Archives de catégorie : FOUS LITTÉRAIRES

LES « DOUX DINGUES »

  Les « Doux Dingues » aux Prémontrés

Fous littéraires & Folies artistiques

Les 26 – 27 – 28 novembre 2009 vulg. à Pont-à-Mousson

Je suis la folie
Celle qui procure
Plaisir et douceur
Et bonheur au monde.
 Tous, plus ou moins,
Servent mon nom
Mais il n’y en a pas un
Qui pense être fou
.
Henri DU/LE BAILLY, la Locura,
1614 (traduit de l’espagnol).

Comme la totalité des communications (assorties de l’essentiel des débats pointus qui y firent suite) sera publié dans les numéros suivants des Cahiers de l’Institut, ce compte-rendu succinct se bornera donc à suggérer l’atmosphère des trois journées qui nous rassemblèrent à Pont-à-Mousson autour des Fous littéraires. Que l’on pardonne au rédacteur quelque côté labile de sa mémoire.
Au terme de la titillante après-midi organisée le 1er avril 2009 vulg., en un amphithéâtre semi-pénombré de la prestigieuse « Grande » Bibliothèque Nationale de Lutèce, notre I.I.R.E.F.L., émoustillé par le chaleureux enthousiasme d’un public (flirtant en permanence avec presque une centaine d’auditeurs) pour ses centres d’intérêt – au demeurant réputés légèrement mutants – , s’était juré d’organiser, avant la fin du millésime, une manière de « Colloque » ou du moins quelque manifestation apparentée (le vocable, rebutant malgré lui au vu de sa connotation Ubuniversitaire, ayant pu en décourager quelques-un(e)s). L’odieuse procrastination ne semblant guère dans ses habitudes, l’Institut passa résolument à l’acte et se retrouva positivement ravi d’investir le grand auditorium de l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson, en une fin de novembre au temps (pourri) de saison. Aimantés par la constante coruscation des communications, les assistants – même un tantinet fatigués par ce providentiel afflux de la Science – ne manifestèrent nullement quelque irrépressible envie d’aller plutôt goûter à la rigueur tonique des circonstances atmosphériques automnales et s’avérèrent unanimement « scotchés » du matin au soir.
Il y eut un soir (aimablement arrosé par une sublime mirabelle arrivée par la grâce de notre Président) ; il y eut un matin (très légèrement brumeux). Ce fut le premier jour. D’entrée de jeu, le très convivial Marc WAYS (cf. supra) accueillit les participants, remercia le Centre régional du livre de Lorraine qui rendit possible la manifestation et laissa, au demeurant assez vite, la parole à Paolo ALBANI, le co-auteur (avec Berlinghiero BUONARROTI) du monumental Dictionnaire des langues imaginaires (recherché car désormais rarissime à l’instar d’un toutou bleu, de méthylène ou non). Il nous entretint de quelques « institutions bizarres » ayant fonctionné, ou fonctionnant toujours, un peu partout dans notre vaste Monde, dont certaines réjouirent fort l’assistance au vu de leur finalité pour le moins aberrante (une association américaine célébrant à l’envi la pieuse mémoire d’un grand homme qui jamais n’exista, pour ne citer qu’un seul exemple). L’ouvrage qu’il leur a consacré ne parut jusqu’ici qu’en version italienne et l’on appelle vivement de nos vœux une traduction française, qui soit mise en chantier sur la suggestion d’un éditeur motivé autant que perspicace. Grâce à Jacques-Rémi DAHAN, nous nous centrâmes davantage sur notre sujet, ce brillantissime chercheur faisant magistralement le point sur la constitution et l’évolution de la figure du fou littéraire, de Charles Nodier à Octave Delepierre. Il nous prouva, d’une façon extrêmement circonstanciée, que le concept fut pour Nodier un aboutissement plutôt qu’une catégorie sortie du néant. Ses précises réponses aux multiples questions qui fusèrent démontrèrent à tous son « incollabilité » (si vous me permettez ce néologisme). La tout aussi brillante Anouck CAPE, (dont la thèse consacrée aux Écrivains et fous au temps des avant-gardes semble en bonne voie de publication) aurait dû conclure la matinée en nous entretenant des rapports entre littérature et psychiatrie, sa grande spécialité. Mais, ayant pris la décision de changer résolument son fusil d’épaule, sa communication, intitulée Queneau et les fous littéraires : l’échec d’une notion ?, nous replongea dans le questionnement sur l’absence de définition satisfaisante (car cohérente) du « fou littéraire », le grand Raymond s’étant heurté lui-même à nombre de contradictions. Une spéculation de Marc ANGENOT (énoncée dans son article paru dans le n°2 des Cahiers de l’Institut ) mit, en quelque sorte, le feu aux poudres. Citons-en trois phrases : Je souhaitais simplement signaler une démarche « périphériscopique » potentiellement féconde qui, à partir de critères différents de ceux retenus jadis par QUENEAU et par BLAVIER, revient à demander ce qu’une époque par toutes ses voix autorisées exclut du lisible, du discutable, du bon sens, du bon langage et de la simple raison. Qu’effectivement, les jugements unanimes d’une époque soient susceptibles de révision partielle ou totale ne fait que complexifier le problème et le rendre encore plus intrigant. Quand, pourquoi, dans quelle mesure, tel écrit est-il repêché et tel autre reste-t-il stigmatisé, ce sont ici de bonnes questions auxquelles il n’est pas de réponse aisée. (En effet !) Le débat qui suivit fut passionnant, chaque intervenant tentant de son mieux de nuancer, en les affinant, les définitions existantes.

L’après-midi, Michel CRITON évoqua la figure de WRONSKI, mathématicien et philosophe, qui ne fut pas avare en absurdités (notamment dans Philosophie des mathématiques) et fabriqua aussi une mystérieuse machine, baptisée le Prognomètre, censée prédire les événements futurs sur base de l’itération de ceux du passé. On sait qu’elle atterrit plus tard chez l’occultiste Éliphas LÉVI mais on ignore ce qu’elle est désormais devenue et il ne nous en reste que quelques croquis. (Nouvel appel aux fouineurs de tout poil !) L’adorable Jacques POIRIER nous amusa « follement » en évoquant Jacques LACAN. Son exposé était divisé en deux parties. La première, À l’ombre des jeunes folles en fleur, ressuscitait les figures de MARCELLE et surtout d’AIMÉE, schizographes ayant suscité un vif intérêt chez le psychiatre et d’ailleurs abondamment citées dans son ouvrage De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité. La seconde partie, Que mon JOYCE demeure, analysait fort pertinemment les « délires » lacaniens sur l’auteur d’Ulysses et de Finnegans Wake, faisant sauter aux yeux, moult citations à l’appui, que l’auteur de Joyce le Symptôme (dans Le Sinthome) n’était point du tout loin des ébouriffants calembours de BRISSET. (Exemple : le « sym qui bole » et le « sym qui ptôme » – « ptom, p’titom, ptibonhomme » – « une structure qui est celle même de lom » – symptôme ; sinthome ; saint homme ; « le sin » ; « le sinthomadaquin ; le « sint’home rule », le sinthome rule, le sinthome à roulette » ; « le « Shemptôm », etc.) LACAN fou littéraire ? Et pourquoi pas, en définitive ? La seule virgule, c’est qu’il a été lu et fit même école, comme chacun le sait… Cette première journée se clôtura par l’évocation faite par Fanchon DAEMERS de la touchante figure de « l’Apôtre » Jean JOURNET, seul fouriériste ayant eu droit de cité dans la somme d’André BLAVIER, sans doute autant en raison de ses excentricités comportementales que pour ses nombreux (é)Cri(t)s constamment motivés par un prosélytisme exacerbé. Mais ce qui constitue sa foncière originalité c’est qu’il fut un « fou »-chansonnier, espèce de la plus extrême rareté. Fanchon nous interpréta d’ailleurs quelques-unes de ses œuvres, dont les paroles étaient écrites sur des airs à la mode de son temps. Aux Académiciens fossiles ne manquait pas de verve.

C’est sans doute ici le lieu de signaler que ces chansons de Jean JOURNET ne furent pas les seules à être entendues tout au long de nos journées. En effet, Fanchon, outre un mini-récital lors du dîner de gala, nous gratifia d’intermèdes musicaux variés qui nous permirent d’ouïr deux (des trois) pièces musicales que l’on peut découvrir dans les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l’autre monde, de BERBIGUIER DE TERRE-NEUVE DU THYM, la Carotte universelle, de Paulin GAGNE , sur l’air de la Marseillaise, une seconde due à Paul TISSEYRE-ANANKÉ HEL !, la Fraternelle – Hymne international, des chansons d’un autre militaire aigri (découvert par ses soins) Audibert LE DUC, l’unique chanson connue de Francisque TAPON FOUGAS, le Drapeau universel, une sublime passacaille du XVIIème siècle, la Locura (extraite du Ballet de la Folie, dont la traduction sert d’exergue à cet article), quand elle ne lut pas des textes de BRISSET ou encore des exemples du « langage préhistorique » selon ANANKÉ (Pris de visions, il nous fit entendre les premières bêtes préhistoriques vociférer les dix syllabes qui formèrent le premier langage de l’humanité.) Ces « pauses », bienvenues puisqu’elles abordaient, sans doute pour la première fois, l’aspect musical de la « folie littéraire », furent unanimement appréciées à leur juste valeur car la voix de Fanchon, c’est quand même Kék’chose !

Il y eut un soir (terminé par quelques litres de chouchen (hydromel à la mode de Bretagne) affectueusement apportées de Saint-Brieuc par notre ami Olivier JUSTAFRÉ, puis par l’essorage définitif des bouteilles de mirabelle) ; il y eut un matin (pas carrément brumeux mais presque). Ce fut le deuxième jour. Le titre de la communication d’Aude FAUVEL, Mes raisons de croire que la Lune n’est pas faite de fromage vert, ne laissait pas d’être mystérieux. C’était en fait celui d’un texte découvert dans un journal asilaire britannique, qu’elle commenta avec brio. Elle nous dressa un panorama exhaustif des différents journaux asilaires qui parurent ça et là à différentes époques, mais principalement en Angleterre et surtout en Écosse. En France, aurait existé un journal manuscrit émanant de Charenton intitulé Le Glaneur de Madopolis, mais personne jusqu’ici n’a pu dénicher le moindre exemplaire de celui-ci, qui aurait paru sous deux formes, l’une pour les Messieurs, l’autre (édulcorée) pour les Dames. On en suppute l’existence grâce à Henri SENTOUX, qui en cita quelques extraits dans son livre Figaro et Charenton -les Fous journalistes et les Journalistes fous (1867), dans lequel il recueillit nombre de morceaux de prose et de poésie composés par des aliénés. Ces mêmes sempiternels extraits furent reproduits par la suite à plusieurs reprises dans d’autres ouvrages, dont le dernier en date semble Détours de l’objet  (1996), de Franck CHAUMONT. (Si ma mémoire est bonne, déjà les Surréalistes avaient reproduit ces extraits du Glaneur…) Si d’aventure quelqu’un pouvait nous indiquer quelque piste « sérieuse », il comblerait d’aise l’I.I.R.E.F.L., et plus particulièrement Sa Sommité Marc DÉCIMO, qui remua ciel et terre pour dénicher le document original et se refuse obstinément à renoncer à sa Quête. ..
La Corse est-elle le vrai centre du monde ? , nous demanda pour suivre Olivier JUSTAFRÉ, se basant pour poser cette question sur le système « corsocentrique » élaboré, en 1887, par Victor MARCUCCI, facteur d’orgues de son état, dans son ouvrage la Terre ne tourne pas . – Observations et preuves. (Parfaitement inconnu de BLAVIER. Merci à Olivier pour ce « scoop » d’importance.) Notre planète est plate et immobile, c’est Dieu lui-même qui le révéla à cet homme, qui ne put faire autre chose qu’informer ses semblables de « la grande machine » régissant l’Univers. La lecture de cette passionnante (autant qu’amusante) communication, agrémentée de sublimes dessins, ne laissera pas de grandement vous estomaquer. L’éminent Michel ARRIVÉ conclut la matinée en s’inscrivant en faux contre la présence dans la somme de BLAVIER de Michel LE NEUVILLOIS ( ou DE NEUVILLE) sous le label de « grammairien fou » : Ce curieux philosophe du langage étudie, de 1818 à 1841, la grammaire transcendantale, les influxions du verbe, etc. D’abord, ce n’est pas la grammaire transcendantale que Michel étudie, mais la grammaire « transcendante », ensuite il ne s’agit point d’ influxions  mais bien d’ « inflexions », le verbe exprimant, par ses nombreuses inflexions, « une multitude de mouvements et de vues universelles de l’esprit de la personne qui pense ». Rien de bien fou chez cet homme, sinon que militaire (encore un !) , il ne cessa de s’intéresser aux problèmes du langage et autres spéculations grammaticales. BLAVIER lut-il l’ouvrage en diagonale ou fut-il victime de l’influence d’une « pesée idéologique informulée » ? Une fois de plus, se reposa le problème des critères employés pour attribuer ou refuser l’éminente qualité de « fou littéraire » à tel ou tel. En tout cas, pas à Michel LE NEUVILLOIS. Dont acte.

L’après-midi nous éloigna quelque peu de la littérature pour nous rapprocher des Arts plastiques. Cécile BARGUES, qui prépare une thèse sur DADA, étudia la personnalité paradoxalement fort peu connue de Johannes BAADER, « Successeur du Christ, Président du Globe terrestre en selle sur le cheval blanc Dada, et spécialiste de la Voie lactée ». Cet architecte monomaniaque, à la personnalité gravement « perturbée » (ce qui nécessita de nombreux internements), dont on ne connaît que de façon très fragmentaire la collaboration avec HAUSMANN au cours des années 1915-1918, semble pourtant avoir été une des figures majeures des activités du mouvement ravageur à Berlin. Prédicateur illuminé, auteur de tracts, de collages, de plans utopiques, métaphysiques et messianiques, de dimensions monumentales, l’ « Oberdada » (chef dada), comme il s’était lui-même autoproclamé, valait vraiment la peine d’être ici ressuscité, et de quelle maîtresse façon ! Marc DÉCIMO enchaîna en nous présentant l’une de ses excitantes découvertes en fait d’Art brut : Encore un inconnu au bataillon que cet Olivier BRENOT, déniché à Pouligny Saint-Pierre (dans la région de Châteauroux) , village réputé pour ses fromages de chèvre pyramidaux. Se prétendant descendant direct de Vercingétorix, le bonhomme se mit dans la caboche de restaurer dans sa région le culte de Cybèle (si ce n’est celui de Saint Greluchon) afin de « féconder » la région. À cette fin, il créa à Latouche Madrolles un « Musée lithologique » (désormais quasiment dispersé), dans lequel il rassembla la bagatelle de 30.000 pierres de forme phallique, exhumées par ses soins, même s’il lui arrivait parfois (de son propre aveu) d’un tantinet avoir aidé la nature. Et la littérature suivit, ce qui fait de lui un cas exceptionnel, à cheval sur l’Art brut et la folie littéraire. Vous lirez les détails sur sa « phallomonomanie » dans les prochains Cahiers de l’Institut et serez, en outre, gratifiés d’images « bandantes ». Le Conservateur passionné Christophe BOULANGER acheva de nous enchanter grâce à l’analyse très pointue qu’il fit des cahiers d’Aimable JAYET, un boucher que la vie (trop dure) rendit fou, et qui s’exprima, définitivement interné qu’il fut, par le biais d’écritures et de dessins qu’il planquait sous son lit. Fort heureusement, il les offrit à une personne qui en fit suffisamment cas pour ne les point négliger ou (pire) perdre. D’autres « travaux » (dont d’aiguilles) faisant partie des collections du Musée d’Art moderne de Lille furent aussi présentés à nos regards émerveillés et c’est la tête emplie d’images que les plus hédonistes des participants bravèrent la bourrasque pour s’acheminer de conserve vers un établissement du centre-ville, à la fin d’y expertiser les effets sanctifiants de la Trappiste des Prémontrés, vu qu’à l’Abbaye même l’expérience ne s’était pas avérée possible.

Il y eut un soir (terminé par un repas de Gala – où les « Officiels » de la culture lorraine nous firent le plaisir de nous rejoindre – puis dans les volu(p)tes accueillantes d’une absinthe stupéfiante (une nouvelle fois par la grâce de notre Président, qui sait, décidément, recevoir) ; il y eut un matin (quasi carrément opaque). Ce fut le dernier jour. C’est à votre serviteur qu’échut la tâche délicate de réveiller pour de bon l’assistance, aidé pour ce faire par l’évocation des « gaz irritants et autres vapeurs jésuitico-toxiques, combinant l’acide sulfurique avec les acides ammoniacaux carboniques fluoriques » qui tant tourmentèrent l’infortuné Francisque TAPON FOUGAS – en quelque lieu où il prétendit les fuir – , subissant perpétuellement les « traitements féroces et barbares d’une bande infâme lancée à ses trousses, à la seule fin de le faire souffrir pour tarir sa pensée et briser sa plume aux bourdonnements importuns, et faire de lui un fou de plus. » C’est en terres belgicaines qu’il publia, du moins pour la plupart, ses « drames réformateurs » et son journal les Taons vengeurs, avant de regagner la France et (s’y prévalant d’être le véritable Lamartine de l’Auvergne) de se porter candidat aux élections d’un peu partout sans jamais être élu, ces échecs répétés finissant par avoir définitivement raison de la sienne (si j’ose m’exprimer ainsi). Tanka G. TREMBLAY ne quitta guère le domaine du délire de grandeur et de persécution, puisqu’il nous entretint du Prince KORAB. Maîtrisant formidablement son sujet, il nous fit pénétrer les méandres du Guide pour les égarés, un des plus curieux exemples de paranoïa littéraire qui ait jamais été édité. Sa communication fut tant savante qu’on aurait pu se demander comment lui succéder en ne déméritant pas. C’était sans compter sur le charisme de Pierre POPOVIC qui, grâce à ses Pédallumés, nous électrisa littéralement, juste avant que nous ne nous dirigions (« follement » heureux mais tristounets quand même) vers un somptueux buffet « d’adieu ». L’apparition d’une invention nouvelle – à savoir en l’occurrence le vélocipède ou « véloce » – suscitèrent nombre de réactions chez les folliculaires (comme aurait dit Voltaire) et autres « sociologues par anticipation », avides de préférer la bouteille à encre à la bouteille à la mer. L’examen d’un corpus d’articles de l’époque nous fit sauter aux yeux que leur lecture était significative de la mentalité dominante, ici sceptique, ici sexiste, ici « merdicale », là encore épiphénoménale. Pour ce dernier cas, il ne fut pas manqué de précisément évoquer (qui l’eût cru ?) le Vélocitête-Gagne  de son/notre cher incroyable Paulin.
Certes, l’estimé Marc WAYS remercia derechef tout son monde avant que nous nous quittions (jusqu’à la prochaine fois, promis, juré !), sans oublier la Province de Liège, qui favorisa la venue des Spadois. (Mais pourquoi donc omit-il l’ami RABELLE et la FÉE VERTE, qui pourtant œuvrèrent, à leur façon, à la réussite de notre joie parfaite ?) En effet, l’aspect convivial fut pour beaucoup dans la réussite de la manifestation, la plupart nous expliquant qu’il en allait bien autrement dans la plupart des Colloques Ubuniversitaires, chacun demeurant résolument sur son quant-à-soi, réfugié dès la fin des communications dans sa chambre, devant l’idiot-visuel ou bouquinant. Les échanges chaleureux qui émaillèrent nos soirées prolongées tissèrent nombre de liens réellement « amicaux », qui se manifestent déjà par le biais de nombreux mails échangés prolongeant le charme.

André Stas, le compte-rendu des folles journées à l’Abbaye des Prémontrés

I.I.R.E.F.L

Institut International et d’Explorations sur les Fous Littéraires

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TRADUIRE BRISSET

Marc Ways, Présisent des Cahiers de l’Institut pour l’étude des fous littéraires nous fait une proposition…

APPEL A VIRTUOSES

Il s’agit de traduire cet extrait de Brisset (cf. Jean-Pierre Brisset, Prince des penseurs, inventeur, grammairien et prophète, Dijon, Les presses du réel, 2001) dans la langue de votre choix.

« Je ne sais ce que c’est. Jeune sexe est. La première chose que remarqua l’ancêtre et qu’il ne connaissait pas, c’était un sexe jeune, en formation. Dans ce cas, les plus clairvoyants sont encore quelquefois forcés de dire : Je ne sais ce que c’est. Jeune sexe est, vaut : sexe est jeune, et : jeune est sexe. Le mot jeune peut être considéré comme un nom. Il en résulte que jeune désigne et désigna ceux qui prenaient le sexe. Les jeunes sont les enfants dont le sexe n’a pas encore atteint toute sa puissance, car il se développe toujours très lentement.

[…]

    Je sais que c’est bien. Je ou jeu sexe est bien. Le premier jeu était le sexe. De là vient la passion du jeu. Le prudent cachait son jeu. Le pronom je désigne ainsi le sexe et quand je parle, c’est un sexe, un membre viril de l’Éternel-Dieu qui agit par sa volonté ou sa permission. C’est en parlant de son sexe que l’ancêtre s’aperçut qu’il parlait de son propre individu, de lui-même.

[…]

    Dans les premiers temps, les temps passés du verbe étaient des temps présents. Je l’eus valait : je l’ai, et a formé le passé défini du verbe lire : Je lus ; tu l’eus, tu lus ; il l’eut, il lut ; nous l’êumes, nous lûmes ; vous l’eûtes, vous lûtes ; ils lurent. Les premiers qui l’eurent furent les lurons et la première chose qu’ils lurent fut le sexe. Le sexe est aussi la première lyre, il produisait l’ire et rendait irascible. C’est là qu’il fallut d’abord lire, dans le délire. »

extrait de La Science de Dieu, « La formation du sexe »,

ATTENTION, cela a été déjà traduit en allemand, anglais, arménien occ, arabe, basque, castillan, chinois, hindi, houma, italien, néerlandais, norvégien, polonais, wallon liégeois, wolof. Le breton, y a déjà un preneur.

LE FOU PARLE

Avez-vous connu : « Le Fou parle » ?

LE FOU PARLE –

En 1977, une revue pas comme les autres fleurit dans les kiosques français. Editée par la maison Baland, LE FOU PARLE compte dans ses rangs…
Le Fou Parle, une revue, un monde disparu, enterré. Le couvercle des spectacles s’est refermé sur un cercueil fait de bois vivant, rempli de fleurs …
Le Fou parle. Texte publié dans la revue Le Fou parle n° 17 – juin 1981. Le pape Jean-Paul II, dit le Ver blanc.
Le Fou parle – deloin
Dans le n° 21/22 de « Le Fou parle », ma revue littéraire préférée du monde de tous les temps…. Mais lisez plutôt, c’est écrit de la main de Siné. …
Entretien avec Jacques Vallet

Topor et Moi

il est grand temps d’oublier, pour se souvenir flamboyant , et pour penser aux :

…trois numéros épuisés

le jour tire ma ligne de conduite
une pluie fine
le frison trouble de la rentrée
et Saint Germain des près dans nos pensées
l´ouvreuse entre-ouvre l´écran
et déjà le vent sur les marais
l´arbre mort au coin du boulevard
un principe que nous croyons tous avoir oublié
est-ce ainsi que ce fait l´acrobatie du verbe
une image de Provence
sur la peau dorée des roseaux
dans l´air qui s´agite
les yeux vibrants
ouverts
comme un soleil
sur le désert d´un été de grande soif

ma nuit dans tes désirs
perdue comme un coquelicot de miel
dans l´océan des champs de blé

poussière lente
glissante
naissance
tu n´es pas silence

l´espace liquide
limpide
par le cri des mouettes
folles
sur les arbres
escarpés
et la dernière minute en pointillés
qui musique de Christophe COIN
dans les embruns se confond
au vent ensoleillé

rédigé par Patrick Aspe

SACRÉS FOUS LITTÉRAIRES !

 

Si les fous en tout genre sont fort nombreux et les littéraires presque autant ne croyez surtout pas que les « fous littéraires » sont légion. En effet, notre sujet ne supporte guère l’arithmétique et un demi fou plus un littéraire à demi ne feront jamais un « fou littéraire », espèce rare, singulière, mal connue et, pour tout écrire, en presque voie d’extinction. Insistons toutefois sur le presque puisque, depuis peu, une société savante et incongrue s’est donnée pour mission – sous la houlette de Warc Ways, libraire et collectionneur, et Marc Décimo, écrivain et universitaire – de redorer le blason de ses figures étonnement lettrées mais hélas aussi ternies.

En ce début de XXIe siècle, en une époque fade ou le politiquement correct et la pensée unique sont de règle, où la raison n’est que ruine de la fantaisie, il est venu le temps d’exhumer et de considérer enfin – pour éviter que ne meurt une seconde fois les grandes œuvres des petits auteurs – la cohorte des « fous littéraires, Hétéroclites, excentriques, irréguliers, outsiders, tapés, assimilés et tous les autres…»

Désormais, il existe un institut (I.I.R.E.F.L, Institut International et d’Explorations sur les Fous Littéraires) et une revue  du mêm nom qui porte haut les couleurs de la folie littéraire. Ecoutons sont président, Marc Ways, en énoncer la presque profession de foi :

« C’est avant tout le  travail de toute une équipe. Un président sans son équipe n’est rien. Et une équipe sans un président qui soulève les montagnes, n’est rien. Nous sommes complémentaires  et nos différences font l’unité de nos recherches & travaux. C’est notre diversité qui tire l’Institut et les Cahiers vers le haut ; Nous sommes très exigeants pour nous mêmes et envers tous les contributeurs. Nous n’avons pas droit à l’erreur. Nous sommes attendus au tournant. Nous suscitons des convoitises et de nombreuses personnes aimeraient bien mettre la main sur le gâteau : comme disent les mêmes : « Pas même en rêve, n’y pensez pas »

Le gardien, membre du comité scientifique de la dite revue, en ses qualités de bibilopathonomade, a souhaité inviter quelques membres distingués à éclairer nos chancelantes lanternes. Aussi, bienvenue chez les fous, mais littéraires…

 Le gardien – bibliopathonomade : Messieurs, qui êtes vous ?

Marc Décimo : Marc Décimo, maître de conférence habilité à diriger des recherches, Régent du Collège de ’Pataphysique. Le résultat d’une longue tradition littéraire en quête de sensations d’exotisme, « d’impressions d’Afrique » si vous voulez. L’univers d’un auteur qu’on découvre doit troubler.J’ai essayé d’écrire sur un certain nombre de sujets lorsque le besoin s’en faisait sentir. Marcel Duchamp disait qu’il ne comprenait pas qu’on en soit encore à lire Mallarmé, Lautréamont et Rimbaud alors qu’existaient Jean-Pierre Brisset et Raymond Roussel. Il m’est donc apparu urgent de faire une thèse sur Brisset ; on en avait trente-sept neuf sur Proust, trente-huit trois sur Queneau, et rien du tout sur Brisset. J’ai commencé mon travail dans les années 1980 et ça fait 20 ans que ça dure. Là vient de sortir en poche L’Esprit de la modernité révélé par quelques traits pataphysiques – ou Le Brisset facile (Les Presses du réel).

 

André Stas : André Stas, écrivain, imagier, Régent de la Chaire Fondamentale des Travaux Pratiques d’Aliénation Mentale au Collège de Pataphysique.

Tanka : Doctorant en langue et littérature de françaises (Université McGill, Montréal). Je rédige une thèse sur le paradigme de la folie littéraire.Passions en vrac : Queneau, Vian, Jarry, pataphysique, excentricités et marginalités littéraires et artistiques…

Marc Ways : T’es de la police…. ? Marc Ways, président et fondateur de L’I.I.R.E.F.L. Je n’ai aucun titre, ni diplôme ; Mai 68 a eu raison de ma scolarité et j’ai été viré du Lycée. Merci, en fait… Autodidacte et fier de l’être. Formé à l’école de la vie. Grand fanatique d’estampes. Dingue de Jacques Callot depuis l’âge de douze ans. Passionné d’Art, de livres et de fous littéraires.

Qu’est-ce qu’un fou littéraire ?

 

Marc Décimo : Cette appellation a été donnée par Charles Nodier en 1835. Elle a été constamment reprise, notamment par Raymond Queneau et André Blavier. En dépit des questions qu’il soulève, ce terme est aujourd’hui générique mais assez complexe à définir et discutable. Comment définir ce qui est « littéraire » de ce qui ne le serait pas ? Ce qui serait « fou », de l’autre versant ? Comment caractériser l’hétéroclite ? Par des faisceaux de traits : idées aberrantes à défendre coûte que coûte (dont, selon les époques et les lieux, la frontière dépendrait), mégalomanie, absence de doute… ? Le « fou littéraire » ne manque pas de sel et s’il vient à lui en manquer, sa nullité devient par équivalence une qualité.

André Stas : Jusqu’à présent, il est de coutume de considérer comme tel un écrivain qui, sans maître aucun, publia (le plus souvent à compte d’auteur) un ou plusieurs ouvrages qui ne lui valu(ren)t aucun disciple. Aucun retentissement possible, aucun lectorat pour ces Objets littéraires non identifiés.

Marc Ways : Bien malin, celui qui pourra répondre. C’est un concept qui voit le jour avec Charles Nodier, repris par Messieurs Queneau & Blavier. Mais d’autres approches existent : Lacan, Foucault…
L’Institut a aussi pour vocation de faire évoluer les définitions anciennes. Ne devons-nous pas vivre avec notre XXI ème siècle en faisant voler en éclats certains concepts ? Nos illustres prédécesseurs étaient très attachés à la notion de «  publication à compte d’auteur ». Nodier insiste sur le fait que le livre doit être imprimé. Queneau et Blav emboîtent le pas.
Je serais plus nuancé et puis, je n’aime pas les doctrines, les concepts rigides ; tout est évolution, la notion de F.L., aussi est en pleine mutation. Les outils de comm évoluent, le reste suit avec. Un exemple : les blogs ne remplacent-ils pas l’édition à compte-d’auteur ?
 
Selon vous, quels sont les conditions à remplir pour être « classé »  dans les fous littéraires ?

 

Marc Décimo : Il faut des auteurs qui ont couché par écrit des choses qui ne tiennent pas debout. Un type richissime qui passe sa vie et une partie de sa fortune à réaliser le livre encyclopédique et définitif sur la brouette à travers les âges. Un autre s’inquiète de savoir d’où les sons, les phonèmes du français proviennent, et il trouve. Par exemple, Paul Tisseyre Ananké-Hel ! écrit pour démontrer que l’homme a imité les cris des bêtes préhistoriques, mammouths, aurochs et autres. On tient un sujet lorsque cette inventivité extravagante vous fait sourire intérieurement et laisse perplexe. Le fou littéraire échappe aux savoirs en vigueur et il ne doit pas réussir à franchir le seuil de la croyance sociale.


André Stas : Assez paradoxalement, d’avoir été découvert par les traqueurs du genre.

Tanka : Blavier vous dirait d’abord de mettre en italique ou entre guillemets l’expression de fous littéraires.  Et il n’a pas tort.
Pour les questions deux et trois, je vous renvoie d’abord ici à la conférence que j’ai prononcée dans le cadre du colloque Les fous littéraires et artistiques, tenu à la Bibliothèque nationale de France le 1er avril 2009 (intitulée « Pour une histoire de la folie littéraire.  De Charles Nodier à André Blavier : en quête d’immoralité »).  [En libre consultation, semble-t-il, à la BnF.  Je n’ai pas la possibilité, malheureusement, de vous donner une copie du texte.  Le colloque a été filmé par les soins de la dite BnF].
En quelques mots, je me contenterai de dire que ces questions sont fort complexes et prêtent à beaucoup d’ambiguïté (Queneau et Blavier m’auront déjà plagié par anticipation sur cette réflexion).
En effet, la locution et le corpus causent problème.
La locution : l’association des termes « folie » et « littéraire » est quelque peu péjorative.  Bien après ses recherches initiales sur la question, Queneau note dans son article sur « Defontenay » dans Les petits romantiques français qu’il vaut mieux « parler non de “fous littéraires”, mais d’“hétéroclites” ».  On n’est pas plus avancé me direz-vous !  Je vous sens insister : qu’est-ce qu’un fou littéraire ?  Vous imaginez bien que je vous renverrai principalement aux définitions de Nodier et Queneau.
Le corpus : pourquoi exclure généralement (et légitimement) les mystiques, occultistes, spirites, socialistes, et autres illuminés, visionnaires, théosophes… comme le font Blavier, Queneau et d’autres, à l’encontre de Gustave Brunet par exemple (Les fous littéraires.  Essai bibliographique sur la littérature excentrique, les illuminés, visionnaires, etc.).  Parce qu’ils sont bêtement sots et médiocres ?  (pour paraphraser Queneau dans Comprendre la folie), ou alors qualifiés à tort de fous, d’aliénés ?  Parce qu’ils sont trop éloignée de notre compréhension par leur mode de pensée théologique ? (Queneau encore).  Ou encore pour restreindre un corpus qui tend à être très englobant ?  Sans oublier que la « catégorie » de la folie littéraire (certains préférerons par ailleurs employer le terme d’excentricité littéraire et culturelle) et ses constituants varient considérablement dans le temps et selon les cultures.  C’est donc dire qu’on arriverait peut-être à une piste de réponse en historicisant la question.  Mais c’est là tout le projet de ma thèse !  Je vous prie d’être un peu patient !

Marc Ways : Publier à compte d’auteur. Ne rencontrer aucun succès, ne pas avoir d’article dans la presse. Pas de disciple, ne pas faire école ou secte. Rester dans un oubli et un isolement total. C’est dingue, non….

Etes vous fous, littéraires, ou les deux ?

 

Marc Décimo : Tout dépend de l’idée que vous vous faites de la folie et de la littérature. Tout dépend de la lorgnette. Cependant, pour ne pas esquiver, disons que les universitaires sont des variétés de fous littéraires qui ont la particularité de s’entourer de garde-fous, pour tenter d’éviter de dire ou d’écrire des bêtises, ce qui ne les empêche pas forcément. Quant à la littérature, n’est-on pas en train d’en faire, là ?


André Stas : Nous sommes des érudits mutants, du seul Sérieux qui soit : le Sérieux pataphysique.

Marc Ways
: Je ne suis ni fou, ni littéraire. Suis un pragmatique avec les pieds sur terre et la tête sur les épaules. Mais pour monter un tel INSTITUT, il faut être complètement BARGE, de chez Barge…. En vérité, je vous le dis….

 Faut-il être fou pour s’intéresser aux fous littéraires ?

 

Marc Décimo : Il y a toujours et partout des gens curieux qui surgissent, des gens qui aiment sourire et se réjouir de voir et d’entendre des choses talentueuses. Ce sont donc des personnes de formations et de statuts divers, d’horizons variés. Des biologistes, des matheux, des médecins, des bibliothécaires, des archivistes, des archéologues, des psy, des étudiants, des amateurs, des caissières. C’est une question d’aptitude et d’altitude, vous voyez ?, de connivence. Si vous avez l’esprit un peu pionnier, si vous êtes un tantinet explorateur, un continent s’offre à vous. Pourquoi se priver de s’aventurer parmi les fous littéraires ?


André Stas : Faut-il être comédien pour lire une comédie ? Faut-il être rugbyman pour lire un essai ?

Tanka : La question des fous littéraires exige beaucoup de rigueur et de dignité.  Sachant à l’abord que nul génie ne sera exhumé, les fous littéraires sont susceptibles d’intéresser le plus censé des mortels.  Si Robert Challe (écrivain français du XVIIe s.) est un génie, ou disons plutôt un écrivain important exhumé récemment, il n’a rien à voir avec ce qui nous occupe, ni non plus ses réanimateurs.  C’est donc dire qu’on ne trouvera pas de génie parmi les fous littéraires ou très peu s’en faut, parions-le.  À moins que ce ne soit le contraire, je ne sais plus…

Marc Ways
: NON, damned….mais posséder une bonne dose de pensées qui ne sont pas coulées dans le moule. S’intéresser aux F.L. est aussi une note d’espoir, un voyage dans l’imaginaire et dans une littérature en marge.

Pourquoi avoir crée une association, puis une revue sur les fous littéraires ?

 

Marc Décimo : L’association est en France le cadre juridique dans lequel on s’agite, non ? Faire une revue, c’est chic. C’est du luxe. C’est un instrument incomparable. Imaginez-vous en concert un pianiste virtuose qui ne jouerait pas sur un piano à queue Steinway, Bosendorfer ou Yamaha ? Il faut savoir faire partager son domaine d’étude, sans quoi c’est stérile. La confrontation à la différence, à l’autre ne manque jamais de changer le regard que l’on porte. On s’interroge. On ne peut pas non plus republier in extenso tous les fous littéraires : Il faut donc pouvoir donner aux gens une idée de nos trouvailles. Parce qu’en plus on est plusieurs et comme vous le savez, plus on est de fous…


André Stas : Pour ma part, c’est pour avoir l’occasion de continuer l’œuvre de mon ami le T. S. André Blavier.

Marc Ways
: Notre Institut et les Cahiers de l’Institut existent afin de donner une nouvelle chance à des auteurs qui ont tout raté. À l’aube du XXIe siècle, dans un monde où le politiquement correct et la pensée unique sont de règle, où la raison n’est que ruine de la fantaisie, il est venu le temps d’exhumer et de considérer enfin – pour éviter que ne meurent une seconde fois les grandes œuvres des petits auteurs – la piétaille des « Fous Littéraires, Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés… »
Œuvrons afin que ces Écrivains ne soient pas que des Écrits Vains et essayons de devenir des empêcheurs de penser en rond…
Le fonds littéraire de l’Institut est maintenant riche de quelques 1500 titres.



Quel sont, à votre avis, les fous littéraires les plus remarquables et  pourquoi ?

 

Marc Décimo : Le plus grand d’entre eux. Incontestablement, c’est Jean-Pierre Brisset (1837-1919). Il démontre par des jeux de mots que l’homme descend de la grenouille. A l’aube de l’humanité, elles parlaient français. Tout a commencé lorsqu’un jour la grenouille, qui n’a pas de sexe apparent, s’est métamorphosée encore. Elle a vu poindre dans d’atroces douleurs à son bas-ventre un appendice, et « coa ? coa ? » s’est-elle écriée. – Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Que sexe est ? Keksekça ? Brisset a laissé une Œuvre de plus de 1000 pages, qui lui a valu d’être couronné Prince des Penseurs en 1913 par Jules Romains, Stephan Zweig, Max Jacob et tout le petit monde qui gravitait autour d’Apollinaire. Brisset a fasciné toute leur vie Marcel Duchamp et André Breton.

Paul Tisseyre Ananké-Hel ! (1873-1931) est imposant non seulement par ses Visions préhistoriques mais aussi par un livre, Rires et Larmes dans l’armée (1907). Ses récits, par moments insoutenables, y dénoncent les exactions de l’armée française en Afrique au début du XXe siècle et la vie misérable au Bat’ d’Af’. C’est un écrivain engagé. Son escadron se perd enfin dans le désert et il revient… le seul survivant. C’est un épisode terrible. Il a égorgé son chameau pour en boire le sang et survivre et il entend des voix. Celles des animaux préhistoriques, que les phonèmes du français imitent donc.

Il y a des cas passionnants. Je tiens sous le coude quelques livres…


Tanka : Brisset, sans doute, risque d’arriver en tête, ce dernier ayant été remarqué par Breton (il apparaît dans son Anthologie de l’humour noir).

André Stas : Il s’agit d’épiphénomènes, fort différents les uns des autres. Mais certes, reconnaissons que Jean-Pierre Brisset (Prince des penseurs), Paulin Gagne (l’avocat des fous), Berbiguier de Terre-neuve du Thym et ses Farfadets, le Marquis de Camarasa et ses Causeries brouettiques, Francisque Tapon-Fougas l’éternel candidat, Eugène Samsonovici (Homère II) et sa Mélodramatique et frauduleuse descente en enfer, le Prince Korab, Pierre Roux, etc. sortent du lot.
Mais certains scientifiques « s’égarant » valent aussi le détour, comme le Dr. Bérillon et sa Polychésie de la race allemande ou le Dr. Binet-Sanglé et sa Folie de Jésus ou encore La fin du secret.

Marc Ways
: Queneau l’a écrit et dit. Il a été déçu de ne pas rencontrer plus dé génies et de bons textes sur les kilomètres de rayonnages de la BnF. Il faut un moral d’acier pour lire les auteurs classés parmi les F.L. C’est très chiant la plupart du temps. Indigeste même. Mais, c’est notre boulot….
Il y a quelques génies parmi les « tapés littéraires » :
Jean-Pierre Brisset, Paulin Gagne, Berbiguier, Chassaignon, le Marquis de Camarasa, Pierre Roux, Tapon-Fougas, le Prince Korab, et d’autres.
POURQUOI : parce que 150 ans après la publication des textes, nous avons toujours envie de les lire. Croyez-vous que Brisset ait berné tout le monde ; C’est à mon avis le F.L. par excellence. Un type qui fait descendre l’homme de la grenouille et qui met au point toute une grammaire, n’est pas fou, mais GÉNIAL André Breton l’a compris avant tout le monde, en le faisant entrer dans son Anthologie de l’Humour Noir. Et pensez-vous que notre Marc Décimo aurait passé 20 ans de sa vie sur Brisset, s’il n’en valait pas la peine ?
Et Paulin Gagne, l’homme qui voulait transformer le Lac de Genève en un immense pot-au-feu. J’adore…. Et un écrivain qui développe le concept de la Philantropophagie (mangez-vous les uns les autres, mes frères), génial non ?

 

 

Quel est le fou littéraire qui, toujours à votre avis, mériterait qu’on le connaisse un peu mieux et, pourquoi pas, on le réhabilite ?

André Stas : Léon Boudin et l’ébouriffant Plutôt la mort – roman d’amour. D’ailleurs c’est fait vu que j’ai réussi à convaince un éditeur de le rééditer.

Tanka : Au risque de détruire notre corpus ?  Ne l’oublions pas, un fou littéraire est, par définition, inconnu.  Mieux vaut taire cette question au risque de passer pour abruti !


Marc Ways :  Ils sont nombreux et ils y a aussi tous ceux qui ne sont pas encore répertoriés, les échappés du Blavier. Croyez-moi, ils sont légions.
Une réhabilitation pour : Pierre ROUX, Le Prince KORAB, Le Marquis de CAMARASA

Est-ce qu’il existe, à l’instar de Théophile de Giraud, auteur de
« De l’impertinence de procréer »,  des fous littéraires oubliés, dédaignés ou vivants ?

 

André Stas : On en découvre ça et là de nouveaux, du moins si la chance daigne nous sourire. Mais il n’est pas inscrit « fou littéraire » sur leurs livres et un certain flair est nécessaire pour les détecter. Il doit y en avoir de vivants mais qui, bien évidemment, seraient sensiblement contrariés qu’on les considère comme des « fous ».

Tanka : Si on présume que chaque culture nous réserve son lot de fous littéraires, on peut croire que le corpus est foisonnant.  Encore faut-il avoir le temps et la possibilité d’errer et de se retirer (pour longtemps peut-être) dans nos bibliothèques nationales ou provinciales respectives…

Marc Ways : OUI. DANS LES TROIS CATÉGORIES. Les oubliés sont ceux qui ne sont pas forcément répertoriés (encore), les dédaignés : nous abordons un chapitre difficile qui ne fait pas consensus ; Je pense à des fouriéristes, des mystiques, des sectaires bien allumés. Pourquoi se priver de leurs écrits délirants ?
Des VIVANTS, oui…… mais achtung : en les faisant entrer dans l’Institut, nous risquons des procès en diffamation de leur part ou de la famille. Prudence. Mais, reconnaissons que c’est bien tentant.

Quels sont les fous littéraires que vous conseilleriez de lire afin  de faire partie de la grande famille des amateurs de folies littéraires…

 

Marc Décimo : Jean-Pierre Brisset, Paul Tisseyre, Edgar Bérillon, Paulin Gagne… mais s’initier au « patoiglob » de Benjamin Bohin n’est pas mal non plus. Au-delà de l’attrait exercé par le fou littéraire, il faut aussi se poser la question de leurs conditions d’apparition et de ce que l’on en fait.


André Stas : Léon Boudin et l’ébouriffant Plutôt la mort – Roman d’amour.
D’ailleurs, c’est fait vu que j’ai réussi à convaincre un éditeur assez allumé pour le rééditer.

Tanka
: On ira d’abord lire l’anthologie de Blavier. Par ailleurs, on n’oubliera pas d’aller lire ses classiques en parallèle des fous littéraires, question de ne pas sombrer dans la démence…

Marc Ways : Brisset, Gagne, Roux, Korab, Camarasa, et tous les autres aussi.


Est-ce que la folie littéraire est contagieuse ?

 

Marc Décimo : La folie littéraire ne s’attrape pas. L’étiologie de la folie littéraire est bien plus complexe. Par voie de lecture, elle a cependant un effet contagieux : elle provoque souvent le sourire, parfois le rire, c’est-à-dire une distance, et toujours la perplexité. On se réfugie dans ce que Breton a nommé après Freud « l’humour de réception ». C’est l’expérience de l’inquiétante étrangeté, de l’autre ; on se sent définitivement exotique à ce qui est écrit. On en ressort différent.

Après avoir par exemple lu Brisset, on n’entend plus jamais ce qui se dit de la même oreille. Jamais plus. J’ai fait il y a dix ans dans l’Orne, à La Ferté-Macé, le coin natal de Brisset, un exposé sur sa façon de concevoir et d’entendre la langue française. Un peu plus tard, ce n’est pas grand le patelin, on s’est retrouvé à l’unique bistrot ouvert à 21 heures… eh bien, tout le monde faisait au comptoir du Brisset en s’émerveillant des étranges éclats possible que décèle le familier de la langue… Jean-Pierre Brisset est le rénovateur poétique de la langue française, ça n’a pas échappé à Duchamp, qui l’a confié à Robert Desnos.

André Stas : La question est mal posée : c’est l’intérêt pour la folie littéraire qui est contagieux. Certes ! Cela intéresse de plus en plus de gens. Lors de la journée organisée autour du thème le 1er avril dernier à la B.N., près d’une centaine de personnes assistaient en permanence aux exposés puis posaient nombre de questions pertinentes.

Tanka : Je dirais plutôt qu’elle est potentiellement transmissible.  La marginalité aura toujours un certains succès… dans les cercles restreints du moins !

Marc Ways : Oui, une fois le virus attrapé, il est difficile d’en guérir et nous allons de l’avant pour trouver d’autres auteurs dits «  Fous littéraires »



Est-ce que le grand public peut et doit s’abonner à la revue et pourquoi ?

  

Marc Décimo : Le grand public fait bien ce qu’il veut. Nous ne sommes pas encore assez fous pour vouloir diriger les autres. S’il veut sourire, rire parfois, frémir et s’informer sérieusement et multiplier et renouveler les approches qu’on peut faire de la littérature et de la folie, si c’est là son désir, il sera réjoui. On propose des cas. On propose des études. C’est une revue internationale, ouverte à toutes sortes de collaborateurs, et pluridisciplinaires. Il n’est pas rare que les fous littéraires soient des artistes.


André Stas : Un lectorat plus étendu ne serait pas pour nous déplaire, d’autant plus que la plupart des articles, pour pointus qu’ils soient, sont parfaitement « lisibles » et intéressants.

Marc Ways : Pas le grand public, pourquoi êtes vous restrictif ? Le PUBLIC. Point barre, qu’il soit petit, gros, barbu, juif ou noir, intelligent ou con. De gauche ou de droite.
Viens à nous public adoré, sans toi c’est la fin des haricots. Nous sommes déjà boudés par les grands médias nationaux, qui reçoivent des services de presse et qui ne répondent pas. Alors que le public prouve que nous sommes une entreprise de salubrité publique. Notre ambition est de publier une revue de qualité, riche en informations, mais avec une règle fondamentale : ne pas être sorbonnale & snobinarde.

Quel est l’actualité à venir autour des fous littéraires ?


Marc Ways : Une actualité riche. Un numéro 04 des Cahiers à paraître en novembre. Sortie prévue en même temps que le colloque des 26, 27, 28 novembre à Pont-à-Mousson, dans le lieu très prestigieux de l’Abbaye des Prémontrés. Aussi nous en profitons pour remercier vivement le Conseil Régional de Lorraine, le centre Régional du livre en Lorraine et sa dynamique directrice madame Aurélie Marand, le Conseil général de Meurthe et Moselle, la DRAC et Monsieur Jacques Deville, qui ont cru en nous. Le programme du colloque est à découvrir ICI

 












Le gardien du cabinet vous recommande la lecture de :

 

Les fous littéraires, de André Blavier (éditions des cendres). L’ouvrage de référence en matière de «fous littéraires». «Ils sont ou ne sont pas dans le Blavier…» L’auteur n’a cessé de fréquenter (littérairement) les hétéroclites (francophones). La première édition (1982) était depuis longtemps introuvable. On se réjouit d’avoir accès à nouveau aux inventions des fous littéraires.

 

L’apprenti administrateur, de Nicolas Cirier (Plein chant). Une rareté et un numéro d’équilibriste typographique !

 

Balance de la nature, de Marie Le Masson Le Golft (Les presses du réel – Avant-gardes)

 

Œuvres natatoires, de Jean-Pierre Brisset (Les presses du réel – Avant-gardes)

 

Œuvres complètes, de Jean-Pierre Brisset (Les presses du réel – Avant-gardes)

L’Esprit de la modernité révélé par quelques traits pataphysiques – ou Le Brisset facile, de Marc Décimo (Les Presses du réel, Poche)

 

Jean-Pierre Brisset – Prince des penseurs, inventeur, grammairien et prophète, de Marc Décimo (Les presses du réel)

 

Le Diable au désert – Ananké Hel ! – suivi de Paul Tisseyre-Ananké : Rires et larmes dans l’armée !, de Marc Décimo (Les presses du réel – Avant-gardes)

 

Entre les poires et les faux mages, de André Stas (éditions des Cendres) – Prix Xavier Forneret de l’humour noir 2009. Un petit chef d’œuvre selon le gardien !

 

I.I.R.E.F.L

Institut International et d’Explorations sur les Fous Littéraires

Cliquez ICI

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Le comité scientifique de l’I.I.R.E.F.L.

Président de l’Institut
Marc WAYS

Comité scientifique

Marc Angenot : Université McGill Montréal, Canada
Michel Arrivé : Université Paris X Nanterre, France
Paolo Albani : Ecrivain
Jean-Baptiste Baronian : Ecrivain et journaliste, Belgique
Christophe Boulanger : Musée d’art moderne Lille métropole, France
Michel Criton : Président de la fédération française des jeux mathématiques, France
Fanchon Daemers : Musicienne, chercheuse, Belgique
Marc Décimo : Université d’Orléans, France
Savine Faupin : Musée d’art moderne Lille métropole, France
Bruno Fuligni : Ecrivain, membre de l’OuPolPot, Paris, France
Andrew Hugill, De Montfort University, Grande-Bretagne
Olivier Justafré, Archives départementales des Côtes-d’Armor. France
Jean-Jacques Lecercle : Université Paris X Nanterre, France
Michèle Nevert : Université du Québec à Montréal, Canada
Michel Pierssens : Université de Montréal, Canada
Éric Poindron, Bibliopathonomade, re-chercheur et curieux en cabinet. France
Walter Redfern : Université de Reading, Grande-Bretagne
Valérie Rousseau : Historienne de l’art. Société des arts indisciplinés, Montréal, Canada
André Stas : Artiste, fils spirituel d’André Blavier, Belgique
Allen Tihier : Université du Missouri, Etats-Unis
Tanka G. Tremblay : Université McGill, Montréal, Canada
Alain Zalmanski : Membre du Mouvement des plieurs de papiers, France

Institut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires,
Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés,
sans oublier tous les autres…

THÉOPHILE DE GIRAUD, BIENFAITEUR DE L’HUMANITÉ

Comment qualifier Théophile de Giraud ? Chien fou ? Terrestre extra ? Ecorché vif ? Dérangeant du seul fait d’être honnête ? Bienfaiteur de l’humanité ? Son humour (noir – et rouge -, bien entendu), son écriture et tout ce qu’il est sont nécessaires en ces temps de tiédeur… Merci Théo !

L’écrivain épatant se présente ainsi :

« Né, par hasard et sans conviction, à Namur en 1968. En 3ème Maternelle, projet, avorté, faute de combustible, mais redoutablement sérieux, de pulvériser l’établissement scolaire selon les lois de la dynamite. Enfance passée dans une famille exceptionnellement douée pour le dégoûter de la famille. À 15 ans, caresse un instant l’idée de devenir serial-killer, puis se ravise, moins par sagesse que par timidité. Quelques inscriptions universitaires mais, vite écoeuré par le professionnalisme ambiant et syllabussophobe incurable, préférera se livrer au vice de l’autodidactisme dans la plupart des branches du savoir susceptibles de faire de l’homme autre chose qu’un animal-machine. Suicidaire et récidiviste chronique entre 18 et 20 ans. De 20 à 28 ans, étude/lecture/écriture en anachorète grognon et méticuleux. Abondants voyages en terres celtes et scandinaves, loin des héliacités classico-dociles. En 2000, auto-édition de De l’Impertinence de Procréer  qu’André Blavier aura la bienveillance de répertorier dans ses Fous Littéraires (éditions des cendres). En 2004, publication de Cent Haïkus nécromantiques  aux éditions Galopin (Spa). Père de très peu d’enfants. Inadapté méthodique. Insomniaque notoire. Sexualité : fantaisiste. »

Autres ouvrages publiés :
- De l’Art de Guillotiner les procréateurs (Le Mort-Qui-Trompe,Nancy, 2007)
- Cold Love, Satanic Sex and Funny Suicide (Le Mort-Qui-Trompe,Nancy, 2008)
- Diogenèses. Poèmes fluorescents pour patienter entre deux génocides (Maelström éditions Coll. »Booklegs #39″, , Bruxelles, 2008).

Bruxelles, le mardi 9 septembre 2008, la statue de Léopold II érigée à côté de place du Trône, le long de la petite ceinture, a été couverte de peinture rouge symbolisant du sang par l’écrivain contestataire belge Théophile de Giraud qui avait escaladé la statue au moyen d’une corde.

L’écrivain belge a estimé (voir ICI) que Léopold II, qu’il qualifie de criminel contre l’humanité, ne peut être élevé au rang des grands hommes de la nation.

« Non au symbole d’injustice » ou « Léopold II = criminel contre l’humanité » pouvait-on lire sur des pancartes. « Au nom de millions de victimes de la scandaleuse politique coloniale de ce despote impérialiste, raciste et cupide, nous estimons indigne de la part d’une nation de perpétuer sa mémoire sous quelque forme valorisante que ce soit », a expliqué Théophile de Giraud. « L’Allemagne et la Russie ont eu le bon goût de déboulonner les statues d’Hitler et de Staline. Nous exigeons donc de la Belgique qu’elle fasse preuve d’autocritique et conclue à l’urgente nécessité d’arracher à leur socle les monuments censés célébrer cet odieux tueur en série », a-t-il ajouté. La police est arrivée sur place peu après. L’écrivain est redescendu de lui-même du cheval en bronze sur lequel trône la statue de Léopold II et s’est laissé interpeller sans résistance.
« On constate un manque évident d’humour de la part de la police », a déclaré Théophile de Giraud, avant qu’il ne soit emmené dans un véhicule par la police.

Communiqué de presse post Attentat contre la statue de Léopold 2
Ce mardi 09 septembre 2008 entre 15 et 15h30, l’écrivain Théophile de Giraud et ses joyeux comparses ont mené une action de contestation contre la statue équestre de Léopold 2 située place du Trône à Bruxelles.
Leur revendication : que le gouvernement belge, par respect pour les millions de victimes de la sanguinaire politique coloniale menée au Congo par l’ancien souverain, prenne la décision de déboulonner toutes les statues offrant ce despote esclavagiste à l’admiration des foules. A cet effet, un manifeste pour l’abollition des statues de Léopold 2 a été distribué aux participants et aux passants.
La police est arrivée sur les lieux aux alentours de 15h20, trop tard pour empêcher Théophile de Giraud d’empeinturlurer le visage et le torse de la statue de gouache rouge, symbole du sang des congolais innocents tués ou mutillés sous les ordres du sanguinaire souverain. Une pendaison symbolique du tyran a eu lieu devant une trentaine de comparses et de journalistes. Théophile de Giraud ainsi qu’un participant ont été menottés et arrêtés, paradoxe s’il en est de nos gardiens de justice et de paix qui, par cet acte, ont contribué à protéger un symbole de violence et d’injustice.
Auparavant, les participants avaient exprimé leur colère contre le bourreau du Congo en arborant des slogans tels que Léopold 2 = serial killer, raciste, esclavagiste…
De mémoire de bruxellois, la statue n’a jamais eu aussi bonne mine !

Et pour découvrir les salutaires éditions

LE MORT QUI TROMPE

CLIQUEZ ICI

BIBLIOPHOLIE

Exemplaire Taré : Exemplaire défectueux.

Les livres des « fous littéraires », sur lesquelles nous reviendront très prochainement, ne sont pas forcément des exemplaires tarées.

Savez-vous bien pourquoi ?
docteurs aliénistes,
Vous êtes presque tous, dit-on,
des aliénés ?
C’est parce que Dieu fuit les matérialistes
Qui dans les inspirés voient des hallucinés.

Extraits de Histoire des miracles de Paulin Gagne, EDITIONS DES CENDRES, L’admirable éditeur qu’il vous faut découvrir avant de posséder tous son catalogue.

On pourra découvrir celui qui fut avocat, puis atteint de spiritisme, amateur de suicide et de catastrophe chemin de fer et autres, nous sommes en 1842 -, auteur – entre bien d’autres titres – de Le Journalophage ou le mangeur de journaux, Satire anti-journal, à réveil ou refrain, paraissant quand il peut, dans Les Fous littéraires, de André Blavier, toujours aux merveilleuses Éditions des Cendres (catalogue sur demande auprès de l’éditeur, un homme compétent et charmant)

Il est aussi précisé sur la page de titre : « Le Journal antéchrist, satire à réveil ou refrain destinée à être apprise de mémoire et à ête dite partout. »

« Le journal c’est le crime et la la stupidité », toujours sur la page de titre, peut donner aussi quelques indications d’humeur, quant à l’estime que peut accorder notre bonhomme aux canards – et à leurs caudataires – de tout poils (et plumes).

Le mère des canard et ses misérables petits.

NICOLAS CIRIER, L’APPRENTIF ADMNISTRATEUR

Une nouvelle fois, notre ami le docteur Fontaine, docte garçon, mousquetaire de toutes les curiosités et humaniste définitif nous éclaire de ses innnombrables lanternes. Il à offert au Blog du Bibliophile un texte sérieux – qui ne l’est pas tant que ça – que nous reproduisons dans le Cabinet. J’ose croire que vous irez vous promener sur le blog précédemment cité, et que, à votre tour, vous deviendrez, littéraire ou non, un FOU tout court…

NICOLAS CIRIER, L’APPRENTIF ADMNISTRATEUR

par – notre ami – Jean-Paul Fontaine

Nicolas Cirier (Dun-sur-Meuse, 1792-Paris, 1869) : « fou littéraire » ?

Ancien élève du Lycée de Reims, où son père enseignait le français et le latin, Cirier avait fini par renoncer à la prêtrise pour apprendre le métier de typographe chez Joly, à Château-Thierry (Aisne). En 1820, il avait été employé comme prote par l’imprimeur rémois Pierre Delaunois. Huit ans plus tard, il était entré à l’Imprimerie royale sur concours. Il y fut correcteur de 2e classe pendant huit longues années, corrigeant le latin, le grec et plusieurs langues orientales, avant de démissionner. Le susceptible typographe n’avait pu accepter les remontrances de ses supérieurs, plutôt incompétents, et avait fini par comprendre qu’il n’aurait jamais droit à un quelconque avancement.

Dès lors, il partagea sa vie professionnelle entre Paris, où il fut en particulier compositeur chez Gros, Blondeau puis Boulé, et Reims, où il fut prote chez Jacquet. Se considérant victime d’une injustice, il se mit à publier des pamphlets excentriques, enrichis de papillons de couleurs et autres fantaisies typographiques, ainsi que de nombreuses citations.

Ces dernières mériteraient d’être enfin étudiées, car elles pourraient révéler un Cirier méconnu. A titre d’exemple, celle en hébreu qui figure en regard de la page de titre de L’Oeil typographique. Offert aux hommes de lettres de l’un et de l’autre sexe, notamment à MM. les correcteurs , protes, sous-protes, etc. (Paris, Firmin Didot frères, 1839) est inexacte dans sa référence comme dans sa traduction. En effet, la référence est « Ps. XCII, 4 » et non pas « Ps. XCI, 7 », et la traduction « L’homme dépourvu de sens ne peut savoir, le sot ne peut s’en rendre compte » (traduction du Dr. Jérôme Talmud) est bien loin de celle de Cirier : « Le sujet est si beau, la matière si belle, qu’elle fera du bruit. » ! Ce pamphlet, qui fut tiré à 500 exemplaires, de même que L’Apprentif administrateur, pamphlet pittoresque (!), littérario-typographico-bureaucratique, pouvant (…) intéresser toute personne employée, employable, ex-employée. Par quelqu’un de cette dernière catégorie. (Paris, Chez l’Auteur, 1840. Réédition : Bassac, Plein Chant, 2000), tiré à 100 exemplaires, et que Justice ! (Paris, impr. René, s.d. (1848)), est dirigé contre l’ancien directeur de l’Imprimerie royale, le poète académicien Pierre-Antoine Lebrun (1785-1855), qu’il tenait pour responsable de ses malheurs.

Dans L’Oeil typographique, que Cirier qualifie de « colloque ophtalmo-typographico-épanorthôtique », on apprend que « l‘Oeil typographique est un je ne sais quoi, que l’expérience ne donne point ; une espèce de grâce gratuite, tout à la fois prévenante, concomitante, subséquente, et pas toujours efficace… » et qu’il « est criminel, dix fois criminel, puisqu’il contribue pour beaucoup au malheur d’un typographe honorable, et honoré. »

C’est dans L’Apprentif administrateur que Cirier cite tous les « arts graphiques » qu’il utilise : la chirographie vulgaire, la tachygraphie, la typographie, la lithographie, l’autographie, la chalcographie, la cassitérographie, la phellographie, la xylographie et la polytypographie.

Dans Justice !, Cirier réclame une indemnité de 20 000 francs « qui correspondent à quinze années de privations, d’humiliations et de tortures », sans compter les conséquences des années de « despotisme insolent et impitoyable ».

Après la démission de Lebrun en 1848, Cirier s’agita quelque temps dans le monde de la politique, soutint le démocrate socialiste Ledru-Rollin et ne cessa pas d’être en relation épistolaire avec les intellectuels de son temps.

En 1857, il publia un pamphlet contre le peu scrupuleux abbé Jacques-Paul Migne (1800-1875), fondateur d’une importante imprimerie catholique, chez lequel il fut correcteur : Hommage à monsieur l’A,B X. Démonstration A+B… = AB, apparemment ? -Pas du tout ! A+B = A+B. (Paris, impr. Bonaventure et Ducessois, s.d. (1857)), plaquette « Tirée à cent exemplaires seulement, et c’est, ma foi ! Beaucoup trop encore » précise l’auteur qui « propose à M. l’abbé Migne de remplacer, dans son immense Bibliothèque du clergé, l’Appendix de Probabilismo par le Visiteur du Pauvre, du baron De Gérando. »

Entre temps, avant de quitter définitivement Reims pour Paris, Cirier avait fait publier par son ami Alexandre Cordier, modeste libraire rémois, Le plus étonnant des Catalogues (Reims, impr. Luton, s.d. (1842). Malgré la numérotation fantaisiste des 564 livres imprimés, dont 26 pas à vendre sont entre parenthèses et 39 favoris sont marqués d’une croix mortuaire, malgré la présence de livres en langue proconchie, langue des académiciens de Petapa dans Le Bachelier de Salamanque de Lesage, et malgré quelques prix et de nombreuses déclarations annexes, la vente de cette bibliothèque, a priori imaginaire, fut effectivement réalisée. Six jours avant la vente, Cordier avait écrit à Cirier : « il ne faut pas se faire d’illusion du côté des Rémois : vous savez qu’ils ne sont rien moins qu’amateurs de livres et qu’ils achettent (sic) plus tôt (sic) pour le plumage que pour le ramage. »

Dans La Brisséide (Paris, impr. Noblet, 1867), tirée à 300 exemplaires « Un mois avant le renversement des casseroles compromettantes et la cessation des oracles. », Cirier poursuit son combat contre l’injustice et la mùisère.Il s’attaque au baron Léon Brisse (1813-1876), célèbre pour ses menus quotidiens publiés dans le journal La Liberté, qu’il rend responsable de « Brutalités iambico-philanthropico- gastronomico-copronymiques » et le compare à Marie-Antoine Carême (1784-1833) :

« On a, c’est mon avis, surfait le baron Brisse,

et, sans l’humilier,

je dirai qu’il ne va, tout au plus, qu’à la cuisse

de mon grand cuisinier. »

Le « typothète » persécuté, ami intime d’Hégésippe Moreau, poète élégiaque et autre typographe sans gloire, dont il avait recueilli le dernier soupir en 1838, était veuf depuis deux ans quand il s’éteignit à son tour, un catéchisme à la main et son chien Boute-en-train étendu mort à ses pieds. Ils furent enterrés tous les deux dans le même cercueil et conduits au cimetière Montparnasse par trois cents compositeurs parisiens.

Jean-Paul Fontaine

Les lecteurs zélés, curieux, foux ou moins, esthètes, plaisants, savants, pirates, biblio-tout, « cravanesque », « rousselien », Cornuesque, vélodidacte, Cazinophile – et j’en oublie sans doute -, se feront un plaisir et un devoir de s’offrir ou de se faire offrir le BIBLIOLEXIQUE à l’usage de l’amateur de livre de Jean-Paul Fontaine, ÉDITIONS DES CENDRES (12 euros !!!, ça fait rêver pour un objet magnifique et incontournable !!!)

LE GRAND RETOUR DES FOUS LITTÉRAIRES

INSTITUT INTERNATIONAL DE RECHERCHES ET D’EXPLORATIONS SUR LES FOUS LITTÉRAIRES, HÉTÉROCLITES, EXCENTRIQUES, IRRÉGULIERS, OUTSIDERS, TAPÉS, ASSIMILÉS, SANS OUBLIER TOUS LES AUTRES…

Madame, Mademoiselle, Monsieur,

L’Institut International de Recherches sur les Fous Littéraires, consacré à la Folie littéraire et aux passerelles qui existent entre Folie artistique et Folie créative, vous annonce la sortie de sa revue, Les Cahiers de l’Institut n°1.

À l’aube du XXIe siècle, dans un monde où le politiquement correct et la pensée unique sont de règle, où la raison n’est que ruine de la fantaisie, il est venu le temps d’exhumer et de considérer enfin – pour éviter que ne meurent une seconde fois les grandes œuvres des petits auteurs – la piétaille des « Fous Littéraires, Hétéroclites, Excentriques,Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés… »

Livres marteaux

Œuvrons afin que ces Écrivains ne soient pas que des Écrits Vains et essayons de devenir des empêcheurs de penser en rond…

Animé par le désir de réunir en un même lieu chercheurs, universitaires, médecins et psychologues, étudiants, collectionneurs, passionnés et bibliophiles, l’I.I.R.E.F.L. souhaite renforcer son réseau international entre toutes les personnes intéressées par ce vaste sujet, gérer une faculté (comprenant un comité scientifique, des membres d’honneur, et de simples mais actifs membres) apte à organiser des manifestations artistiques ou non au siège de l’Institut, mais aussi à l’extérieur (colloques, rencontres internationales, expositions ou autres disciplines créatives), montrer les passerelles entre le monde de la Folie littéraire et la Création artistique : art et écrits bruts, cinéma, architecture, littérature de S.F. et fantastique, B.D., livres monstres, création asilaire, etc.

L’I.I.R.E.F.L. met à la disposition de ses membres un fonds littéraire de plus de 1500 titres.

Les « Cahiers de l’Institut » (C.D.I.), revue d’information et de liaison distribuée à ses abonnés, présenteront des contributions originales de nos correspondants à travers le monde, des articles de fond sur un auteur célèbre ou méconnu, des bibliographies et analyses d’ouvrages. Par exemple : des articles sur J.P. Brisset, Paulin Gagne, le Prince Korab, Pierre Roux… Les fous scientifiques et matheux de tous acabits : quadrateurs, trisecteurs, les spécialistes du mouvement perpétuel… Et Dieu dans tout ça… Les velus de tous poils… Des écrits de « Fous littéraires » hors France. Des numéros spéciaux sur un thème : les cosmographes. La linguistique et les origines des langues. Les médecins aliénistes et la condition asilaire au XIXe siècle. Le soleil, les Celtes et l’étude du gaulois comme langue primordiale. Messianisme et prophétisme. Les Causeries brouettiques et le Marquis de Camarasa. L’Ortograf, le Docteur Bérillon et sa Polychésie de la race allemande, les Racismes et Intolérances, etc.

  • « LES CAHIERS DE L’INSITUT »

La revue de l’Institut sera, dans un premier temps, biannuelle. Les Cahiers de l’Institut ont une vocation internationale, multilingue ; ils seront consacrés à l’étude des écrivains hétéroclites et hétérodoxes communément appelés les Fous littéraires, et de leurs œuvres.

Tout en favorisant la confrontation et la synthèse du résultat de ces recherches, la revue ambitionne de prendre en compte le plus large éventail possible d’études.

Drôle de canard

La structure des Cahiers de l’institut

Un Editorial

Questionnements sur la Folie littéraire (essais de définitions) et sur ce que peuvent être les « fous » plastiques, peintres, cinéastes, photographes, artistes divers. Histoire des Fous littéraires, notoires (Gagne, Brisset, Berbiguier, Korab, Roux et les autres) ou non (les « Échappés du Blavier », toujours dans l’anonymat le plus complet).

Études sur la Folie littéraire et la Folie créatrice sous divers angles

La parole sera donnée aux médecins, psychiatres, psychanalystes, psychologues et cliniciens de tous poils. Mais il n’est pas question d’enfermer les fous littéraires dans un carcan clinique qui limiterait le propos et ne répondrait pas à de nombreux questionnements :

– la folie ne garantit aucun génie ;

– l’œuvre n’est pas forcément une guérison de la folie ;

– un génie qui devient fou peut perdre le sens de sa création ;

– une œuvre digne d’avoir été créée ne peut pas ne pas avoir été traversée par la folie ;

– qu’est-ce qu’un texte fou ?

– l’illisibilité d’un texte est-elle la « preuve » de la folie de son auteur ? Etc.

Études sur les grands thèmes de la folie littéraire : linguistique, langues imaginaires, ortograf, celtisme, cosmogonie, héliocentrisme, tératologie humaine, curiosités et bizarreries diverses, etc.

Études sur les parallèles entre folie littéraire et création, folie littéraire et folie artistique (arts et écrits bruts, cinéma, bande-dessinée, architecture, livres monstres, etc.) ;

Portraits de personnalités du passé et d’aujourd’hui (écrivains, médecins, psy, professeurs, linguistes, etc.)

Rubriques supplémentaires

Chaque numéro des Cahiers de l’Institut sera centré sur un thème principal mais comporte aussi :

Des Varia : informations sur les ventes publiques, les expositions, les travaux en cours de l’IIREFL, l’actualité des membres de l’IIREFL, appels à collaboration, nouveaux venus, présentation.

Des Nouvelles et Chroniques de nos correspondants étrangers en provenance du Canada, USA, République Tchèque, Italie, Pays-Bas, Espagne, Angleterre, France, Belgique.

Le Fonds littéraire de l’Institut : publication des fiches provenant des collections, les acquisitions et les enrichissements.

Les Feuilles Jaunes : petites annonces, mises en vente de livres en double, bulletin de liaison pour les abonnés.

  • L’INSTITUT

… ce qu’il a été, ce qu’il est, ce qu’il voudrait être, ce qu’il sera…

Voilà la réalité pressante à laquelle veut répondre l’I.I.R.E.F.L. : mettre en lumière des écrivains et des textes oubliés ou inconnus. Cette longue litanie est notre porte ouverte vers le monde des inclassables et des obsédés textuels, une ouverture vers la troisième rive du fleuve.

Animé par le désir de réunir en un même lieu chercheurs, universitaires, médecins et psychologues, étudiants, collectionneurs, passionnés et bibliophiles, l’I.I.R.E.F.L. souhaite :

– établir un réseau international entre toutes les personnes intéressées par ce vaste sujet ;

– gérer une faculté (comprenant un comité scientifique, des membres d’honneur, et de simples mais actifs membres) apte à organiser des manifestations artistiques ou non au siège de l’Institut, mais aussi à l’extérieur (colloques, rencontres internationales, expositions ou toute autre discipline créative) ;

– mettre à la disposition de ses membres un fonds littéraire de plus de 1500 titres ;

– animer les Cahiers de l’Institut (C.D.I.), sa revue d’information et de liaison, distribuée à ses abonnés, où seront présentés des contributions originales de nos correspondants à travers le monde, des articles de fond sur un auteur célèbre ou méconnu, des bibliographies et analyses d’ouvrages. Par exemple : des articles sur J.P. Brisset, Paulin Gagne, le Prince Korab, Pierre Roux… Les fous scientifiques et matheux de tous acabits : quadrateurs, trisecteurs, les spécialistes du mouvement perpétuel… Et Dieu dans tout ça… Les velus de tous poils… Des écrits de « Fous littéraires » hors France. Des numéros spéciaux sur un thème : les cosmographes. La linguistique et les origines des langues. Les médecins aliénistes et la condition asilaire au XIXe siècle. Le soleil, les Celtes et l’étude du gaulois comme langue primordiale. Messianisme et prophétisme. Les Causeries brouettiques et le Marquis de Camarasa. L’ortograf, le Docteur Bérillon et sa Polychésie de la race allemande, les racismes et intolérances, etc.

– créer une passerelle entre le monde de la folie littéraire et la création artistique : art et écrits bruts, cinéma, architecture, littérature de S.F. et fantastique, B.D., livres monstres, création asilaire, etc.

– poursuivre l’étude de la tératologie humaine, du monde à l’envers, des utopies, des bizarreries et autres curiosités littéraires. Seront passés au crible les auteurs excentriques, agités du bocal, visionnaires et illuminés, mais aussi les niais, hallucinés, prophètes, saugrenus…

– partir à la chasse aux échappés du Blavier…

  • Historique

Un concours de circonstances et une opportunité uniques sont à l’origine de la création de l’Institut. C’est suite à la rencontre de l’un des plus grands spécialistes de la question depuis plus de quarante ans, Monsieur Calyptologue – dont nous tairons le véritable nom, pour des raisons de modestie et de discrétion – et à l’achat de sa bibliothèque que nous avons pu fonder l’Institut. Pour la poursuite de l’étude et de la découverte des « fous littéraires », dans la lignée des Charles Nodier, Octave Delepierre, Anatole France, Raymond Queneau et André Blavier, et la pérennisation de sa précieuse collection, l’I.I.R.E.F.L. lui est redevable.

  • Qu’est-ce qu’un « Fou Littéraire » ?

Charles Nodier :

« J’entends ici par un livre excentrique un livre qui est fait hors de toutes les règles communes de la composition et du style, et dont il est impossible ou très difficile de deviner

le but, quand il est arrivé par hasard que l’auteur eut un but en l’écrivant… Ce sont des livres qui ont été composés par des fous, du droit commun qu’ont tous les hommes d’écrire et d’imprimer… faire rentrer dans cette catégorie toutes les extravagances publiées avec une bonne foi naïve et sérieuse par les innombrables visionnaires en matière religieuse, scientifique ou politique….

La liste des fous, ainsi restreinte aux fous bien avérés qui n’ont pas eu la gloire de faire secte… »

Bibliographie des Fous. De quelques livres excentriques, Paris, 1835.

Octave Delepierre :

« … Si nous avons souvent eu l’occasion de nous étonner de l’intelligence qui se rencontre dans les compositions des fous, il est peut-être plus étonnant encore de voir les folies qui sortent du cerveau d’écrivains intelligents et sensés. »

« …La folie entre pour quelque chose dans l’existence de la plupart des grands esprits que l’histoire nous fait connaître, et il devient souvent très difficile d’établir les dissemblances qu’offrent les prédispositions à la folie, avec certains états dits de raison… Ce sont ordinairement des esprits contemplatifs et noblement doués que l’on voitfrappés par ce malheur. »

Histoire littéraire des Fous, Londres, 1860.

Antonin Artaud :

« (…) qu’est-ce qu’un aliéné authentique ? C’est un homme qui a préféré devenir fou, dans le sens où socialement on l’entend, que de forfaire à une certaine idée supérieure de l’honneur humain. (…) Car un aliéné est aussi un homme que la société n’a pas voulu entendre et qu’elle a voulu empêcher d’émettre d’insupportables vérités. »

Van Gogh le suicidé de la société, Paris, 1947.

Raymond Queneau :

« Auteur imprimé dont les élucubrations (je n’emploie pas ce mot péjorativement) s’éloignent de toutes celles professées par la société dans laquelle il vit (…), et ne se rattachent pas à des doctrines antérieures et de plus n’ont eu aucun écho. Bref, un “fou littéraire” n’a ni maîtres ni disciples. » « Quiconque a eu des disciples ne saurait être considéré comme un fou littéraire : celui-ci doit être resté un inconnu – par définition. »

« Nous éliminerons de nos listes primo tous ceux qui ont eu des disciples ou qui ont été reconnus comme ayant une valeur quelconque par la critique ou le public ou même une toute petite partie du public, secundo tous les mystiques, visionnaires, spirites, théosophes et cætera dont les élucubrations peuvent se rattacher à d’autres qui celles-là sont plus ou moins admises et que la prudence nous conseille de ne pas traiter de folies à la légère. »

Les Enfants du limon, Gallimard, Paris, 1938.

« Lorsqu’en 1930 j’ai commencé à dépister les “fous littéraires’’ le long des kilomètres de rayonnages de la Bibliothèque Nationale, j’avais alors l’ambition de découvrir un nombre important de “génies méconnus”. Au bout de quelques années, j’avais écrit un manuscrit de 700 pages, impubliable et impublié, ni fait ni à faire. (Plus tard, des morceaux en ont été repiqués dans un roman.) Le résultat n’était pas fameux. N’étaient guère exhumés que des paranoïaques réactionnaires et des bavards gâteux. Le délire “intéressant” était rare. Le tri était basé sur le principe “ ni maîtres, ni disciples”. Ce n’est que plus tard que je découvris qu’il fallait parler non de “fous littéraires’’, mais d’hétéroclites. »

Bâtons, chiffres et lettres, Paris

André Blavier :

« Blavier ne recense que les fous imprimés. À compte d’auteur. Par définition, un “fou littéraire” est un auteur non lu et sans disciples. Comme Queneau, il écarte les mystiques

délirants et les adeptes du saint-simonisme. Cette obligation d’être imprimé fait que vont nettement prédominer parmi nos auteurs de chevet les paranoïaques, paraphrènes et apparentés. D’autre part, paranos et paraphrènes conservent suffisamment d’adaptation sociale et de liberté de mouvement pour affronter les multiples soucis de l’édition, évidemment à compte d’auteur…

Sont donc en principe écartés :

Les petites religions, sectes et mystiques de tous baumes. Les magnétistes, occultistes, spirites et hermétistes. Les guérisseurs. Les alchimistes “classiques” et les faiseurs d’or plus contemporains.

Les fouriéristes, les saint-simoniens et les enfantiniens. Les phrénologistes et les procéduriers et les utopistes. Les excentriques peu drôles, les toqués, les originaux et les ratés. Les initiés et les radiesthésistes… »

Les Fous littéraires, Paris, 1982

  • LE POINT DE VUE DE L’INSTITUT :

Nous ne voulons pas nous couper d’un texte ou d’un auteur qui propose un livre « tapé ». C’est pourquoi nous nous réservons la folie et toutes les folies d’honorer toutes les définitions précédentes.

Plus encore (pis même), ne reculant devant rien, l’Institut proposera des textes d’auteurs à la masse, abbés, abracadabrants, agités du bocal, algébristes, anticipateurs, archi-monarques, astrologues, astronomes, barjos, barrés, bizarres, botanistes, bricoleurs, cafouilleurs, calculateurs, calyptologues, candidats, cantonniers, capitaines, casse-pieds, cénobites, chimériques, cinglés, conquistadors, coprophages, copulateurs, cosmogones, cosmographes hérétiques, craqués, débridés, dégénérés, délirants, dérangés, dingos, éjaculateurs, énergumènes, enragés, éperdus, étymologistes, excentriques, excités, extravagants, fadas, faiseurs d’histoire(s), farfelus, faux-dauphinomanes, fêlés, fétichistes, fissurés, foldingues, follets, frappa-dingues, généticiens, géographes, géologues, géomètres, givrés, gogols, hallucinés, haricologues, hermaphrodites, hygiénistes, hypnotiseurs, (il)logiciens, illuminés, insensés, inventeurs ivres, journalistes, linguistes, logographes, loufoques, mabouls, mathématiciens, médecins, médicastres, mégalomanes, messies, météorologistes, militaires, monarques, musiciens, mystificateurs, myth(étym)ologistes,notaires, obsédés, occultistes, ondinistes, ouf, panlatinistes, persécutés, persécuteurs, pétitionnaires, philanthropes, philosophes, piqués, politiciens, polygraphes, possédés, préhistoriens, prodiges, prophètes, quadrateurs, racistes de tous poils, rêveurs, rhétoriciens, romanciers, saugrenus, savants, schizophrènes, sinoques, siphonés, sociologues, sonnés, stratigraphes, tarés, théoriciens, timbrés, toqués, universalistes, urbanistes, versificateurs, visionnaires, zinzins, zoologues, etc.

Abonnements ou Renseignements :

INSTITUT INTERNATIONAL DE RECHERCHES ET D’EXPLORATIONS SUR LES FOUS LITTÉRAIRES, HÉTÉROCLITES, EXCENTRIQUES, IRRÉGULIERS, OUTSIDERS, TAPÉS, ASSIMILÉS, SANS OUBLIER TOUS LES AUTRES…

Marc Ways, Président et Co-Fondateur de L’Institut

1, rue du Tremblot – 54122 Fontenoy-la-Joûte – France

Tél. : 03 83 72 06 71 – 06 88 74 58 68

Contact électronique : iirefl@orange.fr

FARFADÉRISME

Alexis Vincent Charles Berbiguier (de Terre-Neuve du Thym), né vers 1764 ou 1776 à Carpentras où il est mort le 3 décembre 1851, est l’auteur d’une vaste autobiographie en trois volumes et 274 chapitres intitulée Les farfadets ou Tous les démons ne sont pas de l’autre monde. Obsédé toute sa vie par des créatures démoniaques qu’il nomme « farfadets », soigné sans grand succès à la Salpêtrière par Philippe Pinel, pionnier de la psychothérapie, il est considéré par Raymond Queneau et André Blavier comme un archétype du fou littéraire.

Alors que le « cas Berbiguier » s’est taillé une place dans les annales de la psychiatrie française et que ses farfadets continuent à alimenter les dictionnaires de démonologie, c’est dans le domaine littéraire que son nom est le plus souvent évoqué. S’il est vrai que Berbiguier se situe à la frontière de la médecine et de la littérature, il peut être vu aussi comme le précurseur d’un Nerval ou d’un Nodier, qui feront de la folie de l’écrivain et de l’intrusion du surnaturel dans le quotidien le double thème d’un courant important de la littérature romantique.

Illustration (frontispice) de l’autoédition de 1821. On peut aperçevoir sur la gravure un coeur de boeuf et du thym afin de combattre les villains petits êtres.

Ces extraits choisis sont issus de la plus célèbre autobiographie de ceux que l’on appelle « les fous littéraires ». Berbiguier s’est cru toute sa vie investi de la mission de délivrer la terre de cette engeance démoniaque qu’il appelle les « farfadets ». L’espace dans lequel il se meut est peuplé de ces créatures maléfiques. Avec son fidèle écureuil Coco, il devient Grand Inquisiteur des fantômes, lesquels se cachent sous l’apparence d’amis, de voisins, mais surtout d’une cohorte de médecins dont le chef suprême est le psychiatre Pinel (qui le soigna sans grand succès à la Salpêtrière). C’est dans l’optique de leur porter un coup fatal en les démasquant qu’il décide de rédiger son autobiographie. Son livre se présente également comme une encyclopédie du « farfadérisme » où les moeurs et les agissements de ces démons sont longuement commentés.
Le projet d’écriture de Berbiguier est à la fois de dévoiler la science occulte des farfadets et d’exposer les moyens les plus efficaces destinés à les anéantir.

PRÉFACE

JE VEUX FAIRE PRÉCÉDER MON OUVRAGE de quelques observations préliminaires qui mettront mes lecteurs dans le cas de lire et apprécier mes Mémoires. Ma préface ne doit pas être longue.

J’ai gardé le silence pendant bien longtemps, quoique pendant ce même temps je fusse persécuté par la race des farfadets ; je ne me suis décidé à rompre ce silence que lorsque mes ennemis ont poussé leurs travaux à leur comble. C’est lorsqu’ils ont troublé le repos public par leurs visites nocturnes ; c’est lorsqu’ils ont détruit toutes nos récoltes, suscité les tempêtes et les orages, fait agir l’influence des planètes, fait tomber la grêle, interverti l’ordre des saisons, suborné nombre de femmes et de filles, mis la désunion dans les ménages, procuré des morts secrètes, que j’aurais été coupable, si je n’avais pas dévoilé leurs criminelles entreprises. J’ai donc mis en ordre toutes mes notes, et j’en ai fait un corps d’ouvrage que je dédie aujourd’hui à tous les empereurs, rois, princes, souverains, des quatre parties du monde.

C’est dans l’intérêt du genre humain que j’agis, je veux que tous les farfadets soient mis à la raison, et mon but sera rempli.

La terre ne sera plus peuplée de ces vampires abominables, tous les ménages seront heureux, les filles ne seront plus exposées aux criminelles visites de ces monstres ; le cours des saisons sera rétabli, tous les hommes et toutes les femmes deviendront vertueux, parce qu’ils n’auront plus auprès d’eux ces instigateurs qui nous entraînent dans la route du vice ; c’est alors qu’on verra que la domination des farfadets n’a été si longue que parce que personne, avant moi, n’avait eu le courage de les attaquer avec la persévérance qui me caractérise. Mes lecteurs sauront encore de quelle manière je les traite depuis près de vingt-trois ans ; combien j’ai été de fois en butte à leurs tentations, et comment j’ai su leur résister. C’est à mon Dieu créateur que j’en suis redevable ; je ne tomberai jamais dans les pièges qui m’ont été tendus. Lorsque je donnerai à Dieu cette âme qui lui appartient, elle paraîtra devant lui pure, comme elle le fut le lendemain de mon baptême.

J’ai cru, dans l’intérêt de ma cause, devoir désigner nominativement les plus cruels de mes ennemis. Les Pinel, les Moreau, les Prieur, les Chaix, les Vandeval, et tous ceux qui m’ont fait endurer les plus cruelles souffrances, sont les premiers farfadets du royaume. Lorsqu’ils seront connus de tous les souverains, ils ne sauront plus où reposer leurs têtes criminelles. Les cruels ! ils m’ont bien persécuté ! et c’est toujours sous le prétexte de n’agir que pour mon bien qu’ils m’ont agité. Quand ils se présentaient devant moi sous leur formes humaines, on les aurait pris pour les meilleures gens du monde ; mais c’est lorsqu’ils se sont introduits invisiblement chez moi pour me faire souffrir, qu’ils ont été les dignes agents de l’infâme Belzébuth, dont ils forment le corps secret et d’élite. Ils tremblent maintenant qu’ils sont certains de ma résolution ! Ils ont voulu, par tous les moyens possibles, m’empêcher de faire imprimer mon ouvrage. Ils m’ont fait menacer, par l’infâme Chaix, de me traduire devant le Tribunal de Police Correctionnelle, comme calomniateur ; mais la preuve des faits que je cite contre eux sera pour moi bien facile à faire, ils viendront eux-mêmes l’administrer. Pendant le jugement ils s’introduiront dans les narines, dans les oreilles de mes juges ; ils leur piqueront les jambes, ils se cacheront dans les manches de leurs robes, ils se glisseront dessous leurs bonnets carrés. La connaissance que j’ai de leurs projets les détournera de la voie juridique. D’ailleurs, lorsque j’injurie mes ennemis, et que je leur donne les épithètes d’infâmes, de coquins, etc., etc., je ne prétends pas attaquer leurs qualités personnelles, comme individus, mais bien leur méchanceté comme farfadets métamorphosés. Je ne les signale pas à la justice des hommes, mais à celle de Dieu.

Ils veulent, m’a-t-on assuré, me faire passer pour fou ; ils diront à ceux qui liront mes Mémoires : Vous lisez-là les Mémoires d’un fou. Je serais fou, si je n’avais pas eu la force que j’ai eue de résister à toutes vos attaques ! Mais si j’étais fou, vous ne seriez pas tourmentés, comme vous l’êtes tous les jours, par mes lardoires, mes épingles, mon soufre, mon sel, mon tabac, mon vinaigre et mes coeurs de boeuf ; je ne serais pas un exemple de religion pour les personnes qui me connaissent ; je n’aurais pas fait les Mémoires que vous allez lire, et dans lesquels j’intervertirai souvent l’ordre des dates, pour que vos noms soient consignés depuis le commencement jusqu’à la fin de l’ouvrage ; ce qui lui donnera plus de variété. Si j’étais fou, je n’aurais pas ramassé tous les traits et anecdotes que j’ai cités dans mes écrits pour vous confondre, j’aurais fait du mal à quelqu’un, et personne ne se plaint de moi, on ne parle que de ma bonté et de ma patience.

Non, je ne suis point fou, les souverains de la terre vous l’apprendront bientôt ; ils vous puniront, et moi, je vais vous confondre. Je vous le répète, je n’intervertis l’ordre des événements qui me sont arrivés, que pour éviter la monotonie. Lisez-moi, et s’il en est temps encore corrigez-vous, n’attendez pas la punition qui vous menace, et qui vous sera infligée par les justices humaine et divine. Mes Mémoires vont retracer vos forfaits ; mon style ne sera pas toujours digne de mes lecteurs, je serai simple dans mes récits, sublime lorsque je parlerai de mon Créateur, terrible dans mes imprécations, bon et suppliant dans mes prières.

J’ai ajouté à mon nom de Berbiguier, celui de Terre-Neuve du Thym, parce que je ne veux pas qu’on me confonde avec les autres Berbiguier qui ont plaidé contre mon oncle. Je sais que je ne puis pas prendre cette qualité dans les actes publics ; j’obéirai à la loi, mais je vais me pourvoir auprès de Monseigneur le Garde des Sceaux pour pouvoir, en toute circonstance, ajouter à mon nom celui de Terre-Neuve du Thym. J’achèterai pour cela une petite terre où je cultiverai toujours cette plante aromatique.

J’ai cru nécessaire, pour rendre mon style digne de mon sujet, de décliner, conjuguer et tourner de toutes les manières le mot farfadet. Qu’on ne me fasse donc pas un reproche d’avoir dit farfadérisme, farfadériser, farfadéen, etc. J’ai voulu justifier mon titre par toutes sortes de locutions.

L’OUVRAGE A ÉTÉ RÉÉDITÉ CHEZ JÉRÔME MILLON