivie d’un grand souper. M. Champfleury porta ce toast audacieux :

« A la mort du Théâtre-Français ! à la prospérité des Marionnettes ! »

Des vers furent récités. M. .Acide Dusolier régala une fois de plus ses amis d’un poème qui a pour titre Phanor. On le soufflait.

Quand vint le tour de M. Charles Monselet, M. Duranty se leva, et protesta, au nom de la prose, contre cette avalanche de vers.

Plusieurs personnes réclamant à grands cris les Petites Blanchisseuses, la discussion menaçait de s’envenimer ; M. Monselet y mit un terme, en disant d’une voix grave et émue :

« Messieurs, si je dois être la cause d’une collision, je me retire. »

A deux heures du matin, on se sépara, et M. Champfleury, toujours petit Bineau, en s’en retournant, tira religieusement tous les cordons de sonnettes qu’il put appréhender en son chemin (2).

VI

M. Monselet dînait chez M. Amédée Rolland. Tout d’un coup il se lève, prend sa canne et son chapeau, et déclare qu’il sort pour assister, au Gymnase, à la première représentation de la Perle noire.

« Reste donc, dit M. Lemercier de Neuville, nous nous sommes procuré le manuscrit de la pièce, et nous allons te la jouer. De cette façon, tu rempliras tes devoirs de critique, – et tu auras du dessert. »

On improvisa, séance tenante, une pièce sous le titre de la Perle noire.

M. Monselet eut la bonté de croire qu’il assistait à la première représentation du chef-d’oeuvre de M. Sardou, et, comme de juste, en fit un compte rendu des plus élogieux dans le Monde illustré.

VII

Aujourd’hui, de ce théâtre, il ne reste rien, qu’un souvenir de gaîté et de folie.

Des bourgeois (détournez votre face) se sont installés dans la maison de la rue de la Santé ; – les fresques sont couvertes d’un lait de chaux ; – et les auteurs des bouffonneries gaillardes qu’on va lire se livrent à la composition d’ouvrages sérieux, afin de mériter la peine d’Académie à perpétuité.

L’illustre Brisacier.

Notes :

* Voir les pièces justificatives.
(1) – M. Albert Glatigny a été surnommé par M. Poulet-Malassis « le poète gland. » Intelligenti pauca.
(2) – Voir les Souffrances du professeur Delteil.

Note du gardien :

(*) Aujourd’hui rue de Saussure.

Le gardien vous recommande la lecture de :

Le Théâtre Erotique de la Rue de La Santé,  suivi de Les Deux gougnottes, saynète coquine de Henry Monnier, qui n’a jamais figuré au programme du Théâtre de la rue de la Santé (d’après Pascal Pia).

L’éditionde Poulet-Malassis date de 1864-1866. Bien que signée « L’illustre Brisacier », cette histoire est de Auguste Poulet-Malassis

 

CHUTE ALORS












 

Pourquoi les livres tombent-ils ?

 

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(…) et on la doit à la formidable maison d’édition

 

MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE

 

N.B. Toujours chez Monsieur Toussaint Louverture, cet avis qui ne manquera pas d’encourager les écrivaillons tatillons les plus scrupuleusement forcenés :

 

Écrivez des listes !
Nous vous encourageons à écrire et à nous faire parvenir vos listes étonnantes. Nous aimons déjà ce que vous faites. C’est avec impatience que nous attendons vos listes.

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ATTENTION POÈTE…

A relire et à méditer…

PÉTITION D’UN VOLEUR À UN ROI VOISIN

par Pierre François Lacenaire, brigand et poète 

Sire, de grâce, écoutez-moi :
Sire, je reviens des galères…
Je suis voleur, vous êtes roi,
Agissons ensemble en bons frères.
Les gens de bien me font horreur,
J’ai le coeur dur et l’âme vile,
Je suis sans pitié, sans honneur :
Ah ! faites-moi sergent de ville.

Bon ! je me vois déjà sergent :
Mais, sire, c’est bien peu, je pense.
L’appétit me vient en mangeant :
Allons, sire, un peu d’indulgence.
Je suis hargneux comme un roquet,
D’un vieux singe j’ai la malice ;
En France, je vaudrais Gisquet :
Faites-moi préfet de police.

Grands dieux ! que je suis bon préfet !
Toute prison est trop petite.
Ce métier pourtant n’est pas fait,
Je le sens bien, pour mon mérite.
Je sais dévorer un budget,
Je sais embrouiller un registre ;
Je signerai :  » Votre sujet « ,
Ah ! sire, faites-moi ministre.

Sire, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère !
Je compte sur votre bonté ;
Car ma demande est téméraire.
Je suis hypocrite et vilain,
Ma douceur n’est qu’une grimace ;
J’ai fait… se pendre mon cousin :
Sire, cédez-moi votre place.

Fils d’honorables commerçants établis près de Lyon, élève au lycée de cette ville puis au petit séminaire d’Alix dont il est chassé, Pierre françois Lacenaire (1803-1836) entame sa licence en droit à Chambéry. Ses indélicatesses et ses débauches le contraignent à chercher refuge à Paris en 1825. Il sait s’y faire accueillir par les journaux de l’opposition. Mais un duel malheureux, en 1829, avec un neveu de Benjamin Constant, qu’il tue, le prive de ressources ; il vole et revend alors un cabriolet, ce qui lui vaut un an de prison purgé à Poissy. Il fait là, dira-t-il, son « université criminelle » et, dès sa sortie, fonde une association de malfaiteursCoupable d’avoir assassiné Chardon, un ancien camarade de prison, et sa mère ainsi que d’avoir agressé un garçon de banque rue Montorgueil à Paris, la malfaiteur Pierre-François Lacenaire est condamné à mort par les assises de la Seine. Lors de sa détention à la Conciergerie, Lacenaire rédigera ses mémoires qui contribueront largement à faire naître le mythe du dandy assassin et voleur.  La censure de la Monarchie de Juillet frappent également Les Mémoires, révélations et poésies de Lacenaire écrits par lui-même, à la Conciergerie dont le texte publié quelques mois plus tard est expurgé. Pierre-François Lacenaire y évoque ainsi les motivations de sa  » vengeance  » à l’égard d’une société qui n’a, selon lui, pas su lui donner la place qui lui revenait. L’ouvrage donnera néanmoins corps au mythe qui vient de naître. Le 9 janvier 1836, Lacenaire est guillotiné au petit matin, barrière Saint-Jacques à Paris.  Le caractère exceptionnel de l’affaire ne réside pas dans la nature du crime. Pierre-François Lacenaire n’est pas un tueur en série et sa culpabilité bien établie ne nécessite aucune révision posthume. Il est condamné à mort en novembre 1835 pour quelques faux en écriture et pour deux assassinats crapuleux. L’originalité de la cause gît tout entière dans la personnalité de Lacenaire. De son procès à sa mort sur l’échafaud en janvier 1836, ce dandy criminel, poète à ses heures, ne cesse de se mettre en scène. Objet de fascination et de scandale, il subvertit le théâtre judiciaire, détourne la règle du jeu. Mais ce qui importe, ce n’est pas Lacenaire mais les Mémoires de Lacenaire, œuvre en action, œuvre dont l’écho, de Lautréamont à Char, de Breton – que l’on retrouve dans L’anthologie de l’humour noir -  à Debord, est considérable.

N.B. Il s’entend qu’une bibliothèque ne contenant pas les mémoires, les poèmes et quelques correspondances de Pierre-François Lacenaire est une bibliothèque incomplète.

J’arrive à la mort par une mauvaise route, j’y monte par un escalier

Pierre-François Lacenaire

VIVE LA VIE !












 

RETROUVÉ CE TEXTE envoyé à un magazine par le dénommé Jules Mougin, poète et facteur cosmique qui se fait passer ici – et c’est ce qu’il est, mais pas seulement puisque notre homme, ancien facteur, donc, est aussi un artiste brut et un poète essentiel – pour un quidam. A la première lecture, je fus ébloui. J’ai photocopié souvent le texte et l’ai offert à tout les gens que j’aime et qui m’entoue. Aussi je vous l’offre. Enfin, il vous l’offre…

 

Je suis pour, je suis contre. Et moi, et moi ? Suis retraité des postes. Postes, Télégraphe. S’il vous plait avec un receveur cravaté et des copains. Ah les vélos ! (…) J’ai mon certificat d’études. « S » ou pas. 265 francs par mois, plus 3 sous par dépêche portée. Mon quartier, rue de Sèvres, rue Vanneau, rue du Cherche-Midi, Bon marché, prison militaire. La rue du regard… pour les télés, défense de fumer. La première femme nue, vue, rue Saint-Placide, j’indique pas le numéro de la maison ! Le temps des télégrammes. Des tubes. De l’air comprimée. L’uniforme ; la casquette bleue. Je le fus en 1809, avec brassard, au début. J’habitais avec M’man dans la cour du dragon ; histoire ancienne ? J’ai 91 ans ! le métro, le bus, les gares ne font pas mourir ! Je vis avec Jeanne, ici, dans le Maine-et-Loire. On me fout la paix ! Je fume comme les hautes cheminées. Ah, je vais vous dire ici quand même que, comme mon père, mes poumons abritèrent des BK. Trois ans. La tuberculose, ça se guérit ! Je vais finir ; ici, on cultive les échalotes. Ici, c’est la paix ! Je possède un tilleul et deux cerisiers. Je bois bien. Ni trop, ni moins (…) La cave a des traces de mon écriture. J’ai gravé des dires de Louis calaferte, de Baudelaire et de Marjan. La vie serait tellement belle si il n’y avait pas les guerres. Je vous dis au revoir, monsieur.

 

Jules Mougin, Chemelier, 2003.

  

 

 « … Le jour où la masse des déchets de l’actualité sera réduite en poussière, parmi les étoiles de première grandeur brillera calmement, sans doute avec ironie, celle de ce poète qui s’appelle Jules Mougin. »

 

Louis Calaferte

MENDIANTS

« Souvent il faisait avec moi tout le chemin jusqu’à la maison, maintes fois pour emprunter un livre, et ce livre était toujours de la poésie. Puis il décampait, retournait mendier sur la route, le volume glissé dans la poche de sa veste en lambeaux; et bien qu’il lui arrivât de le garder assez longtemps, l’ouvrage finissait toujours par me revenir, sans avoir beaucoup souffert de son voyage au pays des mendiants. »

Extraits de Mendiants, de Robert Louis Stevenson

Stevenson s’inspire des souvenirs que lui laissèrent les vagabonds croisés en Écosse durant ses jeunes années pour composer ce court texte, à la fois réflexion morale sur le don et célébration de la profondeur de l’instinct littéraire. L’écrivain s’y présente à son lecteur avec la simplicité et la force d’un style qui le classe parmi les grands.

Mendiants, de Robert Louis Stevenson, Traduit de l’anglais par Marie Picard éditions Sillages

ÉCRIVAINS

 

« Je suis un écrivain et non pas le porte-parole de quelques millions de voyous. »

Jack Kérouac

 

Alors, eux, qui sont-ils ?…

 

N.B. L’usage de la loupe est autorisé.

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SPECTRES QUI EXCITENT LA TEMPÊTE

Le prince de Radziville, dans son Voyage de Jérusalem, raconte une chose fort singulière dont il a été le témoin :

Il avait acheté en Égypte deux momies, l’une d’homme, l’autre de femme, et les avait enfermées secrètement dans des caisses qu’il fit mettre dans son vaisseau, lorsqu’il s’embarqua à Alexandrie pour revenir en Europe. Il n’y avait que lui et deux domestiques qui le sussent, parce que les Turcs ne permettent que difficilement qu’on emporte ces momies, croyant que les chrétiens s’en servent pour des opérations magiques. Lorsqu’on fut en mer, il s’éleva une tempête qui revint à plusieurs reprises avec tant de violence, que le pilote désespérait de sauver son vaisseau. Tout le monde était dans l’attente d’un naufrage prochain et inévitable. Un bon prêtre polonais, qui accompagnait le prince de Radziville, récitait les prières convenables à une telle circonstance ; le prince et sa suite y répondaient. Mais, le prêtre était tourmenté, disait-il, par deux spectres (un homme et une femme), noirs et hideux, qui le harcelaient et le menaçaient de le faire mourir. On crut d’abord que la frayeur et le danger du naufrage lui avait troublé l’imagination. Le calme étant revenu, il parut tranquille ; mais la tempête recommença bientôt. Alors ces fantômes le tourmentèrent plus fort qu’auparavant, et il n’en fut délivré que quand on eût jeté les deux momies à la mer, ce qui fit en même temps cesser la tempête.

Extrait de Infernaliana par Charles Nodier (réédité chez « À Rebours », délicate maison d’édition lyonnaise)

RANGER / DÉRANGER, ENCORE…

Je continue à classer et à déclasser… une pile ici, une collection là ; sans oublier les mals classés ou les inclassables. Aussi, je vous reponse la question : Et vous amis lecteurs, comment rangez-vous votre bibliothèque ; avez-vous un système de classement personnel, précis, savant, extravagant, analphabétique ou autres ?

Photographie de Bruno Dayan

Fabien Loszach : chromatiquement

Monique Neubourg : A chaque déménagement, il y a une tentative de regroupement. Philo, cinéma, romans, érotiques, les dicos/Bouquins par ici, les rares cuisines par là. Et puis, plus les ans passent, moins ça tient….

Gael Depauw :  est la plus malheureuz des lizeuzes car depuis qq temps ces merveilles dépriment dans d’affreux cartons entassés sans aucune cohérence ; (((((((((((((

Odile Krief : je la reconnais cette photo, c’ est ma façon de ranger mes livres…ensuite, je les siffle…ils sont très obeissant, et accourent pile sur ma table de chevet !

Gael Depauw : Quand je pense que ts mes bouquins de Fac sont encore chez Dad and mam !!!!!!!!!!! Encore une bibliothèque !!!!!!!

Odile Krief : la seule solution pratique et respectueuse…c’ est faire appel à Mary Poppins à chaque déménagement, elle sait bien y faire, elle !

Frederik Reitz : Mais c’est quoi une bibliothèque ?

Lily Briscoe Yellowlounge : dans la chambre d’amis, les polars et les BD; sur le palier à l’étage, les anglophones, dans le salon le domaine français, l’art, tout le reste… dans la chambre du haut les voyages, dans un placard le jardin et la cuisine, et le reste dans les cartons au grenier…rien dans la chambre sauf une pile de livres en cours.

Leïla Pelfresne : je crois qu’on peut deviner que j’ai travaillé en librairie dans une autre vie ! :) avec moi, les rayons étaient toujours tirés à 4 épingles ! ;)

Sally Mara : par éditeur et collections pour certains, par thème pour d’autre, par auteur parfois, par genre rarement, à l’horizontale et à la verticale, de face et en diagonale, en équilibre aussi (une chute une fois par semaine), mélangés à des bidules et des carnets

Sally Mara : ah oui je voulais dire que l’important, pour moi, c’est de savoir toujours où ils se trouvent précisément, n’avoir qu’à tendre la main là pour le faire glisser

Xilix Dit Xilix : j’ai mis les miens dans des cartons.. puis l’humidité, le temps en a fait une masse compacte… j’ai pour près de 1/2 tonnes de livres…

Dupuis Bernadette : En fonction de la hauteur de mes étagères !

Photographie de Bruno Dayan

Leïla Pelfresne : personnellement, je les range par genre (je suis un peu maniaque) : une bibliothèque consacrée à la jeunesse, une à la littérature policière, à la science fiction et à la culture générale. Une pour la littérature francophone et sa sœur, pour la littérature étrangère. Ces 2 là sont triées en interne entre classique et contemporain, grand format et poche ainsi que collections.
Il y aussi une bibliothèque BD/manga/comics et une beau livre
Enfin, les livres Sciences Humaines /vie pratique sont dans un placard en attendant mieux.

Yolli Mousin : J’ai très peu de livres, une tite centaine, les autres, les éphémères, ceux que je ne lis qu’une fois, je les prends à la biblio de mon quartier…Chez moi, la poésie est sur le rayonnage du bas direct accessible, les romans au milieu, les improbables en haut…puis sur une autre biblio, tous les spécialisés….. bon jvous parle pas de tous les autres qui sont liés à mon passé de lectrice et qui trônent dans le grenier et ma chambre d’enfant chez mon Pa….et qui s’entassent, alors là carrément, pêle-mêle à la vakomjtepouss…..

Alexandra Ovigny par genre et par auteur

Odile Krief : une bibliothèque ? à mon avis, c’ est ce qu’ il nous reste lorsqu’ on a tout lu…les ouvrages qui nous caractérisent, qui nous ressemblent, qui nous font grandir, que l’ on aime relire, que l’ on peut conseiller, dont on aime parler, que l’ on évoque avec plaisir… la seule constante, c’ est que la culture a un poids véritable, qu’ il soit matériel ou cérébral, ce poids est réel et visible !

Marie-pierre Siméon : avec amour…

Mireille Noël : Je laisse les livres vivrent comme bon leur semble un peu partout dans la maison. Un peu comme les chats, ils ronronnent et murmurent…

Isabelle Marc : Quand j’ai déménagé, j’ai donné les trois quart de mes livres sur recup.net; je range toujours mes livres par ordre alphabétique…

Laurent Antoine LeMog : En fonction de leur hauteur, afin d’optimiser l’espace… ensuite je fais souvent confiance à tort à la mnémotechnique ;-)

Julien Gayrard : Pour m’y retrouver dans ma bibliothèque, je note, sur un répertoire, chacun des livres qu’elle contient. Puis je range à son tour le repertoire dans la bibliothèque en ayant pris soin de noter sur un nouveau répertroire la venue de ce livre-repertoire sur les rayons. Avant de courrir acheter un autre repertoire…

Revue Diptyque : Ils sont en transit dans toutes les armoires, caisses, casiers, en attendant que l’on finisse le living en partie tapissé d’une grande bibliothèque super chic qui malgré son rayonnage important nous imposera des choix drastiques et toujours quelques bibliothèques adjacentes. Sans compter celleS des enfants…

Barbara Landrevie : Je ne range rien !

Catheline van den Branden : Ceux qui sont lus
Ceux qui seront lus
Par langue, puis par editeur puis par auteur.
Et effectivement, j’ai séparé les poches, les brochés, et les beaux livres.

Tolau Segroeg : « Quand je les ai lus je les donne à la bibliothèque de mon village qui se charge de les ranger et de les cataloguer. Je fais ainsi des économies d’étagères, c’est la bibliothèque qui en prend soin et me les garde au chaud quand je veux les relire, ce qui est rare, et j’endoctrine ni vu ni connu plusieurs centaines de braves citoyens français…Les essentiels et autres imprêtables restent bien sûr au plus près de ma couette. »

Eric Dordilly : Il y a deux bibliothèques dans chaque pièce, et celle qui longe le couloir; je ne range pas mais je sais où chaque livre se trouve, même après plusieurs années.
Olivier Bailly je range mes livres par ordre alphabétique de grandeur chronologique de manière à avoir sous la main les livres que j’aime, c’est-à-dire mes livres, dans des pièces différentes et même dans le couloir. Bref c’est le bordel

Jacques Theillaud  : …y a le système classique : par ordre alphabétique de noms d’auteurs, pour tout ce qui est fiction, et CDU ou Dewey pour les documentaires…c’est pro, mais c’est chiant ( je sais, ça a été mon taf pendant près de vingt cinq ans : Doc. en Collège) mais ma biblio à moi, chez moi, c’est simple : tout en bordel…bon, il est vrai que je n’ai que quelques milliers de livres…et si j’en retrouve pas un aujourd’hui, m’en fous, le retrouverai demain…

 

Et cette dernière, toujours du même,

envoyée par Fée Clo en guise de réponse…

FOU ET MÊME PIRE

Reçu ce petit mot de mon ami Nicolas Millet : Et, en ce qui concernent les fous poètes et les poètes fous, il faut lire Cadavre grand d’Ivar Ch’Vavar, au Corridor bleu…


Cadavre grand m’a raconté
, de Ivar Ch’Vavar (le corridor bleu éditions)

La première édition de Cadavre grand m’a raconté, parut il y a dix-huit ans – édition « underground », tiré à 350 exemplaires – vendue en quelques mois. L’ouvrage est introuvable depuis, mais n’a jamais été oublié, et bien des voix, année après année, se sont élevées pour demander sa réédition. Cadavre grand se présente comme une anthologie des poètes fous, crétins, naïfs du Nord de la France, réunie par l’abbé Lepécuchel et ses « disciples » Ivar Ch’Vavar et Alix Tassememouille… L’abbé Lepécuchel n’a jamais existé, Alix Tassememouille non plus, la plupart des auteurs présentés dans l’anthologie pas davantage. – Dans la première édition, ces auteurs étaient vingt-deux. Ils sont maintenant quatre-vingts, on change donc de dimension.
 
Cette nouvelle édition réunit une majorité de poètes inventés (leur personnalité, leur biographie, leurs textes), par Ch’Vavar et quelques autres, une poignée de poètes « réels » (existant bien !), comme Lucien Suel et Konrad Schmitt (deux grandes figures du Nord), quelques naïfs authentiques aussi, et… il y a d’autres cas de figures, et le « degré de réalité » de tel ou tel auteur n’est pas toujours facile à apprécier ! Certains des auteurs existants ont acceptés de se voir dotés, dans la notice qui les présente, d’une « vie imaginaire »…
Mais ce qu’il faut souligner : ce livre est un tout, constitue bien une œuvre, une œuvre complexe, foisonnante, pleine d’échos, et partout marquée de signes de reconnaissance, œuvre labyrinthique, égarante au possible, mais une, et d’une grande force et invention.
 
Et cette œuvre forme un univers. L’univers fantasmé du Nord, mais fantasmé jusqu’à sa plus grande réalité, jusqu’au moment où sa réalité profonde se dévoile et apparaît dans une évidence crue et bouleversante.
Ce livre monstrueux, totalement inclassable, ne ressemblant à rien de connu, c’est encore – même obliquement – un livre sur la poésie, ses trucs, ses charmes, ses prestiges. Sur la force de l’imaginaire, aussi, qui, pour Ivar Ch’Vavar est ce qui peut nous rapprocher le plus du réel… Et ce qui frappe le plus, en définitive, à la lecture de Cadavre grand, c’est paradoxalement, l’extraordinaire impression de réalité, de véracité, que nous ressentons.

Photographie de Gerhard Riebicke

RANGER / DÉRANGER…

Alors que je continue le rangement des bibliothèques, je redécouvre, en altitude oblige, Le Baron perché du farceur Italo Calvino, livre d’évasion et de saine utopie par excellence. Perché moi aussi sur une échelle me voilà à relire les aventures fantasques du singulier anachorète :

« (…) il considérait les livres un peu comme des oiseaux et ne voulait pas les voir immobiliser dans des cages. Sur le plus massif des rayonnages aériens, il alignait les tomes de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert , au fur et à mesure qu’ils lui parvenaient par un libraire de Livourne. pendant quelques temps, à force de vivre au milieu des livres, il avait eu la tête dans les nuages, quelque peu, et s’était de moins en moins intéressé au monde dans lequel il évoluait (…) »

 

Et vous amis lecteurs, comment rangez-vous votre bibliothèque ; avez-vous un système de classement personnel, précis, savant, extravagant, analphabétique ou autres ?

 

Véronique Doms-Vrancken  : Par année de parution, excepté pour les dicos et autres ouvrages de référence

Elvira Ricard  : au début par nationalité, puis manque de place il y a de curieux mélanges, et parfois pour que les livres se rencontrent et fassent connaissance quand je ne suis pas là, j’aime croire à ça aux correspondances à travers le temps…..et puis des colères aussi, enfin que ça bouge !!!!!!

Lionel Bedin  : Par époque (Antiquité, Moyen Age, XVIe, etc. et – en gros – par date de parution dans la période, et sans notion de pays. ça favorise les rapprochements…

Christi Padi  : par thème puis dans chaque catégorie pas taille

Rose Grenadine :  Houla, il faudrait dire « des » bilbiothèques : celle du coeur (les indispensables, dans ma chambre, avec ses livres classés par importance subjective et qui veillent sur mon sommeil) celle du boulot, celle des livres que je relirai peut-être ou qui sont utiles, type guides tourisques, dans la chambre d’amis, celles des livres pour enfants, celles des dicos et autres manuels à écrire… Dans chacune de ces biliothèque, le rangement continue de se faire par importance subjective ( par ex : Lacan et Freud en premier pour la bilio boulot) mais aussi en foncition de la hauteur des étagères : tout le bas de la biblio boulot est ainsi occupé par les livres d’art de haut format tandis que certaines étagères sont resserrées pour accueilir les poches. Les livres en langue angliaise sont mélangés à ceux en langue française mais les écrit sur le Québec ou le Canada sont rangés à part. Dans chacune des bibliothèques il y a un coin « en attente d’être lus » et dans celle de la chambre d’amis, à hauteur des yeux, le coin « poésie nouvelles » et « petits livres objets ».

Laurent Greusard  : « (…) élaborer une authentique bibliothèque – il s’en rendait compte à chaque opération de classement- tenait de la stratégie militaire. Chaque livre était en guerre contre le monde, chaque livre était en guerre contre les faux livres, chaque livre était en guerrre contre les cerveaux humains .Chaque livre était en guerre contre les autres. Il fallait à tout prix savoir les organiser afin d’optimiser leur force de frappe. il fallait être sûr que chaque ouvrage soit en mesure d’ouvrir un crane à l’autre bout du monde.
Maurice G.Dantec ; Métacortex, p 218. 2010 »

Jean-Luc Bitton  : autodafé !

Mathieu Bourgois : dans quelques jours sur le IPAD je les classe par editeurs

Lionel Eskenazi  : Par taille et par éditeur (par exemple j’aime bien pouvoir consulter ma rangée des éditions de minuit, mes Acte Sud ou mes Christian Bourgois). J’ai plusieurs bibliothèques dans plusieurs pièces. J’ai une pièce pour les livres de poches (toutes collections confondues et classés par auteur, mais aussi par genre (par exemple, j’ai un coin polar, un coin SF, un coin poésie, un coin théâtre et un coin philo) . J’ai une bibli aussi près de mon lit avec tout un tas de bouquin pas classés que j’ai plutôt achetés récemment et que je n’ai pas encore lu ou d’autres aussi que j’ai envie de relire. Il y en a aussi au-dessus des armoires. j’ai un coin particulier pour les livres qui concerne la musique (étant journaliste musical, je les consulte souvent). J’ai dans mon salon tous mes livres d’art qui concerne le plus souvent des catalogues d’expo que j’ai apprécié; J’ai un coin aussi qui concerne les livres sur le cinéma. Enfin dans ma cuisine, j’ai tout un tas de livres de cuisine de recettes du monde entier. Je n’ai surtout pas de livres dans les toilettes, j’ai horreur de lire dans les toilettes.

Olivia Girard : comme je peux !!!! plus de place….

Clo Brion : Quelle belle construction littéraire !

Catherine Letellier : Comme sur la photo (une tres grosse pile, NDLR) c’est pratique, mais ça abime les livre, rire.

Jean Vincent Caloua : Par genre et certain livre dans un coffre a l’abri des curieux

Loreau Douchet : Carole mon mari les changent de place souvent pour qu’ils conversent les uns avec les autres … ça me fait rire

Charlotte Saintonge : Par genre aussi, mais la place manque..Il y a du débordement!

Christine Noti : Par affinités entre auteurs.

Yvette Ghesquière : En triple file ….

Christine Noti : Ce qui implique parfois certains changements, en effet.

Catherine Letellier : Par auteurs, et par genres

Jérémie Jemrys Rueff : Dans la mesure où j’ai trop de livres et pas assez de place, le plus souvent cela dépend du nombre d’étagères et de la hauteur, c’est souvent donc par collection ou édition, c’est selon, après il y a quelques endroits qui passent au travers de ce travers, mais c’est pour mieux traverser le passage obligé vers l’achat retardé d’un meuble de plus, qui lui ne sera pas de travers, mais de préférence haut et droit.

Helene Wolff-Eugene : J’ai monté des piles autour de mon lit… mes livres me bercent et c’est un bienfait !

Simon Sanahujas : Alphabetiquement par auteur, tout bêtement… (j’ai presque honte du coup)

Clo Brion : Aléatoire, pas mal non plus.

Nicole Boffy : Par genre pour l’instant

Kreaktions Bijoux Deco Les plus poches avec les poches et par genre, les moyens idem, et les grands, en bas car c’est la plus grande étagère ! Mais dans cette dernière, c’est tout et n’importe quoi, du moment que ça rentre debout !

Nathalie Fontaine-Dunzen:  mes lectures du moment dans une boîte posée près de moi sur mon divan ou sur ma table de chevet. Aussi non c’est comme ma voisine du dessus, c’est tout et n’importe quoi, du moment que ça rentre debout !

Simon Sanahujas : Je construis mes bibliothèques moi-même te je les prévoie à hauteur des plus grands formats, ce qui me permet de les ranger comme bon me semble, sans impératifs de taille…

Loreau Douchet Carole : moi je les range bien en evidence pour bien voir les tranches et leur dire un mot, juste avant de les en extirper pour m’y plonger corps et ame… car je les aime trop mes livres

Daniella Michel : En attendant de trouver de la place pour de nouvelles étagères : en double rangées et par ordre d’arrivage.Il y a quelques piles posées où il y a de la place! Avant c’était par éditeur, par collection et en ordre alphabétique + quelques étagères d’inclassables. Les éditions de Mille et une nuit ont toujours leur étagère aux toilettes et il y reste encore quelques centimètres linéaires de libre…

Virginie Laurans  : Les livres vont et viennent au gré de nos humeurs, les leurs et les miennes. Je ne les range pas, ils me dérangent lorsqu’ils sont trop rangés, je crains pour leur liberté, j’ai peur qu’ils oublient de vivre, de respirer dans leur petite vie trop rangée, trop étriquée, alors l’espace leur appartient! Ils déambulent, et cela leur donne un charme fou!

Véronique Doms-Vrancken : Par date de parution suaf pour les dicos et autres ouvrages de référence. Et sauf les derniers achats non lus qui se trouvent à côté de mon fauteuil préfére, en pile relativement stable

Roselyne Artaux J’essaie de ranger mes livres par types et thèmes d’ouvrages, ceux que je préfère bien en évidence les autres derrière. Comme je n’aime pas me séparer de mes livres mes étagères et bibliothèques sont bien pleines. J’ai toujours un livre sur ma table de nuit car, avant de m’endormir, je lis toujours quelques lignes c’est une habitude qui date de ma jeunesse !

Franck Cottet  : je range par…Pfff…IL y a un mur avec la littérature d’europe centrale (hongroise et tchèque surtout) un mur avec la philosophie, un mur et demi pleins de poésie un dernier avec le théâtre et le reste, l’étrange, l’inclassable, l’incongru, enfin tout ce qui ne rentre pas dans les autres murs…

Laurent Greusard  : j’ai toujours cru que Dieu ne permettrait pas que l’on meure avant d’avoir fini un livre. Alors j’en commence systématiquement un le soir avant de me coucher..d’où une pile trembalnte qui encadre la table de chevet et qui recoupe les lectures en cours. Cinq piles (soit 200 livres) sur ma table de travail des choses que j’aurais déjà du lire si…
Pour le classement, ordre alphabétique, sauf les collections que je suis à part et sauf ribemont Dessaignes et Mirbeau qui sont au salon, et sauf les ouvrages d’histoire grecque qui sont dans la chambre des enfants et sauf les petits maitres (Andrevon, Pelot, Pronzini, Moorcock, Aymé) qau sont dans ma chambre et sauf le slivres pour enfants qui sont dans l’autre chambre d’enfants (sauf les fantomette et les lieutenant X) et sauf les Poulpe qui sont aux toilettes. Sauf le programme commun de la gauche qui est rangé avec les uchronies. Enfin, il y a un ordre alphabétique avec plein de sauf pour empêcher quiconque de retourver un livre sauf moi….

Franck Cottet  : j’ai à côté de moi, tenues par ma table de chevet deux piles de livres, une des livres en cours ou en attente, une autre des livres dont j’ai du mal à me séparer…ceux dans les quels, par addiction ou gourmandise je retourne piocher une page de temps à autre. Chaque pile doit faire environ 1 mètre, 1 mètre 20 à l’estime de l’oeil…Pour l’heure, en haut de la pile des livres en cours, il y a Tribut, de Stephen Romer pour préparer une lecture à haute voix…

Thierry Gilibert : Quant à moi, mentalement je les classe par ordre de préférence, physiquement je sépare les gros non-lus des petits lus et pratiquement je les fous partout et je ne sais plus où me mettre ! D’ailleurs, si je n’ai pas de livre de chevet c’est parce que je suis au chevet du livre ! Lui dort bien mais moi dieu quelles insomnies ! Je suis tellement à croc à la lecture que je lis entre les livres, c’est à dire là où je range habituellement mon épouse et les gosses !!!

Catheline van den Branden : Ceux qui sont lus
Ceux qui seront lus
Par langue, puis par editeur puis par auteur.
Et effectivement, j’ai séparé les poches, les brochés, et les beaux livres

Oeuvre de Vladimir Kush

« (…) la lecture de l’Encyclopédie, avec ses beaux articles sur l’Abeille, l’Arbre, le Bois, le Jardin, lui fit porter sur ce qu’il avait autour de lui un regard neuf »

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