Archives de catégorie : ÉDITEURS

FINITUDE

Parce que la semaine est terminée, c’est le moment de découvrir une maison d’édition délicate…

Depuis 2002, Finitude publie, au rythme d’une dizaine de titres par an, de la littérature française ou étrangère, et construit peu à peu un catalogue dans lequel se mêlent des auteurs d’hier et d’aujourd’hui. On croise là des livres oubliés à redécouvrir, des inédits d’auteurs plus ou moins célèbres et des œuvres de jeunes écrivains

Incroyable ! Un livre de Finitude se retrouve dans la première sélection du Prix Décembre en compagnie de sept autres titres, et pas des moindres, des poids lourds de la rentrée littéraire (Besson, Liberati, Mauvigner, Toussaint, etc.). Qui est l’heureux élu ? 21 irréductibles de Raphaël Sorin. L’année prochaine, Fintitude tente le Goncourt.

Raphaël Sorin nous offre vingt et un entretiens avec des écrivains dont il a croisé le chemin, vingt et un « irréductibles » qui se nomment Marc Bernard, Henri Pollès, Henri Thomas, André Fraigneau, Louis Calaferte, Marcel Mariën, Béatrice Appia (sur Eugène Dabit), Edmond Jabès, Georges Schehadé, Georges Simenon, Michel Ohl, Julien Green, Gérard Macé, Roland Dumas (sur Roger Gilbert-Lecomte), Ghérasim Luca, Jean Hugo, Christian Guillet, Bernard Frank, André Pieyre de Mandiargues, Yves Martin et Elias Canetti.

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LETTRES OUVERTES

Les divagations de Raphaël Sorin

LE DESSOUS DES LIVRES

Ce qu’on ne dit jamais sur l’édition

C’est un petit livre dérangeant dont on parlera peu. Car il perturbe le bel ordonnancement de la rentrée romanesque. Il a le mauvais goût de se pencher sur les chiffres au lieu de s’intéresser aux lettres. Il détruit la légende qui s’attache encore au métier d’éditeur, dont les plus naïfs veulent croire que, depuis le XIXe siècle, il n’a pas changé, de même que survivent, loin du monde en marche, les facteurs d’orgues et, à Bar-le-Duc, les épépineuses de groseilles (1).

Cette idée reçue d’un artisanat familial, humaniste, seulement dévolu, sous le clocher de Saint-Germain-des-Prés, à la protection des écrivains et à la publication de leurs chefs-d’oeuvre, a la peau dure. Martine Prosper lui règle son compte dans Edition, l’envers du décor  (éditions Lignes, 14 euros). Editrice chez Flammarion et syndicaliste CFDT, elle connaît son sujet. Elle n’exagère rien. Même quand elle rappelle les 38 millions empochés par les dirigeants d’Editis lors de la vente à l’espagnol Planeta, elle ne s’énerve pas. Elle dit, sur un ton calme, ce qu’on ne dit jamais.

Quoi donc ? Que les vrais décideurs ne sont plus les directeurs littéraires mais les contrôleurs de gestion et les financiers. Que si l’édition, dont le chiffre d’affaires a augmenté de 32,7% en quinze ans, est un secteur d’activité bien portant et, pour certains groupes, florissant, le seul fait d’y travailler est encore assimilé à un privilège. Résultat : les salariés y sont mal payés et la masse des surdiplômés précaires, des prétendus stagiaires, ne cesse de croître. Que «la radinerie fait partie des gènes de la profession». Que la vie des ouvrages est de plus en plus brève, le taux de retours de plus en plus élevé, et «les livres à risque» de plus en plus rares. La littérature, qui a besoin de temps, est ainsi entrée dans l’ère du «court-termisme». Il serait bien de lire le salutaire essai de Martine Prosper avant qu’il ne soit renvoyé à son courageux éditeur.

© Jérôme Garcin pour Bibliobs

Book Cell, de Matej Kren

(1) Le gardien en profite pour vous inviter à découvrir la confiture « A la Lorraine » de groseilles épépinées – à la plume d’oie ! -  de Bar-le-Duc, le caviar de la confiture. Et puisque ous êtes à Bar-le-Duc, profitez-en aussi pour découvrir l’ecxtraordinaire sculpture en hommage aux des frères Michaux – inventeur de la pédale de bicyclette – , la maison de Georges Bernanos – où il écrivit Sous le soleil de satan -, et le Le Transi de René de Chalon, sculpture sublime du sculpteur Ligier Richier, représantant un écorché au pras tendu. un chef d’oeuvre de l’art français que l’on peut admirer dans l’église Saint-Etienne. C’est presque tout pour bar-le-duc. les gourmonts et les gourmets pourront faire provision de divins chocolats Au palais d’or (ne pas pas oublier la spécialité, les bâtons de maréchal), l’un des très grands chocolatiers français. cette fois, c’est tout pour Bar-le-duc.

A

PIERRE et ERNEST

MICHAUX

INVENTEURS

ER PROPAGATEURS DU

VÉLOCIPEDE A PEDALE

ET DU CYCLOMOTEUR

RUE DES PROMENADES

« Me promener, répondis-je, je le dois absolument, tant pour maintenir un lien avec la vie qu’avec le monde, sans quoi je ne pourrais écrire une demi-lettre de plus, ni produire un poème, qu’il soit en vers ou en prose. »

Robert Walser

Citation déniché, chez mes amis éditeur de RUE DES PROMENADES, une jeune et ambitieuse maison d’édtion à découvrir.

« Cependant la bicyclette, c’est un cheval », écrit Charles-Albert Cingria dans Tranche de route. Voilà qui rend intelligible, j’espère, l’information délivrée dans cette page : RUE DES PROMENADES est une maison d’édition. Qu’elle se joue ainsi des mots ne devrait pas surprendre. Ou bien, on s’y habituera.

RUE DES PROMENADES choisit les textes pour ce qu’ils nous disent, mais d’abord pour la façon dont ils le disent. Pour la force avec laquelle l’écriture fait surgir une réalité. Pour l’évidence de cette restitution. Pour l’angle singulier sous lequel elle montre une transformation qui s’opère. Pour l’éclat qu’elle donne aux pépites cachées dans nos crânes.

Et parce que le béton, tout costaud qu’il est, ne résiste pas à la traction, parce qu’on casse des briques, parce que le bois, c’est pour les flûtes, Rue des Promenades est faite d’un autre matériau. Quand il fut question de le nommer, cela aboutit à ce manifeste, qui était un commencement :

Une structure d’édition de grande ambition et de petite taille : petit budget, petits locaux, des oeuvres  illustrées proposées en version électronique, six nouveautés par an dont un livre imprimé la première année. Des livres pour traverser le temps, les deltas et les miroirs.

RUE DES PROMENADES choisit les textes pour ce qu’ils nous disent, mais d’abord pour la façon dont ils le disent. Pour la force avec laquelle l’écriture fait surgir une réalité. Pour l’évidence de cette restitution. Pour l’angle singulier sous lequel elle montre une transformation qui s’opère. Pour l’éclat qu’elle donne aux pépites cachées dans nos crânes. La jeune maison d’édition s’adosse à la revue électronique bimestrielle Papier peint, accessible sur le blog Tabacaria 19, lieu d’écritures émergentes qui privilégie les textes courts, les chroniques, la poésie. 
 

RUE DES PROMENADES, lieu de flânerie où se racontent des histoires, dans un langage qui fait exister des choses jusqu’alors ignorées, qui les rapproche et fait éclore du sens. Rue des
Promenades traque ces irruptions. Cherche l’unité dans la diversité et la diversité dans l’unité. Aime le paradoxe, sa mise en lumière, le jeu des ombres. Chérit l’élégance. Aspire à la rencontre. Désire l’étincelle.

Par Charlotte  Bayart-Noé

 

WILLIAM THÉRY, IMPRIMEUR & SINGULIER

J’ai rencontré l’éditeur rémois William Théry grâce à l’écrivain Paul Léautaud. Après avoir lu toute son oeuvre, ou presque, mon étude de l’acariâtre écrivain devait immanquablement me mener aux rayons des biographies. Un libraire zélé m’apprit que Léautaud qui avait si souvent étrillé ses contemporains, tous ces contemporains, faisait à son tour, dans une étude documentée et partiale, l’objet des pires cruautés. L’auteur, un dénommé Auriant avait bien connu le « petit commis » du Mercure de France et, dans son Paul Léautaud, une vipère lubrique, s’en donnait coeur joie. En découvrant le livre au allures de règlement de compte, j’appris que ce dernier avait été imprimé à Reims. Et c’est ainsi, pour la première fois, que j’entendis parler des éditions à l’écart. J’achetai le livre et me promis, lors de mon prochain séjour rémois, de rendre à visite à cet éditeur méconnu avec lequel je m’imaginais partager quelques passions. C’était en 89 – le billet de train encore glissé dans l’ouvrage en guise de marque-page faisant foi. 1989. La précision s’impose car, en cette presse fin de siècle, j’allais faire la connaissance d’un éditeur singulier animé par les agités « fin de siècle », ceux du XIXe cette fois.
William Théry était installé rue du Docteur Thomas, dans le quartier de mon enfance, non loin du dojo où j’avais pratiqué durant de longues années le karaté. L’éditeur avait « envahi » une ancienne boutique avec vitrine et grille d’usage pour y installer ses encombrantes machines, ses massicots, ses pots d’encres et ses tonnes de papiers qui, parfois même, jonchait le sol. William Théry était plus qu’un éditeur, il était aussi imprimeur, renouant ainsi avec une tradition historique. Il inventait, « composait », imprimait. Il faisait tout. Avec goût et ; avec soin. Nous devîmes très vite ami et, chaque fois que je revenais à Reims, je passais presque tout mon temps chez l’éditeur fantasque. Il fallait souvent lui donner un coup de main, et avec un ami, nous lui servions d’assistant. Quel honneur. L’éditeur, dans sa grande largesse nous récompensait en nous offrons ses œuvres à l’encre encore humide. Extrait d’Aphrodite de Pierres Louÿs, lettres de Huysmans ou de Léon Cladel, étude sur Gérard de Nerval – dont je demeure éperdument amoureux, photos licencieuses début de siècle. Un trésor. Alors que je vivais, et pour de vrai, la bohême à Paris, sous la protection invisible de Henri Murger, et appliquant à la lettres les règle du dilettantisme, les longs moments chez l’éditeur « excentrique » furent plus qu’en partie « mes éducations ». Théry était un farceur, un érudit léger, un «mécanicien de la littérature, un érotomane, un buveur élégant, un honnête homme et un personnage de roman. J’ai taché de ne jamais l’oublier et de prendre modèle.
Puis William Théry a déménagé. Je l’ai perdu de vue, mais j’ai continué à collectionner ses livres.
Longtemps après, je suis devenu éditeur. L’ami William y est sans doute pour quelque chose.
Je n’ai toujours rien contre le bon docteur Thomas mais je demande si il accepterait que l’on débaptise sa rue afin d’écrire à la place « Rue William Théry, éditeur Rémois, XXe siècle ».

Une rencontre avec William Théry aura lieu le samedi 27 juin à partir de 16 h à la bibliothèque Carnegie de Reims.

ÉDITIONS CYNTHIA 3000

Plus que quelques semaines avant de les retrouver à Saint Sulpice, au marché de la poésie… Poussant leur landau, tout rempli de poésie, comme le fit athur cravan – et sa marchande de quatre saisons – avant eux…

CYNTHIA 3000 : un nouveau pressing dans votre quartier ? l’événement du salon de l’auto ? la colocataire d’Ulla ? « 1 pseudo tro grave » ?

Cynthia 3000 est une maison d’édition fondée dans l’intention que nos productions littéraires, diffusées en partie par internet sur nos blogs, connaissent une existence matérielle (d’autant plus que certaines de ces séries furent conçues dans l’objectif du livre). Pour ce faire et dans le souci de conserver une grande indépendance, il nous a paru évident de créer notre propre structure — par conséquent de fabriquer, diffuser et mettre en vente nous-mêmes nos ouvrages.

Avec la première parution, Etant donnés , nous commençons donc par une auto-publication. Dans cette voie, cinq de nos textes sont déjà prévus pour l’année à venir : des écrits où l’intérêt pour la langue et l’expérimentation dominent, où le sens se trame plus qu’il ne s’énonce, préférant même se faire non-sens, une poésie jouant de l’instabilité, des bifurcations et dérapages…

Nous projetons également d’éditer d’autres auteurs contemporains, se situant hors des modes et des compromis, ne se préoccupant ni de se faire bien voir du gratin poétique ni de tortiller bigotement du cut-up.

Un autre volet des éditions Cynthia 3000 est consacré à la réédition d’œuvres insolites, méconnues et pour la plupart devenues introuvables, qui nous semblent mériter de rencontrer des lecteurs d’aujourd’hui.

Ce site, extension des éditions, présente nos parutions, les auteurs, toutes informations concernant nos activités, et permet la commande en ligne de nos livres. Il est accompagné d’un blog où il sera question de nos lectures, de nos centres d’intérêt littéraires et artistiques, et où l’on trouvera des extraits de textes en cours et tout le tralala.

Céline Brun-Picard & Grégory Haleux.

Hommage à Jarry

Cent ans jour pour jour après la mort d’Alfred Jarry, notre cinquième publication rend hommage à « celui qui revolver » : 16 petits livres par 16 auteurs commentant l’oeuvre géniale ou créant dans un amusement tout pataphysique.

OMAJAJARI

« Alfred Jarry aimait à rappeler qu’il était venu au monde le jour de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre 1873 ; il est mort le jour de la Toussaint, avec une grande précision, dirait-il lui-même. » (Alfred Vallette, Mercure de France, 16 novembre 1907). Plus précisément, Alfred Jarry est mort le 27 haha 35 E.P., il y a donc très exactement 100 ans.

Afin de lui rendre dignement, en ce jour des Saints/Morts vulg., l’hommage qui s’impose, 16 auteurs sont réunis pour 16 livres impairs aux couvertures illustrées par eux-mêmes : tandis que certains spéculent savamment autour de l’œuvre (Arrivé, Cornille, Jouet) ou de ses marges (Barbaut, Bordillon, Dussert, Quintane), d’autres mirlitonent ou carnavalisent (Prigent, Suel), détournent le théâtre d’Ubu (Dranty, Edwards, Foutre de Dieu, Maraud), ou bien naviguent sur les eaux pataphysiques de Faustroll (Christoffel, Lequette, ZiegelmeyeR).

Ainsi Omajajari reflète-t-il, cent ans après, la variété, la monstruosité et la drôlerie de l’oeuvre de Jarry.

Voici, par ordre strictement alphabétique de noms d’auteurs, la liste des livres constituant notre Omajajari :

Michel Arrivé, Il n’y a que la lettre qui soit littérature

Jacques Barbaut, des ch 1 ffres & des 1 ettres d’A.J. (1907-2007)

Henri Bordillon, Spéculation en forme de poire autour d’Ubu

David Christoffel, Faustroll à l’étouffé

Jean-Louis Cornille, Honte au génie (débuts et fins de Jarry)

Billy Dranty, Ubu bu – drame-vitesse en un acte vain dédié aux bons qu’à rien

Eric Dussert, Alfred et l’Omnibus

Paul Edwards, Projet de mise en scène d’Ubu Roi dans les rues de Paris

Foutre de Dieu, Rosalie superstar

Jacques Jouet , Jarry contre le théâtre (tout contre)

Samuel Lequette, Introduction à l’Herménoptique

Clément Maraud , Le Massacre du roy Venceslas – scénographie en dix tableaux

Christian Prigent, Criterium Jarry suivi de Bienvenue au Père Ubu

Nathalie Quintane, Finis ton potache ! – Jarry lecteur de Daudet

Lucien Suel, Déjà vu, déjà lu, déjà ri (hommaRge à Jarry)

Pierre Ziegelmeyer , Actes & Paroles de Sangulus Epiphène, renézidorien

HOMMAGE À JARRY, Collectif (Cynthia 3000)

DÉCOUVRIR LES ÉDITIONS CYNTHIA 3000

ET

LE BLOG COCASSE

Le personnel des éditions, au complet, lors d’une réunion informelle

LA MORT DE L’IMPRIMEUR

L’arbre est orphelin, son père, l’éditeur-typo, le paysan poète, Jean Le mauve est mort. C’était début juin, voilà quelques années avant la marché de la poésie Saint sulpicien, une cour de récréation aux allures de gagne pain. Le ciel Picard fait geule et perd un peu de sa couleur, Jean le Mauve le “fondu de plomb” a changé d’air…

Voilà quelques semaines, je l’avais vu à Fismes avec son épouse Christine.. Les casses étaient en place et les livres rares taquinaient le chaland. Les derniers “amateurs”, les amis de l’Arbre et peut-être fait une bonne pioche. J’ai dit un mot aimable à l’épouse, Christine Bisset, la typote. Je lui devais de l’argent… A cause des Coquilles de Léon-Paul Fargue et de Poème de Nezval – à ne pas confondre avec l’autre… J’ai salué Jean de loin… On avait le temps… C’est ce que je croyais. on croit trop, on croit mal. C’est con quand les gens s’en vont et qu’on ne peut plus parler de poésie… Il reste l’Arbre, les livres… Des pépites… Quleques éclats : “Du gribouri ou de l’écrivain”, un peu de poète roumain, juste ce qu’il faut de Pierre Autun Grenier… Des livres comme des chuchotements… C’est Jean le Mauve qui m’avait raconté ce bon mot qui court dans les imprimeries… Le plomb filait le saturnisme au typo et les gars de répondre “c’est pas le plomb qui tue le typo, c’est le zinc… “ Et puis Jean arrivait de bonne heure dans les salons, Il sortait le maétériel, faisait monter des lignes aux gamins et aux moins gamins… Exercice de patience et de passion… Je me souviens avoir essayé. Il m’a fait écrire le mot de Diogène : “je m’efforce de faire le contraire de ce que vous faîtes dans l’existence”. C’est qu’il faisait. A l’écart, sous un arbre, pas à MOTS et mot à pas, il éditait… Il manquera quelqu’un à Saint-Sulpice… Il nous reste les livres. Et puis il y a Christine, la typote et la compagne… et sa belle maison “l’Impatiente”… J’espère lui devoir encore souvent de l’argent…