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DRÔLE D’HISTOIRE

 

 

Un écrivain n’est pas un historien. Quelquefois, le premier raconte des histoires quand le second n’a guère le droit ou ne l’ose pas. Les deux peuvent collectionner les livres, rares ou moins, mais le second, l’historien, est là pour tamiser, soupeser, gagner une chaire, un galon, ou quelquefois changer le cours de l’Histoire. Je me méfie de l’Histoire. Je possède beaucoup de livres sur le sujet, mais ce sont ceux que j’ouvre le moins. Quelquefois je m’y oblige et ça me coûte. Demandez-moi de me souvenir d’un poète arabe – XXX – et de ses dates, demandez-moi dans le même instant une belle victoire française, et le poète l’emportera.

L’écrivain n’est presque rien. Il marche le matin dans les villes ou dans les villages selon son lieu d’habitation. Son entourage l’assiste souvent et il refuse les contraintes. Quelquefois, il s’en accommode. L’écrivain peut aussi jouer aux échecs, bavarder avec d’autres écrivains ou somnoler. Quand il fait la sieste, il croit qu’il travaille. Il fréquente aussi les salles des ventes ou les bouquinistes parce qu’il aime les livres tout simplement ; comme le paysan collectionne des outils d’autrefois, comme le suspicieux fétichise et ne peut s’empêcher de ramasser sur le chemin les fers à cheval rouillés. Souvent, l’écrivain lit les livres qu’il achète, mais ce n’est pas une obligation. Quelquefois, l’écrivain lit deux pages puis se met à écrire comme si la lecture l’avait un peu nourri. Quelquefois aussi, l’écrivain lit de très gros livres d’histoire, ou des collections entières, dont il fera quelque chose. ou ne fera rien. L’écrivain.

 

 

 

Si vous voulez une histoire vraie ou à peu près sensée, fouillez dans les archives…

 

 

Dans les miennes, au pied du phare dans la montagne,

vous ne trouverez que des malles à mensonges.

20 FÉVRIER

Pour cause d’anniversaire – le sien -, le gardien n’est pas en mesure, ce jour, d’assurer l’ouverture et la bonne tenue du cabinet. Toutefois les les étranges personnages qui hantent les lieux se sont cotisés pour lui offrir quelques bizarreries et singuliers présents capharnaumesques

Des planètes incongrus

et d’autres…

Une demoiselle de compagnie

Une seconde…

Quant au gardien

si il ne voyage pas

en déraison

il est sans dout parti

à la chasse aux papillons… 

SAISON ORDINAIRE

En cet été de 1968 avec le derniers tiers du XXe siècle qui voyage comme un rêve vers sa fin, il est temps de planter des livres, de les faire passer dans le sol le sol, afin que fleurs et légumes puissent croître de ces pages.

Richard Brautigan, please plant this book

Le rituel est toujours le même. Une marche dans le village quand il ne pleut pas – il ne pleut pas. Quelques milliers de pas, à peine, tandis que l’autre moi s’apprête à prendre la place au bureau.

Peinture de Remedios Varo.

Puis une dizaine de pages de lecture, des poètes peut-être – Brautigan, la Mémoire de l’ombre de Marcel Béalu, la correspondance de Flaubert ou Le Cantique des Cantique, par exemple – suivies d’une dizaine de pages d’écriture, sans les corrections.

Je ne crois pas au recueillement. Il s’agit, je crois, d’isolement et de labeur. Je cours derrière les phrases comme d’autres espèrent des arlésiennes ou attendent Godot. Je fais des petits pas comme les mots ou du sur place comme le silence qui leur sert d’espace. Je n’ai jamais cru aux grandes enjambées. Je crois seulement à la clarté.

Plus tard, bien plus tard, on en fera un petit recueil, maigre, desséché ou même laconique et parfaitement inutile… Je n’irai ni par quatre chemin, ni par les champs, ni par les grèves.

Durant midi j’encadre et accroche des herbes sechés et incongrues, Ce sont mes « livres d’heure ». Je note dans un carnet quelques mots ignorés et rélevés dans mes lecture; Pour un sens à venir ou une simple sonorité – estivation ou roquentin. Ce sont mes coffres-forts. Je classe aussi quelques livres. Le Comte de Permission, de Orlando de Rudder (JC Lattes), L’Epreuve de vérité, de Errol Flynn (Le seprpent à plumes), D’autres chemins, de Enis Batur (Actes Sud), Julien Letrouvé, colporteur, de Pierre Sylvain (Verdier) ou Les Histoires de Giufa (La Fosse aux ours). Guifa le sicilien, l’idiot et le sage, proche cousin de Nassredine Hodja.

En début d’après-midi, je découperais quelques articles – sur Cendrars, Jean Marc Lovay, Le Magazin Pittoresque ou la médecine, un peintre aimé ou une photographie intrigante – Curzio Malaparte devant sa machine à écrire, avec un loup, masque de bal costumé sur le visage – que je rangerais dans « les boites » ; « la boite à poésie », dans le « faux livre », dans la boite « à lire en urgence», dans la boite « à relire » ; ou que je glisserais avec soin entre les pages des livres. Les bourreaux avec les bourreaux et les poètes avec les poètes, il s’entend. Ce sont mes bibliothèques secrètes, mes ressources imaginées… Une simple phrase entendu peut permettre de reprendre la marche lente de l’écriture.

Le temps passe et je reprends mes « AZERTY ». Mes mots en travaux. En chantier ou en grand dérangement. Quelques bribes dans les marges aussi :

Pis que le temps qui passe / le temps qui dépasse.

Assez agi / il faut parler maintenant.

Ce soir, je relirais les épreuves du matin avant de reprendre le nouveau stylo pour noircir d’autres pages, cette fois manuscrites, qui serviront au travail du lendemain.

J’écouterai aussi aussi des musiques d’autrefois et ferai un tour dans le cimetière des blogs abandonnés. Comme ce AU FIL DU TEMPS de saison qui porte si bien son nom.

Entre temps, j’aurais entendu le chant des oiseaux, encagés ou non, observé les lézards effrontés et curieux, caressé les chats qui dorment sous les lampes, compté comme un enfant les exclamations des cloches de l’église, suivi les nuages qui quelquefois virevoltent, et m’être passé de sieste qui mènent souvent à de nouvelles phrases. Peut-être entendrais-je une nouvelle fois ces derniers mots :

Nous avons tous une place dans l’histoire. La mienne, c’est les nuages. Richard Brautigan

Oeuvre de Sue Blackwell.

Le gardien vous recommande la lecture de :

Please plant this book, de Richard Brautigan (éditions Les Carnets du dessert de Lunes)

En 1968, Richard Brautigan conçoit un livre-objet bien singulier : une boîte livrant huit poèmes imprimés sur autant de sachets de graines, Please plant this book. Pour ce début de siècle, les éditions Les Carnets du Dessert de Lune le republient, bilingue, en feuilles volantes, sous sachet plastique, sans les graines. Intemporelle, mais tombant comme à point nommé, la douce voix du poète revient murmurer un message d’accueil et de désir renouvelé au monde. « Il est temps de planter des livres, de les faire passer dans le sol, afin que fleurs et légumes puissent croître de ces pages ». Filant la métaphore d’un livre voulu organiquement lié à la terre, ces poèmes, voeux ou prières rêvés, restituent pleinement la « main verte » de Brautigan. Peintures naïves, ces huit petits croquis sont autant de mots jetés vers des vents prénommés espoir, confiance, renaissance, qui s’en vont battre la digue de l’inquiétude d’un monde désastré. Une perle. (Loup Bambois, in LA REVUE DES RESSOURCES, que je recommande à chacun)

Découvrir le livre PLEASE PLANT THIS BOOK dans sa version interactive.

Un autre dossier sérieux et complet sur le site de l’admirable NOUVELLE REVUE MODERNE

Enfin, Thomas Vinau, notre ami poète et funambule – ETC-ISTE – vient de publier un admirable petit livre-objet L’Ane de Richard Brautigan (Les éditions du soir au Matin, ) qu’il vous faut ablolument vous procurer. Laisser des messages au gardien qui transmettra. Ou l’auteur viendra ici faire son marché.

Oeuvre de Teun Hocks

PLUIE ET RE-PLUIE

Ajourd’hui, il pleut…

Seuls les chats sont sortis,

(…) Mais déjà rentrés

Avant les festivités du 14 juillet.

TÉLÉGRAMME

Ajourd’hui, même si je travaille à la maison, et que – si l’on met de côté le téléphone qui sonnne sans cesse – je ne vais parler à persone, je me promets d’employer le mot « escogriffe » le plus souvent possible. Et ce sans raison.

Bonaparte s’intéressait au très anciens fossiles. En 1795, lors du siège de Maastricht par les troupes françaises, six cents bouteilles de vin furent promises au soldat qui retrouverait le crâne d’un “grand animal fossile”soustrait par son propriétaire à la convoitise des Français. Il s’agissait d’un mosasaure – “lézard de la Meuse”- découvert en 1780 dans une carrière de pierres découvert en 1770 non loin de ce fleuve, dans les environs de Maastricht. Des grenadiers le retrouvèrent aussitôt, et l’on peut admirer cet exemplaire au Muséum de Paris. Le mosasaure est un sacré escogriffe !

La petit chatte noire s’est échappée. La petite chatte grise et blanche, avec une que semblable à celle d’un raton laveur, vient d’arriver à la maison. Elle niche dans les bibliothèques, à l’abri du chien fou. Ma fille me dit simplement : « Papa, tu ne pourrais pas essayer de convaincre maman pour que l’on prenne un quatrième chat »

Paul Léautaud dans son « refuge de Faontenay-aux-roses.

Le gardien du cabien vous conseille la lecture de  :

Bestiaire, de Paul Léautaud (Grasset, collection « les cahiers rouges »)

Paul Léautaud, en dehors des femmes, du Neveu de rameau et de la littérature, n’aimait que les animaux.   les pages du bestaire, absente de son Journal littéraire (dix neuf tomes au Mercure de france dans l’édition originale) raconte cet amour obssessionel et pathologique. Quelquefois répétif mais magnifique. On yretrouve les centaines de chats et de chiens, Guenette la guenon et l’oie Aurel.

DU MUGUET ET DES POMMES SAUVAGES

Rapporté de la forêt ensoleillé, cet après-midi, une pleine de Muguet. Mon fils ce matin, dans la même forêt, y a croisé un raton laveur. Il attendait cet évenement depuis longtemps. Question de patience.

Et pour rester au coeur de la belle nature, le gardien du cabinet vous recommande la découverte des éditions FiNITUDE une maison exemplaire et raffinée qui édite , ce mois, Les Pommes sauvages de Henri David Thoreau. les célèbres qu’ils cueillent lors de ses promandes dans les forêts de la Nouvelle-Angletterre. Cet essai inédit, composé avant sa mort en 1862, est l’un des derniers écrits de l’auteur de Walden ou la vie dans les bois ou de La Désobéissance civile. Point ici de poésie bucolique. Dans ce recueil de grand souffle, Thoreau l’insurgé,en philosophe paganiste, marche et écrit grand pas. Son étude est savante et digne desz grands pomologues.

« De mon expérience des pommes non domestiquées, je retire que l’homme sauvage a probablement des raisons de préférer certaines catégories de nourriture que l’homme civilisé rejette. Le premier a le palais d’un homme de plein air. Il faut le goût d’un homme des bois pour apprécier un fruit sauvage. »

Comme toujours chez Finitude, les textes sont indispensables et de grande qualité. Qant à l’objet livres, ce sont de ravissant compagnons pour qui aiment les très beaux livres.

SAMEDI DIMANCHE LUNDI DE PAQUES

Noté cette citation formidable de Louis Scutenaire, le grand Suisse, extraite de Mes Inscriptions : « A les entendre se contredire sans cesse, Je finirai par croire que tous les proverbes sont du même auteur ».

Et puis :

La ciel est rose comme les flamands de Karen Knor

Ai changé quelques ampoules dans la bibliothèque afin de mieux dénicher les livres qui se cachent., D’autres chemins d’Enis Batur (Actes Sud), ou Philoxène Boyer, un sale ami de Baudelaire, de Sylvain-Chrisitan David (Ramsay), par exemple.

Ai nettoyé mes globes terrestres.

Longue promenade à travers le village, puis les vignes et la forêt avec la famille, les amis et les chiens. Absence de pluie malgré les promesses des météorologues farceurs comme des enfants mais en pire.

Ai revu quelques vieux films

(…)  les Fantomas de Louis Feuillade,

(…) Et E la nave va de Fellini – pour les décors.

Appris, par coeur, les horaires des trains TER, sans raison à priori. Pour passer le temps comme on voyage. Pour ne retenir, en fin, que celles qui m’intéressent.  Et apprendre, aussi, qu’elles ne me conviennent guère. Le train de midi n’existant plus. comme les enfants, c’est celui-là que je voulais.

Trié les coraux et les coquillages

Ai eu une pensée pour Mademoiselle Suzette. Au fait, que devient-elle ?

Ai réservé quelques place pour le théatre.

Ai commencé à prendre des notes – et testé quelque recettes iodés et champagnisés – pour un livre à venir.

Ai observé – vendredi ? – la pleine lune au coeur d’un nuage

Et puis reçu – c’était samedi, et comme tous les jours – des colis de livres. A lire, à chroniquer puis à classer. 

Un fin de semaine très ordinaire, en vérité.

UN SOIR BARBARA

Et tandis que la nuit tombait, et que les oiseaux semblaient faire silence, je suis allé faire un dernier tour du côté de chez Sonya, sur le blog sensible AU TEMPES DES MIROIRS, écouter barbara chanter jusqu’à l’éternité Une petite cantate…

IN MEMORIAM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon père nous a quittés dimanche soir à 22 heures. Il vole désormais avec les mouettes au dessus de l’océan.

LOIN

Elle se regarde

Et pique un crayon dans ses cheveux noirs

La femme absente

Puis elle chuchote dans mes sommeils – On ira dans les îles, tout au loin

Et moi je pense Torculus resupinus et la neumatique

Tandis qu’elle est déjà partie

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