24 nov

La Chair de l’araignée, de Hubert et Caillou. Editions Glénat. 15 euros.

25 kcal pour 100g d’asperges, 220 kcal pour 100g d’avocat, 36 kcal pour autant de carottes… Les deux personnages de ce récit, un jeune homme et une jeune femme, connaissent sur le bout des doigts, pour ne pas dire sur le bout de la langue, la valeur calorique de chaque aliment. Et ce n’est pas par gourmandise, bien au contraire. Nos deux personnages souffrent de troubles du comportement alimentaire. Ils ne s’alimentent à vrai dire pas. Ou très peu. Se font vomir. Sont mal dans leur peau. Ne supportent plus leur chair… C’est à la sortie d’une consultation psy que ces deux personnages vont se rencontrer et partager leur expérience. Une amitié naîtra de cette souffrance commune, une belle et triste amitié…

La chair de l’araignée, récit au sujet particulièrement délicat, a été rendu possible grâce à la rencontre entre deux auteurs, le scénariste Hubert (Les Legs de l’Alchimiste, Miss Pas Touche, La Sirène des pompiers…) et la dessinatrice Marie Caillou, transfuge du cinéma d’animation. « C’est un thème sur lequel j’avais déjà essayé d’écrire... », confie Hubert, « mais je ne trouvais pas l’angle exact. C’est le dessin de Marie, qui est extrêmement tendu et poétique, derrière une apparence première de froideur, qui a été la clef, qui a imposé la distance exacte vis à vis du sujet ». D’inspirations diverses, depuis l’école US jusqu’à la ligne claire franco-belge en passant par le manga d’auteur, le trait de Marie Caillou maintient effectivement une certaine distance entre le lecteur et les personnages. Et cette distance, suffisante pour y introduire un peu de poésie et de douceur, permet d’éviter le pathos et le voyeurisme. Même s’il a de fortes résonances autobiographiques, comme le concède Hubert, La Chair de l’araignée met en scène des personnages imaginaires plongés dans une maladie quant à elle bien réelle et effrayante, l’anorexie. Après le magnifique album  La Parenthèse, paru aux éditions Delcourt, La Chair de l’araignée prouve que le Neuvième art peut aborder des thèmes sensibles et graves comme la maladie avec intelligence et humanité ! E.G.