Archives de catégorie : ÉCHECS

BLITZ

Une petite partie de blitz pour bien commencer la journée. Les blancs disposent de 5 minutes et les noirs de 1 minute. Devinez qui va gagner…

LA BIBLIOTHEQUE DE BOBBY FISHER

Toute la bibliothèque personnelle de Bobby Fischer, le génie américain des échecs qui remporta le titre mondial en pleine guerre froide, en 1972, à Reijkiavik, contre Boris Spassky, a été adjugée vendue pour 61 000 $ le 11 juin dernier. Seulement, diraont certain, à commencer par els disciples de l’américain génial. Elle comportait quelque 320 livres d’échecs, 400 magazines d’échecs, mais aussi des notes manuscrites sur Taïmanov, Petrossian et Spassky – les grands maîtres soviétiques qu’il pourfendit – et sur son livre best-seller Mes 60 meilleures parties. La somme peut paraître modique, mais au moins ces reliques échiquéennes sont-elles tombées entre de bonnes mains. Celles d’un couple mécène des échecs, Rex et Jeanne Sinquefields, qui ont ouvert voici deux ans un centre d’échecs, the Chess Club and Scholastic Center à Saint-Louis (Missouri), devenu depuis l’un des principaux clubs d’échecs des USA et organisateur du dernier championnat national remporté par le prodige – et candidat au titre de champion du monde -  Ikaru Nakamura.

Le gardien du cabinet vous recommande la lecture de :

FISCHER : LE ROI MAUDIT, de Fernando Arrabal (Éditions du Rocher)

L’écrivain et trublion espagnol, échecophile et raconteur d’histoire n’a jamais caché sa passion pour le Fisher, le plus grand joueur d’échecs de tous les temps, selon lui.

« Si le désir cupide (et stupide) de gagner est une inépuisable source de souffrance, une combinaison brillante sur l’échiquier est une découverte : le coquelicot qui s’épanouit lorsque apparaît la Voie Lactée. » Arrabal.

« Quand j’arrive, je lui dis bonjour ; quand je pars, je lui dis échec et mat. » Fisher, à  journaliste qui lui demandait de quoi il parlait avec Spassky, lors du match mythique à Reijkiavik.

© d’après le blog échecs de Libération

ECHIQUIER

Ce matin, lundi – soleil – café – non chicorée – plus de café – un petit problème d’échecs – comme à l’accoutumée – les blancs – ou les noirs – qu’importe – la fenêtre ouverte – dehors le chant des oiseaux – les pièces glissent – sans hâte – sans – mat – seulement un exercice – comme l’élongation – la respiration – seulement un exercice – à observer l’échiquier – sans s’impatienter – tous les jours -  doubler – clouer – échanger  – progresser – mater – avant de prendre le stylo – me coller devant l’échiquier – puis recommencer – devant l’échiquier –   comme  Le Joueur d’echecs – de Stefan Zweig :

« Ainsi, mon temps était rempli, au lieu de se traîner avec l’inconsistance de la gélatine, et j’étais occupé sans excès, car le jeu d’échecs possède cette remarquable propriété de ne pas fatiguer l’esprit et d’augmenter bien plutôt sa souplesse et sa vivacité. Cela vient de ce qu’en y jouant, on concentre toutes ses énergies intellectuelles sur un champ trés étroit , même quand les problèmes sont ardus. J’avais d’abord suivi mécaniquement les indications du livre en reproduisant les parties célèbres, mais peu à peu cela devint pour moi un jeu de l’intelligence auquel je me plaisais beaucoup. J’appris les finesses, les ruses subtiles de l’attaque et de la défense, je saisis la technique de l’anticipation, de la combinaison et de la riposte. Bientôt, je fus capable de reconnaître la manière caractéristique de chacun des joueurs célèbres, aussi sûrement qu’on reconnaît un poète à quelques vers d’une de ses oeuvres. Ce qui n’avait été d’abord qu’une manière de tuer le temps devint un véritable amusement, et les figures des grands joueurs d’échecs (..) vinrent, tels de chers camarades, peupler ma solitude. »


Le gardien du cabinet vous recommande la lecture de :

Mat, de Ronan Bennett (éditions Sonatine)

A Saint-Pétersbourg, en 1914, alors que va s’ouvrir le grand tournoi d’échecs international dont toute la ville parle, la révolution couve dans les rues. Dans ce climat troublé où fleurissent les haines et les secrets, le docteur Otto Spethmann, brillant psychanalyste, essaie de se tenir éloigné de l’agitation politique pour se consacrer à sa fille, qu’il élève seul depuis la mort de sa femme, et à ses patients. Parmi eux, Rozental, grand maître d’échecs et génie à l’esprit perturbé, au bord de la dépression nerveuse. L’existence du Dr Spethmann bascule le jour où un membre de la police secrète fait irruption dans son cabinet pour l’interroger sur le meurtre d’un jeune poète. Alors que les cadavres s’accumulent autour de lui, Spethmann ne tarde pas à se rendre compte que les apparences sont trompeuses et que tout le monde a quelque chose à cacher dans cette ville au bord de la folie. Débute alors une véritable partie d’échecs aux multiples rebondissements et à l’issue incertaine. Pièce d’un jeu dont il ignore tout, Spethmann va devoir utiliser tous ses talents d’analyse pour identifier les autres joueurs et leur stratégie, afin de remporter la victoire sur cet échiquier à la fois amoureux, politique, meurtrier et psychanalytique.

Si la littérature a souvent emprunté aux échecs ses formidables intrigues, le livre récent de Ronan Benett est assurément à classer parrmi les meilleurs. Roman pour les amateurs ou non, Mat est un livre enivrant et inclassable mêlant thriller historique et jeu d’esprit. Les lecteurs devineront sans peine que les échecs ressemblent aux sciences humaines et que les sciences humaines n’ont rien à envier aux échecs. La structure narrative complexe est le style « forcené » de l’auteur font de ce roman dense et aux allures de faux-semblants, un futur classique de la littérature du genre.

Jeu d’échecs en trois dimensions imaginé par Jin Li

© les casse-têtes de Eric Poindron

MAT PAT OU KO ?

Le 10 février 1996, l’impossible devient réalité. Deep Blue, le super ordinateur conçu par IBM bat aux échecs, le champion – et plus grand joueur de tous les temps (plus de 2800 Elo !) – Garry Kasparov. presque un KO pour l’intelligence humaine. Le génie et la créativité de l’Ogre de Bakou n’auront pas suffi à contrer les calculs froids et vertigineux de la machine. Artice C Clarke avait peut-être raison…

Toutefois, Garry Kasparov n’obtient jamais la revanche – méritée – qu’il avait souhaitée. Deep Blue fut démantelé sans que ses concepteurs ne s’en expliquent.

Le gardien vous conseille de lire :

Et le fou devint roi, de Garry Kasparov (Albin Michel)

« Là où Karpov a un jeu brillant, précis mais statique, … Kasparov oppose une recherche créative et l’exploration  des possibilités illimitées de ce jeu… Au-delà, il incarne cette nouvelle génération soviétique dont il se veut le porte-parole… »

La vie est une partie d’échecs, de Garry Kasparov (JC Lattès)

La vie et le jeu d’échecs ont-ils des points communs ? Pour Kasparov, c’est une évidence. Sur les 64 cases du célèbre jeu se jouent, en concentré, beaucoup de défis, de combats que nous affrontons aussi dans la vraie vie. Comment prenons-nous une décision aux échecs et dans la vie quotidienne ? Sait-on vraiment et précisément mesurer les dangers ? Comment peut-on bien évaluer et analyser la situation, son adversaire, son rival, sans le sous-estimer ni le surestimer ? Quelles sont les techniques pour rattraper une position qui dérape ? Comment lutter contre ses faiblesses et accentuer ses forces ? C’est en prenant conscience de ces questions et en travaillant régulièrement sur les fragilités de notre action que l’on peut très sensiblement améliorer son jeu… comme l’on peut considérablement améliorer son attitude dans la vie. Kasparov illustre sa conviction d’une multitude d’exemples issus de l’histoire des échecs. Et de son engagement politique en Russie qu’il développe aussi dans ce livre, il tire des leçons pour bâtir la stratégie la plus efficace dans la partie serrée et violente qu’il joue contre le régime de Vladimir Poutine.

LE MAÎTRE TOUT COURT

EXTRAIT…

(…) Il y avait encore dans la chambre, assis sur un haut tabouret devant l’échiquier, un énorme chat noir qui tenait dans sa patte de devant un cavalier du jeu d’échecs. Hella se leva et s’inclina devant Marguerite. Le chat sauta à bas de son tabouret et en fit autant. Pendant qu’il ramenait derrière lui sa patte arrière droite pour achever sa révérence, il lâcha le cavalier qui roula sous le lit. Le chat alla l’y rechercher aussitôt.

Tout cela, Marguerite, à demi-morte de peur, ne le discernait qu’à grand-peine, dans les ombres perfides que jetaient les chandeliers. Son regard s’arrêta sur le lit, où était assis celui à qui, récemment encore, à l’étang du Patriarche, le pauvre Ivan avait affirmé que le diable n’existait pas. C’était lui, cet être inexistant, qui se trouvait sur le lit.

Le gardien vous recommande :

LE MAÎTRE ET MARGUERITE, de Mikhaïl Boulgakov (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade)

Le Maître et Marguerite est le dernier roman de Boulgakov (1891-1940), et son chef-d’œuvre. Écrit de 1928 à 1940, il ne vit le jour que plus d’un quart de siècle après la mort de son auteur. Sa parution en 1966-1967 dans la revue Moskva, à une époque où se trouvaient déçus les espoirs suscités par le dégel, constitua un événement. Ce roman fantastique tour à tour grave et cocasse, qui affirme le triomphe de l’art sur la tyrannie, est devenu en Russie un livre culte.Ecrit sous la terreur par un homme malade et désespéré,  Le Maître et Marguerite  a mis vingt-cinq ans pour s’imposer comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature russe et devenir un livre culte dont la construction diabolique n’a pas fini d’enchanter les lecteurs. Comment définir un mythe ? Les personnages de ce roman fantastique sont le diable, un écrivain suicidaire, un chat géant, Jésus et Ponce Pilate, la plus belle femme du monde… On y trouve des meurtres atroces et des crucifixions. C’est une satire acerbe, une comédie burlesque, une parodie politique, un poème philosophique dévastateur avec des fantômes et des transformations magiques. Mais cette fantasmagorie baroque, ce flivre noir, cette vision d’apocalypse est aussi l’une des plus belles histoires d’amour jamais écrites.

LES OEUFS FATIDIQUES & DIABLERIE, de Mikhaïl Boulgakov (L’âge d’homme) 

RÉCITS D’UN JEUNE MÉDECIN, de Mikhaïl Boulgakov (L’âge d’homme)
Après ses études de médecine, Boulgakov fut envoyé dans un village pour diriger un hôpital de campagne. Une occasion d’approcher un pays, une époque et un des meilleures écrivains russes dans son seul texte autobiographique. Une peinture pénétrante de la campagne russe.

LE ROMAN DE MONSIEUR BOULKAKOV, de Gemma Salem (Zulma)
« Nous étions pauvres. Quelle importance ? Nous avions l’essentiel : la passion de la vie. »

Cette profession de foi est emblématique de la vie tout entière de Mikhaïl Boulgakov , de ses débuts de jeune médecin jusqu’aux succès littéraires et aux années de censure. Sur fond d’une époque très troublée – qui voit l’installation de Staline au pouvoir – Gemma Salem nous entraîne dans la vie de l’auteur du Maître et Marguerite. Dans ses aspirations, ses désillusions, ses relations orageuses avec le grand metteur en scène Stanislavski ou le poète Maïakovski, ses amitiés et ses amours. Tout comme Boulgakov dans le Roman de Monsieur de Molière, Gemma Salem nous fait partager sa passion pour l’œuvre et le personnage du grand romancier et dramaturge russe.

Vous l’aurez compris, Boulgakov est très certainement l’écrivain majeur de la première partie du XXe siècle. Il ne doit échapper à personne !

Il faut reconnaître que, parmi les intellectuels, on rencontre parfois, à titre exceptionnel, des gens intelligents.

M.B. in Le Maître et marguerite

MORPHY LE FOU HUMANISTE

Paul Morphy est considéré comme le premier joueur d’échecs moderne. Quelques unes de ses parties peuvent avoir une apparence vieillotte, car il ne s’occupait guère des systèmes positionnels devenus en vogue, après les travaux de Staunton, Paulsen et Steinitz, et chez les grands-maîtres d’aujourd’hui. Il jouait les parties ouvertes de façon quasi-parfaite, ce qui lui permettait de battre rapidement ses adversaires. Il pouvait conduire d’autres types de partie avec succès, connaissant la plupart des principes modernes du jeu.

« Aidez vos pièces, elles vous aideront ! »

Morphy aurait déclaré qu’il ne jouerait plus de parties sans donner un pion et un coup à son adversaire (dans un match entre deux maîtres de même force, un pion suffit souvent à assurer la victoire). Après son retour à la maison, il se retire de la compétition et joue très peu en public.

Il se concentre alors sur sa carrière en droit. Malheureusement, il ne peut commencer, car la guerre civile américaine éclate en 1861 et perturbe les activités de La Nouvelle-Orléans. Opposé à la sécession, il refuse de servir dans l’armée confédérée. Après quelque temps, il quitte la ville et se rend à Paris, où il demeure le temps que celle-ci se termine.

Son opposition à l’esclavagisme ainsi qu’à la guerre le rend impopulaire dans sa ville natale la Nouvelle Orléans, et il ne peut en conséquence y pratiquer le droit. Toutes ses tentatives d’ouvrir un bureau de droit échouent, car les seules personnes qu’il y rencontre viennent pour parler d’échecs. Financièrement à l’aise grâce à sa famille, il passera le reste de sa vie à ne rien faire. Malgré les demandes de ses admirateurs, il refuse de jouer aux échecs car il ne s’agit pas d’une occupation sérieuse selon lui. En effet, à cette époque, le jeu d’échecs est une activité pour amateurs qui ne sied pas à des gentilhommes. Les joueurs professionnels dans les années 1860 étaient vus comme des parieurs professionnels et autres joueurs peu louangés. C’est seulement à partir du XXe siècle, notamment avec la venue de Wilhelm Steinitz, qui en a fait une étude scientifique, et Emanuel Lasker, qui exigeait des enjeux élevés, que ce jeu est devenu respecté.

Les dernières années sont tragiques. Déprimé, il vit reclus chez sa mère oui passe son temps à déambuler dans le quartier français de la ville, parlant avec des personnes invisibles. Il souffre également de délires de persécution et de paranoïa.

Old absinthe House, New Orleans

Il est aussi prêt à affronter dieu en lui accordant un pion d’avance et le trait – les pièces blanches !

Il meurt – retrouvé par sa mère – dans sa baignoire, d’une attaque cérébrale, à l’âge de 47 ans. Jamais le mot échec ne fut, hélas, si bien employé. Longtemps un autre génie – et dément – Bobby Fisher devait confier tout ce qu’il devait à Paul Morphy.

Un peu comme les derniers jours d’Emmanuel Kant, de Thomas de Quincey, Lovecraft, Gérard de Nerval, Poe ou Robert Walser., Morphy s’acquina la tragédie et emprunta les vilains chemins qui égarent. Il y avait de l’écrivain chez ce génie-là… Et beaucoup de fantômes…

LES ÉCHECS, LE SIÈCLE DES LUMIÈRES ET LA RÉOVOLUTION INDUSTRIELLE

Il s’agit d’attaquer le plus vite possible le Roi adverse, sans reculer sur les sacrifices. Plus le mat était rapide, plus la victoire belle. Ce courant domina pendant plus de 250 ans la pensée échiquéenne. La victoire était le fruit de l’inspiration, du génie du joueur avant d’être réfléchie, conçue. Les Salvio, Polerio, font partie de l’élite mais le centre de gravité se déplace plus au Nord de l’Europe. Paris, avec les Café de la Régence et du Procope, le Old Slaughter à Londres sont des places importantes où les forts joueurs pouvaient gagner des sommes importantes.

Il y a pourtant quelques joueurs qui ont réfléchi d’une autre façon. Le plus fort, le plus important est François-André Danican Philidor. Ce musicien, introducteur de l’opéra comique en France , était aussi le plus fort joueur du 18ème siècle. En 1749, il publie l’Analyse du Jeu d’Echecs dans lequel il commente des parties, analyse des finales (encore une fois, certaines font partie de la connaissance de base pour tout fort joueur) et affirme tout simplement: «Les Pions sont l’âme du jeu». Son ouvrage a connu un tel succès qu’il a été réédité plusieurs dizaines de fois (dont une en français il y a quelques années). La construction de ses parties était plus lente que l’école italienne mais pas forcément moins efficace. La Révolution l’a poussé à l’exil définitif en Angleterre où il meurt en 1795. Mais les Voltaire, Robespierre, Bonaparte sont de grands amateurs du «noble jeu» (certaines parties de Napoléon sont connues). A propos de Robespierre, une histoire raconte qu’il joua et perdit un jour contre un homme. Il demanda l’enjeu. Aussitôt l’homme se découvrit, c’était une femme qui demandait la grâce de son amoureux qui devait être guillotiné.

Robespierre tint sa parole et le promis échappa à son funeste sort.

Le début du 19ème siècle est celui de la lutte entre les Français et les Anglais. Elle ne fait pas que s’achever à Waterloo un triste soir de juin 1815, elle se poursuit sur l’échiquier. Le général Deschapelles est le meilleur joueur français mais il est dépassé par Mahé de la Bourdonnais. Ce dernier affronte l’Irlandais McDonnell dans une série de matches titanesques (89 parties, 44 victoires à 30 pour le Français), dépassé seulement par le duel Kasparov-Karpov. Les Anglais ont de forts joueurs: le plus connu est le capitaine Evans, inventeur du célèbre gambit (1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.b4) qui a été l’arme de générations d’attaquants au 19ème siècle.

Les Échecs gagnent en popularité au Nord de l’Europe. L’Allemagne et l’Autriche commencent à s’éveiller: ainsi le maître Bilguer publie en 1843 le premier manuel consacré aux ouvertures (le Handbuch), édité à de nombreuses reprises. Des parties par correspondances opposent les clubs qui se constituent. Les ouvertures y gagnent leur nom: partie écossaise, défense française (dans un match opposant Londres à Paris qui l’emporte), etc.

La suprématie britannique finit par s’imposer aux Français. La Bourdonnais mort, c’est Pierre de Saint-Amant qui est le meilleur joueur français. Ce négociant en vin affronte l’écrivain et critique de Shakespeare connu, Howard Staunton. Dans un premier match, Saint-Amant l’emporte mais la revanche est remportée par Staunton en 1843. L’Anglais, qui a laissé son nom à la forme usuelle des pièces, est alors considéré comme le meilleur joueur du monde. Ce n’est pas un attaquant dans le style de l’école italienne. Il pratique, comme Philidor, un jeu plus retenu, moins agressif mais très efficace (Il a développé la Partie Anglaise 1.c4). Comme il incarne la supériorité britannique, son idée d’organiser un grand tournoi, à l’occasion de la première exposition universelle (appelée à l’époque exposition internationale) qui se tient à Londres en 1851, est acceptée… C’est le premier tournoi de l’Histoire qui rassemble des maîtres du Vieux Continent. L’ère moderne des Échecs s’ouvre.

Mais dans mes souvenirs un détail se détache avec une parfaite netteté: sous chaque poème il y avait, en guise de signature, un petit cavalier noir de jeu d’échecs dessiné à l’encre.
(Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sebastian Knight)

Le chapitre s’achève alors sur un retour à l’autobiographie en deux étapes : le souvenir du jeu d’échecs du type Stanton offert par l’oncle Constantin, puis la nuit de mai (celle du 10 mai 1940!), après l’obtention d’un visa pour les Etats-Unis. Cette nuit est aussi celle de la composition d’un problème d’échecs (mat en deux coups) dont le diagramme nous est donné, recopié d’une feuille de papier visée officiellement par un service (Contrôle des informations) de la « RF » et dont la véritable signification nous est ainsi « effectivement divulguée » 5 (?)

C’est en 1917 que Nabokov, réfugié en Crimée, commença à composer des problèmes d’échecs (il avait alors 18 ans). Il avait déjà publié deux petits volumes de poésie et assemblé des matériaux pour sa première publication scientifique (sur les papillons de Crimée). Cette approche « unitaire » de l’activité créatrice demeurera un moteur essentiel de son ouvre car :

« De parler d’échecs me fait songer qu’au cours de mes vingt années d’exil j’ai consacré énormément de temps à composer des problèmes d’échecs. Telle situation est élaborée sur l’échiquier, et alors le problème à résoudre, c’est de trouver comment faire les noirs mat en un nombre donné de coups, généralement en deux ou trois coups. C’est un art magnifiaue, complexe et stérile, parent de la forme ordinaire du jeu seulement dans la mesure où, par exemple, le jongleur en inventant les entrelacements d’un nouveau tour d’adresse et le joueur de tennis en gagnant un tournoi tirent tous deux parti des propriétés d’une sphère »

Ceci n’est pas pas un cavalier blanc.

CINQUANTE ANS D’EXISTENCE POUR EUROPE ÉCHECS

Europe Echecs : Une année de célébration !

Le magazine Europe Echecs a été créé en janvier 1959 et va fêter ses 50 ans d’existence.

Il est le 1er magazine échiquéen francophone.

Il est distribué dans plus de 50 pays.

Il a démarré l’aventure Internet fin décembre 1997.

(1 000 000 de visiteurs s’y rendent chaque mois ce qui fait qu’Europe Echecs est devenu le plus grand club d’échecs Internet Francophone spécialisé.)

Les dirigeants et salariés d’Europe Echecs produisent depuis plus d’un an des vidéos qui vont des « News » à des reportages de tournois significatifs.

Les leçons d’apprentissage du jeu d’échecs sur Internet ne sont pas oubliées.

Europe Echecs a réussi sa mutation et décliné l’information sur 3 supports : l’édition d’un magazine, l’édition de son contenu sur Internet et la production de contenus vidéo.

Durant le 3ème trimestre 2008, Europe Echecs mettra en ligne les 50 années d’édition papier (!).

Pour célébrer cet anniversaire, Europe Echecs a réussi, grâce à ses partenaires, la Fédération Française des Echecs et le Lyon Olympique Echecs, à créé le « Circuit Espoirs Europe Echecs » avec la participation d’espoirs mondiaux dans des matchs défis de parties rapides et de blitz. Quatre de ces événements seront organisés en France.

Pour en savoir plus EUROPE ÉCHECS

Et pour le plaisir, et de bonnes méninges, retouvez sur le site le diagramme du jour.

Boby Fisher « à l’étude »

JEU DE DUPES

Reproduction miniature du joueur d’échecs

La rivalité homme-machine n’attendit pas les premiers pas de l’informatique pour se révéler. L’histoire retient la leçon d’une supercherie, certes monumentale puisque Napoléon Bonaparte lui-même en fut la victime, mais néanmoins instructive pour les générations à venir. Celle de l’automate turc joueurs d’Echecs de Von Kempelen, qui battait les plus grands de ce monde. Il s’agissait en fait d’un homme de petite taille, joueur de talent, caché dans une machine. Cette anecdote n’a d’ailleurs pas sombré dans l’oubli. Lors de la victoire de Deep Blue, le programme d’IBM, contre Garri Kasparov, en 1997, les détracteurs hurlèrent eux aussi à la supercherie. Mais cette fois, pas de nains cachés dans les processeurs… Nombre de cinéastes et d’auteurs s’inspireront de cette histoire. Edgar Allan Poe est le premier à avoir dénoncé la supercherie dans ses « Histoires grotesques et sérieuses« , oeuvres traduites en 1865 par Charles Baudelaire. Jean-Eugène Robert-Houdin conte aussi cette anecdote dans ses « Confidences d’un prestidigitateur » en 1858.

L’histoire commence vers 1776 lors d’une révolte dans la ville de Riga en Pologne. Le chef des rebelles est un certain Worousky, homme de petite taille et de grande intelligence. Il mène un groupe de révoltés russes et polonais contre le régime en place. Le soutien armé apporté par Saint-Pétersbourg aux soldats de Riga orchestra la défection des rebelles. Worousky s’en sort vivant mais il est atteint aux deux jambes par un coup de feu. Un médecin de la région, nommé Osloff le recueil et le soigne. Mais bientôt la gangrène gagne les deux jambes de Worousky et le bon médecin pratique sur lui l’amputation des deux cuisses. Quelques temps plus tard, Von Kempelen, fameux mécanicien autrichien, connu pour son travail sur le mécanisme de la parole se rend à la demeure de son ami Osloff. Voyant l’incroyable talent du rebelle pour le jeu d’Echecs, l’Autrichien manigance l’ingénieux stratagème qui permettra à Worousky de prendre la fuite et contribuera par la même à son propre succès. En à peine trois mois, le plan est mis à exécution.

L’automate se présente sous la forme d’un homme de taille moyenne, habillé en costume traditionnel turc. L’homme est assis devant un coffre en forme de commode d’un mètre vingt de longueur et de quatre-vingt centimètres de largeur sur lequel est placé un échiquier. Leviers, cylindres et ressorts visibles des portes du coffre renchérissent la supercherie. Les plus septiques pouvaient même observer le mécanisme de l’automate sous la robe de ce dernier. Pendant l’inspection du corps, Worousky se trouvait dans le buffet. Les bruyantes manipulations de l’automate permettaient à l’homme de se glisser du coffre au scaphandre sans attirer l’attention. Après un léger mouvement de tête pour saluer son adversaire, l’automate déplaçait une pièce avant de reposer son bras sur les coussins. Le joueur ne parlait évidemment pas. Il faisait trois signes de la tête pour signaler l’échec au Roi et deux signes pour l’échec à la Reine. Les premiers exploits de l’automate eurent lieu dans les villes avoisinantes. Les victoires de l’automate menèrent Kempelen et Worousky au coeur de la Russie où la machine devait affronter la Tsarine Catherine II à Saint-Pétersbourg. La rencontre eu lieu dans la bibliothèque de l’impératrice. Cette dernière jouait avec les blancs. Mais l’automate ne tarda pas à reprendre l’avantage et gagna bientôt un Fou et un Cavalier. Soudain, la machine se mit à reposer le bras avec violence sur le coussin. L’impératrice venait de tricher. Ne voulant pas reconnaître la fraude, Worousky renversa les pièces de l’échiquier. Une fin heureuse qui évita la défaite à la souveraine. Le périple de l’automate joueur d’Echecs se poursuivit en Europe, moment où Von Kempelen le concède à un certain Anthon. A la mort de ce dernier, le destin de Worousky passe entre les mains d’un mécanicien du nom de Maëzel.

C’est sous la direction de ce dernier qu’est rapporté la rencontre entre l’automate Turc et Napoléon. Bon stratège, Napoléon Bonaparte était aussi connu pour ses piètre talents de joueur d’Echecs. Le futur Empereur fréquentait le café de La Régence. La postérité garde en mémoire ses parties jouées contre Madame de Rémusat. La confrontation entre Napoléon et l’Automate eu lieu en 1809 au château de Shoenbrunn à Viennes en Autriche. Au début de la partie, l’Empereur fit exprès de faire de deux ou trois coups faux pour voir les réactions de l’automate. La première fois, l’automate salue et replace la pièce sur l’échiquier. la seconde fois, il salue et confisque la pièce. A la troisième tentative de tricherie, Worousky renverse l’échiquier et les pièces. L’empereur fit de grands compliments au mécanicien, ce qui n’empêcha pas Bonaparte de perdre la partie.

Les nombreux succès de Worousky firent écho dans toute la presse de l’époque. Après l’Europe, Worousky se rendit en Amérique sous la protection de son nouveau « mécanicien ». Là-bas les succès de l’automate sont plus mitigés, ce qui laissent à penser que ce n’était déjà plus Worousky dans le corps du joueur Turc. Quant à Maëzel, il mourut d’une indigestion dans le bateau qui le reconduisait en France.

En 1834, la ruse, qui consistait à cacher un opérateur de petite taille dans le corps, puis dans le coffre de l’automate, est éventée par le joueur français, Mouret. Remisé au rang d’attraction de foire, après un ultime périple en Colombie, l’automate achèvera sa carrière au Musée chinois de Philadelphie, où il sera détruit par un gigantesque incendie en 1854.

L’artiste Thomas Kuntz, créateur de miniature et d’automate photgraphié par Wicked Swank

 » Je prend donc cette occasion de proclamer que la haute puissance de la réflexion est bien plus activement et plus profitablement exploitée par le modeste jeu de dames que par toute la laborieuse futilité des échecs. Dans ce dernier jeu, où les pièces sont douées de mouvements divers et bizarres, et représentent des valeurs diverses et variées, la complexité est prise – erreur fort commune – pour de la profondeur. L’attention y est puissamment mise en jeu. Si elle se relâche d’un instant, on commet une erreur, d’où il résulte une perte ou une défaite. Comme les mouvements possibles sont non seulement variés, mais inégaux en puissance, les chances de pareilles erreurs sont très multipliées; et dans neuf cas sur dix, c’est le joueur le plus attentif qui gagne et non pas le plus habile. Dans les dames, au contraire, où le mouvement est simple dans son espèce et ne subit que peu de variations, les possibilités d’inadvertance sont beaucoup moindres, et l’attention n’étant pas absolument et entièrement accaparés, tous les avantages remportés par chacun des joueurs ne peuvent être remportés que par une perspicacité supérieure. »

Edgar Allan Poe

CAVALIER

Mais dans mes souvenirs un détail se détache avec une parfaite netteté: sous chaque poème il y avait, en guise de signature, un petit cavalier noir de jeu d’échecs dessiné à l’encre.
(Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sebastian Knight)

Ceci n’est pas pas un cavalier blanc.

Le chapitre s’achève alors sur un retour à l’autobiographie en deux étapes : le souvenir du jeu d’échecs du type Stanton offert par l’oncle Constantin, puis la nuit de mai (celle du 10 mai 1940!), après l’obtention d’un visa pour les Etats-Unis. Cette nuit est aussi celle de la composition d’un problème d’échecs (mat en deux coups) dont le diagramme nous est donné, recopié d’une feuille de papier visée officiellement par un service (Contrôle des informations) de la « RF » et dont la véritable signification nous est ainsi « effectivement divulguée » (?)

C’est en 1917 que Nabokov, réfugié en Crimée, commença à composer des problèmes d’échecs (il avait alors 18 ans). Il avait déjà publié deux petits volumes de poésie et assemblé des matériaux pour sa première publication scientifique (sur les papillons de Crimée). Cette approche « unitaire » de l’activité créatrice demeurera un moteur essentiel de son ouvre car :

« De parler d’échecs me fait songer qu’au cours de mes vingt années d’exil j’ai consacré énormément de temps à composer des problèmes d’échecs. Telle situation est élaborée sur l’échiquier, et alors le problème à résoudre, c’est de trouver comment faire les noirs mat en un nombre donné de coups, généralement en deux ou trois coups. C’est un art magnifiaue, complexe et stérile, parent de la forme ordinaire du jeu seulement dans la mesure où, par exemple, le jongleur en inventant les entrelacements d’un nouveau tour d’adresse et le joueur de tennis en gagnant un tournoi tirent tous deux parti des propriétés d’une sphère »

La notion de « problèmisme ». – celui qui étudie les problèmes d’écecs – à développer.

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