Archives de catégorie : ÉCRIVAINS

BORGES EN APPARENCE












(…) ils’était déjà entraîné à simuler qu’il était quelqu’un, afin qu’on ne découvrît pas sa condition d’être personne.

Jorge Luis Borges

 

Jorge Luis Borges – qui n’est pas l’auteur de Mon double par moi-même mais de L’Autre, le Même - est peut-être un incertain personnage aveugle créé par un certain Jorge Luis Borges, écrivain farceur et clairvoyant à la vue perçante. Jorge Luis Borges – lequel des deux ? – fut aussi, en apparence, un bibliothécaire érudit et raffiné, collectionneur de gigognes et de double foyer. Quand Jorge Luis Borges – celui-là – en avait assez de jouer à cache-cache avec sa double identité, il prenait la place de l’autre afin de mieux se tromper – son monde.

Attention, un personnage qui n’existe pas peut quand même cacher une existence inventée.

Avec l’âge, j’ai appris à me résigner à être Borges

PROPOSE DE CLAUDE SEIGNOLLE

Ce petit mot, comme ça, en passant de l’ami Claude Seignolle qui vaut aphorismes…

Cher Vieux Fou,

Après avoir béatement subi le charme évanescent de ton texte internautique voici, en toute innocence, quelques lignes terre à terre de mes pensées, hélas bien plates.
Mais fais avec, je ne vais pas fouiller tout mon magasin pour te dénicher l’article génial que tu prêtes à mon esprit jouant « relâche ». je retourne aux champs paisibles à
l’ombre de mes blés sereins.

- Avec l’âge l’esprit ponds sans cesse des oeufs de soucis que l’on couve malgré soi.
- Chaque matin on nait du ventre de son lit.
- Si on ne fait rien dans sa vieillesse, je me demande quand on fera quelque chose ?
- La critique voit trop souvent où il n’y rien à voir
- Il faut vivre coûte que coûte afin de ne pas faire de peine à ceux qui vous aime.
- Lorsque je lis une glose universitaire ardue c’est comme si je baisais une belle fille sans parvenir à jouir.
- Faire de « tout un peu » donne de « rien beaucoup ».
- Sa méchanceté le faisait se mordre lui-même.
- Un livre de moi dans la bibliothèque des autres c’est comme mon regard chez eux.

La dessus, lèche-toi la plante des pieds et passe une bonne nuit.

Claude

Le meneur de Loups

LE CONNÉTABLE ENSORCELÉ







Quel délicieux livre à écrire, les bêtises des plus grands esprits !




Barbey d’Aurevilly

Barbey d’Aurevilly (1808-1889), qu’hélas on ne lit plus guère, en dehors  de Les Diaboliques - et peut-être – du Chevalier Destousches et de Une vieille maîtresse -  est pourtant  un écrivain remarquable et un compagnon de premier ordre pour qui possède une âme mousquetaire. Romancier, polémiste, critique, provocateur, homme de théâtre, dandy avant baudelaire, ou mémorialiste, l’écrivain s’est illustré dans tous les genres et avec excès. Barbey l’endiablé, voilà qui aurait pu faire un élégant sobriquet. Dans Barbey d’Aurevilly l’ensorcelé du Cotentin, les auteurs nous rappellent que l’homme, avant d’être un très grand écrivain français, est d’abord un écrivain normand et fier  de l’être : «Nous devons toujours être Normand , fils de Rollon, dans nos œuvres. Quand ils disent que les nationalités décampent, plantons-nous sur la porte  du pays dont nous sommes et n’en bougeons pas. Soyons Normands comme Scott et Burns furent Écossais.» Il y a plus mauvaise comparaison! Prenant l’auteur à la lettre, Christine et Michel Lécureur, biographes et passionnés, mettent leurs pas dans ceux du géant créateur : Saint-Sauveur-le-Vicomte – le lieu de naissance –, Valognes, Granville, Avranches, Saint-Lô ou Mortain. Les textes rassemblés donnent  à l’ensemble de l’ouvrage l’allure d’une astucieuse biographie géographique  où les lieux remplaceraient les dates.  Ainsi, on se promène sur la lande,  on rencontre les Anglais au mont Saint-Michel, on croise les populations  bourgeoises et paysannes et l’on devine les adaptations romanesques qu’en fit Barbey. C’est un véritable voyage organisé à la rencontre des coutumes et des croyances de l’ancienne France. La littérature et l’ethnographie  se mélangent et donnent à l’ensemble  des récits – pages éparses, notes, correspondances – l’allure d’un voyage  dans la province du XIXe siècle. L’illustration,  de toute première qualité, permet  de découvrir les lieux hantés par l’écrivain et par les nombreux personnages qu’il mit en scène à sa suite. Ainsi, ce Barbey ensorcelé pourra se lire, au choix, comme une invitation littéraire ou comme un précieux guide de voyage et ce,  en compagnie d’un guide qui l’est  tout autant.

Barbey d’Aurevilly ensorcelé du Cotentin, de Christine et Michel Lécureur (Magellan & Cie, Collection « Traces et Fragments »)

Le gardien vous recommande aussi la lecture de :

Du Dandysme et de Georges Brummel, de Jules Barbey d’Aurevilly












Romancier flamboyant des passions et des ombres, critique féroce et polémiste hors pair, Jules Barbey d’Aurevilly, surnommé « Connétable des Lettres », fut aussi un dandy singulier qui cultiva une mise exemplaire et cet « art aristocratique de déplaire » cher à Baudelaire. Dans son essai historique et humain sur la vie et « l’oeuvre » de George Bryan Brummell (1778-1840), il trace le portrait du « Beau » anglais qui éleva la toilette au stade suprême, et fut l’insolent souverain des élégances de son temps, avant d’être déchu de la faveur du prince de Galles, et de finir sa vie en France dans la misère et la folie. À travers ce destin, et cette figure qui apparaît comme le Dandysme incarné, Barbey d’Aurevilly défend au-delà l’éclat de la grâce et d’une certaine philosophie de l’être et du style où l’on trouve beaucoup de lui-même. Essai historique et humain sur la vie de G. Brummell. Barbey d’Aurevilly dresse le portrait de cet Anglais qui éleva la toilette au rang des beaux-arts et fut le souverain de l’élégance avant d’être déchu par le roi d’Angleterre. L’écrivain défend ainsi l’éclat de la grâce et d’une philosophie de l’être et du style.

Habillé tantôt … allé chez A… qui m’a trouvé adorablement mis,

ce qui me fait presque autant de plaisir que de me trouver spirituel.

HOMMAGE À PIERRE SYLVAIN

Les éditions Verdier font part du décès de Pierre Silvain, le 30 octobre 2009 à Paris, auteur de Julien Letrouvé, colporteur. Son roman Les Couleurs de l’hiver sera publié au mois de mars 2010. Assise devant la mer est paru en septembre 2009.

Né au Maroc, de parents d’origine limousine. Enfance passée dans le bled, études secondaires à Casablanca, école des Beaux-Arts, puis études de droit à Rabat, à l’issue desquelles il entre dans l’administration des Finances où il fait carrière, parallèlement à ses activités littéraires. Quitte le Maroc après l’indépendance de ce pays, en poste à Sarrebruck, avant son affectation à Paris. Collaboration à la revue Réalités secrètes, dirigée par René Rougerie et Marcel Béalu. Voyage en Chine, l’année précédant la Révolution Culturelle. Aux États-Unis, rencontre Carson McCullers, à laquelle il dédie un de ses livres, La Fenêtre. Nombreux autres voyages, notamment au Japon, en URSS, au Proche-Orient, en Ouzbékistan, en Europe Centrale. A été membre du PEN-Club. Membre fondateur de l’Association Noésis, pour le développement des cultures francophones et hispanophones.

Julien Letrouvé, colporteur…

Nul ne sait d’où vient cet homme qui marche – Julien Letrouvé, colporteur, fut un enfant abandonné – nul ne sait non plus où il va, sinon, peut-être, rejoindre, au bout de son errance, une femme qui l’attend dans son imagination égarée : celle qui lit les livres.
   Car la première des deux rencontres éblouissantes et décisives qui nous sont contées dans le récit, est celle d’une paysanne dont la voix et la présence, dans la chaleur souterraine de l’écreigne, enchanta les veillées de son enfance tandis qu’elle faisait la lecture, à une petite assemblée de femmes occupées à filer, des petits livres de colportage de la Bibliothèque bleue.
   La seconde aura lieu près du champ de bataille de Valmy – dans les premières années de la République, menacée sur ses frontières, et déjà saisie par le sombre pressentiment de la Terreur –, cette fois avec un jeune homme, déserteur de l’armée prussienne. Elle fera basculer son destin.

Quelques lignes de Julien Letrouvé, colporteur.

 La marchandise, comme disait M. Garnier sans mettre dans ce mot rien d’irrespectueux à l’égard des ouvrages de l’esprit desquels il tirait ses revenus, consistait en livres, livrets, fascicules brochés, calendriers, almanachs et composts, quelques images de piété gravées en couleur, d’autres, peut-être, que leurs sujets par trop licencieux empêchaient qu’elles fussent exposées. M. Garnier laissa courir un regard amoureux, comblé, sur les exemplaires les plus demandés de sa Bibliothèque bleue. Il n’était pas sûr que Julien Letrouvé se fît, ainsi que lui, une idée assez haute de son métier, de la marchandise particulière qu’il colportait et par là de l’espèce de mission qui lui était tacitement dévolue. Mais pouvait-on savoir, Julien Letrouvé se livrait avec tant de retenue, et s’il avait eu un mot à dire pour dissiper les incertitudes que ses silences entretenaient, aurait-il su trouver celui qu’il fallait ? Aussi, quand il déclara avec assurance que cette fois il ne prendrait que les contes, les légendes et les romans, à l’exclusion de tout ce qui était calendriers, prédictions, vie des saints et des rois, recettes et médecines, chansons, féeries et diableries, cantiques, manuels de bonne préparation à la mort, jardins de l’honnête amour et tant d’autres qu’il laissait à ses confrères les mercerots qui ne faisaient pas tant de manières pour se charger du tout-venant, M. Garnier eut-il le sentiment de voir surgir des ténèbres d’incompréhension qui la lui avaient cachée la face insoupçonnée d’un jeune homme à la volonté duquel il se prit, sidéré, à répondre d’un secouement de tête, en signe d’approbation. C’était, à n’en point douter, l’époque qui lui fournissait de tels motifs de perplexité qu’il se proposait d’approfondir plus tard.
   Julien Letrouvé avait approché sa boîte, il en retira le couvercle doublé d’un drap fin couleur de sable, comme celui qui en tapissait le fond. Il dit résolument à M. Garnier que ceux des livres qu’il tenait à emporter étaient, sans qu’il y eût d’ordre de préférence dans son énumération, L’Histoire de Fortunatus, Mélusine, La Patience de Grisélidis, Gracieuse et Tersinet, La Complainte du Juif errant ainsi que Till l’Espiègle et La Princesse de Clérac, par Monseigneur de Dalbour. Il prendrait aussi La Farce de Maître Pathelin, La Jalousie du Barbouillé et la petite brochure où il y avait l’éloge funèbre du bedeau picard Michel Morin qui fut si grand carillonneur en son temps. Après une hésitation, il ajouta très vite qu’il avait choisi, enfin, La Forêt des merveilles.

GILLES LAPOUGE EN LITTÉRATURE

A l’occasion du millième numéro de La Quinzaine, Gilles Nadeau a interviewé les membres du comité de rédaction. Voici les extraits vidéo de l’interview de Gilles Lapouge, journaliste, écrivain, critique et collaborateur de La Quinzaine depuis 1968.

photo de Gael Le Ny

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LE DANDY DADA

Ce 6 novembre 2009 …

Sera l’anniversaire des 80 ans de la mort de Jacques Rigaut,
Une pensée pour lui,

Ceux qui seront à Paris pourront toujours aller déposer unerose sur sa tombe au cimetière Montmartre.

« Je serai un grand mort »

Jean-Luc Bitton

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JACQUES RIGAUT

« work in progress », souvent méconnu, du biographe à l’oeuvre…

AU TRAVAIL… ?

Inspiration…

Respiration…

Saurez-vous deviner de qui il s’agit…

N.B. Degré de difficulté : pas si simple.

SARANE ALEXANDRIAN

SARANE ALEXANDRIAN

1927 – 2009

Surréaliste, écrivain, témoin.

Créateur, entre autres de la somptueuse revue Supérieur Inconnu et auteur du magnifique Soixante sujets de romans au goût du jour et de la nuit (Fayard, 2000)

« L’esprit littéraire de la fin du XXe siècle et du début du XXIe est devenu si réactionnaire, conventionnel, mercantile, décadent, que tout livre qui s’en moquera indirectement, d’une façon ou d’une autre, sera un écrit libérateur. »
C’est à partir de ce constat que Sarane Alexandrian a relevé cette gageure : réunir et développer en un seul volume soixante sujets de fictions, si différents entre eux qu’on y trouvera, comme en se jouant, un large aperçu des secrets de la création romanesque. Du roman naturaliste, expressionniste, futuriste, surréaliste, uchronique, romantique, unanimiste, existentialiste, au roman policier, historique, fantastique, érotique, burlesque, politique ou délirant, voici autant de sujets originaux, prétextes à virtuosité, mais aussi petites leçons de choses littéraires destinées à contrer l’asthénie imaginative des uns aussi bien qu’à provoquer l’esprit de sérieux ou la myopie critique des autres.
 

GILLES LAPOUGE, LA CARTE, CONTE FEERIQUE

Un nouvel entretien avec Gilles Lapouge autour de La légende de la géographie.

De Ptolémée et d’Hérodote à Vidal de la Blache et à Google Earth qui survole le toit de nos maisons, Gilles Lapouge raconte la prodigieuse aventure de la géographie, au gré des millénaires et des civilisations. La géographie, une passion qui sous-tend une grande partie de son oeuvre.

Lui-même vagabond endurci et écolier buissonnier amoureux de cartes et d’estampes, il s’est très tôt passionné pour ces savants, voyageurs navigateurs et autres traceurs de frontières parce que justement, ils ne savaient ce qu’ils cherchaient, ni où ils allaient, mélangeant routes et vents, et se perdant dans leurs songes.
Un essai éblouissant d’intelligence, de culture et surtout de non-conformisme dans la pensée et la manière de l’exprimer.

Mon ami Gilles Lapouge est au micro de mon ami David Collin à l’occasion de la parution de La légende de la géographie (Albin Michel).

« Ma géographie n’a jamais passé l’âge de raison. Elle stagne dans celui des merveilles. C’est la géographie d’un flâneur, d’un flâneur des deux rives, mais principalement de l’autre rive, une géographie d’image d’Epinal et de Vase de Soissons, une géographie de dessin d’enfant, d’odeur de craie et de tableau noir, de sources, avec de gros soleils jaunes pleins de rayons, des nuages crémeux et des prairies des quatre saisons. Elle emprunte les chemins vicinaux. Elle voit des îles dans le ciel. Elle croit que les vents sont un pays. Je voudrais faire la géographie des ombres de l’automne. Une géographie pour oiseaux et pour marmottes. Elle avance sur des routes qui n’existent plus et sont enfouies sous deux siècles, trois siècles, d’humus, d’histoire et de mort. Elle considère que les cimetières sont un ingrédient de la géographie, au même titre que les marées, les montagnes ou les brises de mer, et comme aussi le gel, les bouvreuils, les gulf stream, les bois flottés de la Patagonie qui ont découvert l’Europe bien avant que Christophe Colomb ne rencontre l’Amérique. » Gilles Lapouge

pour écouter l’entretien, CLIQUEZ ICI

Je pense que c’est une préoccupation, une volonté permanente des civilisations que de mettre de l’ordre partout. Que l’homme est une créature qui, à la fois, a besoin de désordre bien entendu et qui est terrorisé par le désordre. Gilles Lapouge

GILLES LAPOUGE ECRIVAIN

Le style, c’est l’homme !

Aussi délicieux, imprévu, charmeur à écouter qu’à lire

Il y a, parmi les cyclistes, les boxeurs et les footballeurs, des stylistes. Chez les écrivains aussi, dit-on. Le fait est plus rare, certes. Lapouge est de ces happy few..

Un écrivain, c’est d’abord une musique, un ton qu’on reconnaisse. Or, de même qu’il y a un grand charme à écouter parler Gilles Lapouge (sa voix ductile, onduleuse, voilée d’un sourire), il y a un bonheur particulier à retrouver ses adjectifs (de l’imprévu au saugrenu), son rythme (invisiblement chaloupé, genre boléro), ses modulations (il a le changement de ton impalpable).

À part ça, l’imagination imprévisible et les curiosités sans limites. S’il était rugbyman, il ne cesserait de botter en touche, c’est l’évidence. D’où ses essais sur les pirates, ou les utopies. Son goût des ailleurs. À ce propos, on admirera qu’il soit depuis soixante ans (!) le correspondant en France du journal brésilien O Estado do Sao Paulo.

D’aucuns le classent naïvement parmi les écrivains-voyageurs. C’est une plaisanterie. Il est sans doute allé ici ou là (l’Islande, dit-il, et d’autres endroits de ce genre), mais en somme le lac d’Enghien lui aurait largement suffi, ou Vichy. Il y aurait vu maint détail curieux, qu’il vous aurait raconté, comme Malraux Trébizonde (mais avec davantage de bémols).

D’ailleurs si tous les écrivains-voyageurs étaient des écrivains, ça se saurait. Lapouge est donc un écrivain. On jubile en le lisant (si on aime ce genre).

Ses chroniques sont inimitables. Ses romans aussi. Plus personne ne sait faire ça. En tout cas, pas grand monde.

On peut écouter Gilles Lapouge en CLIQUANT ICI

Un livre, c’est la plus petite usine du monde. c’est la plus puissante. Et la moins destructible.

© la photo de Gilles Lapouge est de Pierre Verdy

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